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lundi 3 septembre 2018

Achats Récents #20 post-disco/funk/boogie


The Ritchie Family est un trio féminin de chanteuses originaires de Philadelphie. Le groupe est surtout une création des seuls et uniques Jacques Morali et Henri Belolo: au milieu des années soixante dix les français s'intéressent au disco et montent cette formation de toute pièce en castant trois chanteuses. The Ritchie obtient ainsi un énorme succès avec une reprise de Brazil extrait d'une comédie musicale. Le duo français par la suite formera... les Village People ! Au début des années 80 le disco est en perte de vitesse et les producteurs français confient la destinée de The Ritchie Family à un autre duo européen: le Français Jacques Fred Petrus et l'Italien Mauro Malavasi alors au sommet de leur carrière avec des projets comme Change et BB&Q Band. J'avais toujours vu Ritchie Family comme un groupe euro-disco cheesy (et je pense que ce n'est pas nécessairement faux sur la première période) mais en tombant sur youtube (hé oui découvert grâce aux algorithmes...) sur I'll Do My Best j'ai pris une petite claque. Ce morceau est super élégant, la production somptueuse. Encore une fois, impossible de ne pas ressentir l'influence de Chic chère au duo Petrus-Malavasi mais prolongée dans une perspective définitivement plus 80s (le morceau est de 1982): tempo plus lent, basse funky synthétique, arrangements subtiles et presque aériens. Pour ne rien gâcher, le 45 tours est vraiment facile à trouver, une semaine après avoir découvert le morceau je l'achetais en vinyle pour une somme dérisoire. Quand on commence à avoir beaucoup de disques, il est rare d'avoir encore ce genre de surprise. La version 45 Tours est un édit bien fait de la version 12 pouces ci-dessous.


Les Whispers, groupe de soul de Los Angeles, ont déjà été évoqués sur ce blog à travers un excellent morceau de 1970. Comme je le mentionnais à l'époque, la formation est surtout connue pour sa production de la fin des années 70 - début quatre vingt et notamment le fameux And The Beat Goes On. Ce morceau est tellement connu que rien qu'en citant le titre vous devriez entendre la mélodie. De la même époque mais un chouïa moins connu (mais ça reste un énorme standard): It's a Love Thing. Que dire sur cette chanson ? évidente, classique, certes... mais cela reste une énorme balle avec un groove hallucinant. Un petit mot sur le label SOLAR (pour Sound Of Los Angeles Record), je pense qu'il contribue à définir le son de la première moitié des années 80 en matière de dance music/ R&B/disco. Fondé en 19 par Dick Griffey, un collaborateur de l'émission Soul Train, le label californien enquille les classiques dans la première moitié des années 80 avant de décliner. Parmi mes favoris citons Dance With You de Carrie Lucas, Friends de Shalamar ou Midas Touch de Midnight Star.  


J'avais tendance à associer Evelyn Champagne King surtout à son classique disco Shame découvrir Love Come Down , un autre de ses grands tubes (avec aussi I'm in Love) a été un petit choc. Cinq ans sépare les deux morceaux et ils tracent assez bien les évolutions de la musique disco/r&b sur la période. Love Come Down est une merveille de précision associant une production très synthétique (boîte à rythme, basse funky au moog, claviers...) à un groove destructeur. Love Come Down est un vrai marqueur de son époque et du virage fait par la dance music dans les 80s. Il consacre aussi son producteur: Kashif, malheureusement décédé en 2016 à quelques semaines d'intervalles d'un autre grand de la dance music (Rod Temperton).  


Il était trop tentant d'évoquer Rod Temperton juste après Kashif. Le musicien anglais se fait connaître avec le groupe Heatwave, auteur notamment de l'immense classique Boogie Nights qui fait parti de mes morceaux disco favoris. La formation contribue à l'émergence d'une scène au Royaume Uni connue sous le nom de Brit Funk, il est très probable que je revienne là dessus un jour prochain si j'ai le courage de m'y mettre ! Revenons à notre 45 tours. Il est donc écrit par Rod Temperton pour Quincy Jones avec Patti Austin au chant. Razzamatazz est extrait de l'album The Dude comme un autre classique de Quincy: Ai No Corrida. Même si cette dernière a eu plus de succès, j'ai une préférence nette pour Razzamatazz et je pense que Rod Temperton n'y est pas étranger. Elle évoque un autre classique du compositeur anglais (Give Me the Night de George Benson) avec quelque chose de plus élégant, notamment ce refrain sur le fil des plus aristocratiques. La paire Rod Temperton/Quincy Jones est une dream team du début des années 80. Les deux collaborent en effet sur deux albums de MJ (Off The Wall et Thriller) mais aussi sur Light Up The Night le classique des Brothers Johnson (porté par le single Stomp co-écrite par le Britannique avec le groupe et produite par l'Américain) . 


Chemise était un couple à la vie: Ricki Byars et Ronald Muldrow. Les musiciens, surtout de de jazz (Ricki Byars a chanté avec Pharoah Sanders par exemple), ont sorti un unique single sous ce nom en 1982. She Can't Love You est particulièrement intéressante dans sa manière de placer la basse par rapport à la rythmique avec un léger décalage créant un groove très particulier et cool. L'ensemble est à la fois très dansant mais avec une petite pointe de mélancolie. La production est également captivante: un poil plus lo-fi et moins ample que celle des 4 autres morceaux de cette sélection par exemple. 
 

samedi 1 septembre 2018

Achats Récents #19

Pour cette troisième et dernière partie de mes achats à Barcelone, pas de thème spécifique. J'ai acheté d'autres disques bien sûr mais ceux là me semblaient plus intéressants à présenter pour diverses raisons. L'été a été une période assez faste d'acquisitions me concernant, si j'ai le courage d'écrire quelque chose, je vous présenterai peut être quelques trouvailles faites via discogs. 


Sir Henry and the Butlers est un groupe beat danois originaire de Copenhague. En 1967 Camp obtient un succès conséquent dans de nombreux pays européens et plus spécifiquement en Allemagne, aux Pays Bas et en Belgique. Le morceau est terriblement énervant, le genre de scie typique de la fin des années soixante (Winchester Cathedrale me vient en tête aussi) à se taper la tête contre les murs tant c'est mauvais (avec un kazoo histoire de rendre le truc encore plus difficile), en revanche la face B Pretty Style est vraiment très bonne: du psychédélisme lancinant montant cresdendo. Comme vous le savez j'ai une passion pour les morceaux squattant les bacs de drouilles , là on en tient carrément un bon exemple. J'avais déjà le disque bien sûr avec d'autres pochettes mais honnêtement en pressage espagnol ça ne se refuse pas... Curieusement le morceau y a été publié 4 ans après sa sortie initiale, un mystère intéressant à résoudre !



J'ai déjà évoqué Rocky Roberts ici même et devinez quoi ? La Face A du single que je vous avais présenté est en face B de celui ci. Curieux couplage donc de deux singles du chanteur originaire de l'Alabama. Cela reste de l'excellente came en tout cas, les deux morceaux sont cool, la A dans un registre assez midtempo quand la B relève un peu la cadence. De l'euro-soul en italien chanté avec un accent américain: est-ce que l'on peut faire plus sixties que ça ? Cela évoque en tout cas beaucoup d'autres productions européennes contemporaines: Jess & James, Pop Tops, Geno Washington & the Ram Jam Band, Jimmy James and the Vagabonds ou encore... los Canarios.



Los Canarios n'eurent pas le succès des Pop Tops ou de Los Bravos mais furent une des belles réussites du producteur Alain Milhaud (dont j'évoquais l'étonnant destin récemment à propos de Smash).  Le groupe était originaire... des Canaries. Après avoir enregistré un album aux USA, pour le label des Tokens (BT Puppy), en 1967 (une énorme rareté) le groupe revient en Espagne et obtient plusieurs tubes qui aident le groupe à s'installer définitivement dans le paysage du rock espagnol. Get On Your Knees, leur grand succès, est aussi un super morceau de soul, je vous recommande donc de partir à sa recherche (assez facile et peu dispendieuse) si vous allez faire un tour en Espagne... Le groupe s'oriente par la suite vers une musique progressive ambitieuse mais pas non plus abscons avec quelques très bons morceaux également... Pain date de la période soul du groupe et vaut surtout pour sa face B Three-Two-One-Ah légèrement garage et plutôt bien branlée. À noter que le single est arrangé par un nom bien connu des français: Jean Bouchety



Finissons cette session barcelonaise sur un 45 tours du duo James & Bobby Purify. Dans l'esprit de Sam & Dave, les Floridiens sont particulièrement connu pour leurs morceaux I am Your Puppet et leur reprise très punchy de Shake a Tail Feather (qui a probablement influencé la version des Blues Brothers de mon point de vue). Si j'ai pris ce single parce que particulièrement intrigué par leur reprise de Sixteen Tons morceau dont j'adore de nombreuses versions (dont certaines françaises) c'est finalement la A qui me semble la plus réussie.  Sans transcender la version de Sam & Dave, James & Bobby Purify en font une excellente interprétation (en 1967) avec une production moins crados et plus précise que l'original chez Stax. 


mercredi 4 octobre 2017

Achats Récents #16 Funk & R&B

Il était temps de revenir à nos achats récents ! J'ai essayé de trouver une thématique sur ces 4 simples achetés entre juillet et septembre 2017 aux puces de Clignancourt (tous les disques sauf un) et à Born Bad (le troisième). 

Enregistrés entre 1967 et 1969 ces quatre 45 tours expriment bien la transition entre R&B et Funk. Si le second découle clairement du premier et en conserve l'instrumentation (importance de la batterie, la basse, usage des cuivres pour souligner), il en est finalement assez différent car ils n'accentuent pas sur les mêmes temps: premier pour le funk, deux et quatre pour le R&B. En dansant les morceaux il est facile de ressentir le changement, en effet le placement de l'emphase va vous conduire à choisir de taper du pied sur une partie différente de la mesure, par exemple plutôt la grosse caisse ou la caisse claire. Un autre changement se profile aussi dans ces disques: le passage du format chanson vers une structure plus proche de l'improvisation, la transe et la boucle. 
Dans la soul et le R&B de la première moitié des années soixante, la structure couplet refrain domine largement, James Brown est certainement l'un des premiers à s'en affranchir dans la seconde partie de la décennie. Les morceaux ainsi créés semblent ainsi pouvoir durer indéfiniment, maintenant l'intérêt de l'auditeur par des variations, notamment rythmiques. Le rôle de James Brown va ainsi évoluer, d'un chant classique et structuré autour d'un texte vers quelque chose de l'ordre de l'exclamation et son infinité de nuance. Il positionne le chanteur dans une autre dynamique, plus proche du maître de cérémonie que de l’interprète que l'on vient voir et écouter. La voix devient alors un instrument à part entière dont on recherche l'effet percussif mettant en valeur le rythme plutôt que le texte ou les accords. 
Le funk aura, sans surprise, une influence déterminante sur les musiques modernes, notamment sur le rap et les musiques électroniques (house, techno, jungle etc.) dans lesquels la notion de boucle est centrale et plus importante que la construction autour d'accords. Le genre connaît plusieurs phases, une première, avant l'apparition du disco, crue et sèche, avant de venir à des formats plus pop, à la suite du raz de marée four to the floor, dans les discothèques. Nous nous intéressons aujourd'hui à cette première période.


Honneur au maître James Brown. Si l'intéressé a eu des périodes moins glorieuses (honnêtement living in America c'est pas foufou), au sommet de son art son groupe et lui étaient fantastiques. Dimanche dernier j'écoutais une pile de simples aux puces, je place I Don't Want Nobody to give me nothing (1969) sur la platine, en dix secondes je sais que je veux ce disque. On notera l'accentuation funk prononcée sur le premier temps avec un crash et parfois même des notes de cuivres qui ressemblent à une boucle de rap prête à l'emploi. Ainsi James Brown t'attrape immédiatement et en quelques mesures la messe est dite: tu tapes du pieds. J'ai parfois tendance à oublier à quel point les bons morceaux de James Brown sont vraiment bons et d'une dynamique incroyable. La sensation est difficile à rendre à l'écrit: de l'ordre du viscéral, ça balance. Un grand monsieur indéniablement. 




Marvin Holmes & The Uptights ont sorti un unique album en 1969 sur UNI. Il a bénéficié d'un pressage français de même que deux 45 tours du groupe: Ride Your Mule et Ooh Ooh the Dragon, le tout chez Maxi. Je serais curieux de savoir comment ont ces disques ont pu bénéficier d'une édition française, en effet il n'en n'existe pas d'anglaise par exemple ! J'ai malheureusement assez peu d'informations à vous donner sur le groupe, à commencer par sa région ? Peut-être que l'un de nos lecteurs saura nous renseigner ? Sur Marvin Holmes je peux néanmoins vous dire qu'il a également sorti deux albums supplémentaires avec The Justice et un en solo. Ride Your Mule (1968) est en tout cas une petite pépite funk bien relevée dont les cuivres me font penser à Funky Nassau de The Begining of the End ! Encore une fois la chose est construite un peu n'importe comment, prétexte à une débauche de batterie des plus jouissives et des incantations de voix enthousiastes. Qui s'en plaindrait ? pas moi !


Harvey Scales and the Seven Sounds est un groupe de R&B/funk de Milwaukee actif entre 1961 et 1975. Ils ont sorti 11 simples (et aucun album) en 8 ans (entre 1967 et 1975) notamment chez Chess Records. Get Down (1967) est le premier d'entre eux, il est paru chez Magic Touch aux USA et a été pris en licence par Atlantic dans trois autres pays (qui distribuait néanmoins le 45 tours aux USA via ATCO): Canada, UK et France. Seul un autre 45 tours du groupe a été publié en dehors des États Unis et encore une fois ce fut en France.  Notre pays avait-il un goût particulier pour cette musique ? Get Down exprime bien pour moi la transition entre R&B et funk, je le classerais plutôt spontanément dans la première catégorie d'ailleurs même si l'on perçoit clairement l'influence de James Brown. Le morceau me fait aussi penser à Land of 1000 Dances de Wilson Pickett notamment dans l'usage des cuivres sur certains passages... Quoi qu'il en soit un excellent morceau, super pêchu et dynamique !



Finissons par la plus grosse curiosité de la sélection: Alan Shelly. Il s'agit du pseudonyme d'Alain Deloumeaux, un chanteur vraisemblablement d'origine guadeloupéenne (voir les commentaires de cet article de Vivonzeureux). Le musicien a également participé au groupe Malinga Five. Sur ce 45 tours il est probablement accompagné par Manu Di Bango qui co-signe la face B avec Davy Jones (loin d'être un inconnu des diggers français). Can You Do It est une excellente tentative R&B pas si éloignée que ça de Jess & James par exemple. Encore une fois je pense aussi à Land of 1000 Dances peut être à cause de l'énumération de danses comme le boogaloo ! Si vous avez des infos complémentaires, n'hésitez surtout pas à les poster en commentaire.


mercredi 23 août 2017

Achats Récents #15 soul music

Troisième épisode de ma session catalane d'achats de disques vinyles... Cette fois-ci nous allons nous concentrer sur la Soul Music, au sens plutôt large comme vous allez le voir ! Ces disques ont été publiés entre 1966 et 1969, ils constituent en quelques sortes des témoignages de différentes orientations du genre à l'époque, quoi que le tableau est loin d'être complet bien sûr !

Est-ce utile de présenter Wilson Pickett, monument de la Soul Music ? Après avoir signé avec Atlantic en 1963, il chante l'un des plus grands succès de sa carrière en 1965 avec In the Midnight Hour qu'il co-écrit. Enregistrée dans les studios de Stax à Memphis (le label était en contrat avec Atlantic), on y retrouve le son unique du label américain: un son poisseux, authentique et dansant. Il enregistre plusieurs 45 tours là bas (par l'entremise de Jerry Wexler) mais Stax change de politique quant aux enregistrements d'artistes extérieurs à la maison. Par conséquent Land of Thousand Dances est enregistré aux studios FAME de Muscle Shoals, l'autre épicentre de la Southern Soul. Parmi les musiciens de la session on retrouve par exemple Spooner Oldham le partenaire d'écriture de Dan Penn (ils écrivent notamment ensembles Cry Like A Baby pour les Box Tops d'Alex Chilton). Land of Thousand Dances est une reprise. Écrite par Chris Kenner, qui en est aussi le premier interprète en 1962, la chanson n'acquiert son potentiel qu'entre les mains du groupe de Los Angeles Cannibal and the Headhunters en 1965. Ces derniers improvisent en effet un nouveau chorus de voix (la lalala etc.) car ils oublient les paroles. Sur le plan de l'écriture, l'ajout transforme l'honnête titre R&B en une bombe prête à se frotter aux charts pop. Certains y parviennent presque (les Thee Midniters notamment, un autre groupe de chicanos de LA). Wilson ne s'y trompe pas un an plus tard et enregistre ce qui est la version la plus aboutie et éclatante de la chanson. De Kenner il conserve l'énergie du R&B, de Cannibal and the Headhunters il tire le hook mémorable. La combinaison heureuse des deux fait de Land of Thousand Dances de Wilson Pickett un énorme tube et un classique instantanée de la soul, la chanson pulse à deux cents à l'heure, le chanteur est survolté, autant dire que même cinquante après sa sortie, l'enregistrement conserve toute sa verve et sa gloire! À noter que la face B de ce pressage (Mustang Sally) est aussi un grand classique du chanteur.


En terme de street cred les 5th Dimension ont certainement pas mal de handicaps. Trop groovy pour les amateurs de Sunshine Pop, trop poli pour les amateurs de soul. Je trouve que cela fait tout leur charme, une musique pop aux arrangements sophistiqués, des entrelacs de voix soignés, le tout avec un coté lounge mais gai, enjoué et rythmé... Sur un plan plus snob on ajoutera que le groupe a fortement influencé l'un des plus fantastiques producteurs de soul psychédélique de tous les temps: Norman Whitfield. En effet, son groupe, Undisputed Truth, prit les 5D en modèle. Je ne sais pas si ce fut aussi le cas de Rotary Connection mais cela ne serait pas impossible tant les projets fonctionnent au fond dans un registre proche... Ce single est une bonne pioche en tout cas. La face A, empruntée à Laura Nyro, Stoned Soul Picnic est excellente. La face B propose une amusante et réussie reprise de Ticket To Ride un registre où les 5th Dimension ont par exemple proposé une superbe version du classique de Cream Sunshine of Your Love . Bref un excellent simple ! 


En compulsant les archives de ce site, opération moins compliquée qu'il n'y paraît (merci les moteurs de recherche), je me suis rendu compte qu'il était finalement très peu mention des fantastiques Booker T and The MGs... Il était question quelques lignes plus haut de Stax. Ce groupe instrumental en fut un des piliers jouant sur de nombreuses productions de Sam & Dave, Otis Redding etc. sans oublier leur propre carrière démarrée en fanfare avec le génial classique mod Green Onions. De fait le son Stax/Memphis est largement lié à l'aventure Booker T and the MGs bien qu'il ne faille pas négliger l'apport des Mar-Keys et des Bar-Kays. Time Is Tight de 1967 est enregistré par le line up classique du groupe: Booker T Jones à l'orgue, Steve Cropper à la guitare, Al Jackson Jr à la batterie et Donald Duck Dunn à la basse. On retrouve un certain nombre de ses musiciens dans le film Blues Brothers ! Rendons hommage au jeu de guitare à la Télécaster de Cropper, économique, reconnaissable entre tous, et redoutablement efficace. Un très grand guitariste qui n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur ! Bien sûr le reste de l'équipe est au moins aussi bonne et tout ce beau monde joue à merveille sur ce classique. Certes il n'est pas dansant comme Green Onions mais il démontre l'étendu de la palette de la formation.


Nous avions déjà évoqué Jess & James ici même il y a huit ans ! Pour les absents, réaffirmons à quel point ce groupe est européen dans son essence. Les frères Lameirinhas (Wando et Toni) naissent au Portugal. Jeunes ils fuient la dictature, d'abord en Angleterre, puis en Belgique. Là, ils montent l'une des plus belles formations de soul du continent: Jess & James. Le groupe est un melting pot de nationalités... Populaires en Belgique, ils le sont aussi en Espagne (où le groupe enregistre des versions spécifiques de certains morceaux comme move ou something for nothing). Après la séparation avec le JJ Band, Jess & James s'installent aux Pays Bas. Change est un de leurs classiques: nerveux, dansant, super accrocheur ! Un excellent morceau qui prouve que l'Europe continentale savait se défendre en matière de soul music !  La face B Julie's Doll est dans un registre plus psychédélique, elle est également très intéressante.
  

lundi 21 août 2017

Achats Récents #14 Bubblegum !

Second épisode des achats barcelonais avec une spéciale Bubblegum. Le genre musical était destiné aux adolescents (et pré-ados) de la fin des années soixante. Il connaît son heure de gloire entre 1968 et 1970 mais inspira de nombreux autres producteurs par la suite. Style souvent snobé, il mérite pourtant d'y consacrer un peu de temps ne serait-ce que pour les passerelles avec d'autres courants que nous apprécions particulièrement comme le psychédélisme ou le garage-rock. Avantage: les disques sont rarement chers ou recherchés (sauf quelques références très précises comme Captain Groovy & His Bubblegum Army) comme en témoigne les 9€ dépensés pour ces 4 simples.

Si, au sens stricte, la bubblegum pop fait référence à une période très précise, la musique préfabriquée à destination des adolescents est une constante depuis les années cinquante. Aux idoles un peu trop crues et sauvages que furent Elvis, Chuck Berry ou Eddie Cochran, les maisons de disques préférèrent bien vite développer leurs propres champions et inondèrent le marché de Frankie Avalon ou de Fabian, plus acceptables pour les parents et contrôlables par les maisons de disques. Au début des années soixante, les songwritters du Brill Building comme Gerry Goffin et Carole King ou Ellie Greenwich et Jeff Barry imposèrent leur style sur la pop signant une quantité incalculables de classiques. Il en fut de même pour Phil Spector (Shangri-Las, Ronettes) et bien sûr la Motown (Four Tops, Supremes). Jusqu'ici il était surtout question de division du travail entre compositeurs, arrangeurs, producteurs et interprètes... The Monkees, un groupe monté sur casting pour une série télévisée inspirée d' A Hard Day's Night des Beatles, poussèrent la logique encore plus loin, aux portes de la pop bubblegum. Don Kirshner, éditeur émérite, fut en effet chargé par la production de fournir des hits aux groupes, il fit alors appel aux équipes de Brill Building parmi les plus célèbres comme Boyce & Hart (last train to Clarksville ou I'm not your steppin' Stone). Le groupe fut cependant vexé de ne pas participer à la création artistique et reprit par conséquent le pouvoir... Don Kirshner, amer, eut cependant l'occasion de rebondir et d'aller encore plus loin dans la logique de contrôle en créant un groupe virtuel de toute pièce pour un dessin animé: The Archies. 

La pop bubblegum était née et réglait les problèmes d'égos des musiciens. Elle permettait au label / manager / producteur une main mise totale: image, écriture des chansons (confiées à des professionnels), interprétation par des musiciens de studio etc. On considère généralement Green Tambourine publié en novembre 1967 des Lemon Pipers comme le premier tube bubblegum. Il lança en tout cas une période faste pour le label majeur du genre: Buddah Records. En effet, sous l'égide des producteurs Jerry Kasenetz et Jeffrey Katz (Super K Productions) ainsi que du directeur général Neil Bogart, le label inonda le marché de tubes de groupes factices ou absents lors des enregistrements de leurs simples... Ils s'appelaient, Ohio Express, Archies, 1910 Fruitgum Co. ou encore Crazy Elephant et pendant quelques années ils firent les poches des adolescents qui se jetaient sur leurs nouveaux 45 Tours... Artistiquement la pop bubblegum emprunta au versant léger du psychédélisme comme au garage-rock. The Music Explosion expriment cette parenté: ils sont souvent considérés comme appartenant aux deux. Les chansons étaient souvent simples, répétitives, très accrocheuses, avec des rythmes dansants. Le nom fait référence à la profusion de référence à la nourriture et plus particulièrement au sucre dans les chansons (Sugar Sugar, Yummy Yummy Yummy ou encore Chewy Chewy), l'occasion de double-sens pas si innocents. L'efficacité des faces A rendait l'exercice de la face B plus libre et propice à délires de studio. Ainsi nous retrouvons d'excellentes faces B, parfois très violentes, au dos de tubes consensuels et efficaces. 

Si l'on ne peut les qualifier à 100% de pop bubblegum, l’œuvre de groupes comme The Osmonds, The Cowsills ou Tommy James and the Shondells évoluèrent à très grande proximité... La pop bubblegum fut de courte durée mais démontra la possibilité de créer des projets de studio de toutes pièces et avoir énormément de succès. Elle fut ainsi précurseur du travail de Nicky Chinn et Mike Chapman dans le glam avec The Sweet ou Mud ou encore du groupe Bay City Rollers. D'autres y firent leurs armes comme certains des membres de 10cc qui travaillèrent pour Super K Productions. Enfin elle influença durablement la musique pop, notamment des groupes comme The Rubinoos ou les Paley Brothers.  

Simon Says par 1910 Fruitgum Co. est un des énormes tubes du genre. Je lui préfère la très bonne face B Reflections from the Looking Glass aux effluves psychédéliques. Un excellent travail de studio pas si éloignée que ça du garage ou de la sunshine pop.


Roll It Up face B de Mercy est une des bonnes incursions des Ohio Express dans le garage-rock. Si le morceau n'est pas aussi mythique que Try It (reprise par The Attack), il fait plus que la blague et s'en sort avec les honneurs ! Orgue marqué, chorus de voix pompé sur land of 1000 dances et morgue à la Mitch Ryder: pas mal pour de la pop bubblegum !


Techniquement, on pourrait me rétorquer que ce n'est pas nécessairement un single bubblegum. En tout cas il a été publié par Kama Sutra, label collaborant à l'époque avec Buddah Records et  The Rapper comporte certaines caractéristiques typiques du genre: mélodie simple, répétitive et catchy, rythmiques marquées. The Jaggerz avait sorti un premier album sur le label de Gamble et Huff pour l'anecdote.


Finissons en beauté avec un très bon simple des 1910 Fruit Gum Co. de 1970. When We Get Married sonne comme un joli hommage au Wall of Sound de Phil Spector à mi chemin entre les Dixie Cups et The Ronettes, l'usage des castagnettes ne trompe pas ! La face B est une fascinante curiosité. Baby Bret est un instrumental plutôt rock & roll avec une bonne dose d'effets psychédéliques et spatiaux ! On pense évidemment à Psyché Rock par exemple !

vendredi 16 juin 2017

Achats Récents #9

The Whispers est un groupe américain de soul formé à Watts (près de Los Angeles) en 1964. La formation est particulièrement connue pour ses tubes de la fin des années 70 comme And the Beat Goes On. Comme de nombreux groupes ayant traversés les décennies (Temptations, Isley Brothers, Steve Wonder) leur musique a évolué en fonction des époques. Needle in a Haystack est la face B du tube Seems Like I Gotta Do Wrong (#6 des charts R&B). La chanson est une très jolie production soul de 1970, elle évoque à travers son tempo modéré et son groove irrésistibles les classiques de Billy Stewart ou de The Impressions. Plutôt étonnant compte tenu qu'il s'agit d'une production 100% californienne écrite par deux membres du groupe. Peut-être un peu lent pour être joué en soirée mais à tenter ne serait-ce que par l’irrésistible accélération...

 
Vous connaissez certainement les 4 Seasons pour leur magnifique classique Beggin repris depuis pas mal de fois dont quelques versions de sinistre mémoire. Ainsi, plutôt qu'évoquer ces Norvégiens avec "con" dans le nom qui ont profané cette superbe chanson, mentionnons la délicate reprise par Timebox. Au delà de la voix fantastique de Frankie Valli, rendons hommage à Bob Gaudio, clavier du groupe et co-auteur de nombreux classiques de la formation (Sherry, Rag Doll, Beggin, Can't Take my Eyes off You, Silence is Golden...). S'il ne participe pas à l'écriture de Let's Hang On! son camarade d'écriture Bob Crewe en est. Crewe n'est pas un membre officiel de la formation mais son rôle est essentiel dans la carrière du groupe par ses qualités d'écriture et de production. Il met également ses talents au service de Mitch Ryder and the Detroit Wheels. Profitons ainsi de ces quelques lignes pour saluer la mémoire d'un de ces hommes de l'ombre ayant façonné la pop des années soixante discrètement mais avec classe et élégance. J'ai d'ailleurs découvert cette chanson par l'entremise d'une version assez réussie de Richard Anthony, intrigué par les crédits de celle-ci et la présence de Crewe je remontais ainsi aux 4 Seasons. Let's Hang On! ressemble assez à l'idée que je me fais de la Blue Eyed Soul même si techniquement cela n'est pas considéré comme tel. Des arrangements délicats et groovy (cuivres, guitare fuzz, vibraphone), la voix haut-perchée de Valli, de superbes mélodies, l'ensemble constitue une invitation à la danse et au lâcher prise... 


The Reflections est un groupe blanc de doo wop/blue eyed soul du milieu des années 60 de Détroit. Ils cartonnent en 1964 avec (Just Like) Romeo & Juliet que vous connaissez peut-être à travers la version de Michael and the Messengers intégrée à la toute première compilation Nuggets. Le groupe peut-être considéré à certains égards comme un one hit wonder néanmoins nous pouvons apprécier le reste de leur discographie, notamment la face B de Poor Man's Son sorti en 1965. Comin' at You est un excellent morceau uptempo, groovy, avec de jolis arrangements et un excellent travail dans les voix (dans lequel on perçoit nettement l'influence doo-wop) !


The Paupers est un groupe canadien de Toronto de pop psychédélique des années 60. Ils ont sorti de deux véritables albums: Magic People en 1967 et Ellis Island en 1968. Magic People est donc le morceau-titre de ce premier ouvrage et surtout un excellent morceau de pop psychédélique. Les harmonies sont particulièrement réussis, le son de la guitare très chouette et le pont psychédélique avec l'écho si typique de l'époque ! Ce n'est pas forcément un grand morceau du genre mais néanmoins une bonne surprise qui rejoint ma collection avec grand plaisir et que j'aurais peut-être l'occasion de glisser dans une émission de radio ou un mix (voir les deux)...


mercredi 14 juin 2017

Achats Récents #8

Déjà le huitième épisode d'achat de disques ! Celui-ci est partagé entre achats sur le net et en disquaires, profitons de l'occasion pour dire un mot sur ces derniers.

Born Bad est une institution parisienne, située initialement rue Keller (dans laquelle je vous recommande Pop Culture Shop), elle est désormais au 11 rue St Sabin, toujours dans le quartier de Bastille. Connue pour être une boutique orientée garage, punk, surf, rock&roll, les styles proposés évoluent régulièrement s'ouvrant au post-punk, à l'expérimental etc. éclectique à l'image des goûts de Mark et Maxime. Le disquaire mêle neuf et occasion. Coté nouveauté, Born Bad est l'une des boutiques les plus attentives au prix, il est probable que le catalogue de In The Red ou Castle Face y sera moins cher que dans la plupart des boutiques généralistes indépendantes françaises, la boutique travaille d'ailleurs régulièrement en direct avec les labels. Coté occasion, les prix sont très variables (depuis un euro jusqu'à des centaines) et généralement proches des prix du marché (en fonction de l'état bien sûr). N'espérez pas y faire une affaire de dingue mais par la sélection offre souvent de très belles pièces que l'on voit rarement chez les disquaires et généralement plutôt réservées au net ou aux conventions. De fait si vous cherchez à vous faire plaisir sur des disques de collection en sixties, punk, français etc. il y aura sûrement un vinyle pour vous chez Born Bad ! Personnellement c'est une de mes deux boutiques de neuf principales (avec Pop Culture) et un des mes endroits préférés pour le 60s d'occasion à Paris.

Plus de Bruit est une boutique également très connue des amateurs parisiens, situé au 35 rue de la Rochefoucauld. Nous sommes nombreux à nous accorder pour dire qu'il s'agit d'un des meilleurs spots d'occasion à Paris. Jean Paul a un choix très varié, pointu aussi bien en rock indé, punk, garage, jazz qu'en rock français. Les disques sont l'immense majorité du temps dans un état irréprochable: voir des EPs 60s français en EX/EX ça n'a rien d'une évidence ! Les prix sont très honnêtes, les collectors pas très chers (politique de prix de la maison) et on peut en plus y faire quelques bonnes affaires. En revanche Jean-Paul fait très rarement des prix sur l'addition finale mais honnêtement ce n'est pas bien grave car nous sommes toujours assuré de repartir avec des disques intéressants, pas courants et dans un état fantastique. Au fil du temps, j'y ai trouvé aussi bien de l'indie (des disques Sarah, AR Kane, Sneetches, Chapterhouse, Cast, Telescopes) que du français (Asphalt Jungle, X Ray Pop, Ticket,...). 

Alice Dona est une chanteuse bien connue des amateurs de sixties français. Si elle est absente de la célèbre série Swinging Mademoiselle référence absolue du genre, on la retrouve citée dans la série Ultra Chicks notamment avec le morceau principal que nous allons évoqué. Au rayon biographie, notons qu'Alice Dona écrit une grande partie de ses morceaux. Elle fait par la suite carrière dans le songwritting, dans les années soixante dix, signant pour Serge Lama, Joe Dassin, Dalida, Sylvie Vartan etc. Au milieu des années soixante elle se marie avec Bernard Ricci des Célibataires (groupe dont je pourrais éventuellement parler un jour) avec qui elle a Raphaëlle Ricci, coach artistique bien connue des gens qui ont regardé la télévision dans les années 2000 (je vous donne un indice: une émission qui a eu pendant une saison une reprise de Gilbert Bécaud en générique). C'est pas Prudent est une composition co-signée par Alice Dona et un certain Bob Roberts (en tout cas selon discogs). Je n'arrive pas à savoir s'il s'agit d'une reprise ou d'une composition originale, je penche plus pour la seconde option... Néanmoins voilà un super morceau early 60s groovy avec un excellent orgue et une orchestration réussie. Sur un tempo modéré dans un style qui me semble proche du pop corn oldies Alice Dona nous narre le plaisir de rouler vite, un sujet politiquement incorrect en 2017 ! 
 
 
Continuons avec cette curiosité de Georges Jouvin Trompette d'Or. Pendant les années 60 et 70, il fut un grand vendeur de disques en France à partir d'un répertoire de reprises effectuée à la trompette. Il fut administrateur et vice-président de la SACEM également. La demoiselle l'accompagnant sur la photographie semble être sa femme Dominique souvent présente sur les pochettes de ses disques. Il me semble que son répertoire habituel n'est guère au goût de ce blog, mais peut-être se cache-t-il quelques curiosités à découvrir en plus de celle-ci ? je vous promets d'enquêter ! Cet EP est très convenable dans l'ensemble avec une excellente surprise qui m'avait fait mettre le disque sur ma wantlist puis l'acheter le week-end dernier: Rhythm & Blues For Trumpet. Si l'arrangement légèrement Tijuana Brass à la Herb Alpert a un petit coté ringard, c'est largement contrebalancé par une super assise rythmique (le son de la batterie et de la basse sont excellents) et un excellent orgue ! Plaisir légèrement coupable mais étonnante curiosité bien groovy à l'image de la pochette !


Attention, un 45 tours non référencé sur discogs ! Cependant il est possible de trouver quelques informations sur le net et ... du son. Paul Sylvan de son vrai nom Léoni, n'a sorti sous ce pseudo que cet unique 45 tours en 1964 mais il a fait quelques 45 tours supplémentaires dans les années 70 sous son véritable nom. À noter qu'un article de 2012 du Parisien est consacré à son combat pour les séniors. L'EP dans l'ensemble est de bonne facture dans une veine twist mais le meilleur morceau est certainement Si Nous Portons Blouson un excellent morceau groovy avec de l'orgue, un peu dans une veine pop corn oldies comme le morceau d'Alice Dona mentionné précédemment. Il est accompagné par un orchestre dirigé par Gérard Levecque (orthographié ainsi sur le macaron), probablement le Gérard Lévêque qui fut membre du groupe de Django Reinhardt et de l'orchestre de Jacques Hélian.


Finissons cette huitième session par un groupe américain de funk des années 70 The Jimmy Castor Bunch. Luther The Anthropoid est un copié-collé réalisé un an plus tard du tube qui a fait connaître la formation: Troglodyte (Cave Man). Bien que la recette soit identique, cela fonctionne tout aussi bien ! La rythmique est sauvage et puissante, deux guitares se répondent dont une fuzz diabolique, Jimmy Castor hurle, nous conviant à une fête orgiaque et primitive... Pour l'instrumentation cela me fait penser à la phase psychédélique des Isley Brothers en plus dansant, tandis que la voix évoque Screamin' Jay Hawkins ou Arthur Brown dans cette manière de théâtraliser le chant. Excellent morceau (face b moyenne en revanche) !

mardi 6 juin 2017

Achats (très) récents #4

Les puces restent un de mes endroits préférés à Paris pour trouver des disques inhabituels, originaux. Je ne suis généralement pas assez courageux pour regarder les stands brocantes avec quelques bacs de disques non triés au milieu de choses diverses (vaisselles, bibelots, livres etc.), je me concentre donc sur les disquaires (ou les stands de disques) avec une préférence pour la zone autour de la rue Jules Valles qui comportent quelques figures comme le Yéti ou Copa Music. Je vais moins souvent dans la zone du Marché Dauphine (marché consacré à la collection) car j'y trouve les prix généralement un peu trop chers. 

Hier, j'étais donc aux Puces, je vous présente quelques unes de mes trouvailles chez Beatsqueeze, un de mes arrêts favoris à Clignancourt. Bien que la boutique soit plutôt réputée pour le hip hop, elle offre un choix vraiment intéressant en 60s/70s (notamment français) pour ceux qui aiment se faire surprendre et préfèrent trouver ce qu'ils ne cherchaient pas. Ajoutons que les proprios sont très cultivés (et curieux), comprennent mes goûts et sont réglos sur les prix: un très bon endroit !

Les Furys sont une formation québécoise (Montréal) auteurs de deux singles en 1965: Aide Moi et Michelle (qui comprend à nouveau Aide Moi en face B). Ils ont également sorti deux singles sous le nom de Joyce Germain and The Fabulous Furys en 1964, a priori deux fois le même couplage mais chanté en anglais puis en français ! Aide Moi, paru sur le label Trans-Canada, est une excellente composition originale aux inflexions beat/garage avec une touche r&b ! L'autre face ne présente en revanche aucun intérêt.


Continuons avec les Countdown Five un groupe américain (a priori du Texas) auteurs de six simples entre 1965 et 1969. Shaka Shaka Na Na est leur dernier et le seul à avoir bénéficié de pressage européen notamment en Suède, Italie ou Allemagne (sur Hansa, le pressage que j'ai). Groupe souvent présent sur les compilations garage (la liste), ce dernier simple ne fait pas exception à la règle bien qu'étant tardif: Shaka Shaka Na Na contient en effet quelques éléments typiquement garage (voix arrogante, guitare fuzz, orgue criard...) cependant impossible de ne pas noter la petite touche bubblegum (voir proto-glam si l'on veut ?) notamment grâce à une rythmique très puissante parfaite (et une ligne de basse très Cool Jerk des Capitols) pour danser ! Bref ce sera sûrement pas assez garage pour les puristes, pour ma part j'aime beaucoup!

 

Gérard Brent est un musicien français, auteur de quatre quarante-cinq tours entre 1964 et 1965. Il participe par la suite à l'aventure Chats Renaissances et les Visitors deux projets lié au fameux producteur JP Massiera. La Fille Qui Me Plait est une très bonne version du classique Hippy Hippy Shake dont on connaît souvent plus la reprise merseybeat par les Swinging Blue Jeans que l'original rock & roll de Chan Romero. Avec une instrumentation réussie (notamment un très bon orgue) signée Bernard Gérard (un habitué de ces colonnes), Gérard Brent signe une très bonne adaptation de ce classique du répertoire beat dans une version assez différente de l'original ou de la reprise de référence.

 
Finissons cet article sur The Mojo Men un groupe garage/folk-rock de San Francisco surtout connu pour leur classique Sit Down I Think I Love You (une reprise de Buffalo Springfield) que l'on peut notamment entendre sur la compilation Nuggets originale (voir mon article à ce sujet) ! Le groupe travaille avec le label Autumn dans lequel on retrouve les géniaux Beau Brummels et...Sly Stone en producteur avant qu'il ne monte sa Family ! L'intéressé enregistre d'ailleurs ce 45 tours. Si la face B ne présente pas d'intérêt majeur (un peu trop niais), Dance With Me est un très bon petit morceau garage-rock avec ce qu'il faut de niaque !


samedi 8 avril 2017

Surprise: les Osmonds ont fait de bons morceaux !

J'ai super la flemme de faire l'historique des Osmonds un groupe de frangins qui chantent à la télé depuis les années cinquante et lancé comme réponse aux Jackson 5 au début des seventies... Il s'agit d'un groupe américain de pop bubblegum dans la pure tradition du genre (Monkees, Bay City Rollers etc.) généralement assez tiède et anodin. Il y a cependant quelques bons morceaux, j'en connais en au moins deux que je vais vous présenter aujourd'hui, peut être en existe-t-il d'autres ?

Le premier est certainement le plus connu et identifié des deux: Crazy Horses , un tube de 1972, extrait de l'album du même nom (un de leurs plus personnels). Le titre est une charge contre la pollution des voitures, une préoccupation encore nouvelle à l'époque mais déjà dans l'air du temps comme en témoignent certains films de science fiction contemporains comme Silent Running (1972) ou Soleil Vert (1973). La chanson ne fait pas dans la dentelle proposant un hard rock puissant, groovy et énergique. Si les cuivres rendent la chose un peu  plus acceptable, voilà une performance assez sauvage et remuante à sauver du bac à daube de votre disquaire !


Autre bonne surprise à sauver dans le répertoire de nos américains bien sous tout rapport: leur reprise de Fever. Et oui ! Encore une ! Impossible de se lasser de cette chanson non ? Sorti en 1974 sur l'album Love Me For A Reason et en Face B du 45T du même titre, les Osmonds amènent la chanson dans un registre funk teinté de soul psychédélique du plus bel effet. Certes la prestation vocale n'est pas nécessairement à la hauteur de ce qu'auraient pu faire un groupe Motown mais c'est quand même fort sympathique cette affaire ! Les arrangements sont très cool et bien fichus (guitare wah-wah, clavinet, flûte...). 

Les Osmonds s'inspirent, avec une certaine réussite de formations vocales noires comme les Chi-Lites, les Temptations (Papa Was A Rolling Stone)  ou encore les O'Jays (les premières notes de basse évoque For The Love Of Money). D'une certaine façon Fever actualise, avec l'apport du funk, la musique que jouaient les frères dans les années cinquante: le style Barbershop. En effet, au delà de l'instrumentation typée soixante-dix, la structuration des voix (baryton, ténor, soliste...) renvoie aux origines vocales du groupe, un point commun avec les groupes soul psychédélique qui s'ils s'éloignent du Doo Wop (genre lui même inspiré du Barbershop) n'en gardent pas moins une répartition des voix proche.


mardi 21 février 2017

Once & Future Band "Once & Future Band"

Tame Impala aurait-il ouvert une boîte de pandore avec Lonerism (2012) ? Si nous avions assez vite classé le groupe australien comme figure de proue du renouveau psychédélique, il faut pourtant reconnaître que le classique de Kevin Parker a beaucoup œuvré à la réhabilitation de Todd Rundgren et plus généralement d'une pop voluptueuse et maximaliste typique de la féconde décennie soixante-dix. En 2016 le succès étonnant des Lemon Twigs confirme l'intérêt d'une partie du public pour une musique ambitieuse et une certaine pyrotechnique instrumentale. Autre signe des temps, la proposition artistique d'Aquaserge marquée par la pataphysique, le rock cérébral de Zappa et la virtuosité espiègle de la scène Canterbury rencontre de nombreux échos favorables. Si tous ces groupes ont peu en commun, les ingrédients semblent réunis pour une réhabilitation en grande pompe des maudites seventies ! Celles que l'on a aimé haïr étant plus jeunes pour leur emphase et leur démesure... 

Once & Future Band , un groupe d'Oakland contribue à sa manière, très personnelle, au mouvement. Leur premier album, sans titre, publié par Castle Face, est semblable à une créature hybride génétiquement modifiée réunissant nombre de traits saillants de la musique 70s. Pas la plus présentable: clinquante dans sa débauche de richesse, excessive dans sa virtuosité et sa maîtrise. À leur sujet, il sera possible de citer nombre de genres majeurs de la décennie: jazz-fusion (Mahavishnu Orchestra), rock progressif, pop (ELO, Steely Dan, Todd Rundgren, Sparks)... Pourtant ils ne ressemblent guères à l'un d'entre eux ! Once & Future Band est une pièce montée bourrée de chantilly et de sucre mais paradoxalement assez digeste. La formation californienne arrive en effet à créer un subtil équilibre entre pur plaisir et exigence (instrumental, écriture). Once & Future Band déploie par touche une vulgarité  agissant sur les neurotransmetteurs de plaisir du cerveau. Il écluse les poncifs et les détourne: basse au moog, soli de guitare baveux, accords enrichis ou ponts alambiqués, tout y passe, crème.  Une délectation que l'on accepte sans broncher tant il dégage de l'ensemble une sérénité: l'agréable sensation de laisser le volant à quelqu'un conduisant avec une habilité irréprochable, capable de flirter avec le danger sans jamais perdre son sang froid. 

La formation californienne a pour elle d'écrire des chansons vraiment impressionnantes, aussi évidentes que baroques. Once & Future Band est ainsi rarement pris à défaut, peut-être Hide & Seek marque-t-elle une légère baisse de régime, et encore... Juste un peu moins lumineuse que les autres. Dès l'inaugural How Does It Make You Feel ? nous sommes happés par l'ingéniosité contenue dans ces six minutes dont le lyrisme évoquerait presque Queen. Ultra casse-gueule et pourtant les Californiens arrivent à bâtir une véritable cathédrale sonore jouissive et tape à l’œil. La suite est du même tonneau, la face B étant particulièrement monumentale. S'ouvrant sur la vibrante Rolando aux accents jazz-funk, elle se conclue sur une note plus sombre sur la toute aussi ondulante Standing in the Wake of Violence. L'arpège synthétique vous restera longtemps en tête, il imprègne le cerveau comme la lumière une pellicule photographique. Magnetic Memory est un autre moment mémorable dont l'essence capte l'esprit de la musique soul sans toutefois totalement se conformer à ses canons.  Sept chansons seulement car  Once & Future Band prend son temps pour développer ses idées: entre 4 et 6 minutes. L'ensemble, malgré des durées généreuses, sonne heureusement compact donnant d'autant plus d'impact à ce premier album. 

Dans une interview, le groupe mentionnait l'importance du hip-hop dans leur conception de la musique. Si le genre n'est présent qu'occasionnellement en filigrane sa curiosité pour la musique rayonne largement ici. Il y a ici en effet une démarche proche de ces diggers qui piochent des samples dans d'obscurs disques: les influences sont utilisées littéralement mais détournées du contexte originel.  Elles prennent alors un sens nouveau apportant une couleur particulière à cet ambitieux disque de pop qui va, à n'en pas douter, avoir ses adeptes et ses détracteurs.