lundi 27 juin 2016

Une petite introduction aux synthétiseurs - les précurseurs

Il y a neuf ans de cela j'écrivais un petit article d'introduction sur la synthèse dans ce même blog (lien). Il était peut-être temps de revenir sur le sujet, préciser certains points et en réaffirmer d'autres par la même occasion. 

Tout d'abord qu'est-ce qu'un synthétiseur ? La question peut sembler a priori stupide, elle ne l'est pourtant pas: le langage courant en donne une bien imprécise définition ! Comme son nom l'indique, dans un synthétiseur il est question de synthèse, le synthétiseur doit donc être capable de ... synthétiser des sons, c'est à dire être capable d'en créer, modifier etc. Pour se faire le synthétiseur fait appel à des technologies différentes. Il existe ainsi de nombreuses synthèses, y compris parfois spécifiques à un modèle particulier. Cependant il est possible de dégager quelques tendances fortes, en fonction des époques, l'occasion de rappeler aussi quelques évolutions, intéressons nous aujourd'hui aux précurseurs.

Les inventions des pionniers
À partir de la fin du 19ème siècle, les ingénieurs, physiciens s'intéressent à l'électricité et à la conduction du son. Cet intérêt aboutit à des inventions majeures au début du siècle suivant: le Théremine (de Lev Termen) en 1917 ou encore les Ondes Martenot (de Maurice Martenot) en 1928. Ces instruments ont des principes de génération du son proches (de mémoire des oscillateurs à haute fréquence) et il est possible de confondre l'un et l'autre sur des enregistrements cependant ils se distinguent très nettement au niveau du jeu. Le son est éminemment fantomatique et pur, il se rapproche de la texture des violons tout en étant plus doux, il évoque aussi les ondes sinusoïdales. 

Le Thérémine est conçu autour de deux axes (antennes): l'un contrôle la hauteur de la note, l'autre son volume. En apparence très simple, il s'agit d'un instrument très exigent à maîtriser (si l'on veut faire autre chose que du bruit avec) mais capable d'une expressivité étonnante. Un exemple. Plus d'informations.

Les ondes Martenot adoptent une interface plus proches des lutheries d'instruments déjà existants à l'époque autour d'un clavier, le musicien bénéficie ensuite d'une pédale pour gérer le volume et d'un ruban pour effectuer des glissando.  Cet instrument est très vite adopté par le compositeur de musique contemporaine Olivier Messiaen.  Un exemple et plus d'informations.

On retrouve aussi dans les années 40 des technologies proches (dérivées des Ondes Martenot) dans l'Ondioline ou le Clavionile, des instruments particulièrement apprécié dans la musique pop et que l'on confond souvent les uns avec les autres... Ains Runnaway de Del Shannon utilise un clavioline (youtube) tout comme Telstar des Tornados (youtube). Good Vibrations des Beach Boys utilise quant à lui une variante du theremin appelé electro-theremin (youtube).

Les orgues
Les orgues électroniques sont une autre étape essentielle, en deux temps, du développement de la synthèse sonore.
À partir des années 30 se développent les orgues électromécaniques, les célèbres orgues Hammond (créés par Laurens Hammond), il s'agit ici d'une génération physique du son (puis généralement amplifié/modifié électriquement) et non électronique. Par exemple, on classe également les pianos électriques (Rhodes, Wurlitzer, Clavinet...) dans cette même catégorie. L'orgue Hammond repose sur les roues phoniques, un principe électromécanique de 91 pignons tournant dans un champ magnétique. Ces roues phoniques évoque la synthèse additive puisqu'elles permettent d'enrichir en harmonique le signal grâce aux fameuses tirettes blanches et noires... L'orgue Hammond est mis en production en 1935 avec comme ambition de remplacer les encombrants orgues des églises à tuyaux. En 1955 sort le modèle le plus mythique de la marque, le fameux B-3 utilisé par un nombre incalculable d'artistes pop, jazz, funk, soul... Ainsi dans années soixante le son chaud des orgues Hammond (B-3 et les autres) figure dans un nombre incalculables de hits depuis The Cat de Jimmy Smith, en passant par Green Onions de Booker T and the MGs, Requiem Pour Un Twister de Gainsbourg ou Gimme Some Lovin' de Spencer Davis Group...

Dans les années 60 apparaissent les combo organs, que l'on peut raisonnablement considérer comme les instruments électroniques parmi les premiers à avoir été massivement diffusés. En effet grâce aux technologies transistor et division de fréquence (en général 12 oscillateurs, 1 par note, qui permettent de couvrir plusieurs octaves, pour en savoir plus), le son est généré électroniquement (l'oscillateur génère une forme d'onde riche) avant d'être filtré globalement (une différence notable avec les polyphoniques où chaque oscillateur dispose de son propre filtre). Comme il y a un oscillateur par note, la polyphonie de l'instrument est totale, cependant ses caractéristiques sonores sont assez limités (une seule forme d'onde, modulation d'amplitude et de filtrage fixe et limitée). Ces orgues furent très populaires dans les années 60 et sont une des caractéristiques sonores les plus saillantes du garage-rock, on les retrouve sur presque tous les classiques du genre (Liar Liar, Incense & Peppermints,...) . Les modèles les plus célèbres (l'anglais Vox Continental, l'italien Farfisa Compact, le néerlandais Philicorda) sont aujourd'hui très recherchés.

À la fin des années 70 la technologie transistor/division de fréquence trouve un second souffle dans les fameuses string machines que l'on trouve également dans un nombre incalculable de disques (Equinoxe de Jean Michel Jarre ou I Feel Love de Donna Summer avec Moroder...). L'astuce pour réactualiser le son a surtout consisté à intégrer de généreux chorus donnant une ampleur et un soyeux inimitables aux criards orgues 60s (que j'adore évidemment). Parmi les modèles les plus connus: Arp Solina, Crumar Multiman, et bien d'autres (Roland RS-202 par exemple)...

(dans lequel on peut entendre une "string machine")

jeudi 23 juin 2016

Le Duke est-il marquis ?

Récemment nous évoquions ensemble les groupes tentant, vainement, de capitaliser sur le succès de Procol Harum en pastichant le nom du groupe (Prock Harson). L'Italien Mario Battaini eut un peu plus de succès en montant The Duke Of Burlington et en reprenant "Flash" du groupe anglais... Marquis Of Kensington ! La face b du simple "Sister Marie" fut ainsi un tube pour le transalpin en France et en Italie et le départ d'une carrière (trois albums) sous l'étrange sobriquet de meneur de Piccadilly (wikipedia).

Quelle version de "Flash" est la définitive ? à vous de voir, l'instrumental fuzzy gainsbourien a dans tous les cas son charme. Il est évident qu'en France vous croiserez néanmoins bien plus souvent le Duke latin que notre Marquis anglo-saxon. Il se cache ainsi tous les week-ends, dans toutes les bonnes brocantes de France ! Doit on ainsi considérer la version la plus connue ou l'originale comme référence ? Si l'italien rendit une copie plus soignée et mieux branlée, ne négligeons pas la nature plus rock et ébouriffé de l'anglais. Contrairement à l'usage dans le tournoi des six nations (où l'Angleterre surpasse toujours l'Italie), déclarons match nul pour les deux européens !   

mardi 21 juin 2016

Dans les griffes de Freddie Meyer

Freddie Meyer est un chanteur d'origine américaine. Originaire de l'Ohio, là bas il joua dans un combo garage qui ouvrait pour les stars américaines ou anglaises comme les Byrds. En 1968, il s'installa en France, à St Tropez, où il monta le groupe The Soul Company, futur Dynastie Crisis, à ce sujet son site internet est assez old school mais fascinant. Je ne sais pas si le groupe auteur du fantastique "Faust 72" (youtube) accompagna Freddie sur ce 45 tours néanmoins les deux chansons sont co-signées par Philippe Lhommet ex-Rotomagus (voir le blog) et donc futur Dynastie Crisis (blog). 

"Isn't it wonderful" est un slow de mémoire, je n'en garde en effet pas un souvenir impérissable, en revance... la face B "Love Me" est terrible ! Le tempo est relevé, l'orgue déchaîné, Freddie se donne à fond, ça balance sévère avant ce pont psychédélique et mystérieux pour mieux renvoyer la sauce derrière ! "Love Me" est une pastille temporelle de 1969, elle évoque d'autres faces B dont l'excellente "Magic Mirror" des Aphrodite's Child pour l'absence de guitare et l'usage de l'orgue au premier plan, elle tire cependant moins sur le hard rock et plus sur le groove mais sans néanmoins abandonné l'idée d'être sauvage et indomptable !

dimanche 19 juin 2016

The Honeycombs: plus que du miel pour les oreilles

Le 3 février 1967, Joe Meek tua sa propriétaire avant de se donner la mort. Ce suicide faisait écho à une autre mort, celle de Buddy Holly huit ans plus tôt dans un accident d'avion connu comme The Day The Music Died (wikipedia). Joe Meek était alors confronté à de sérieux problèmes financiers et ce, malgré de nombreux hits: les droits du plus important d'entre eux ("Telstar" des Tornados) étaient bloquées par une procédure judiciaire. Son homosexualité assumée fut aussi source de problèmes dans une époque beaucoup moins tolérante que la nôtre et dans laquelle, l'orientation pour le même sexe était vue comme criminelle.Ainsi Meek pensa être le principal suspect de policiers qui enquêtaient sur un meurtre sordide...Une impression qui précipita peut-être son pétage de plomb.

Joe Meek au delà d'être paranoïaque, légèrement fou (il pensait pouvoir enregistrer les morts en plaçant des enregistreurs dans les cimetières) fut surtout un véritable pionnier de la production. Il fut ainsi l'un des premiers producteurs indépendants britanniques (à ne pas être salarié d'une maison de disque) et obtint trois numéro 1 pendant sa carrière. Au delà de ces succès, le son Meek reste reconnaissable entre tous en 2016, il est unique à bien des égards: compression très importante, sons électroniques délirants, batterie se rapprochant de percussions primitives, extraits sonores, guitares agressives... Cette marque de fabrique se retrouve ainsi autant sur les classiques freakbeat (The Buzz "You're holding me down" ou "Crawdaddy Simone" des Syndicats) que les tubes pop produits par Meek comme "Telstar" (youtube) des Tornados, second numéro 1 britannique aux USA de l'histoire!  

Son dernier numéro un, il l'obtint en 1964 avec les Honeycombs et "Have I The Right?" écrite par  Ken Howard et Alan Blaikley qui démarrèrent là une prolifique carrière de songwritters... Le groupe originaire du nord de Londres, s'appelait à l'origine The Sheratons. Après avoir auditionné pour Meek, ils enregistrèrent donc cette composition d'Howard et Blaikley, un duo qui les avaient approchés à un de leurs concerts très peu de temps avant leur rencontre avec Meek. Le groupe devint ensuite Honeycombs grâce au patron de PYE (chez qui le disque fut publié) inspiré par la présence (rare pour l'époque) d'une batteuse dans la formation: Honey Lantree. Le morceau est un classique beat marqué par une rythmique martelé impressionnante (youtube), peut-être inspira-t-elle les Strangeloves et leur "I want candy" quelque temps plus tard ? 

"That's the way" , leur cinquième single est aussi leur dernière entrée dans le top anglais à une plus qu'honorable douzième place. Signée par Howard & Blaikley, la chanson est une honête composition mais constitue pourtant pas la surprise de ce 45 tours. En effet, Joe Meek prit soin de glisser en face B une de ses compositions, la redoutable "Can't get through to you". Si la chanson des Honeycombs ne boxe pas dans la même catégorie que "Crawdaddy Simone" elle n'en reste pas moins impressionnante et étonnante. Sur une rythmique frénétique et survoltée, une guitare vicieuse vous vrille le cerveau, le tout donne l'impression d'un rush intense de caféine à vous donner une crise cardiaque. Brillant !

vendredi 17 juin 2016

Tritons: insatisfaction

Si vous regardez régulièrement les 45 tours d'occasion vous êtes nécessairement tombé un jour sur "I can't get no satisfaction" de Tritons. Une curiosité très peu onéreuse et que vous devriez prendre malgré les doutes évidents que vous pourriez avoir en apercevant une telle pochette. En toute franchise, j'ai du mal avec la reprise des Rolling Stones (youtube), elle est assez casse-bonbons mais elle leur permit d'obtenir un énorme hit en Italie et en France en 1973. Je ne doute pas un instant que le facteur novelty a joué dans le succès de ce morceau. En effet, enregistré par le groupe italien Ibis (une des nombreuses ramifications des New Trolls), ces dernières ne s’attendirent certainement pas que cette modeste récréation devienne un tube 

Tritons devint donc aussi à son tour une branche de la famille New Trolls dont l'histoire est quelque peu complexe ! Dans les grandes lignes, après le succès de "satisfaction" les Tritons (Ibis) quittèrent leur label pour un autre. L'ancien label (Fonit) édita alors sous le nom de Tritons un groupe anglais de reprises pendant que les Tritons (Ibis) firent un album pour Polydor. Pour ne rien arranger, l'ancien batteur des Ibis/New Trolls qui avait participé à l'aventure Tritons sur leur premier simple continua également d'employer le nom sous une forme proche: Johnny ex-chanteur des Tritons ! Bref il existe ainsi trois formations (ou deux selon la manière de compter la dernière) différentes à se revendiquer Tritons ! Bonjour la confusion pour les amateurs !

Comme je le mentionnais précédemment, je ne suis pas particulière amateur de la face A, vous commencez à me connaître, j'ai retourné le 45T et écouté l'autre proposition...Et là grosse claque ! "Drifter" ne brille certes pas par son chant quelque peu approximatif mais quel cool morceau heavy psychédélique ! L'orgue est fiévreux, la batterie frénétique, la guitare chauffée à blanc ! Bref, le genre de trouvaille qui fait très plaisir la première fois que l'on tombe dessus pour 50 centimes...avant d'arrêter de la prendre quand on l'a en 3 ou 4 exemplaires !

  

mercredi 15 juin 2016

Paul & Barry Ryan: I love how you love me

Récemment je lisais les notes de pochette du second volume de la compilation beat/garage espagnole Algo Salvaje (discogs), celles-ci me permirent de découvrir que "Lamento De Gaitas" de Los Archiduques (youtube) est une reprise...d'une reprise (voir peut-être elle même déjà une reprise...) ! Mais voyons cela dans le détail...

Écrite au début des années soixante par Barry Mann, songwritter reconnu (wikipedia), souvent avec sa femme Cynthia Weil, auteur du tube novelty cher à Greg Shaw "Who Put the Bomp" (youtube) et Larry Kolber (récemment décédé), "I love How You Love Me" fut d'abord pensé pour être interprétée par un homme... Phil Spector, convaincu du contraire, fit enregistré la chanson par The Paris Sisters, appliquant son fameux wall of sound à la balade mièvre (mais géniale) de Mann et Kolber (youtube). Bien entendu ce fut un tube incroyable, l'un des nombreux dans la besace du plus terribles des grands producteurs... Devenu ainsi un standard de la pop, la chanson est depuis largement reprise, au moins 37 fois à ce jour !

Si vous avez écouté "Lamento de Gaitas" et l'avez comparé à l'original des Paris Sisters, vous avez certainement noté les arrangements très différents des deux versions: du slow magistral jusqu'à la chanson beat uptempo révélant quelques choix inattendus dans l'exercice..."Lamento de Gaitas" est ainsi une reprise d'une reprise d'une reprise ! Non, vous ne voyez pas trouble: voyons cela

En 1965 la fratrie Nino Tempo & April Stevens (wikipedia) inventèrent l'arrangement rapide si particulier et génial autour d'une cornemuse et du solo de guitare énergique (youtube). Leur version fut un bide, elle comportait pourtant de nombreuses qualités en dehors des originalités déjà évoquées: une saveur folk-rock à total contrepieds de l'originale. L'idée de la cornemuse leur fut d'ailleurs soufflée indirectement par les maîtres du genre, les Byrds, en effet Nino Tempo fit le rapprochement entre le son de la douze cordes des Oyseaux et celui de l'instrument écossais: loin d'être aberrant si l'on considère que la cornemuse est un instrument équipé d'un bourdon, un mode de jeu très présent également dans la musique indienne, une grande influence des californiens (par exemple sur leur classique "Eight Miles High") très adeptes de la douze cordes. La cover ne fut pas peine perdue pour tout le monde, des petits filous anglais adaptèrent à leur tour la balade de Mann & Kolber calquant leurs arrangements, à quelques menus détails près, sur la version de Tempo & Stevens...

Au folk-rock californien succéda ainsi, en 1966, la musique beat chère au Swingin' London, les jumeaux Paul & Barry Ryan, âgés de 18 ans y ajoutant une touche mersey bienvenue, bye bye la guitare jangly à la "Hey Joe" des Leaves en arrière plan, hello harmonies soyeuses et réconfortantes. Le solo de guitare fuzz aigrelet devint ainsi une ligne de guitare psychédélique à blinde de feedback dans la lignée des Who ou de The Smoke ("My Friend Jack"). Ce fut pour eux un petit tube mais rien de comparable au raz de marée qu'ils connurent deux ans plus tard avec "Eloïse" (Barry interprétant une chanson de Paul)...

Enfin, les Espagnols Los Archiduques l'adaptèrent en 1967 sous le titre "Lamento De Gaitas". Sans rien piger à l'espagnol il est cependant aisé de saisir la signification de gaita... c'est une cornemuse (terme générique en espagnol, terme spécifiques à certaines cornemuses dont celles du Nord de l'Espagne en français) ! L'un des instruments traditionnels de la région dont est originaire le groupe: les Asturies. Il est ainsi amusant de constater que l'instrument est ici plus à sa place que sur la version qui a pourtant inspiré l'arrangement à l'origine ! Voilà donc le génial cheminement d'un des rares morceaux de beat avec de la cornemuse (avec la bien nommée "la cornemuse" des Jets) à travers trois reprises successives. 

lundi 13 juin 2016

Blue Vamp: Glam à Paris

Il existe fort peu de groupes glam français à ma connaissance... À vrai dire, avant de tomber sur le 45 tours que je compte évoquer aujourd'hui, un seul me venait à l'esprit: The Frenchies de Martin Dune...aka Jean-Marie Poiré et leur célèbre "Lola Cola" (youtube) ! Le groupe que nous allons évoquer aujourd'hui se nomme Blue Vamp il est originaire de Paris et a sorti un album et un 45 tours  sur le label Vamp. Initialement je pensais qu'il pourrait s'agir d'un label créé par le groupe lui même mais discogs m'apprend qu'il s'agit d'une structure créée par Gabriel Ibos (plus tard de Spalax qui réédita un de mes disques de berlin school favori à savoir E2-E4 de Manuel Göttsching) et qui a notamment édité des albums du groupe expérimental Lard Free.

Le groupe Blue Vamp se composait de Jean Pierre Bucolo, Helios Vidal, Jean Pierre Bellanger, Bernard Madelin et Stéphane Ficarelli. Vous pouvez trouver une biographie et des photos de la formation sur Rock Made In France et French Heavy Rock. Par ailleurs le fan club de Jean-Michel Jarre (vous allez comprendre pourquoi !) nous apporte de précieuses informations sur la création du 45 tours...Bernard Madelin se lie en effet d'amitié avec Jean-Michel Jarre dans les couloirs des Disques Motors qui hébergent également Vamp. Les deux collaborent ainsi sur un projet de Jean Michel Jarre dans lequel Bernard Madelin joue de la guitare et basse, elle aboutit au 45 tours sous le pseudo de 1906 (youtube) en 1974. 
Le premier album des Blue Vamp, publié en 1973 se vend mollement: le label pousse donc le groupe à enregistrer un single pour relancer l'intérêt autour de la formation. Ainsi Jean-Michel Jarre, collaborateur maison montant des Disques Motors (il participe aux albums Les Paradis Perdus et Les Mots Bleus de Christophe) compose "Jolly Dolly" tandis qu'Hélios, le chanteur, écrit de très réussies paroles....Le titre est mis en boite aux fameux studios Ferber à Paris et couplé avec un morceau extrait du LP ("L'esprit de l'homme") en 1974.

"Jolly Dolly" manque peut-être d'un solo de guitare déglingué pour être un classique imparable mais la chanson fait malgré tout une très belle impression. La production est soignée et respecte à merveille le cahier des charges glam : la rythmique donne immédiatement envie de danser et taper dans ses mains, dans la pure tradition du genre ("Ballroom Blitz" de The Sweet ou "Get it On" de T-Rex). Si le texte est assez sage malgré une thématique prometteuse (une teenager en boite de nuit), Hélios y met ce qu'il faut de stupre et d'androgynie pour rendre le tout des plus cool. Dans un monde parfait le simple aurait effectivement relancé les ventes du disque, ce ne fut bien entendu pas le cas ! Le groupe s'arrête, Jean Pierre Bucolo devient un musicien de studio recherché, il travaille notamment avec Renaud ou Cabrel (discogs), Hélios Vidal participe au groupe Magnum (avec Jacky Chalard de Dynastie Crisis!) et enfin Bernard Madelin monte Gangster qui tourne en première de Téléphone au début des années 80. Après une parenthèse d'une vingtaine d'année, il a recommencé à enregistrer au début des années 2000 avant de décéder en janvier 2014. Souvenons de lui avec l'excellente "Jolly Dolly" ode à une certaine innocence, à la joie de vivre et très intéressante contribution à notre patrimoine rock français !

 

samedi 11 juin 2016

Quartz: à l'heure de la disco cosmique

L'autre jour, j'étais chez mon vendeur préféré aux puces, je regardais machinalement le bac soul/funk/disco et mes yeux se sont posés sur cet album de Quartz. La pochette a tout de suite captivé mon imaginaire, une pointe de science fiction, l'arrière plan solaire contrebalancé par la froideur et la géométrie du quartz: je savais avant même d'écouter la moindre note qu'il s'agirait de disco cosmique française ! Les enfants au milieu de colossaux cristaux évoquent très certainement l'un des succès de l'année 1978, également la date de publication de ce premier album, Superman et plus particulièrement la planète d'origine de Clark Kent: Krypton (trailer).

Quartz semble être en particulier l'alias de Saint-Preux, un compositeur d'inspiration classique ayant eu un énorme à la fin des années 60 avec "Concerto pour une voix" (pour les curieux: wikipedia et youtube). La plupart des morceaux de l'album sont également co-signés par Max Gazzola, peut-être un peu plus expérimenté en matière de disco puisqu'il a écrit pour The Ritchie Family (discogs). Notons aussi la participation de Patrick Langlade, probablement le frère de Saint-Preux... Un des morceaux de Quartz est une réadaptation d'un thème du second mouvement de Symphonie pour la Pologne (information trouvée ici) du compositeur contemporain. Le projet sort deux albums en 1978 et 1979, soit en plein dans la vague Space, Space Art ou Moon Birds.
Un morceau a particulièrement retenu mon attention "Chaos", après quelques écoutes de l'ensemble du LP c'est de loin le morceau que je préfère... Les autres ont un peu trop subit à mon goût les épreuves du temps et ont quelques traits qui me les rendent moins attachants (des voix redoutablement eurodisco etc.). Pourtant, à l'époque, "Chaos" ne fut pas publié en maxi et "Beyond the Clouds" eut ainsi les faveurs des djs de Détroit (la preuve), ceux-là même qui par leurs audacieux mélanges contribuèrent quelques années plus tard à influencer inconsciemment l'esprit des kids du Belleville Three...La Techno des origines a en effet plus que quelques instruments en commun avec beaucoup de musique électronique européenne de la fin des années 70: une forte appétence pour le futur. "Chaos" fut en revanche choisi par les compilateurs de Cosmic Machine en 2013, je les rejoins totalement dans ce choix: le morceau a une modernité unique. Réduit à l'essentiel à travers une basse mécanique et synthétique, une rythmique discoïde puissante, quelques traits mélodiques et enfin cette sublime section de string machines, "Chaos" est d'une redoutable élégance: il fait beaucoup avec peu... À cinq euros, le LP est bien sûr reparti chez moi !

jeudi 9 juin 2016

The Buoys "Timothy"

Écouter "Timothy" de The Buoys est une expérience plaisante quand on n'en saisit pas les paroles. Le titre est en effet une agréable chanson pop très accrocheuse avec des arrangements de cuivres riches et luxuriants. Pourtant ce One Hit Wonder cache un terrible secret: il parle de cannibalisme. En effet, "Timothy" évoque le sort de trois mineurs coincés au fond d'un trou et dont seulement deux reviennent: le narrateur et Joe. Le morceau écrit par Rupert Holmes n'attire pas l'attention des huiles de Scepter Records qui publie le single sans faire attention à son contenu. La chanson ne bénéficie ainsi d'aucune promotion particulière de la part de la maison de disques mais très vite les adolescents américains comprennent l'histoire et poussent le disque dans les charts à une honorable dix-septième place en 1971. Quand le label comprend enfin de quoi il s'agit, il tente de faire passé le fameux Timothy pour un âne bien que tout le monde eut déjà saisi qu'il s'agissait bien de cannibalisme ! Le groupe ne fera jamais mieux, Rupert aura lui quelques hits en solo quelques années plus tard...

mardi 7 juin 2016

Jean Ferrat vire psychédélique

En 1969, Jean Ferrat enregistre un titre fort éloigné de son répertoire habituel largement dédié à la chanson française engagée à texte. Ainsi celui qui mit en musique des poèmes d'Aragon (que mon prof de français nous fit écouter en seconde ahah) écrit "Intox" une plongée dans le psychédélisme et les opiacés. Aux manettes des arrangements: le seul et unique Alain Goraguer, collaborateur de longue date de Jean Ferrat et de nombreux autres artistes français comme France Gall ("Poupée de Cire Poupée de Son" ou "Les Sucettes"), ce dernier construit un écrin coloré et ambitieux de percussions, sitar, guitare wah wah et orgue en parfaite harmonie d'un texte délirant mais acerbe de Ferrat autour de la drogue et la télévision (une autre forme de drogue clairement)....Et si mon prof de français nous avait fait écouter ce morceau? 

 

dimanche 5 juin 2016

Small Faces: à la mod

Aussi étonnant que cela puisse paraître, malgré presque 1000 entrées, je n'avais jamais jusqu'ici évoqué directement les Small Faces sur ce blog. Lors de mon dernier périple londonien j'ai trouvé la version 45T simple de "Sha-La-La-La-Lee" anglaise. Je possédais déjà le EP français correspondant (le visuel utilisé pour illustrer l'article) mais pour les dj set ou même écouter chez soi à plein volume rien ne remplace un simple ! Les simples ont généralement l'avantage de mieux sonner (deux fois moins de musique par face ça aide) et d'être aussi souvent moins chers que les EP français plus rares et très collectionnés à cause de leurs (beaux) visuels. 

Les Small Faces sont une des formations majeures du mouvement mod au coté des Who. Le courant modernist embrase l'Angleterre au milieu des années 60. Il s'inspire des films de la Nouvelle Vague et italiens du début de la décennie. Au départ, il concerne avant tout des amateurs de jazz moderne par oppositions aux trads. La figure du mod va progressivement s'éloigner du jazz pour aller vers la soul (Motown), le jazz-soul (Georgie Fame, Booker T & The MGs etc.) mais aussi le rock pop art des Who qui adoptent ce look vers 1964 à l'époque des High Numbers. Dès lors les mods peuvent envahir les plages de Brighton et se bastonner avec les rockeurs restant, symbole de l'ancien monde, des années cinquante révolues. Les mods sont les années soixante: issus de la classe moyenne naissante, ils roulent en scooter Vespa ou Lambretta, portent des costumes ou des robes aux coupes soignées et adoptent les coiffures french line, ils expriment la modernité d'un pays en forte croissance économique où les adolescents et jeunes adultes découvrent les vertus du pouvoir d'achats et de la consommation. Dès 1967 les mods se délitent et évoluent progressivement vers le psychédélisme, la northern soul et le ska des skinheads mais ceci sont d'autres histoires !

 

Les Small Faces empruntent directement leur nom au mouvement: un face est une figure, un mec important. Mené par l'incroyable chanteur Steve Marriott, l'une des plus belles voix du rock britannique de l'époque, le groupe se compose également de Ronnie Lane, Kenney Jones et l'excellent organiste Ian McLagan. Le groupe obtient un succès considérable dans le pure style pop art chez Decca avant de signer sur le label d'Andrew Loog Oldham, manager des Stones: Immediate. Leur son évolue alors vers le psychédélisme ("Itchycoo Park" youtube) assez typique de l'Angleterre de la seconde moitié des années soixante autour de thématiques bucoliques et nostalgiques. En 1969 le groupe splitte en deux autres formations: Steve Marriott part fonder Humble Pie avec le guitariste Peter Frampton tandis que le reste du groupe se déleste de son Small pour devenir les Faces avec Rod Stewart au chant.

"Sha-la-la-la-lee" (youtube) exprime la quintessence du son pop art cher aux Who et aux autres formations mods britanniques (The Creation): musique beat aux mélodies pop soignées et aux powerchords de guitares puissantes et lacérées de feedbacks. L'autre face a peut être ma préférence et évoque quant à elle un autre angle de la musique mod anglaise plus influencée par le jazz américain. Ainsi l'excellente "grown your own" est un instrumental fiévreux autour d'un orgue déchaîné, il fait écho (tout en étant plus rock et sauvage) aux disques de Georgie Fame, des Artwoods ou Brian Auger. Vous aurez donc deux bonnes raisons de prendre ce simple la prochaine fois que vous le croiserez !

vendredi 3 juin 2016

Trans Volta: ordisconateur

Aujourd'hui une sympathique obscurité de la fin des années 70 ramené de Lyon "Disco Computer" de Trans Volta. Derrière cet anonyme pseudonyme se cache Dan Lacksman. L'intéressé est un des trois membres fondateurs de l'excellent groupe de pop synthétique Telex. Je ne sais pas si ce disque est postérieur ou antérieur à la création de la formation (1978 pour les deux) néanmoins il ne s'agit pas de la première trace discographique de l'intéressé. Loin de là !

En 1978, Lacksman a déjà une dizaine d'année d'expérience dans les studios et enregistré plusieurs disques dont certains ayant eu du succès (biographie). Il s'achète en effet un synthétiseur en 1970 et enregistre comme beaucoup de pionniers de la musique électronique des hits novelty avec l'instrument comme "Flamenco Moog" (youtube). Sur l'album figure bien entendu une reprise de "Pop Corn", passage obligé de l'époque auquel n'a pas non plus échappé Jean Michel Jarre (on y reviendra) ! À la fin des 70s il enregistre donc en compagnie de Douglas Lucas (au CV chargé: le JJ Band de Jess & James, les Chakakas...) ce deux titres (variantes de la même chanson) dans une mouvance à mi-chemin entre Kraftwerk (le vocoder, la thématique futuriste) et Moroder (la rythmique puissante et dansante), une excellente surprise qui devrait combler d'aise les fans de Telex (ceci dit je pense que la majorité d'entre eux connaissent déjà le morceau!).

mercredi 1 juin 2016

Man: 1969 année érotique

Après Rare Bird et The Gun continuons d'explorer les richesses en 45 tours du royaume britannique de la fin des années 60 en accueillant les gallois de Man un groupe formé sur les cendres des Bystanders, groupe bien connu des adeptes de popsike. Pour la biographie je vous laisse le soin de vous renseigner sur l'excellent article anglophone de wikipedia, leur changement de nom intervient quand les membres décident de s'orienter vers un rock psychédélique largement construit autour de jams fiévreux.

Nous allons nous intéressé aujourd'hui à ce qui est probablement leur plus gros hit en France malgré que le titre eut été banni des fréquences britanniques à cause de son caractère éminemment pornographique: "erotica". Il est aisé de comprendre l'origine de la censure dès les premières mesures... Le morceau simule (hihi) un orgasme sous fond de rock psychédélique et acide d'excellente facture. Il est évident que le caractère novelty de la chose a probablement fait vendre pas mal de copies, il n'empêche que ça reste un super morceau, pas très compliqué à trouver et bien mindfuck accompagné d'une face B plutôt très cool ("Don't Just Stand There" à écouter sur youtube) !

mardi 31 mai 2016

Rare Bird: Race with the Devil's High concern

Le dernier article sur The Gun m'a donné envie d'écrire sur un autre groupe britannique de la même période bien connu des amateurs de brocantes et autres adeptes des bacs bon marché. En 1970, le slow "Sympathy" (youtube) des londoniens de Rare Bird est un énorme tube en France, il est d'ailleurs possible de l'entendre de temps en temps sur Nostalgie... Il s'inscrit tout à fait dans son époque, écho plus sombre et moins langoureux d'un "Whiter Shade of Pale" de Procol Harum. Comme pour de nombreux autres One Hit Wonders la chanson n'est pas nécessairement représentative du reste du répertoire du groupe. En effet, Rare Bird était d'avantage une formation prog rock, leur premier album fut d'ailleurs la première référence du label Charisma (biographie) très à la pointe du genre (The Nice, Genesis, Hawkwind et d'autres noms parfois moins avouables comme Alan Parsons Project ahah). Le groupe a la particularité de ne pas avoir de guitariste mais deux claviéristes (orgue et piano électrique), Rare Bird est pourtant capable de sonner sacrément heavy comme le prouve "Devil's High Concern" la superbe face B (pas extraite d'un de leurs albums)  de leur tube qui ravira les amateurs de Deep Purple ou Uriah Heep, un disque excellent qu'il est pourtant presque indécent de payer plus d'un euro tant il est commun.  

dimanche 29 mai 2016

The Gun: Race With The Devil

Le Hard Rock naît à partir de la fin des années 60, il est difficile de situer précisément le premier simple ou album à définir le genre tant l'idée est dans l'air du temps dans l'après summer of love de 1967. Deux disques britanniques se détachent cependant: Truth de Jeff Beck en 1968 et le premier album de Led Zeppelin l'année suivante. Ils sont précédés par de nombreux disques, qui s'ils ne remplissent pas tout à fait le cahier des charges s'en rapprochement conséquemment. Je pense notamment au power trio Cream ou aux américains de Blue Cheer ("summertime blues" en 1967) ou Iron Butterfly (et leur classique "In a Gadda-da-Vida" en 1968). 

"Race with the Devil" d'un autre power trio, The Gun (biographie) est un excellent exemple de ces chansons qui se dirigent progressivement vers le Hard Rock tel que nous le définissons aujourd'hui. Bien sûr les arrangements riches de cuivres jurent un peu avec l'énergie brute que l'on est en droit d'attendre dans le registre, cependant le jeu de guitare ultra véloce d'Adrian Gurvitz envoie les Gun dans la sphère proto-hard rock: il est d'ailleurs repris notamment par Judas Priest au début des années 2000. Au fond, peu importe, "Race with the devil" en plus d'avoir été un tube à l'époque reste un super morceau aujourd'hui, témoignage vibrant d'une Angleterre s'éloignant du Swingin' London pour entrer dans les seventies. Cerise sur le gâteau, le pressage français du 45 Tours est assez commun et pas cher (j'ai payé ma dernière copie un euro) et propose une super face b psychédélique avec "Sunshine" que je préfère presque.