mercredi 14 mars 2018

Ariel Kalma, l’osmose mystique.



 


Lorsque l’on évoque la musique électronique en France, on pense instinctivement à la french touch des années 1990 et 2000 ou, pour les plus téméraires, aux expérimentations électro-acoustiques pionnières de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Pourtant, à partir des années soixante-dix, parallèlement aux recherches abruptes de l’INA-GRM (Groupe de Recherches Musicales), une génération de musiciens entreprend l’exploration des nouvelles possibilités offertes par les synthétiseurs. La musique électronique s’extirpe du champ strictement savant pour se diffuser auprès de jeunes gens réceptifs aux voyages intérieurs et aux trips cosmiques. Contrairement à nos voisins teutons (Popol Vuh ou Faust bénéficient, de manière encore inexpliquée aujourd’hui, des largesses financières de leurs maisons de disques), la scène électronique française se développe dans la marginalité, voire presque dans la clandestinité. Elle est, la plupart du temps, le fruit de démarches autonomes. Seuls quelques cas épars comme Jean-Michel Jarre parviennent au succès (n’oublions pas le bide de ses premiers disques). Ainsi, certains choisissent le confort relatif de la musique d’illustration (Bernard Fèvre, Jean-Pierre Decerf…), quand d’autres créent leurs propres labels (Richard Pinhas/Heldon, Pôle…). Ariel Kalma fait partie de ce second camp, celui de l’autoproduction et des petites maisons d’édition underground.




À la fin des années soixante, Ariel Kalma, de son vrai nom Ariel Kalmanowicz, est étudiant en informatique à Paris. Pratiquant le saxophone depuis l’adolescence, il délaisse progressivement son appétence pour le Rock & Roll quand il découvre le Free-jazz et les musiques d’avant-garde. Toutefois, comme nombre de ses contemporains, il doit cachetonner auprès des vedettes de la variété. C’est ainsi qu’il se retrouve à tourner un temps avec Salvatore Adamo, le musicien brésilien Baden Powell, ou encore David McNeil, chanteur aujourd’hui quelque peu oublié du label Saravah (et fils de Marc Chagall !). En 1974, il participe à la tournée mondiale de Jacques Higelin. Lors d’une escale en Inde, il est introduit à la musique classique indienne ainsi qu’à une certaine philosophie mystique qui le bouleverse profondément. C’est, dit-on, par l’intermédiaire d’un charmeur de serpent qu’il apprend la respiration circulaire, une technique qui lui permet de souffler des notes longues et continues à travers ses instruments.

 
De retour à Paris, il travaille sur l’enregistrement d’un premier album. Son titre, Le temps de moissons, évoque immédiatement les chaleurs estivales écrasantes, mais également l’abondance, et le repos bientôt mérité. La première face ne contient qu’un seul titre, éponyme. Il s’agit d’un mélange entre les ragas indiens et les boucles répétitives des maîtres du minimalisme américain. Dans une formule analogue à Terry Riley, il superpose des pistes de saxophone à travers des filtres de reverb, d’échos et de wah wah. La seconde face s’ouvre quant à elle vers les territoires de la musique Gnaouas (Maroc) pour se conclure dans un jam électronique que n’aurait pas renié Urban Sax. Profondément original et personnel, ce premier album, tiré à 1000 exemplaires au milieu des années soixante-dix, s’offre dans un écrin « fait-main » (sans mauvais jeu de mots) : une simple pochette blanche numérotée au stylo sur laquelle il dessine les contours de sa main droite, accompagnée parfois de symboles ésotériques.

En 1976, Ariel Kalma participe à l’éphémère projet Nyl, une espèce de « super-groupe » de l’underground, avec d’anciens membres de Cheval Fou (formation psychédélique complètement délurée à la Gong) et d’Âme Son. Leur unique album est publié sur Urus, le label d’Heldon. 


 
C’est néanmoins deux ans plus tard qu’Ariel Kalma produit son disque le plus audacieux, Osmose. Il s’agit d’une œuvre élaborée à quatre mains avec l’aide de Richard Tinti. Ce dernier participe durant les années soixante-dix à des missions de field recordings dans les forêts primaires. Ses captations de chants d’oiseaux tropicaux, de bruits d'insectes, des sons de la pluie et du vent sur la canopée, servent de trame de départ au travail d’Ariel. Autour de l’atmosphère sonore de ces contrées impénétrables, il tisse des pièces profondes et captivantes, dont la force est de ne pas employer les enregistrements de Richard Tinti comme un simple alibi exotique. Bien au contraire, il met en valeur une luxuriance sonore naturelle grâce à des bourdons contemplatifs et des expérimentations acoustiques étonnement modernes. Moins lo-fi et sans doute plus maitrisé que son premier disque, Osmose est le genre d’album dont le foisonnement harmonique se révèle au fil des écoutes.


L’article pourrait continuer plus longuement, mais, d’une part, cela fait déjà beaucoup à digérer, et, d’autre part, Ariel Kalma tombe petit à petit dans une New Age mollassonne qui semble d’un intérêt moindre, ou alors pour les plus curieux ou les plus gourmands. Son œuvre énigmatique ne témoigne pas moins d'une remarquable modernité, aussi bien dans le traitement sonore que dans la démarche. Les deux disques évoqués ont été réédités (avec des titres en plus et en moins...), tandis que sa discographie est en écoute libre sur son bandcamp.

mercredi 4 octobre 2017

Achats Récents #16 Funk & R&B

Il était temps de revenir à nos achats récents ! J'ai essayé de trouver une thématique sur ces 4 simples achetés entre juillet et septembre 2017 aux puces de Clignancourt (tous les disques sauf un) et à Born Bad (le troisième). 

Enregistrés entre 1967 et 1969 ces quatre 45 tours expriment bien la transition entre R&B et Funk. Si le second découle clairement du premier et en conserve l'instrumentation (importance de la batterie, la basse, usage des cuivres pour souligner), il en est finalement assez différent car ils n'accentuent pas sur les mêmes temps: premier pour le funk, deux et quatre pour le R&B. En dansant les morceaux il est facile de ressentir le changement, en effet le placement de l'emphase va vous conduire à choisir de taper du pied sur une partie différente de la mesure, par exemple plutôt la grosse caisse ou la caisse claire. Un autre changement se profile aussi dans ces disques: le passage du format chanson vers une structure plus proche de l'improvisation, la transe et la boucle. 
Dans la soul et le R&B de la première moitié des années soixante, la structure couplet refrain domine largement, James Brown est certainement l'un des premiers à s'en affranchir dans la seconde partie de la décennie. Les morceaux ainsi créés semblent ainsi pouvoir durer indéfiniment, maintenant l'intérêt de l'auditeur par des variations, notamment rythmiques. Le rôle de James Brown va ainsi évoluer, d'un chant classique et structuré autour d'un texte vers quelque chose de l'ordre de l'exclamation et son infinité de nuance. Il positionne le chanteur dans une autre dynamique, plus proche du maître de cérémonie que de l’interprète que l'on vient voir et écouter. La voix devient alors un instrument à part entière dont on recherche l'effet percussif mettant en valeur le rythme plutôt que le texte ou les accords. 
Le funk aura, sans surprise, une influence déterminante sur les musiques modernes, notamment sur le rap et les musiques électroniques (house, techno, jungle etc.) dans lesquels la notion de boucle est centrale et plus importante que la construction autour d'accords. Le genre connaît plusieurs phases, une première, avant l'apparition du disco, crue et sèche, avant de venir à des formats plus pop, à la suite du raz de marée four to the floor, dans les discothèques. Nous nous intéressons aujourd'hui à cette première période.


Honneur au maître James Brown. Si l'intéressé a eu des périodes moins glorieuses (honnêtement living in America c'est pas foufou), au sommet de son art son groupe et lui étaient fantastiques. Dimanche dernier j'écoutais une pile de simples aux puces, je place I Don't Want Nobody to give me nothing (1969) sur la platine, en dix secondes je sais que je veux ce disque. On notera l'accentuation funk prononcée sur le premier temps avec un crash et parfois même des notes de cuivres qui ressemblent à une boucle de rap prête à l'emploi. Ainsi James Brown t'attrape immédiatement et en quelques mesures la messe est dite: tu tapes du pieds. J'ai parfois tendance à oublier à quel point les bons morceaux de James Brown sont vraiment bons et d'une dynamique incroyable. La sensation est difficile à rendre à l'écrit: de l'ordre du viscéral, ça balance. Un grand monsieur indéniablement. 




Marvin Holmes & The Uptights ont sorti un unique album en 1969 sur UNI. Il a bénéficié d'un pressage français de même que deux 45 tours du groupe: Ride Your Mule et Ooh Ooh the Dragon, le tout chez Maxi. Je serais curieux de savoir comment ont ces disques ont pu bénéficier d'une édition française, en effet il n'en n'existe pas d'anglaise par exemple ! J'ai malheureusement assez peu d'informations à vous donner sur le groupe, à commencer par sa région ? Peut-être que l'un de nos lecteurs saura nous renseigner ? Sur Marvin Holmes je peux néanmoins vous dire qu'il a également sorti deux albums supplémentaires avec The Justice et un en solo. Ride Your Mule (1968) est en tout cas une petite pépite funk bien relevée dont les cuivres me font penser à Funky Nassau de The Begining of the End ! Encore une fois la chose est construite un peu n'importe comment, prétexte à une débauche de batterie des plus jouissives et des incantations de voix enthousiastes. Qui s'en plaindrait ? pas moi !


Harvey Scales and the Seven Sounds est un groupe de R&B/funk de Milwaukee actif entre 1961 et 1975. Ils ont sorti 11 simples (et aucun album) en 8 ans (entre 1967 et 1975) notamment chez Chess Records. Get Down (1967) est le premier d'entre eux, il est paru chez Magic Touch aux USA et a été pris en licence par Atlantic dans trois autres pays (qui distribuait néanmoins le 45 tours aux USA via ATCO): Canada, UK et France. Seul un autre 45 tours du groupe a été publié en dehors des États Unis et encore une fois ce fut en France.  Notre pays avait-il un goût particulier pour cette musique ? Get Down exprime bien pour moi la transition entre R&B et funk, je le classerais plutôt spontanément dans la première catégorie d'ailleurs même si l'on perçoit clairement l'influence de James Brown. Le morceau me fait aussi penser à Land of 1000 Dances de Wilson Pickett notamment dans l'usage des cuivres sur certains passages... Quoi qu'il en soit un excellent morceau, super pêchu et dynamique !



Finissons par la plus grosse curiosité de la sélection: Alan Shelly. Il s'agit du pseudonyme d'Alain Deloumeaux, un chanteur vraisemblablement d'origine guadeloupéenne (voir les commentaires de cet article de Vivonzeureux). Le musicien a également participé au groupe Malinga Five. Sur ce 45 tours il est probablement accompagné par Manu Di Bango qui co-signe la face B avec Davy Jones (loin d'être un inconnu des diggers français). Can You Do It est une excellente tentative R&B pas si éloignée que ça de Jess & James par exemple. Encore une fois je pense aussi à Land of 1000 Dances peut être à cause de l'énumération de danses comme le boogaloo ! Si vous avez des infos complémentaires, n'hésitez surtout pas à les poster en commentaire.


mardi 26 septembre 2017

Jack Cooper "Sandgrown"

Seul, le visage morne, l'homme s'éloigne avec langueur de la ville et ses lumières. Le portrait de Jack Cooper dépeint en couverture de Sandgrown (2017, Trouble In Mind) est annonciateur : le jeune gouailleur découvert au micro de Mazes en 2009 s'est apaisé et a accordé ses guitares. Derrière lui, Blackpool, la station balnéaire de la Fylne Coast (Lancashire, Angleterre) qui l'a vu grandir.

Résidant désormais à Londres où il incarne aux côtés de James Hoare (Veronica Falls, Proper Ornaments) la seconde moitié de l'épatant projet Ultimate Painting, le musicien a pris une pause cet hiver pour revenir sur ses souvenirs. Equipé d'un simple quatre pistes, il s'est entouré de quelques amis après Noël pour donner vie à ces ballades folk, dans une démarche DIY qui lui est chère depuis ses débuts. Écrites au cours des dernières années, toutes s'inspirent de ses moments passés à Blackpool. Cooper ne convoque pas la vie nocturne réputée, le côté populaire et frivole de la surnommée « Las Vegas du Nord » mais nous propose plutôt une promenade en bord de mer, un instant de répit.

Le minimalisme de l’instrumentation - composée de guitares claires et de percussions aux accents jazz (jeu au balais, maracas) - permet à la voix de se dévoiler entièrement. Il n’hésite pas à explorer toute sa tessiture sur Gynn Square, un deuxième single bien choisi que l’on se surprend vite à fredonner. Comme chez Kevin Morby, les textes sont denses mais les mélodies jamais sacrifiées. Le tempo modéré évoque inévitablement Mac Demarco et tout particulièrement le dernier opus de ce dernier, This Old Dog (A Net , On A Pier In The Wind). Le très mélancolique  Estuary , qui rappelle la fragilité de Christopher Owens période Broken Dreams Club, se détache par la présence d’un clavier qui complète par nappes la formation instrumentale initiale, demeurée jusque là imperturbables.

La cohérence, c’est ce qui caractérise en effet ce cycle de chansons douces et feutrées, dont le sentiment d’harmonie est renforcé par un couple d’interludes instrumentales (Sandgrown Part 1 et Sandgrown Part 2) exposant le même thème. Grâce à ces ponctuations et à son petit format (29:51min), Sandgrown évite l'écueil de la longueur. Si les amateurs de pop à guitares qui constituent habituellement le public du britannique regretteront peut-être le manque d’aspérité de ces ballades, ils en reconnaîtront tout de même sans doute le charme.



mercredi 23 août 2017

Achats Récents #15 soul music

Troisième épisode de ma session catalane d'achats de disques vinyles... Cette fois-ci nous allons nous concentrer sur la Soul Music, au sens plutôt large comme vous allez le voir ! Ces disques ont été publiés entre 1966 et 1969, ils constituent en quelques sortes des témoignages de différentes orientations du genre à l'époque, quoi que le tableau est loin d'être complet bien sûr !

Est-ce utile de présenter Wilson Pickett, monument de la Soul Music ? Après avoir signé avec Atlantic en 1963, il chante l'un des plus grands succès de sa carrière en 1965 avec In the Midnight Hour qu'il co-écrit. Enregistrée dans les studios de Stax à Memphis (le label était en contrat avec Atlantic), on y retrouve le son unique du label américain: un son poisseux, authentique et dansant. Il enregistre plusieurs 45 tours là bas (par l'entremise de Jerry Wexler) mais Stax change de politique quant aux enregistrements d'artistes extérieurs à la maison. Par conséquent Land of Thousand Dances est enregistré aux studios FAME de Muscle Shoals, l'autre épicentre de la Southern Soul. Parmi les musiciens de la session on retrouve par exemple Spooner Oldham le partenaire d'écriture de Dan Penn (ils écrivent notamment ensembles Cry Like A Baby pour les Box Tops d'Alex Chilton). Land of Thousand Dances est une reprise. Écrite par Chris Kenner, qui en est aussi le premier interprète en 1962, la chanson n'acquiert son potentiel qu'entre les mains du groupe de Los Angeles Cannibal and the Headhunters en 1965. Ces derniers improvisent en effet un nouveau chorus de voix (la lalala etc.) car ils oublient les paroles. Sur le plan de l'écriture, l'ajout transforme l'honnête titre R&B en une bombe prête à se frotter aux charts pop. Certains y parviennent presque (les Thee Midniters notamment, un autre groupe de chicanos de LA). Wilson ne s'y trompe pas un an plus tard et enregistre ce qui est la version la plus aboutie et éclatante de la chanson. De Kenner il conserve l'énergie du R&B, de Cannibal and the Headhunters il tire le hook mémorable. La combinaison heureuse des deux fait de Land of Thousand Dances de Wilson Pickett un énorme tube et un classique instantanée de la soul, la chanson pulse à deux cents à l'heure, le chanteur est survolté, autant dire que même cinquante après sa sortie, l'enregistrement conserve toute sa verve et sa gloire! À noter que la face B de ce pressage (Mustang Sally) est aussi un grand classique du chanteur.


En terme de street cred les 5th Dimension ont certainement pas mal de handicaps. Trop groovy pour les amateurs de Sunshine Pop, trop poli pour les amateurs de soul. Je trouve que cela fait tout leur charme, une musique pop aux arrangements sophistiqués, des entrelacs de voix soignés, le tout avec un coté lounge mais gai, enjoué et rythmé... Sur un plan plus snob on ajoutera que le groupe a fortement influencé l'un des plus fantastiques producteurs de soul psychédélique de tous les temps: Norman Whitfield. En effet, son groupe, Undisputed Truth, prit les 5D en modèle. Je ne sais pas si ce fut aussi le cas de Rotary Connection mais cela ne serait pas impossible tant les projets fonctionnent au fond dans un registre proche... Ce single est une bonne pioche en tout cas. La face A, empruntée à Laura Nyro, Stoned Soul Picnic est excellente. La face B propose une amusante et réussie reprise de Ticket To Ride un registre où les 5th Dimension ont par exemple proposé une superbe version du classique de Cream Sunshine of Your Love . Bref un excellent simple ! 


En compulsant les archives de ce site, opération moins compliquée qu'il n'y paraît (merci les moteurs de recherche), je me suis rendu compte qu'il était finalement très peu mention des fantastiques Booker T and The MGs... Il était question quelques lignes plus haut de Stax. Ce groupe instrumental en fut un des piliers jouant sur de nombreuses productions de Sam & Dave, Otis Redding etc. sans oublier leur propre carrière démarrée en fanfare avec le génial classique mod Green Onions. De fait le son Stax/Memphis est largement lié à l'aventure Booker T and the MGs bien qu'il ne faille pas négliger l'apport des Mar-Keys et des Bar-Kays. Time Is Tight de 1967 est enregistré par le line up classique du groupe: Booker T Jones à l'orgue, Steve Cropper à la guitare, Al Jackson Jr à la batterie et Donald Duck Dunn à la basse. On retrouve un certain nombre de ses musiciens dans le film Blues Brothers ! Rendons hommage au jeu de guitare à la Télécaster de Cropper, économique, reconnaissable entre tous, et redoutablement efficace. Un très grand guitariste qui n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur ! Bien sûr le reste de l'équipe est au moins aussi bonne et tout ce beau monde joue à merveille sur ce classique. Certes il n'est pas dansant comme Green Onions mais il démontre l'étendu de la palette de la formation.


Nous avions déjà évoqué Jess & James ici même il y a huit ans ! Pour les absents, réaffirmons à quel point ce groupe est européen dans son essence. Les frères Lameirinhas (Wando et Toni) naissent au Portugal. Jeunes ils fuient la dictature, d'abord en Angleterre, puis en Belgique. Là, ils montent l'une des plus belles formations de soul du continent: Jess & James. Le groupe est un melting pot de nationalités... Populaires en Belgique, ils le sont aussi en Espagne (où le groupe enregistre des versions spécifiques de certains morceaux comme move ou something for nothing). Après la séparation avec le JJ Band, Jess & James s'installent aux Pays Bas. Change est un de leurs classiques: nerveux, dansant, super accrocheur ! Un excellent morceau qui prouve que l'Europe continentale savait se défendre en matière de soul music !  La face B Julie's Doll est dans un registre plus psychédélique, elle est également très intéressante.
  

lundi 21 août 2017

Achats Récents #14 Bubblegum !

Second épisode des achats barcelonais avec une spéciale Bubblegum. Le genre musical était destiné aux adolescents (et pré-ados) de la fin des années soixante. Il connaît son heure de gloire entre 1968 et 1970 mais inspira de nombreux autres producteurs par la suite. Style souvent snobé, il mérite pourtant d'y consacrer un peu de temps ne serait-ce que pour les passerelles avec d'autres courants que nous apprécions particulièrement comme le psychédélisme ou le garage-rock. Avantage: les disques sont rarement chers ou recherchés (sauf quelques références très précises comme Captain Groovy & His Bubblegum Army) comme en témoigne les 9€ dépensés pour ces 4 simples.

Si, au sens stricte, la bubblegum pop fait référence à une période très précise, la musique préfabriquée à destination des adolescents est une constante depuis les années cinquante. Aux idoles un peu trop crues et sauvages que furent Elvis, Chuck Berry ou Eddie Cochran, les maisons de disques préférèrent bien vite développer leurs propres champions et inondèrent le marché de Frankie Avalon ou de Fabian, plus acceptables pour les parents et contrôlables par les maisons de disques. Au début des années soixante, les songwritters du Brill Building comme Gerry Goffin et Carole King ou Ellie Greenwich et Jeff Barry imposèrent leur style sur la pop signant une quantité incalculables de classiques. Il en fut de même pour Phil Spector (Shangri-Las, Ronettes) et bien sûr la Motown (Four Tops, Supremes). Jusqu'ici il était surtout question de division du travail entre compositeurs, arrangeurs, producteurs et interprètes... The Monkees, un groupe monté sur casting pour une série télévisée inspirée d' A Hard Day's Night des Beatles, poussèrent la logique encore plus loin, aux portes de la pop bubblegum. Don Kirshner, éditeur émérite, fut en effet chargé par la production de fournir des hits aux groupes, il fit alors appel aux équipes de Brill Building parmi les plus célèbres comme Boyce & Hart (last train to Clarksville ou I'm not your steppin' Stone). Le groupe fut cependant vexé de ne pas participer à la création artistique et reprit par conséquent le pouvoir... Don Kirshner, amer, eut cependant l'occasion de rebondir et d'aller encore plus loin dans la logique de contrôle en créant un groupe virtuel de toute pièce pour un dessin animé: The Archies. 

La pop bubblegum était née et réglait les problèmes d'égos des musiciens. Elle permettait au label / manager / producteur une main mise totale: image, écriture des chansons (confiées à des professionnels), interprétation par des musiciens de studio etc. On considère généralement Green Tambourine publié en novembre 1967 des Lemon Pipers comme le premier tube bubblegum. Il lança en tout cas une période faste pour le label majeur du genre: Buddah Records. En effet, sous l'égide des producteurs Jerry Kasenetz et Jeffrey Katz (Super K Productions) ainsi que du directeur général Neil Bogart, le label inonda le marché de tubes de groupes factices ou absents lors des enregistrements de leurs simples... Ils s'appelaient, Ohio Express, Archies, 1910 Fruitgum Co. ou encore Crazy Elephant et pendant quelques années ils firent les poches des adolescents qui se jetaient sur leurs nouveaux 45 Tours... Artistiquement la pop bubblegum emprunta au versant léger du psychédélisme comme au garage-rock. The Music Explosion expriment cette parenté: ils sont souvent considérés comme appartenant aux deux. Les chansons étaient souvent simples, répétitives, très accrocheuses, avec des rythmes dansants. Le nom fait référence à la profusion de référence à la nourriture et plus particulièrement au sucre dans les chansons (Sugar Sugar, Yummy Yummy Yummy ou encore Chewy Chewy), l'occasion de double-sens pas si innocents. L'efficacité des faces A rendait l'exercice de la face B plus libre et propice à délires de studio. Ainsi nous retrouvons d'excellentes faces B, parfois très violentes, au dos de tubes consensuels et efficaces. 

Si l'on ne peut les qualifier à 100% de pop bubblegum, l’œuvre de groupes comme The Osmonds, The Cowsills ou Tommy James and the Shondells évoluèrent à très grande proximité... La pop bubblegum fut de courte durée mais démontra la possibilité de créer des projets de studio de toutes pièces et avoir énormément de succès. Elle fut ainsi précurseur du travail de Nicky Chinn et Mike Chapman dans le glam avec The Sweet ou Mud ou encore du groupe Bay City Rollers. D'autres y firent leurs armes comme certains des membres de 10cc qui travaillèrent pour Super K Productions. Enfin elle influença durablement la musique pop, notamment des groupes comme The Rubinoos ou les Paley Brothers.  

Simon Says par 1910 Fruitgum Co. est un des énormes tubes du genre. Je lui préfère la très bonne face B Reflections from the Looking Glass aux effluves psychédéliques. Un excellent travail de studio pas si éloignée que ça du garage ou de la sunshine pop.


Roll It Up face B de Mercy est une des bonnes incursions des Ohio Express dans le garage-rock. Si le morceau n'est pas aussi mythique que Try It (reprise par The Attack), il fait plus que la blague et s'en sort avec les honneurs ! Orgue marqué, chorus de voix pompé sur land of 1000 dances et morgue à la Mitch Ryder: pas mal pour de la pop bubblegum !


Techniquement, on pourrait me rétorquer que ce n'est pas nécessairement un single bubblegum. En tout cas il a été publié par Kama Sutra, label collaborant à l'époque avec Buddah Records et  The Rapper comporte certaines caractéristiques typiques du genre: mélodie simple, répétitive et catchy, rythmiques marquées. The Jaggerz avait sorti un premier album sur le label de Gamble et Huff pour l'anecdote.


Finissons en beauté avec un très bon simple des 1910 Fruit Gum Co. de 1970. When We Get Married sonne comme un joli hommage au Wall of Sound de Phil Spector à mi chemin entre les Dixie Cups et The Ronettes, l'usage des castagnettes ne trompe pas ! La face B est une fascinante curiosité. Baby Bret est un instrumental plutôt rock & roll avec une bonne dose d'effets psychédéliques et spatiaux ! On pense évidemment à Psyché Rock par exemple !

samedi 19 août 2017

Achats Récents #13 groupes espagnols

L'été n'arrête certainement pas les achats de disques. Si vous suivez ce blog régulièrement vous savez l'intérêt que je porte aux groupes espagnols, notamment ceux des années soixante. Il est vrai que d'une manière générale j'ai un faible pour les groupes de beat ne s'exprimant pas en anglais, ayant l'occasion d'aller assez souvent de l'autre coté des Pyrénées, j'ai une collection sympathique de disques locaux. Coté disquaires, je vais régulièrement à Revolver du coté de la Carrer dels Tallers (à deux pas seulement des événements tragiques de cette semaine...). Les prix ont un peu augmenté, notamment les 33 tours de rock indé, mais cela reste très raisonnable dans l'ensemble. Un excellent spot pour farfouiller pendant des heures... Ainsi les 4 disques que je vais vous présenter aujourd'hui m'ont coûté la somme de 12 euros, en tout ! Après soyons honnête: la plus belle pièce, qui vaut à elle seule ce prix là, n'est pas dans un état Mint (je dirai qu'elle est VG). Étant toujours sur place, je suis preneur d'autres disquaires spécialisés dans la seconde main et ayant une offre en 45 Tours, si jamais...

La scène espagnole de l'époque est marquée par la richesse du nombre de formations, une certaine qualité générale, y compris de groupes très populaires ou encore l'usage quasi-exclusif du castillan. Bien entendu certains groupes ont surtout pratiqué les reprises de groupes anglo-saxons, par exemple los Mustangs avec les Beatles (un peu l'équivalent de nos Lionceaux); cependant les compositions originales sont non négligeables, ainsi quelques formations créèrent leur propre répertoire en grande majorité (Los Brincos, Los Pasos etc.). Les épicentres de la musique beat furent assez logiquement Madrid (Los Brincos, Los Relampagos, Los Pasos etc.) et Barcelone (Sirex, Mustangs, Salvajes, Cheyenes), Valence ou les îles tirèrent également leur épingle du jeu (Los Huracanes, Los Canarios etc.). Les groupes espagnols ne s'exportèrent pas franchement dans le milieu des années soixante à l'exception notable de Los Bravos y plus généralement des productions liées à Alain Milhaud (Los Pop Tops). A la fin de la décennie, l'underground prend le contrepied de ses aînés en utilisant majoritairement l'anglais (Maquinà, Smash, Evolution etc.). Détail amusant: dans d'autres pays, la Suède notamment, cela sera l'inverse, passant de groupes anglophiles (Tages, Hep Stars, Mascots) au Progg. 

Commençons notre petit tour par le joyau de la sélection: Es La Edad des Salvajes. Un des morceaux les plus fantastiques du rock ibérique... Un pur concentré de jeunesse avec une composition dynamique et explosive rappelant les Who que l'on peut aisément qualifier de freakbeat. La chanson est un des très grands moments des Salvajes au coté de Las Ovejitas, Soy Asi ou Al Capone ... La majorité du répertoire du groupe est composé de reprises, ici par exemple les Rolling Stones (Todo Negro est une reprise de Paint It Black), les Troggs (Una chica Igual que Tu) et Spencer Davis Group (Somebody Help Me devenant que alguien me ayude ). Vu la qualité des compositions originales de la formation, il est probable qu'il s'agissait des consignes du label... 


Sortons du registre Beat quelques instants. Los Modulos est une formation pop typique de la fin de la décennie. Todo Tiene Su Fin parue en 1969 sur le label Hispavox est certainement leur plus gros succès. La chanson est un très beau slow dans la veine de Nights in White Satin des Moody Blues ou de Rain & Tears des Aphrodite's Child (en bien meilleure que cette dernière que je trouve crispante). Elle m'évoque aussi les débuts de Martin Circus (Le Matin des Magiciens)... Arrangements raffinés, composition ambitieuse et lyrique (ce qui peut évidemment agacé), production soignée: un vrai classique de la pop espagnole ! A noter que la face B Nada Me Importa est également excellente...


Los Brincos est un, si ce n'est le, groupe majeur espagnol des années soixante. Il a la particularité de composer l'essentiel de son répertoire, rare pour l'époque, en Europe continentale comme ailleurs ! J'adore leurs premiers 45 tours comme Flamenco ou Baila La Pulga qui sont un parfait équilibre entre mélodies ibériques et énergie des premiers Beatles. Le compositeur en chef n'est autre que le batteur Fernando Arbex qui se fera connaître à l'international avec son classique proto-disco Woman des Barrabas. Je ne suis pas nécessairement un fan absolu de Lola la face A de ce 45 tours et je lui préfère par conséquent l'excellente The Train. Les deux morceaux sont extraits de leur album classique Contrabando que l'on peut considérer comme leur Sgt Pepper. L'album est enregistré en Angleterre par Larry Page, producteur des Kinks et des Troggs. La pratique était courante à l'époque, notamment en France (Polnareff, Eddy Mitchell, Johnny...). The Train frôle le pastiche de Substitute des Who mais ça reste un super morceau beat. D'autres 45 tours sont extraits de l'album, notamment El Pasaporte ou Nadie Te Quiere Ya deux des meilleurs morceaux de Contrabando.


Le duo Juan & Junior est un autre monument de la pop ibérique malgré une carrière discographique relativement courte étalée sur deux ans (entre 1967 et 1969) pour 6 simples et un album qui les compile. Cela à tient aussi au parcours des intéressés. Juan Pardo et Antonio Morales Junior (né aux Philippines à Manille pendant la seconde guerre mondiale, d'un père espagnol et d'une mère philippine) font en effet successivement parti de deux groupes majeurs des années soixantes: Los Pekenikes et Los Brincos. Dans les Pekenikes, l'un succède à l'autre au chant... En revanche ils font tous les deux partis du line up original des Brincos (qui inclut aussi le susnommé Fernando Arbex). Ils en partent en 1967 pour former leur propre duo qui obtiendra énormément de succès. Chacun des 45 tours du groupe présente au moins un très bon morceau. C'est le cas de ce simple de 1967 dont j'aime particulièrement la face B Bajo El Sol. Si la chanson démarre sur une fuzz au son menaçant, il s'agit avant tout d'une excellente composition pop psychédélique aux harmonies soignées.

vendredi 30 juin 2017

Achats Récents #12

Une spéciale Royaume Uni, Groovy Baby ! Les deux derniers disques ne furent pas édités en France à l'époque (d'où la présence de pressage anglais sans pochette).

Peut-on se lasser de Tom Jones ? Après une absence de quelques semaines, il revient dans notre rubrique Achats Récents plus fort que jamais le bougre ! Nous avions en effet évoqué l'excellente I've Got a Heart il y a un mois. Le Gallois a cependant plus d'un tour dans son sac à malice de faces B. Looking Out my Window (1968) est une autre tuerie groovy aux glorieux arrangements. Tom est dans la chanson, il emporte tout sur son passage. La rythmique tabasse sévère ! Très très bien. Pas si courant mais je suis sûr que les diggers du dimanche à la recherche de Dark Side Of The Moon ne penseront pas à le prendre, vous si maintenant !


Une autre face B de Tom Jones plutôt cool quoi que pas aussi dingue que Looking Out My Window : If I Had You sur l'EP Green, Green, Grass of Home paru en 1966. Un sympathique morceau groovy et assez beat dans l'esprit ! 


Like We Used To Be est un excellent Georgie Fame and the Blue Flames. Impossible de ne pas entendre l'influence de Mose Allisson sur le chant du britannique... Le jeu d'orgue est brûlant (inspiré probablement par Jimmy Smith, Booker T etc.), les cuivres rutilants (et utilisés avec goût ce qui n'est pas toujours le cas). Si Yeh Yeh qui l'a fait connaître était une reprise, voici un original de 1965 (signé de son vrai nom: Clive Powell) d'excellente facture à passer dans ses sets modernistes et sixties ! Promis on va essayer de ne pas remettre dix ans avant de reparler de l'un des meilleurs organistes mod anglais avec Brian Auger...



Dave Clark Five sont un groupe londonien de musique beat connu pour avoir inventé le Tottenham Sound une réponse au Mersey Beat des groupes liverpuldiens et plus particulièrement les Beatles ! Au delà de l'anecdote, le groupe est particulièrement populaire dans la première moitié des années soixante aux États-Unis, plus que dans leur pays natal en tout cas. La situation s'inverse vers 1967 grâce à des singles comme Everybody Knows. Particularité de la formation: la mise en avant du batteur Dave Clark, contribuant aussi à la particularité de leur son sur certaines de leurs chansons. Histoire d'être original, encore une fois, la face B retient particulièrement mon attention sur ce 45 tours. Concentration Baby est un morceau sauvage et brutal pas si éloigné des Troggs dans le délire hommes des cavernes qui martèlent leur batterie ! Dans une orgie de fuzz et orgue, pas de pitié, ça déménage ! Presque garage-rock non ? Le genre de morceau super cool et pas cher (comme le shame des DDDBM&T que j'évoquais l'autre jour dans la même session que le Tom Jones cité plus haut) à ajouter sans modération à sa collec' de rock 60s britannique !

mercredi 28 juin 2017

Achats Récents #11

Je triche un peu, j'ai ressorti quelques disques plus anciens en plus d'achats très récents, l'occasion de faire une session 100% seventies !

The Atomic Crocus est probablement un groupe de studio monté spécifiquement pour cette sortie, la seule attribuée à la formation publiée en 1974. Il s'agit également de l'unique production de l'ambitieux label Daffodils International Records. Les plus attentifs noteront la thématique fleur entre crocus et jonquilles. Pas grand chose à dire sur la face A, de mémoire un slow pas franchement mémorable. L'intérêt du 45 tours réside dans la Face B, un excellent instrumental funky au tempo modéré à la production soignée. Un clavinet répond à une guitare en cocotte, un rhodes en arrière fond et bien sûr la mélodie principale jouée au synthé ! Le morceau est signé Bernard Estardy, un nom bien connu des collectionneurs pour les nombreuses raretés de qualité qui parsème sa discographie, notamment le fameux La Formule Du Baron qui s'échange dans les 100 euros...Au delà de ses productions propres, Bernard Estardy est une figure de l'ombre de la variété des années 60 et 70. Il démarre sa carrière dans le backing band de Nancy Holloway au coté d'un certain... Nino Ferrer. Il accompagne ensuite ce dernier à l'orgue dans les années 60 ainsi que sur les deux 45 tours des Gottamou. Co-fondateur du studio CBE il travaille avec la crème de la variété de l'époque de Claude François (et aussi), en passant par Françoise Hardy ou... Carlos ! The Ombilic Contact a notamment été compilé sur la première Cosmic Machine en 2013.


Information sur ce disque: le narrateur est Pierre Hégiel, le disque a été publié par le Reader's Digest en 1974 et se nomme Mais La Stéréophonie Qu'est-ce que C'est ? Et...c'est tout ! Globalement une curiosité avec des protocoles de test de stéréophonie sur la face B et une évocation de l'intérêt de cette dernière à travers des effets sonores (ping pong, train...) et la musique...classique. C'est tout ? Pas tout à fait, il y a environ une minute de jerk vraiment cool à partir de 4,30 (la seconde vidéo reprend le passage intéressant). Très frustrant mais néanmoins une curiosité comme on les aime non ?


Pierre Vassiliu réserve souvent de bonnes surprises. Sans connaître l'intéressé je l'imagine cultivé et aimant sincèrement la musique. Après Film que nous évoquions il y a quelques mois voici une autre face B qui me plaît beaucoup même si elle n'est peut être pas aussi culte que le morceau qui accompagne Qui c'est celui-là ?. En avant les petits enfants est une jolie chanson pop aux arrangements délicats (guitare sèche, électrique, percussions...). Très bien enregistrés (par Raymond Donnez qui a aussi bossé avec Cerrone par exemple), les chœurs apportent un beau relief à la composition de Vassiliu autour d'une structure d'accord très jolis. Pas si éloigné que ça de CS&N dans le style coté folk californien ensoleillé ou pour se rapprocher de nous, une version un peu plus variété des propositions d'Ilous & Decuyper ou Darras & Desumeur.  


Juan Carlos Cacérès est un musicien d'origine argentine. Après avoir étudié les Beaux Arts il s'établit à Paris en 1968. Au début des années 70 il publie deux albums avec Malon et sort un 45 tours sous son nom (celui que nous découvrons): Contigo Mi Vida avec en face B Rompe Con Todo enregistré à Mexico par le seul et unique Alain Goraguer (collaborateur de France Gall et bien d'autres !). Le premier album du chanteur sort sur Celluloïd en ... 1993. Dans les années 2000 il rejoint le label fondé par Eduardo Makaroff (Mano a Mano, Gotan Project). La face A ne présente pas d'intérêt particulier, en revanche Rompe Con Todo est une excellente surprise: un titre de latin-rock groovy typique de son époque (et très cool dans le genre) entre Santana des débuts (Oye Como Va, Evil Ways...), Titanic (Sultana), War ou encore Malo (suavecito). 


lundi 26 juin 2017

Achats Récents #10

Après une semaine de pause, le retour tant attendu de la rubrique ! Une spéciale musique instrumentale française pour bien démarrer la semaine !


Je n'ai pas énormément d'informations sur Jacques Hendrix et son Orchestre si ce n'est qu'il est connu pour avoir lancé la danse Le Climb. Il a également participé à d'autres orchestres comme les Barclay (avec Christiane Legrand, Jacques Denjean, etc.) ou les Jumping Jacques. Par ailleurs il fut semble-t-il également membre de l'orchestre de Jacques Hélian, un nom que l'on a déjà croisé deux fois ici (à propos de Gérard Lévêque et Jacky Bamboo). Voici un deux titres d'une tentative de danse dans l'esprit du Climb Le Snow-Cup. Les 4 morceaux de l'EP dont est extrait ce deux titres (avec En Dansant le Snow-Cup et le 4ème morceaux Je Ne Veux Plus) sont donc autour de cette thématique. Des deux du simple ma préférence va à la première En Dansant le Snow-Cup un chouette instrumentale typiquement début 60s avec des cuivres, une rythmique originale (percussions importantes, hand clap avec de la réverbération etc.), une petite guitare sympathique...


Continuons avec une autre obscurité: l'un des deux EPs du groupe Les Français. Discogs attribue deux autres simples à la formation, plus tardifs, personnellement je pense qu'il s'agit d'un second groupe sans lien avec le premier: label différent (Columbia et Decca), écart entre les couples de disques (1964, 1967/1968) et surtout absence des noms des participants au premier groupe dans les deux disques tardifs. Bref ces Français là sont vraisemblablement auteurs de deux EP en 1964 dans une veine instrumentale, les deux ayant leur charme. Le groupe se compose sur cet EP de: Mat Camison, Jacky Hythier et Jacky Rault. Si les Jacky n'ont pas fait de longues carrières dans la musique, arrêtons nous un instant sur celle de Mat Camison. On le retrouve par exemple avec Pierre Bachelet derrière Ok Chicago de Resonance, un classique funky de brocante vraiment excellent, avec une face B étrange et intéressante finalement. Avant cela (et après les Français) il est également membre des Sharks dont on retrouve Mongo sur plusieurs compilations. Produit par Ken Lean (Les Aiglons, Les Dauphins, Steff, les Ambitieux...), le Joe Meek Helvète, le 4 titres des Français contient deux bons morceaux: Suspenses et Palpitations. De l'instrumental certes, mais plutôt énergique et rentre-dedans (presque garage), assez éloigné des mélodies fleur bleus inspirés des Shadows de beaucoup de groupes français (Les Fantômes, Les Champions), peut-être est-ce une question d'époque ?


L'album de Pop Instrumental de France est une obscurité fort appréciée des collectionneurs internationaux. L'album se négocie en effet dans les cent euros environ en général. Le groupe est assemblé à l'occasion d'une session d'enregistrement de trois jours aux studios Wagram dont sera issu l'album. Disque à la fois groovy avec une tonalité progressive, avec notamment une reprise de Zappa. Il est mené par Laurent Petitgérard, anciennement des Masters (connus pour leur classique garage Mon Chameau) et d'Aleph (auteurs de deux 45 tours, je recommande particulièrement le second bien qu'un peu rare: je ne l'ai d'ailleurs pas !). Si l'album est une rareté assez exceptionnelle, le 45 tours extrait, comprenant les morceaux Soho et La Danse des Squelettes est nettement plus accessible aux communs des mortels ! Une chance, tant Soho est un super morceau instrumental groovy , probablement un de mes favoris en 45 tours français. Les arrangements sont excellents (relativement originaux et ambitieux), la rythmique est très présente et marquée (plutôt cool pour tenter de le jouer en soirée par exemple), le jeu d'orgue de superbe facture ! Bref un très très bon disque loin d'être cher compte tenu de sa qualité.


Finissons notre session de pop instrumental française avec un autre énorme classique bien connus des collectionneurs de disques funky/jerk/groovy: Campus N°8 des Requins. Ces derniers sont un groupe de studio ayant notamment accompagné Luc Harvet, apparemment il s'agirait des anciens Sharks, hypothèse sensée compte tenu du style musical des deux formations et de la ressemblance de nom (avec Mat Camison ou pas du coup ?). De mémoire les autres disques des Requins (en dehors d'un ou deux avec Harvet justement) ne sont pas particulièrement mémorables...Difficile de cataloguer le label Orly dont les productions semblent osciller entre variété yéyé, musique classique et musique proche de la Library (comme ce disque ou l'excellent 45 tours d'Héxagone). Campus N°8 est en tout cas une petite bombe instrumentale bien appréciée à juste titre des B-Boys , la production est simplement énorme: rythmique compressée ultra-puissante, arrangement top niveau et une très bonne composition, en tout cas bien plus fine et originale que la majorité de la musique instrumentale de ce style.