samedi 3 décembre 2016

Pierre Vassiliu "Film"

Dans le panthéon des hits novelty français mémorables figurent certainement Qui c'est celui-là ? de Pierre Vassiliu. Pourtant, au delà de l'humour qui irrigue le fameux tube de 1973 et du look gaulois évoquant celui de David Crosby, le chanteur mérite que l'on s'attarde un peu sur ce disque...

Qui c'est celui là? est une reprise d'un classique brésilien: Partido Alto de Chico Buarque. Il ne s'agit pas de l'unique reprise d'une chanson sérieuse auriverde devenu tube rigolo en France. 4 ans plus tôt, un autre musicien au parcours solide, Marcel Zanini, surprend la France avec Tu veux ou Tu Veux Pas. Les deux chansons ont d'évidentes similitudes et eurent des conséquences proches pour leurs interprètes: pas mal de pépètes mais l'impossibilité de faire oublier le hit décalé. L'intérêt pour la musique brésilienne de Vassiliu n'avait pourtant rien d'un coup: sa sœur Annie, également chanteuse, après avoir été de l'aventure Double Six, participe aux Masques en 1969,  Pierre y vient pousser la chansonnette sur l'excellente Invitation. Néanmoins, Qui c'est celui là?, malgré sa couleur bossa chatoyante, n'aurait pas autant capté l'imaginaire de l'époque sans son excellent texte (signée de Marie, sa femme à l'époque) évoquant la figure classique de l'outsider qui choque le bourgeois mais choppe sa fille (ou sa femme).   

La face B Film mérite peut-être encore plus votre attention. Composition originale signée Marie Vassiliu et mise en musique par l'émérite Claude Engel (ex-Magma), le titre s'étire sur plus de cinq minutes. La chanson narre les errances d'un narrateur à la recherche de sensualité bon marché dans les rues de Paris la nuit...Un thème que nous retrouvons quelques années plus tard dans le tube Chacun Fait Ce qui Lui plaît de Chagrin d'Amour. Autre détail intrigant: Pierre Vassiliu et Gregory Ken (de 10 ans le benjamin du moustachu) adoptent tous les deux un chant proche du parlé, talk-over pour le premier et une forme de rap pour le second. Au delà des anecdotes, Film synthétise son époque, formant ainsi une pastille temporelle des années 70: depuis la marque de cigarettes jusqu'aux références au contexte historique. La chanson pourrait facilement sombrer dans le glauque, il n'en n'est rien; une sorte d’onirisme et de beauté s'en dégagent, parfaitement habillés par une musique répétitive et lancinante au climat vaporeux et trouble...

jeudi 1 décembre 2016

The Troggs "Strange Movies"

Le premier et unique article sur les Troggs sur ce blog remonte déjà à plus de sept ans. Un récent achat aux puces d'un 45 tours seventies était une occasion inespérée d'en dire un peu plus sur cet excellent et (relativement) méconnu groupe.

Quand on pense à la british invasion le groupe d'Andover dans le Hampshire n'est probablement pas le premier qui vienne à l'esprit. Les Troggs n'ont ni la grâce des Beatles, l'élégance des Kinks, l'énergie des Who, la fougue des Yardbirds ou l'arrogance des Stones... Pourtant ils ont aussi leur truc bien à eux, celui qui leur assurera toujours une petite place spéciale dans le cœur des rockeurs et en particulier les plus bruyants d'entre eux: ils sont terriblement sauvages. Ni raffinés ni délicats, les Troggs excellent dans l'art d'évoquer sans équivoque le sexe. Leur tempi intermédiaires, les batteries martelées aux toms, les guitares lourdes et poisseuses, les sous entendus de Reg Presley contribuent ainsi à créer un climat particulièrement pénétrant et suintant... 

Quand ils arrivent en 1966, ils sont déjà en retard... ou en avance ! Les Beatles révolutionnent la pop avec Revolver, le Summer of Love se profile et voilà une armée de costauds un peu rustre endimanchés dans leur costume rayé faire des odes sexuelles à peine codées (Wild Thing etc.). Le son est cependant unique, pesant, puissant, comme un tracteur labourant inlassablement la même terre... On qualifie ainsi souvent I Want You de morceau proto-hard rock, cela n'a rien d'une vue de l'esprit, les accords lourds et puissants du groupe britannique évoquent sans peine les forges de l'enfer à venir quelques années plus tard... Il y a aussi une autre descendance: le punk rock. Des Cramps, Stooges ou MC5 en passant par les Dirtbombs, ils doivent tous un petit quelque chose à ces mecs venus d'une ville de 50 000 habitants ! 

Les Troggs sont fantastiques car ils ont su rester fidèles à leur son, bien sûr ils ont fait quelques tubes un peu plus faciles cédant aux fleurs dans les cheveux, mais l'appel du bas ventre ne les a jamais quitté et ils ont su commettre quelques belles giclées de garage salace dans les seventies. Il est ainsi étonnant de les voir persévérer jusque dans les années 80 sans réellement s'être arrêté. S'ils ne sortent pas d'albums entre 1970 et 1975, le groupe commet quelques forfaits de grande envergure (quoi que d'impact fort limité dans les chats) en simple. Deux d'entre eux au moins retiennent l'attention, démontrant que les Troggs restent les Troggs et ne soucient guère de l'air du temps, prenant leurs aise avec le glam y injectant une attitude punk presque unique ! On citera ainsi par exemple la géniale Strange Movies morceau glam scabreux aux inflexions Sweetiennes (le synthé bien pouet-pouet sorti d'un disque de Chicory Tip!) mais avec la morgue unique de Reg Presley. Pour ne rien gâcher, la face B I'm on Fire est plutôt bien branlée également.


mardi 29 novembre 2016

Soft Candy "Bixarre Luv Pyramids / Song for Ellie Mae"

HoZac est à n'en pas douter, l'un des labels dont je possède le plus de disques. Ils ne sont pas tous fantastiques mais ont tous néanmoins du charme, oscillant entre le plaisant des artisans et l'époustouflant des artistes. La structure de Chicago a toujours su garder un cap et rester fidèle à un certain esprit punk sans non plus le caricaturer ou trop chercher à y coller à la culotte. Je les aime pour ça: les années passent et je me retrouve toujours à succomber à un groupe qu'ils me font découvrir. Le label fut a une certaine époque pourvoyeur de noms désormais bien connus de l'underground américain et même mondial: The Limiñanas (le premier label à avoir sorti quelque chose du duo français!), Smith Westerns, Jacuzzi Boys ou encore les Dum Dum Girls... Aujourd'hui peut-être un peu moins pillé par la concurrence, les noms ne sont plus aussi célèbres mais conservent le sceau de qualité de l'organisation de l'Illinois. C'est notamment le cas d'une des dernières sorties en 7 pouces du label: Soft Candy.

Comme de nombreuses autres formations estampillées HoZac, le groupe est de Chicago, la face A Bixarre Luv Pyramids évoque d'ailleurs une autre spécialité locale: les fantastiques People's Temple dont on est sans nouvelle depuis 2014 malgré 4 albums très solides (dont deux chroniqués sur le site ici et !). En effet, le garage psychédélique de ce premier morceau capte ce que nous aimions tant chez People's Temple: le sens de cette musique sans pour autant être trop déférent et obséquieux. Les guitares sonnent comme sur un vieux disques des Byrds mais le bruit de fond crade d'un enregistreur cassette boueux évoquent des productions plus récentes. Soft Candy emballe le tout avec une hargne et une classe folle: Bixarre Luve Pyramids est un super morceau, de ceux qui ravivent votre flamme pour les saintes écritures Nuggets. Le groupe aurait pu se contenter de balancer une face B torchée en deux deux, ils ne l'ont pas fait et remercions les ! Song For Ellie Mae aurait pu être composé par un autre groupe. Certes nous y retrouvons cette couleur particulière des guitares un peu aigrelette et le souffle d'une cassette réenregistrée plusieurs fois mais pourtant Soft Candy s'y fait beaucoup plus délicat et pop. Ce n'est plus le souffle d'Unrelated Segments qui courre mais les mélodies soyeuses de la pop 70s, celles d'un Emitt Rhodes par exemple. Ainsi en deux titres Soft Candy (dont c'est la première sortie vinyle après deux cassettes autoproduites) nous fait une bien jolie impression que l'on espère se confirmer prochainement sur un LP... chez HoZac ?


dimanche 27 novembre 2016

The Sticks "No Sustain EP"

The Sticks est un trio post-punk de Brighton en activité depuis presque une décennie (première sortie en 2007!). Ils ont ainsi publié un premier album en 2009 sur le label anglais Upset! The Rhythm, je ne pense pas avoir évoqué ici ce label mais nous y croisons quelques excellentes formations anglo-saxonnes parmi lesquelles Halo Halo ou encore Sauna Youth... Ils ont aussi édité quelques groupes US intéressants parmi lesquels Spray Paint (pour un single) ou encore l'espoir d'Oakland The World dont on devrait réentendre parler prochainement. Je les découvre pour ma part avec cette sortie (à moins que je n'ai acheté leur précédent 7 pouces chez UTR ? mais j'en doute un peu...).

Après 4 années de silence, les anglais reviennent sur une autre excellente structure: Market Square. Ce label, géré par le musicien Paul Messis, sort généralement d'excellents 45 tours garage avec une touche jangly. On compte ainsi parmi les sorties du label The Young Sinclairs, The Ar-Kaics, Talbot Adams ou encore des groupes du boss lui même (The Market Squares). L'un de ses projets démontre cependant la volonté du label de sortir du stricte carcan garage revival dans lequel nous aurions pu l'y glisser au coté de 13 o'clock ou encore State (probablement le meilleur label actuel dans le genre). Ainsi les Suburban Homes, qui jouissent d'une certaine réputation dans les cercles punk (leur mini album chez Total Punk est parti en quelques jours !), voient Paul Messis devenir un apôtre d'un punk DIY évoquant les TVP par exemple.

The Sticks entretiennent une certaine parenté avec le dernier projet de Messis: moins violent et virulent le trio tire pourtant son essence d'une période proche temporellement comme géographiquement: le post-punk britannique angulaire de la fin des années 70 avec la fameuse touche DIY. En 4 morceaux, le No Sustain EP nous plonge dans les méandre de guitares bancales et légèrement dissonantes, de rythmiques joviales et discoïdes et d'une bonne dose d'amertume stout épaisse comme un fog plongeant Londres dans une purée de petit pois grisâtre. 

Deux morceaux se dégagent particulièrement des quatre et sonnent comme des petits classiques du genre: No Sustain et Air Atlantis. La première est énergique et vibrante, elle dissone mais garde un pouvoir de séduction évident, elle m'évoque sans que ce soit d'une folle évidence l'inoubliable 2 pints of lager and a packet of crisps please des éphémère Splodgenessabounds. Air Atlantis martèle quant à elle un rythme binaire portée par une basse rebondissant sur les parois d'un château gonflable. Dans sa volonté de tordre le disco elle rejoint ainsi le malicieux projet discordo des géniaux Diagram Brothers, une référence peut-être plus flatteuse et proche de la réalité que le tube novelty évoqué précédemment. The Sticks démontrent en tout cas à travers cet EP la pertinence de leur musique, un excellent 45 tours et une de mes sorties préférées de l'année dans ce support de plus en plus rare malheureusement.


vendredi 25 novembre 2016

Henri Salvador "sex man"

Henri Salvador est un cas à part dans la variété française, il a publié une quantité incroyable de disques et été très populaire pendant plusieurs décennies. On l'imagine généralement en chanteur pour enfants, comique ou au mieux en crooner aux inflexions bossa-nova. Il a été tout cela mais aussi tellement plus...

J'ai pour ma part un faible pour une période méconnue située entre la fin des années 60 et la première moitié des années 70. À cette époque Salvador a son propre label (Rigolo), probablement l'un des premiers labels indépendants français (!) et sort des disques à un rythme frénétique avec la complicité de sa femme Jacqueline (qui gère le business du label: pressage, distribution...). Salvador s'est ainsi presque totalement affranchi du milieu musical français et fonctionne quasiment en autonomie/autarcie. Il continue d'être très populaire et de vendre pas mal de disques notamment grâce à sa collaboration avec les studios Disney mais publie des disques délirants et vite fait en 45 tours à la chaîne. Dans la même logique, il n'est plus dépendant des studios et des musiciens: il enregistre souvent seul dans son home studio situé dans son appartement de la place Vendôme à l'aide notamment d'une boîte à rythmes. Les détails n'ont rien d'anodin: je n'ai pas d'autres exemples d'usage de boite à rythmes en France avant Henri Salvador. Élargissons le spectre: les premiers tubes avec de la boite à rythmes remontent à la toute fin des années 60 et enregistrer chez soit est tout aussi balbutiant (par exemple Something / Anything de Todd Rundgren fut certainement un des premiers, de même que les disques d'Emitt Rhodes...). Henri Salvador dans sa volonté de ne plus être dépendant des maisons de disque a une démarche d'une modernité étonnante et surtout sonne comme absolument personne d'autres à l'époque dans l'Hexagone, un authentique précurseur !

Salvador semble être aussi  sans-filtre et écrit ainsi sur absolument tout et n'importe quoi, c'est notamment le cas de la face A (par ailleurs excellente musicalement) Ah La Garantie Foncière évoquant un scandale financier (comme évoquer sur le très bon article de mon collègue Pol Dodu). La face B est peut-être encore meilleure: Sex Man est un gros délire au texte bien relevé écrit pas le complice de toujours Bernard Michel autour du sexe évidemment. L'époque s'y prêtait particulièrement (l'amour libre, la pilule...) et Salvador avait la réputation d'y être assez porté sur la question, le choix du sujet n'est donc peut être pas si étonnant à l'inverse de l'instrumentation détonante ! Guitare fuzz au son crade, boite à rythmes sous amphétamine, voix perverse... Sur quelques accords jazzy et une mélodie largement pompée sur le thème de Batman, Salvador se lance ainsi dans un inventaire à la Prévert autour du sexe, c'est unique à bien des égards en plus de sonner comme absolument rien d'autre à l'époque en France.

mercredi 23 novembre 2016

The Shadows "Scotch on the Socks"

The Shadows furent un des grands groupes instrumentaux anglais du début des années 60, peut-être même le plus grand ! Avant les Beatles, la Strato Fiesta Red d'Hank Marvin faisait rêver tous les apprentis guitaristes s'échinant à tenter de reproduire le son d'Apache. Le groupe, qui accompagnait aussi Cliff Richards, fut largement ringardisé par la vague Beat. Ainsi en 1966 les Shadows tentent de se relancer et enregistrent le morceau vocal The Dreams I Dream une bluette un peu terne... Les coquins avaient cependant caché sur le simple une fantastique face B: Scotch on the Socks (un jeu de mot avec on the rocks ?). Les Shadows se fendent en effet d'un instrumental groovy avec une fantastique ligne de basse et une guitare dopée à la wah-wah, une pédale sortie en... 1966.

lundi 21 novembre 2016

Wizzard "The Carlsberg Special"

Histoire de rester cohérent avec les deux dernières entrées du blog (Zoo et Ashton, Gardner & Dyke) continuons avec une autre face b instrumentale proggy que j'aime beaucoup (mais je ne sais pas si j'assume à 100%...). 

Wizzard est l'une des nombreuses aventures musicales du génie méconnu Roy Wood. La discographie et les tubes de l'intéressé sont si pléthoriques qu'il serait assez difficile d'en venir à bout au travers d'un seul article ! Quelques pistes: Wood fonde à Birmingham les fantastiques The Move, un des meilleurs groupes anglais de pop psychédélique de la fin des années 60. Il écrit une majorité de leurs classiques (Blackberry Way , Fire Brigade, Here We go round the Lemon Tree, Flowers in the Rain, I can hear the grass grow, Night of Fear...). À la fin de la carrière du groupe, il créé avec Jeff Lynne (qui a rejoint le groupe entre temps, il était précédemment dans le groupe concurrent The Idle Race),  Electric Light Orchestra, au départ side-project de the Move dans l'esprit de The Walrus des Beatles, il contribue largement au premier album mais abandonne le navire après le disque inaugural laissant le seul Jeff Lynne aux commandes, avec le succès que l'on sait (Last Train to London, Mr Blue Sky, Evil Woman...). De son coté Wood fonde donc Wizzard, un groupe dont les singles (absents des LPs) sont de sublimes pastiches du Wall of Sound spectorien tandis que le premier album est plus intello, étrange, bancal... On imagine la surprise des auditeurs de l'époque !

Le simple Ball Park Incident exprime assez bien la dichotomie entre les deux Wizzard: la face A est un exercice de style glam de facture honnête (mais à mon avis pas aussi fantastique que See My Baby Jive ou Angel Fingers qui sont des perfections pop) tandis que la B The Carlsberg Special (Piano's demolished phone 021 3734472), extraite de l'album (et écrite par Bill Hunt un ancien de The Move et ELO), est un instrumental rock progressif aux influences classiques largement plus inspiré, amusant, sauvage que les néerlandais d'Ekseption ! Bref une curiosité en simple pas bien chère mais fort sympathique...

Avec le recul il apparaît logique que Roy Wood soit parti d'ELO: Lynne et Wood sont aussi différents que semblables. Les deux excellent dans l'art de la chanson pop mais sont également des pasticheurs ayant poussé l'exercice au rang d'art: de véritables maîtres faussaires. Cependant, là où Lynne assume complètement d'être pop et en joue, Wood est plus instable, il semble vouloir maltraiter ses dons pour les chansons...Ce qui ne l'empêche pas évidemment d'en écrire un paquet de fantastiques telles que les nombreuses mentionnées ici !


vendredi 18 novembre 2016

Ashton Gardner & Dyke "Delirium"

Ashton, Gardner & Dyke est un groupe britannique dans un style oscillant entre jazz-rock et blue eyed soul. À noter que le Gardner n'est autre que Kim, ancien membre des Creation et The Birds. La formation est surtout connue pour le morceau Resurrection Shuffle  (youtube) un titre repris notamment par Tom Jones (les deux versions sont très chouettes d'ailleurs). Ils ont publié 4 albums entre 1969 et 1972. On est dans un registre encore une fois (après Zoo !) proche de Blood Sweat & Tears, Chicago, Spirit. 

La face A du single Can You Get It  (youtube) tente de refaire le coup de Resurrection Shuffle mais sans en avoir la magie, c'est très honnête mais ça a du mal à totalement m'enthousiasmer pour autant... Bien sûr, la bonne surprise du disque est sur l'autre face... l'inédit instrumental Delirium. Le titre évoque un autre délire celui des italiens... Delirium et d'une de leurs faces B: Deliriana (youtube). S'agit-il d'un simple hasard ou d'un clin d’œil volontaire ? Difficile de trancher, néanmoins les anglais réussissent un très beau morceau à l'ambiance mystérieuse, à la fois groovy et soigné... Le genre de petites confiseries rock prog que j'apprécie beaucoup !


mercredi 16 novembre 2016

Zoo "Ramses"

Parmi les groupes français importants du début des années 70 figure Zoo auteur de trois albums entre 1969 et 1972. Ils ne sont peut être pas aussi connus que les Variations ou Martin Circus mais ont marqué l'histoire du rock français avec leur premier album.

Le groupe s'inscrit alors dans la mouvance de Blood Sweat & Tears et enregistre en 1969 un premier disque partagé entre reprises (par exemple la face A du simple que je vous présente You Sure Drive A Hard Bargain interprété par Albert King) et originaux, dont beaucoup de morceaux instrumentaux de superbe facture. Le label Barclay finit par publier l'album dans un relatif anonymat suite au succès d'un autre groupe dans cette veine rock teinté de cuivre: Chicago et son premier (et excellent) album Chicago Transit Authority. Évidemment le disque est un bide (le label ne sachant pas comment le vendre...), malgré tout le label publie quelques 45 tours extraits du disque (sans inédits). Deux sont publiés en France, un troisième semble n'avoir été édité qu'en Espagne (avec sa superbe pochette vert fluo) ! Il contient une des très bonnes compositions du groupe Ramses signé de Michel Bonnecarrère qui fondera par la suite Ophiucus (dont je pense vous reparler un jour aussi...). Le titre évoque à la lisère entre la soul de Booker T and the MGs  et le rock progressif de formations comme Colosseum ou Spirit... Il associe ainsi à une cadence groovy de subtiles accords et arrangements amenant une couleur originale et bienvenue, bref une très belle composition qui ne se trouve en 45 tours que sur un simple espagnol (et sur le LP bien sûr).

Après le départ du chanteur Joël Daydé (oui celui de Mammy Blue) le groupe continue avec un nouveau chanteur et la suite sera couronné de d'avantage de succès mais a-t-elle la grâce de ce premier album ? Zoo se fera en particulier un nom en accompagnant le gratin de la variété française, souvent avec d'excellents résultats d'ailleurs (Nicoletta, Eddy Mitchell, Léo Ferré...), mais peut-être au détriment de la carrière du groupe en lui même ?


lundi 14 novembre 2016

Henri Salvador "Carnaby Street"

Ayant une fascination récente pour Henri Salvador (qui a déjà fait l'objet de deux autres articles cette année pour son disque avec Michel Legrand et Boris Vian et son classique dystopique de 1968 Bêta Gamma L'ordinateur) je continue avec un autre de ses très bons morceaux: Carnaby Street

Sorti en 1967, il s'agit du seul vraiment bon morceau de l'EP, les trois autres chansons étant dans le registre parodique habituel de l'intéressé mais plutôt pas dans les réussites (car certaines des parodies s'avèrent à mon sens très bonnes). Pas d'accent créole ou de martien à signaler, juste la voix de crooner de Salvador qui s'en donne à cœur joie sur un excellent morceaux groovy 100% Swingin London, au texte (signé de l'un de ses deux grands complices Bernard Michel) léger et amusant. Le morceau n'a pas été enregistré de l'autre coté de la Manche mais en France avec en backing band l'excellent groupe de Jacques Denjean dont l'esprit était de s'inspirer des fameux Mar-Keys de Memphis. Jacques Denjean mérite donc aussi toute votre attention si jamais vous cherchez des disques français 60s en broc car certaines de ses productions propres sont très recherchées et à raison (par exemple la superbe Névrose à écouter sur youtube). 


jeudi 10 novembre 2016

Les indicatifs de Campus sur Europe 1

Si la libéralisation des ondes radios fut une des grandes mesures de Mitterrand, le monopole de l'état fut contesté des décennies auparavant, notamment par la station Europe 1 créé en 1955, l'une des plus célèbres radios périphériques avec par exemple RMC (Radio Monte Carlo) ou encore RTL (Radio Télé Luxembourg). Ainsi pour contourner l'interdiction, l'émetteur était installé en Sarre, une région allemande alors sous protectorat français. 

Parmi les émissions populaires auprès des jeunes sur la station figure certainement Salut Les Copains aussi connu sous le nom de SLC. Cette émission destiné principalement aux adolescents fut un des grands vecteurs de la musique yéyé en France. Ses présentateurs Daniel Filipacchi et Frank Ténot imposèrent un ton moins compassé et plus direct, ils diffusèrent aussi tous les nouveaux tubes de Johnny, Sylvie mais aussi parfois de la pop britannique... Au milieu des années soixante, SLC perdit de son influence, en effet progressivement les goûts du public jeune évoluèrent et cherchèrent des artistes peut-être un peu plus incisifs et personnels. L'émergence de Dutronc ou Antoine en 1966 exprime cette tendance: répertoire original, musique agressive, textes mordants et ironiques... En 1969, en pleine vague Musique Pop elle disparaît dans un relatif anonymat...depuis elle est devenue l'un des symboles forts de l'innocence de l'époque et certains de ses génériques, notamment le cultissime Last Night du fantastique groupe instrumental (backing band de Stax) de Memphis les Mar-Keys, résonnent toutes les semaines dans de nombreux mariages à travers la France au moment du madison

Une autre émission d'Europe 1 à destination des jeunes a tout pour retenir notre attention: Campus. Animé par le journaliste Michel Lancelot (décédé en 1984), elle exprime la quintessence des changements s'opérant entre 1968 et 1972 (ses années de diffusion), une période marquée par les révoltes étudiantes à travers le monde notamment le Printemps de Prague. Son ton plus mature transcendée par la contre-culture qui irrigue l'occident (beatniks et désormais hippie) séduisit les anciens auditeurs de SLC devenu de jeunes adultes, étudiants en fac pour certains d'entre eux. Les génériques de l'émissions sont particulièrement chouettes, on en recense trois, tous excellents (le premier d'entre eux avait d'ailleurs eu son article ici il y a presque dix ans et été cité une seconde fois il y a trois ans et demi...) et que je vais vous présenter.



Tiger de Brian Auger and The Trinity, paru en 1968, est un excellent morceaux groovy 60s porté par l'orgue hammond fiévreux d'un des plus doués représentant du genre anglais (Brian Auger), certainement plus percutant que son collègue Georgie Fame (que j'aime beaucoup par ailleurs). La performance vocale n'est pas fantastique (surtout si l'on compare avec les sorties accompagnées de l'incroyable chanteuse Julie Driscoll) mais le morceau fouraille suffisamment pour que ce détail n'en soit qu'un...



Le morceau est produit par Giorgio Gomelsky, décédé en début d'année dans un relatif anonymat...Ce personnage de l'ombre fut pourtant clef dans la British Invasion. Peut-être pas aussi important que ne le furent Brian Epstein et Andrew Loog Oldham managers respectifs des Beatles et des Stones lors de leurs ascensions, le Suisse d'origine géorgienne fut pourtant un maillon essentiel de l'époque. Premier imprésario des Stones il dirigea, suite à leur perte, les Yardbirds. Il produisit pas mal de disques, notamment pour des petits français comme Johnny Hallyday


Loin de s'arrêter après les sixties, l'intéressé embarqua en France à la fin de la décennie et fut impresario de Gong ou Magma. Il joua un rôle décisif dans la création d'un circuit de MJC pour les groupes progressifs de l'époque en France et enfin on le retrouvât à New York pote avec Bill Laswell alors en pleine création du groupe Material ! Bref, une figure de l'ombre dont le rôle essentiel pour la musique que nous aimons se devait d'être un peu plus mis en lumière et je suis content de pouvoir en dire un mot à l'occasion de cet article. Il fait un étonnant lien entre scène britannique sixties, rock progressif français et disco déviante new-yorkaise. Mais revenons-en à nos chers génériques de Campus !


La seconde saison de Campus se fit ainsi au son de Take One de The Golden Pot un 45 tours très apprécié des collectionneurs de jerks 60s. Instrumental frénétique marqué par le rythme et un orgue acide à souhait, le titre est enlevé et débridé. Discogs n'apporte que peu d'information sur le groupe dont voici l'unique sortie (il existe cependant un EP compilant les deux morceaux avec deux morceaux des Maledictus Sound, une rareté garantie !). La pochette fournit quelques informations sur le groupe mais elles pourraient être fausses... Enregistré le 25 avril 1969 au studio Regent New Sound (s'agit-il du même lieu que le Regent Sound Studio où les Stones firent leur premier album?) les deux morceaux sont signés par un certain Sean Garcia (organiste du groupe) et C. Payne, annoncé comme directeur musical. Sean Garcia serait-il Sylvain Garcia, un français dont les crédits dans la variété 70s française ne sont pas négligeables ? Une hypothèse à considérer ! À noter que la face B Motive sans être aussi folle que Take One se défend très bien dans le genre instrumental groovy nerveux et dansant !


Enfin finissons notre tour des génériques de Campus, par le dernier recensé d'entre eux qui accompagna l'émission en 1972 (mais extrait de l'album Devotion paru en 1970): Marbles de John McLaughling  un guitariste britannique dont le parcours mérite le détour...

Si le public ne le découvrit véritablement qu'à partir de la fin des années soixante avec les premiers albums sous son nom (Extrapolation en 1969 paru sur le label de...Giorgio Gomelsky), l'intéressé avait déjà un CV conséquent. Ainsi nous aurions pu l’apercevoir en compagnie du gratin de la scène blues londonienne notamment Graham Bond, Alexis Korner, Georgie Fame ou... Brian Auger. Il n'enregistra pas ou peu avec ces artistes (à l'exception de Graham Bond et Bowie apparemment) mais ces années lui permirent certainement de développer son style unique. Ainsi McLaughlin put devenir une des figures essentielles du jazz-rock en participant notamment à de nombreux classiques de Miles Davis dans sa période électrique tel que Bitches Brew.  

N'étant pas assez connaisseur du jazz-rock et de John McLaughlin je ne saurais vous dire en quoi Marbles est typique (ou non) de son style... En revanche le morceau entretien un dialogue intéressant avec ses deux prédécesseurs. Le début du morceau marqué par une séquence de batterie (jouée par Buddy Miles du Band of Gypsys d'Hendrix) où les toms sont mis en avant convoque take one. L'instrumentation conserve également une tonalité cohérente avec Tiger et Take One : l'orgue Hammond y tient une place de choix même si cette fois-ci la guitare se fait plus libre et psychédélique au confins du jazz et des musiques indiennes, une piste déjà prise quelques années plus tôt par les Byrds et leur monumental 8 miles High inspiré de Coltrane et Ravi Shankar.  Marbles, paru en 1970, présente aussi quelques similitude avec un disque sorti un an plus tôt: le premier album sans titre de Santana et notamment le fantastique Soul Sacrifice (youtube) dans un registre plus mouvant et chatoyant peut-être... 

Ainsi se clôt la saga Campus, une aventure radiophonique de 4 ans aux génériques mythiques et plus fantastiques les uns que les autres. Lequel est le meilleur d'entre eux ? Je vous laisse décider, en tout cas pour ma part je possède les trois en 45 tours.


mardi 8 novembre 2016

David Bowie, 1965!

Nous n'avons jamais évoqué à travers un article dédié David Bowie sur ce blog. Difficile d'écrire quelque chose d'intéressant et pertinent sur l'intéressé: beaucoup de grandes plumes ont analysé sa musique bien mieux que je ne pourrais le faire. Ainsi comme de nombreux autres monuments de la musique pop telle que nous la défendons ici, il fallait trouver un angle différent dans l'esprit du blog. Ainsi quoi de mieux que d'évoquer le Bowie méconnu du milieu des années 60 avant son lancement en orbite avec la sublime Space Oddity ?

Bowie enregistre en 1964 son premier single à 17 ans sous son véritable nom de famille: Davie Jones & The King Bees. La face A Liza Jane (youtube), signée de l'intéressé, est un sympathique morceau de R&B assez typique de l'époque proche de l'esprit des Animals mais peut-être pas aussi brutal et rocailleux que les géniaux prolos de Newcastle... Des premiers pas honorables mais néanmoins pas en première ligue de la très relevée British Beat. Toujours sous son véritable nom mais avec deux autres groupes, il enregistre deux singles pour Parlophone en 1965 (récemment compilé pour le RSD en 2013). Ces deux 45 Tours démontrent l'intérêt du britannique pour le mouvement mod, comme le suggère d'ailleurs la photo utilisée pour illustrer la réédition. 

Le mouvement mod fut une école pour nombre de stars de la pop anglaise (Rod Stewart) et eu un rôle décisif sur une autre figure glam importante des 70s: Marc Bolan. Je ne pense pas que l'évolution de Bowie et Bolan de faces mods à créatures glam androgynes soit un hasard: bien que très différent dans l'apparence, les deux mouvements portent en eux des caractéristiques communes autour de l'esthétisme, la sape, la théâtralité et le besoin de se (re)créer soi même. Mais revenons en aux deux simples...

Typiques de leur époque, ils montrent cependant un Bowie déjà très doué. Avec les Manish Boys, Davy Jones écrite l'excellente Take my Tip . Elle évoque notamment Manfred Mann (youtube) dans le soin apporté à apporter à faire coïncider l'énergie du rock et le groove du jazz... L'autre single est un changement d'orientation assez radicale (mais dans l'air du temps) vis à vis des deux premières sorties. Ainsi, accompagné des Lower Third, Bowie donne dans la déflagration pop art / freakbeat avec You've got a habit of Leaving. Enregistré par Shel Talmy (un génie vénéré par tous les amateurs sérieux de rock 60s britannique) la chanson évoque ainsi logiquement d'autres projets ayant impliqué le producteur américain à commencer par les premiers singles des Who (comme le grandiose anyway, anyhow, anywhere) et bien sûr plus tard les fantastiques The Creation (youtube). 

En 1966 Davy Jones devient David Bowie afin de ne pas être confondu avec le musicien des Monkees. Il tire son nom d'un pionnier américain (James Bowie) qui lui même a donné son patronyme à un célèbre couteau ! Il enregistre trois autres singles pour PYE (The Kinks) dans la mouvance R&B/mod, ils sont aussi, dans l'ensemble, de très bonne facture. Pour son premier album chez Deram Bowie change radicalement de style en s'orientant vers un style inspiré du Music Hall qui me laisse particulièrement indifférent et sans plus de succès que ses 6 singles précédents... Il faudra attendre 1969 pour que le chanteur s'envole en orbite avec une fantastique chanson amenée à devenir un de ses standards.

 

samedi 5 novembre 2016

Henry Cording: les débuts difficiles du Rock en France

Le Rock et la France entretiennent depuis les origines une relation compliquée. Ce malentendu a peut-être été en partie entretenu par l'une des premières incursion hexagonale dans le genre: l'EP 4 titres d'Henry Cording and His Original Rock & Roll Boys en 1956.

Le Rock & Roll naît au milieu des années 50 après une période de gestation d'une quinzaine d'années. Il tire ses influences de la musique noire, notamment jazz, blues et R&B en y ajoutant de nombreux éléments de country (le son twangy, le chant...). Le nouveau style enflamme la jeunesse étasunienne en 1955 grâce au film Graine de Violence porté par le morceau Rock Around the Clock de Bill Halley. Suit en 1956 Hound Dog de Presley, le reste de l'histoire est bien connue ! Bien sûr les autres pays sont également touchés par la fièvre et de nombreux musiciens à travers le monde se mettent à faire du Rock & Roll...

En France les adultes Michel Legrand, Boris Vian et Henri Salvador sont parmi les premiers à enregistrer un disque dans le genre dès 1956. Il existe quelques précédents (dont le sincère Mac Kac) mais nos trois farceurs obtiennent avec cet enregistrement rapidement un certain succès. Musique destinée aux teenagers, le Rock fait donc une de ses premières incursions françaises à travers un pastiche réalisé par des gens un peu trop âgés pour réellement comprendre cette musique. Amatrice de jazz la bande voit en effet dans le Rock & Roll une petite mode passagère et quelque peu abrutissante... Ils abordent ainsi ce nouveau son comme une forme de jazz simplifié, une caractéristique qui se retrouve d'ailleurs dans les 4 morceaux  d'un EP au fond pas si Rock que ça. N'assumant pas entièrement la plaisanterie, les trois se fendent de pseudos: Boris devient Vernon Sinclair (à relier à son pseudo de plume Vernon Sullivan), Michel Legrand est Mig Bike (un anagramme du surnom que lui donnait les américains: Big Mike) et enfin Salvador est Henry Cording en personne (jeu de mots avec recording le terme anglais pour enregistrement). La blague est complété par un texte de Vian au dos de la pochette mais signé par un mystérieux  Jack K. Netty...inspiré du directeur artistique Jaques Canetti.

Bien que pastiches et donc humoristiques, les 4 morceaux sont très chouettes et agréables, ils ne sont pas tellement rock (plus une sorte de jazz binaire enjoué et rythmé) mais constituent un témoignage fascinant sur les débuts d'un rock français né sous le signe de la parodie...avant que Danyel Gérard et surtout Johnny Hallyday vers 1960 soient les premiers authentiques teenagers à rocker l'Hexagone ! Le mal était cependant en quelque sorte fait: le rock français devra lutter pour prouver qu'il a le droit d'exister. À ceux qui s'intéresseraient à cette fascinante période proto-rock français on recommandera la très réussie compilation Rock Rock Rock cher Born Bad, parfait complément de ce 45T d'Henry Cording.


jeudi 3 novembre 2016

Neil Christian

Neil Christian, malgré une douzaine de singles, fut l'un des nombreux One Hit Wonders des années soixante. En effet, en 1966, il casse la baraque avec That's Nice un single blue eyed soul assez anodin évoquant un Tom Jones sous benzodiazépines pastichant Yakety Yak des Coasters... Si les anglais ont eu une face B tout aussi dispensable (bâillement) nous autres petits français avons eu la chance d'avoir le fantastique I Like It et ce, en exclue mondiale ! Écrite par son producteur Miki Dallon et avec la possible (mais pas certaine) participation de Jimmy Page, la chanson a tout d'un classique freakbeat sauvage et nerveux. Elle évoque en effet d'autres salves écrites et produites par le futur fondateur du label Youngblood: Take a Heart et Let Me In des Sorrows ou You've Got What I want des Boys Blue (repris avec brio en France par Larry Greco). I like It a les mêmes qualités: une rythmique tribale et frénétique évoquant un train lancé à pleine vitesse, une performance vocale démente et ces guitares sous amphétamines totalement hors de contrôle !


mardi 1 novembre 2016

Tina et les Fairlanes

Réflexes, entre 1983 et 1986, publia une trentaine de références principalement en 45 Tours. Le label, co-fondé par Patrice Fabien (ex-producteur pour CBS notamment d'Edith Nylon, Shakin' Street, WC3 ou Blessed Virgins), tenta d'imposer de nouveaux groupes tels que les Bandits, les Infidèles, les Ablettes ou les Désaxés (auteurs de la fameuse chanson tout ce que je veux que reprend Aline sur scène). Les visuels (très colorés voir fluo, beaucoup d'aérographe...) de l'ensemble des sorties dénotent de l'ambition du projet: une certaine modernité pop sans non plus trahir l'essence du style. 

Parmi mes sorties préférées du label figure en très bonne place l'unique 45 tours des rafraichissants Tina et les Fairlanes. Si Panique à Orly, un honnête instrumental surf, est à juste titre relégué en face B, Un été sur la Plage est une petite merveille pop syncrétique mais typique de son époque. La chanson associe en effet une production 80s à une ambiance marquée par les années soixante. L'innocence des Girls groups et des chanteuses yéyés (France Gall période Avant La Bagarre etc.) rencontre ainsi les boites à rythmes et les synthétiseurs de Taxi Girl sans oublier une bonne dose de guitare surf (au son twangy plongé dans la reverb' évidemment) dans l'esprit de ce qu'avait pu faire Indochine sur L'aventurier. La sauce prend parfaitement et on ne peut être que séduit par l'efficacité et le charme légèrement suranné d'une chanson qui aurait certainement mérité mieux. Le tout évoque aussi peut-être le dernier 45 Tours des Calamités Le Vélomoteur...

Le groupe (mais en était-ce un ?) ne publia que ce simple (aussi repris sur une compilation du label) mais on retrouve par la suite la chanteuse au sein du trio Tina Cartier (avec un futur membre des Soucoupes Violentes) pour un simple et un mini LP, s'agit-il du nom du groupe ou du sien  ? Mystère et boule de gomme !