vendredi 24 février 2017

Chook Race "Around the House"

Chook Race fut une de mes découvertes majeures en 2016. Après un premier album auto-édité, la formation australienne a en effet publié l'un des albums les plus cool de l'année sur l'un des labels les plus cool (Trouble In Mind, que l'on cite souvent !). En dix chansons, le trio de Melbourne développe une pop sémillante mais jamais niaise équilibre parfait entre mélodies pastel et guitares anguleuses. Si Chook Race convoque une certaine indie-pop britannique canal historique (C86), notamment dans sa manière d'être plus virulent qu'il n'y paraît (pas si twee que ça, plus punk aussi), de nombreuses inflexions évoquent quant à elles l'Océanie des compatriotes de Dick Diver et Twerps, ou des cousins néo-zélandais du Dunedin Sound (The Verlaines, The Bats etc.). Il ne serait pas hors de propos non plus de se remémorer le premier album des Pains of Being Pure at Heart dans cet art de croiser les vocalises de garçons et filles. Chook Race n'est cependant jamais dans la posture de l'hommage ou du pastiche amusant, trop frais, trop vital pour cela. Around the House brille par l'évidence de ses chansons: chacune d'entre elles est écrite avec justesse et comporte toujours un élément la rendant attachante. Quelques morceaux se dégagent pourtant et sonnent comme des futurs hymnes du genre, de ces chansons que l'on a envie d'écouter dix fois à la suite. En effet, comment ne pas être enthousiasmé par Hard To Clean le fantastique morceau d'ouverture, hymne élancé et volontaire ? At Your Door ou Pink and Grey sont quelques un des autres temps fort de ce disque génial que l'on espère suivi de nombreux autres et peut-être d'une petite tournée en France ? Ce serait chouette en tout cas !


mardi 21 février 2017

Once & Future Band "Once & Future Band"

Tame Impala aurait-il ouvert une boîte de pandore avec Lonerism (2012) ? Si nous avions assez vite classé le groupe australien comme figure de proue du renouveau psychédélique, il faut pourtant reconnaître que le classique de Kevin Parker a beaucoup œuvré à la réhabilitation de Todd Rundgren et plus généralement d'une pop voluptueuse et maximaliste typique de la féconde décennie soixante-dix. En 2016 le succès étonnant des Lemon Twigs confirme l'intérêt d'une partie du public pour une musique ambitieuse et une certaine pyrotechnique instrumentale. Autre signe des temps, la proposition artistique d'Aquaserge marquée par la pataphysique, le rock cérébral de Zappa et la virtuosité espiègle de la scène Canterbury rencontre de nombreux échos favorables. Si tous ces groupes ont peu en commun, les ingrédients semblent réunis pour une réhabilitation en grande pompe des maudites seventies ! Celles que l'on a aimé haïr étant plus jeunes pour leur emphase et leur démesure... 

Once & Future Band , un groupe d'Oakland contribue à sa manière, très personnelle, au mouvement. Leur premier album, sans titre, publié par Castle Face, est semblable à une créature hybride génétiquement modifiée réunissant nombre de traits saillants de la musique 70s. Pas la plus présentable: clinquante dans sa débauche de richesse, excessive dans sa virtuosité et sa maîtrise. À leur sujet, il sera possible de citer nombre de genres majeurs de la décennie: jazz-fusion (Mahavishnu Orchestra), rock progressif, pop (ELO, Steely Dan, Todd Rundgren, Sparks)... Pourtant ils ne ressemblent guères à l'un d'entre eux ! Once & Future Band est une pièce montée bourrée de chantilly et de sucre mais paradoxalement assez digeste. La formation californienne arrive en effet à créer un subtil équilibre entre pur plaisir et exigence (instrumental, écriture). Once & Future Band déploie par touche une vulgarité  agissant sur les neurotransmetteurs de plaisir du cerveau. Il écluse les poncifs et les détourne: basse au moog, soli de guitare baveux, accords enrichis ou ponts alambiqués, tout y passe, crème.  Une délectation que l'on accepte sans broncher tant il dégage de l'ensemble une sérénité: l'agréable sensation de laisser le volant à quelqu'un conduisant avec une habilité irréprochable, capable de flirter avec le danger sans jamais perdre son sang froid. 

La formation californienne a pour elle d'écrire des chansons vraiment impressionnantes, aussi évidentes que baroques. Once & Future Band est ainsi rarement pris à défaut, peut-être Hide & Seek marque-t-elle une légère baisse de régime, et encore... Juste un peu moins lumineuse que les autres. Dès l'inaugural How Does It Make You Feel ? nous sommes happés par l'ingéniosité contenue dans ces six minutes dont le lyrisme évoquerait presque Queen. Ultra casse-gueule et pourtant les Californiens arrivent à bâtir une véritable cathédrale sonore jouissive et tape à l’œil. La suite est du même tonneau, la face B étant particulièrement monumentale. S'ouvrant sur la vibrante Rolando aux accents jazz-funk, elle se conclue sur une note plus sombre sur la toute aussi ondulante Standing in the Wake of Violence. L'arpège synthétique vous restera longtemps en tête, il imprègne le cerveau comme la lumière une pellicule photographique. Magnetic Memory est un autre moment mémorable dont l'essence capte l'esprit de la musique soul sans toutefois totalement se conformer à ses canons.  Sept chansons seulement car  Once & Future Band prend son temps pour développer ses idées: entre 4 et 6 minutes. L'ensemble, malgré des durées généreuses, sonne heureusement compact donnant d'autant plus d'impact à ce premier album. 

Dans une interview, le groupe mentionnait l'importance du hip-hop dans leur conception de la musique. Si le genre n'est présent qu'occasionnellement en filigrane sa curiosité pour la musique rayonne largement ici. Il y a ici en effet une démarche proche de ces diggers qui piochent des samples dans d'obscurs disques: les influences sont utilisées littéralement mais détournées du contexte originel.  Elles prennent alors un sens nouveau apportant une couleur particulière à cet ambitieux disque de pop qui va, à n'en pas douter, avoir ses adeptes et ses détracteurs. 


dimanche 19 février 2017

Domenico Modugno "Questa E' La Facciata B"

Domenico Modugno est un chanteur populaire italien. Il s'est fait connaître à la fin des années cinquante. Il a, en effet, participé plusieurs fois au Festival de San Remo (le festival de la chanson le plus important avant que l'Eurovision ne le supplante) notamment en 1958 avec son fait d'arme le plus important à l'étranger: la chanson Nel blu dipinto di blu  plus connu sous le nom de Volare. En 1971, Domenico Modugno est donc un homme dans la force de l'âge (43 ans), il se permet de glisser une étonnante face B au plus classique (mais pas désagréable) Come Stai: Questa E' La Facciata B. Je pense que la traduction approximative doit être Ceci est la Face B. L'art de la Face B a souvent été évoqué dans ces pages... Quand on scrute les disques des années 60/70 on est en effet fasciné par la profusion de morceaux étranges, souvent excellents (Marc Aryan, Freddie Meyer), relégués sur l'autre coté. La face B semble en effet constitué à l'époque une respiration pour les musiciens (Teenage Fanclub) voir parfois une récréation (Crazy Elephant, Prock Harson, Santa-Maria). D'autres fois la face B est écrite dans la précipitation histoire d'y mettre quelque chose (Georges Raudi). De fait les groupes et musiciens ont souvent eu beaucoup de liberté ce qui, avec quelques années de recul, donnent des morceaux incroyables et plutôt fous. Questa E' La Facciata B est ainsi une de ces trouvailles que l'on chérit. Le morceau évoque une ambiance de répétition, quelque peu troublée par des effets d'écho sur la voix du vénérable chanteur. Le morceau peut démarré... Un riff de guitare musclé, une rythmique carrée, ça part dans tous les sens. Psychédélique. Mais avec un orchestre classique qui s'accorde ! Un morceau plus qu'étonnant. Peut-être Domenico Modugno a-t-il enregistré d'autres curiosités de ce style ? Ce serait chouette...

vendredi 17 février 2017

Marbled Eye "Marbled Eye"

Paru fin décembre, sur un label américain et les français de Gone With The Weed (Maraudeur, Police Control, etc.) la cassette 5 titres des américains de Marbled Eye est une très bonne surprise. Le groupe d'Oakland considère, semble-t-il, Marbled Eye (2016) comme une démo, pourtant à l'écoute de ce format court, nous ne pouvons qu'être impressionné par la qualité de la proposition. Projections post-punk ardentes sur une toile de guitares cinglantes, la formation américaine maîtrise l'art d'esquisser l'asphyxie (Primrose). Marbled Eye excelle dans les tempi modérés: à l'agression, le groupe préfère créer des tensions non résolues (Oddity). Si lignes de basse obsédantes (Corners) et voix menaçantes (Coated)  constituent l'essence de la musique des américains, celle-ci n'exclue pas une certaine luminosité, de celle qui émerge de nuits électrisées (Numb). La hargne et les climats amers de Marbled Eye cache en effet une propension à préférer la mélodie au bruit pur. Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.


mercredi 15 février 2017

Artefact "MAE"

Né quelque part en banlieue parisienne, peut-être du coté d'Ivry-sur-Seine où Eric Vennettilli et Maurice Dantec se rencontrent au Lycée, Artefact synthétise, comme de nombreuses autres formations (Modern Guy, Suicide Romeo, Casino Music...), une époque où tout était encore possible mais presque déjà foutue. 1979, le corps du punk est encore brûlant, mais son âme déjà évaporée, dispersée aux vents. Des centaines de jeunes inventent avec des moyens réduits le son du futur. Ils se se souviennent de leurs lectures d'adolescence: Norman Spinrad, Ballard ou K Dick (qui inspire le nom du groupe) et en imprègnent leur musique. Leur funk disloqué, leurs guitares dissonantes, la morgue de leur jeunesse résonnent ainsi avec les écrits hallucinés des auteurs américains ou anglais de la Nouvelle Vague de Science Fiction... Ils sont ainsi toute une génération à vénérer Rêve de Fer, Crash ou Ubik depuis Richard Pinhas (Heldon) en passant The Normal (Warm Leatherette) et Human League (Circus of Death)... MAE sera ainsi en quelque sorte l'hommage au genre d'Artefact, son texte évoque en effet les circonvolutions d'une époque hantée par la guerre froide et la technologie galopante... Loin de se laisser pourtant abattre, Artefact développe une disco robotique désarticulée, dont la sensualité affleure sous la violence des écrits... L'histoire ne durera que quelques années, le temps de publier, un album, un EP et un single (ainsi que de contribuer à l'EP de Gregor Davidow sous le nom de Spions Inc.) sur Celluloïd, mais elle fut si emblématique de ces années là. Dantec fera par la suite quelques apparitions dans la musique mais connu surtout une suite dans la littérature... dans la lignée de ces auteurs qu'il lisait entre deux cours au lycée. De son coté Vennettilli continuera quelques temps l'aventure musicale, montant même un groupe avec un ancien Casino Music (Eric Weber) et un membre de Marie et les Garçons (Erik Fitoussi) !

   

lundi 13 février 2017

Real Numbers "Wordless Wonder"

Il y a presque 4 ans nous évoquions les Real Numbers de Minneapolis sur ce blog avec leur excellent second EP 12 pouces Only Two Can Play (2013) sorti sur le label américain Three Dimensional Records (Mystery Date, Tuff Bananas etc.) co-géré par Eli Hansen, âme du groupe . Nous sommes ainsi heureux de les chroniquer à nouveau pour leur premier véritable album Wordless Wonder (2016) édité par l'un des labels les plus attachants du monde: Slumberland (The Pains of Being Pure at Heart, The Proper Ornaments, Violens, Big Troubles...).

Leur présence au catalogue du prestigieux label californien (installé à Oakland) n'a rien d'un hasard: la formation américaine a évolué doucement d'un punk teigneux vers une pop allègre. Le fil conducteur: un attachement aux Television Personalities, bien que leurs présences se fassent désormais moins sentir, ils restent influence en filigrane. Les esprits chafouins ne pourraient  d'ailleurs ne voir en Worldless Wonder (2016) qu'une ode à l'indie-pop C86 ou sa cousine américaine College. Pourtant il serait injuste de considérer les Real Numbers comme une simple bande de vils pasticheurs. Les guitares rickenbacker carillonnent et chantent comme des oiseaux par un beau matin (wordless wonder), les mélodies douces-amères sont interprétées avec une certaine retenue (sister's serving tray). L'ensemble dégage une énergie punk (new boy, just so far way) et une fraîcheur considérable. Les Real Numbers écrivent de chouettes chansons: vives, spontanées et sincères (failling out, only two can play) . Comment résister à l'appel de Frank Infatuation par exemple ? Voilà trois minutes et quatorze secondes de pur plaisir sans arrières pensées, des arpèges mémorables, des chœurs guillerets, quelques instants qu'il apparaît évident de répéter encore et encore. Wordless Wonder est un album attachant, trop honnête pour être branché, trop pétulant pour la prétention. Parfait pour nous, tant pis pour les autres.

samedi 11 février 2017

Eolika "Jāprot"

Trouver de la musique en ex-URSS dans la période 60s/70s n'est pas une mince affaire ! Autant certains pays (Pologne par exemple) semblèrent relativement (toute proportion gardée avec l'Ouest) ouverte sur les groupes de musique de jeunes, ce ne fut certainement pas le cas de l'Union Soviétique, particulièrement réfractaire à la pop occidentale qui abrutissait nous autres Européens. Mes recherches sur discogs ont néanmoins portés leurs fruits et je pense pouvoir vous parler de quelques découvertes ici à l'avenir...Notre première incursion est en compagnie d'un groupe letton de Riga: Eolika. La formation naquit en 1966 en faisant des reprises à plusieurs voix des Beach Boys, elle s'arrêta une première fois en 1972 suite au service militaire obligatoire de certains membres du groupe. Elle reprit par la suite et eut une carrière nettement plus conséquente à partir de la fin des années 70 et surtout dans les années 80. Dans la période qui nous intéresse le groupe letton n'a sorti que deux 7 pouces (je dis 7 pouces car ces derniers tournent en ...33 tours) dont un seul leur est entièrement dévolu, celui qui nous intéresse aujourd'hui. L'ensemble tire sur la variété mais a son charme, un morceau se dégage nettement du lot Jāprot un jerk groovy avec de jolis arrangements de voix. L'enregistrement est pas mal, les musiciens jouent plutôt pas mal et on est emporté par l'excellent solo d'orgue ! Bref une charmante curiosité qui démontre l'intérêt de creuser...y compris en ex-URSS ! C'est bien sûr sorti sur le label d'état Melodiya (Мелодия). À noter que l'on trouve un excellent morceau de pop psyché sur youtube de la formation qui n'a malheureusement jamais eu l'honneur d'être publié en vinyle.


jeudi 9 février 2017

La discographie de The Proper Ornaments en 10 chansons


La sortie de Foxhole (2017) est l'occasion de revenir sur la discographie du discret duo anglais formé par James Hoare et Max Celada Claps entamée il y a sept ans déjà.

01 Recalling 
extrait du 45 Tours, Make a Mess Records, 2010
Le premier 45 Tours des Britanniques est publié sur l'excellent label américains Make A Mess. Désormais inactive, la maison de disque a sorti pas mal d'excellents disques au début des années 2010: le premier Grass Widow, l'unique et fabuleux album des Rank/Xerox produit par Ty Segall, le premier LP de White Fence, un des premiers 45T de The Babies... The Proper Ornaments est probablement l'unique groupe britannique à y figurer. Le son du disque y est plus étouffé et lo-fi que les productions ultérieures du groupe, peut-être est-ce du au son de l'époque (on est alors en pleine montée de la vague lo-fi) ? On y ressent cependant déjà certains traits de la personnalité de la formation: le goût pour le psychédélisme 60s sans pour autant pasticher, de belles harmonies, un peu cachées sous les couches de saturation... On notera aussi l'influence de Stereolab peut être moins perceptible désormais. The Proper Ornaments n'est alors que le side project de deux musiciens fort occupés mais ce premier single est une chouette entrée en matière. Disque acheté à l'époque mais qui ne m'avait pas forcément marqué au point de faire du groupe un coup de cœur.



02 Who Thought 
03 Shining Bright
Toutes deux extraites de l'EP The Proper Ornaments 12 pouces, No Pain In Pop, 2011
No Pain In Pop est un label britannique, il ne semble également plus n'être en activité (aucune sortie en 2016). Je connais assez mal leur catalogue (contrairement à Make A Mess qui était un super label), de mémoire issu d'un blog assez pointu et couru londonien, le label a notamment co-sorti l'un des premiers 45T (le second après Found Love In a Graveyard) de Veronica Falls Beachy Head. Ce disque est une révélation, le groupe y est tout simplement splendide. Sur la base de boîtes à rythmes, le groupe déroule de superbes chansons pop aux accents jangly et aux harmonies soignées. Loin du son étouffé du premier disque, l'EP sonne franc et clair. Le groupe y est très inspiré, il signe quelques une de mes chansons favorites comme le single Who Thought et la fantastique Shining Bright une chanson d'une élégance folle qui reste parmi mes favorites du groupe (osons le: dans mon top 3 personnel). Le riff de guitare 60s est magnifique et mémorable... Le reste du disque est également d'excellente facture (la géniale Riverboat par exemple).



04 Candy
Digital/CD promo, Face B de Waiting for the Summer, Lo Recording, 2013
Parmi les grands regrets que nous pouvons avoir: Candy n'a jamais été publié en vinyle (contrairement à ce que j'annonçais à l'époque) ni même dans un CD officiel puisqu'elle ne figure pas sur la compilation édité par Lo Recording. Quel dommage non ? Une fabuleuse chanson pop évoquant les Zombies des débuts (je pense en particulier à I remember when I Loved Her probablement à cause de l'orgue) , le travail sur les voix y est particulièrement mémorable. Elles s'enchevêtrent délicatement créant un délicieux jeu de question réponse. Sur ce morceau, The Proper Ornaments propose une relecture de la pop baroque 60s tout en restant cohérent avec leurs habitudes (batterie assez simple, production épurée), une piste qu'ils n'ont guère explorée depuis.


05 Waiting for the Summer
CD compilation Waiting for the Summer, Lo Recording, 2013
À l'époque de la sortie de la compilation Waiting For The Summer j'ai eu le sentiment que le disque était un bilan du groupe et que nous ne serions pas sûr de les recroiser un jour. L'ensemble donnait en effet l'impression que le groupe ne composait plus. L'ossature était constitué des morceaux de l'EP paru deux ans plus tôt, du premier single réenregistré et publié une seconde fois en 45T (avec heureusement une très bonne nouvelle face B Imagination dans la lignée de l'EP de 2011) ainsi que quelques morceaux inédits, pas les meilleurs du groupe (Take a Break et Nervous Breakdown), à part Waiting for the Summer. Sur une boîte à rythmes antédiluvienne, le groupe déroule une chanson mélancolique et délicate, celle-ci aurait certainement sa place sur Foxhole tant son ambiance doux-amer semble raisonner avec le dernier album du groupe. À l'époque j'avais évoqué un croisement entre Cleaners from Venus et les Byrds, une comparaison qui tient la route 4 ans plus tard !

  

06 Magazine
07 Stereolab
extraits du premier album Wooden Head, Fortuna Pop/Slumberland, 2014
J'ai été très heureux quand Wooden Head (2014) est sorti: The Proper Ornaments avaient donc un avenir ! Publié conjointement par Slumberland (un de mes labels actuels favoris) et Fortuna Pop (très bon label sur lequel nous allons revenir pour Foxhole), Wooden Head est le véritable premier album du duo puisque Waiting For The Summer était avant tout une compilation de singles et EPs avec quelques inédits. La musique du groupe y est assez énergique, en tout cas plus qu'à l'accoutumé (si l'on excepte le premier single). Nous retrouvons bien sûr de superbes morceaux pop laidback dans les canons du groupe comme Don't You Want to Know (What you're Going to be) ou Always There dans lesquels les guitares se mêlent à merveille à un superbe travail harmonique évoquant les Byrds. Cependant, le groupe signe aussi quelques morceaux plus énergiques, éclatants de guitares saturées (presque une première pour le groupe), comme le très bon single Magazine ou l'excellente Sun. Wooden Head est ainsi un album marqué par le Velvet Underground (Step Into the Cold) et ses héritiers notamment le Dunedin Sound de The Verlaines ou The Chills , mais The Proper Ornaments sont toujours suffisamment intelligents et fins pour ne pas verser dans l'hommage ou le pastiche. C'est aussi ce qui les rend d'ailleurs aussi attachants à mes yeux: leur capacité à faire une musique intemporelle, ne niant pas ses influences, profondément personnelle et sincère. Pour l'anecdote: The Proper Ornaments en nommant une chanson Stereolab a créé une boucle entre trois groupes et trois de leurs chansons: Proper Ornaments Stereolab , Stereolab The Free Design , The Free Design  Proper Ornaments. 



08 Two Weeks
Extrait du Split 45T avec Beat Mark, Croque Macadam, 2015
Quand Chloé de Beat Mark a proposé de faire un split entre Beat Mark et The Proper Ornaments, nous avons accepté très vite ! Les deux chansons sont excellentes, Flowers de Beat Mark évoque leur premier album (que nous avions adoré) tandis que Two Weeks est une composition typique du duo: mélancolique, guitares cristallines, tempo modéré, superbes harmonies... L'idée du disque a germé après que les deux groupes aient joué plusieurs fois ensemble, à Paris et Londres. Cette collaboration est d'ailleurs toujours particulièrement active puisque Beat Mark a ouvert pour Ultimate Painting il y a quelques mois (l'autre groupe de James) et qu'ils font plusieurs dates de la tournée de The Proper Ornaments ensemble, notamment le 10 février à la mécanique ondulatoire. PS: ce superbe 45T à 350 copies est encore disponible.



09 Just A Dream
10 1969
Extraits de l'album Foxhole, Tough Love/Slumberland, 2017
Foxhole sera-t-il l'album de la consécration pour The Proper Ornaments ? Cela serait amplement mérité en tout cas tant ce groupe est constant dans la qualité de sa musique. Le disque est publié par Slumberland aux USA et Tough Love en Europe, ces derniers remplacent Fortuna Pop qui a malheureusement décidé d'arrêter ses activités cet été. Plus feutré et moins électrique que son prédécesseur l'album fait une part très importante aux claviers (notamment piano), une nouveauté pour le groupe. L'influence des Byrds ou du Velvet Underground est ainsi moins perceptible mais The Proper Ornaments savent toujours comment transcender leurs compositions avec de superbes harmonies. Un disque maîtrisé et beau.


mardi 7 février 2017

Proper Ornaments "Foxhole"

The Proper Ornaments vinrent à nous par l'intermédiaire d'un EP fin 2011 dont nous tombâmes immédiatement amoureux. Depuis nous suivons le groupe avec passion jusqu'à avoir la chance de pouvoir sorti un de leurs morceaux sur un split 7' (avec les français de Beat Mark) en 2015. Si Foxhole (2017 publié conjointement par Tough Love et la fantastique maison Slumberland) ne constitue pas une révolution majeur dans l'approche retenue des britanniques, il dégage une sérénité inédite par rapport à son prédécesseur Wooden Head (2014). Là où le duo constitué par James Hoare (ex-Veronica Falls, actuel Ultimate Painting) et Max Claps (ex-Let's Wrestle, actuel Toy) convoquait le Velvet Underground, le label Flying Nun ou encore les Byrds il s’éprend désormais d'ambiances bucoliques évoquant les projets des anciens Beatles. The Proper Ornaments évolue, James et Max compose désormais d'avantage au piano qu'à la guitare donnant une tonalité feutrée très agréable à Foxhole. La pop de The Proper Ornaments a cependant toujours cette sobriété si caractéristique: le jeu de batterie à l'économie et presque étouffé, les arrangements épurés (quelques arpèges de guitares, des pianos, parfois un orgue bon marché). The Proper Ornaments se refusent à toute ornementation impropre, à la vulgarité, à céder quelques pouces à une modernité vite dépassée. Cet ascétisme magnifie les compositions du duo et valorise leurs superbes harmonies. Chaque chanson semble ainsi être esquissée et réduite à son épure donnant à chaque élément la place qu'il mérite. Foxhole est le genre d'album qu'il est facile d'ignorer tant il est discret et pourtant... il est d'une beauté irradiante et son intemporalité vous accompagnera de nombreuses années. 


dimanche 5 février 2017

Uranium Club "All of them Naturals"

Uranium Club est arrivé sans crier gare dans nos disquaires début 2016, un mini album sous les bras (Human Explosion). Nous nous attendions guère à ce que les américains remettent le couvert aussi vite et pourtant, les voilà à nouveau, avec un second format intermédiaire dans la besace: All Of Them Naturals (Static Shock Records/Fashionable Idiots). Frénétique productivité ne rime pas toujours avec qualité, Uranium Club déjoue les pronostiques: All of Them Naturals déboîte sévèrement. En huit morceaux (dont une introduction et conclusion), le groupe chante un récital de corps électriques sous haute tension. Les punks sont aux aguets: des mecs qui convoquent la saccade Devo ou la morgue de Subway Sect sans faire un truc qui chlingue la naphtaline ? Quel pied ! On leur trouvera un cousinage avec Parquet Courts, pourtant il y a quelque chose de plus énergique, viscéral et exalté chez Uranium Club: le groupe est littéralement survolté, impossible de les débrancher de la prise de courant ! Le rythme tabasse pendant que les guitares nettes et précises tombent comme les coups de triques sur le cul d'un politicien chez sa maîtresse BDSM (Opus). La formation américaine ne néglige pas pour autant les mélodies comme le suggère le tube sous amphétamines God's Chest.  Après une introduction synthétique déboule un couplet répétitif avec une basse sur ressort, la lumière jaillit à la moitié de la chanson dans une explosion vitale et colorée. Autre temps fort, Operation Pt.II monte lentement. Deux guitares dialoguent dans une langue abstraite et disloquée, les autres instruments se joignent à la conversation, au fur et mesure, la basse semble avoir été empruntée à Peter Hook et accélérée. Au moins deux fois. Le tempo évoque une voiture lancée à pleine vitesse sur l'autoroute en contresens créant un krautpunk obsédant. La tension se décharge d'un coup en un crash de gaz et d'étincelles, les guitares résonnent de toutes parts, elles prennent à la gorge jusqu'à laisser sans vie.

vendredi 3 février 2017

Omni "Deluxe"

Trouble In Mind n'a jamais eu en France le vent en poupe comme Captured Tracks ou Burger mais le label chicagoan garde une constance admirable à travers les années. 2016 fut à ce titre particulièrement mémorable: troisième album d'Ultimate Painting, second de Chook Race ou encore Deluxe, le premier album des nouveaux venus Omni.  Trio d'Atlanta avec un membre passé par Deerhunter (Frankie Broyles), Omni est l'une des plus belles découvertes de l'année écoulée. Deluxe, album ancré dans une tradition rock indé américaine, n'en ai pas moins d'une étonnante fraîcheur. Ses principaux ingrédients en sont pourtant bien connus. Le son brille par sa chaleur, il est légèrement saturé, rustique et bancal. L'album a ainsi certainement été enregistré certainement dans des conditions non optimales chères à toutes les formations slackers (Pavement, Sebadoh...). Des guitares dissonantes grattent avec une certaine vigueur et ce qu'il faut de crunch, elles oscillent ainsi entre giclées post-punk et mélodies fringantes (Afterlife). La batterie explose et relance (Siam) avec entrain quand la basse alterne entre motifs lancinants et lignes entrainantes, presque funky, du moins comme Talking Heads envisageraient la chose (Wire). Omni n'est pas un paradoxe près: trop enjoué (Cold Vermuth) pour les purs et durs du bruit blanc, trop frénétique et indomptable pour les poppeux (Wednesday Wedding), Deluxe ne se laissera appréhender que par ceux qui ont envie d'écouter une musique se jouant des codes tout en ayant l'humilité de ne pas prétendre les dynamiter.


mercredi 1 février 2017

Maraudeur "Night 1"

Maraudeur est l'un des nombreux projets cool de la Suissesse Lise Sutter (également dans The Staches et Couteau Latex). Le label parisien Gone With The Weed vient de sortir leur premier vinyle, un flexi 45 tours orange fluo après plusieurs cassettes. Enregistrée avec l'aide de Kelley Stoltz, la production compacte et touffue pare les chansons d'un son qui leur font honneur. Maraudeur semble tirer ses influences des meilleurs groupes post-punk et no wave historiques tels que Kleenex, Delta 5 ou encore ESG. Comme ces formations, le groupe se sert de la basse à la fois rythmiquement et mélodiquement créant une musique à la fois charnelle et distante.  

Bored By Devotion est la plus uptempo des deux. Le tempo est frénétique, la ligne de synthétiseur menaçante. Deux basses se complètent en stéréophonie...Sur le refrain le jeu sur les voix allège quelque peu l'ambiance lourde et poisseuse du couplet sans trahir l'esprit général. Night 1 est la grande réussite de ce 45 tours. Sur un rythme modéré, les deux basses se répondent créant des motifs abstraits et grisants. La voix, joue la carte de la retenue non sans une certaine morgue, créant un état de transition permanent entre calme et tempête. Le temps semble ainsi  suspendu, attendant d'être brusqué par un incident.


vendredi 27 janvier 2017

Die Berolinas "Espresso"

Nous n'avions jamais évoqué jusqu'ici un disque de la République Démocratique d'Allemagne (la fameuse RDA ou DDR en anglais). Initions donc le mouvement avec le très bon morceau de Die Berolinas Espresso.

Le nom du groupe est une référence au nom néo-latin (néo car ne datant évidemment pas de l'Antiquité) de la ville ainsi que sa figure allégorique qui fut représentée pendant une certaine période à travers une statut sur l'Alexanderplatz. Sur la formation en elle même nous savons peu de chose: ils n'ont sorti que ce morceau sur un simple (partagé avec un autre chanteur peu mémorable) pour le label d'état Amiga ainsi qu'un second morceau (assez médiocre malheureusement) uniquement édité sur une compilation (Dämmerung)... Espresso est écrite par le bassiste Bernd Emich qui fut aussi membre du groupe de rock instrumental Die Sputniks à ne évidemment pas confondre avec le groupe suédois The Spotnicks. C'est un excellent morceau funky et groovy avec un très bon hammond et une basse puissante, véloce. Dans deux ans nous fêterons la chute du mur de Berlin, il est bon de rappeler qu'à l'Est aussi il y avait de l'excellente musique dans la plupart des pays (Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne,...) même si elle fut, il faut le reconnaître, plus difficile à défendre que de ce coté-ci de l'Europe du fait d'autorités pas toujours férues de rock, une expression souvent vue comme étant un vecteur du capitalisme, pas non plus entièrement faux. 

mercredi 25 janvier 2017

Jean Karakos: Celluloïd

L'expérience BYG fut loin de conclure les envies de labels de Jean Karakos...Le plus important d'entre eux étant certainement Celluloïd.


TAPIOCA
Tapioca fut une aventure de courte durée entre 1976 et 1978. Karakos s'associa avec le financier Hugues Balley. Ils éditèrent le premier 45 tours de Téléphone (discogs) et rachetèrent le catalogue de Pôle (Besombes & Rizet, Henri Roger...) un des meilleurs labels expérimentaux électroniques français des années 70 fondé et géré par Paul Putti et sa femme. Il semblerait que Karakos utilisait les tampons (qui servent à presser les disques) de Pôle ce qui affecterait la qualité des pressages Tapioca....Le label compte également des sorties de groupes liés à la galaxie BYG tels que Gong ou Daevid Allen en solo ainsi qu'à l'underground français de la première moitié des 70s (un disque d'inédits de Magma).



Les Tontons M'écoutent
Label temporaire de Karakos n'éditant que 4 disques entre 1978 et 1979. Des rééditions de Magma ou Gong... À noter que le cat number (LTM) apparaît sur certaines références Celluloïd.



CELLULOÏD
Le label naquit officiellement en 1979 même si certaines sorties semblent précéder cette date (des licences de disques de reggae ). Jean Karakos s'associa avec Gilbert Castro, qui fonda également le distributeur Mélodie spécialisé en musique africaine et antillaise et bien sûr Jean-François Bizot. Bizot, décédé il y a dix ans, fut une des figures les plus importantes de l'underground français. Un esprit libre dont la pensée infuse encore de nombreux médias. En 1970, il racheta Actuel (fondé par Claude Delcloo, partenaire de Karakos et Young dans l'épopée BYG après le départ de Boruso) auquel il impulsa une vision plus ouverte et professionnelle (moins proche du fanzine politique des débuts). En 1975 le titre fut sabordé avant de renaître de 1979 à 1994. Il fonda en parallèle le groupe de presse Nova Press et vous l'aurez deviné: Radio Nova à l'heure de la libéralisation des ondes FM en 1981 par ce cher tonton. 


À ces débuts, le label fonctionna selon les bonnes vieilles méthodes déjà éprouvées du temps de BYG: beaucoup de licence. Celluloïd édita ainsi le classique Warm Leatherette de The Normal, des disques de Cabaret Voltaire, Throbbing Gristle, Young Marble Giant, Soft Cell,  etc. Bien que l'on note ainsi un changement de génération de groupes, les formations issues de l'activisme de la fin des années soixante continuèrent de figurer (un peu plus sporadiquement) au catalogue: Henry Cow (groupe Canterbury), Magma, Gong ou encore Etron Fou Leloublan... Le label s'intéressa aussi dès ses débuts à la musique du monde et plus particulièrement au Reggae, une attitude qui coïncide bien avec les centres d'intérêt de Bizet mais aussi ceux de Karakos (comme en témoigne son intérêt pour les musiques cubaines avant la création de BYG).



Deux scènes, à la fois très liées et différentes, firent beaucoup pour la renommée et l'histoire de Celluloïd à partir de 1979. Celluloïd prit en licence de nombreuses sorties de Zé (label fondé par Michael Zilkha et le français Michel Estaban précédemment de la boutique Harry Cover) donnant à la scène new-yorkaise une importante visibilité en France: Suicide, James Chance, Was Not Was, Material... De l'autre, le label de Karakos, Bizet et Castro défendit les groupes français dont les noms figurent aujourd'hui parmi les plus appréciés: Jacno, Mathématiques Modernes, Modern Guy, Nini Raviolette, Artefact... Soit une certaine idée de l'époque, entre disco déviante et jeunes gens modernes. Une union entre la dance music et les circonvolutions punk voir expérimentales...

En 1982, Karakos déménagea à New York, impulsant une nouvelle orientation au label en plus d'un intérêt maintenu pour le rock français (45T des Coronados en 1983, des sorties de la LSD...). Là bas, en compagnie de Bill Laswell de Material (dont le nom croisa aussi celui de Gomelsky: petit milieu !), Celluloïd produisit de nombreux disques de hip-hop parmi lesquels ceux de Beside, Futura 2000 ou Fab Five Freddy. Ce même Bill Laswell participa par ailleurs au fameux Rockit d'Herbie Hancock en compagnie des scratchs Grand Mixer DST également auteurs de quelques maxis sur le label français. Celluloïd fut également très important dans le développement de la world music en France comme en témoigne les nombreuses incursions du label dans le genre: Touré Kounda, Manu Di Bango, Salif Keita.


En 1988, Karakos quitta le navire, l'année suivante, il fit l'un de ses plus fameux coups: La Lambada et oui ! En 1994 il fonda Distance un label de (deep) house au catalogue relevé dans lequel figurèrent: Kings of Tomorrow, Romanthony (chanteur d'un des meilleurs morceaux des Daft Punk entre chose), Kevin Yost, Shazz, DJ Deep, Louis Vega (moitié des MaW), Playin' 4 The City. D'ailleurs concluons ce tour d'horizon sur un de mes morceaux de house favoris, le fantastique Finally des Kings of Tomorrow sorti en 2001 sur Distance (et pris en licence par MoS).

Pour aller plus loin: les entretiens de la BNF de Karakos qui reviennent sur l'ensemble de la carrière.

 

mardi 24 janvier 2017

Jean Karakos: BYG

Hier nous apprenions le décès de Jean Karakos, fondateur de deux des plus grands labels indépendants français à n'avoir jamais existé: BYG et Celluloïd. Je ne pense pas être la personne la plus apte à faire une biographie digne de ce nom à ce personnage hors norme de la pop française, à ce titre je vous recommande les textes de Rock Made In France et Libération permettant d'entrevoir la la vie fascinante de cette figure iconoclaste. À défaut de savoir comment appréhender la personne dans son essence, il m’apparaissait important de revenir sur certaines de ses grandes aventures qui façonnèrent la pop française que j'aime et défend ici et ailleurs. D'une certaine manière, comme pour Pierre Barouh (Saravah), le paysage underground français ne serait pas exactement le même sans des gens comme Jean Karakos... le mainstream non plus d'ailleurs !

BYG
Le label fut créé en 1967, selon la légende le nom reprend les initiaux de ses trois fondateurs à savoir Fernand Boruso, Jean Luc Young et Jean Georgakarakos. Le premier fut précédemment collaborateur de... Saravah (le monde est petit), il partit en 1969.
Jean Luc Young initia au moins deux labels avant BYG en plus de travailler à la distribution chez Barclay. Le premier, les Disques Young ne comporte qu'une seule sortie: le classique french beat El Camel des Falcons. Il créa également Disc Young, structure qui licencia deux productions anglo-saxonnes de Pentagle et The Mohawks. Deux réalisations faites en compagnie d'un autre label.... Joc créé par ... Karakos. Ce dernier monta tout d'abord l'éphémère Star Success dont selon toute vraisemblance il doit exister une dizaine de références oscillant entre musique cubaine et twist (Billy Watch, Eddy Burns, Gilbert Brun,  Pepe Luiz), puis Joc, label orienté vers les licences de disques de blues et folk (Pete Seeger, Woody Guthrie, Lightin' Hopkins etc.).


BYG, à ses origines, continua cette politique de licence notamment dans les premières années de son existence. Le label réédita en effet des disques de jazz (séries The Jazz Collection, Jazz Masters ou encore The Archive of Jazz) tandis qu'en parallèle il prenait chez des labels anglais ou américains des nouveautés de groupes aussi diverses que Sly and the Family Stone ou les plus obscurs Jasmin-T... BYG développa aussi son propre catalogue autour de différents axes. La venue de Claude Delcloo (qui remplaça Boruso) impulsa une orientation free jazz notamment via la collection Actuel, du nom du magazine fondé par le même Delcloo. L'identité visuelle de la série a marqué toute une génération: un layout blanc, une photo ou un dessin bordé de gris, le A stylisé en haut à droite, le titre à coté à gauche...L'ensemble constitue presque un who's who du jazz avantgardiste: Don Cherry, Art Ensemble of Chicago (qui résidait à l'époque à Paris), Sun Ra ou encore Archie Shepp pour citer les noms les plus connus. Autre élément moteur du catalogue: le rock underground français. Gong, la formation mythique de Daevid Allen, y publia entre autre son premier LP Magick Brother en 1969 (produit par les trois larrons) de même que la formation progressive Alice , les excellents Alan Jack Civilisation , Cœur Magique et Âme Son


En plus d'avoir parfois utilisé ses studios, BYG partagea certains artistes avec Saravah notamment Areski et Fontaine qui firent des albums pour les deux labels. Les deux structures, bien que sur des versants légèrement différents (rock d'une part, chanson de l'autre) sont peut-être parmi les plus symboliques de l'effervescence de l'époque, moins underground que Futura, plus large dans leur approche, ils catalysèrent ainsi une partie de l'énergie musicale générée par la France post-soixante huitarde (quand tout était encore possible et que Mai 68 n'était pas vu comme une injure...). BYG fut ainsi un jalon important pour la scène underground française et internationale entre 1968 et 1974. Si parfois les disques édités semblent à la limite de la légalité (notamment ceux de la série Faces and Places que je soupçonne d'avoir été alimenté par Gomelksy), le catalogue brille par sa variété, sa fraîcheur, son originalité et ses prises de risques. Il est incontestablement l'un de ceux qui a le mieux défendu le rock français à une certaine époque.

À partir de 1974, Jean-Luc Young et Karakos empruntèrent des voix différentes qui se croisèrent cependant à l'occasion. Nous allons revenir dans une seconde partie (si j'ai le courage de m'y atteler !) sur Celluloïd et d'autres labels de Jean Karakos mais mentionnons pour être complet ce que fit son collègue Young. Il monta le label de rééditions Charly notamment de certains groupes du catalogue BYG parmi lesquels Gong. Ce label est aujourd'hui particulièrement actif (par exemple sur le catalogue du 13th Floor Elevator) et connu quelques beaux succès, tel que Jungle Rock de Hank Mizell en 1976, un morceau initialement édité une vingtaine d'année plus tôt propulsé dans les charts anglais par la grâce d'une réédition...

En complément:
Un article très complet et intéressant sur BYG.
Un article sur le festival d'Amougies (directement lié à l'aventure BYG).
Un sujet sur les indicatifs de Radio Campus où j'évoque le parcours de Gomelsky dont la vie croisa souvent celle de BYG (il était manageur de Gong).

PS: j'ai illustré l'article de vidéos de disques sur ma wantlist :) . Pour l'anecdote: derrière le morceau floating se cache Vangelis, de son coté François Wertheimer pourrait bien être derrière le très étonnant album de Dominique Webb...