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mercredi 28 juin 2017

Achats Récents #11

Je triche un peu, j'ai ressorti quelques disques plus anciens en plus d'achats très récents, l'occasion de faire une session 100% seventies !

The Atomic Crocus est probablement un groupe de studio monté spécifiquement pour cette sortie, la seule attribuée à la formation publiée en 1974. Il s'agit également de l'unique production de l'ambitieux label Daffodils International Records. Les plus attentifs noteront la thématique fleur entre crocus et jonquilles. Pas grand chose à dire sur la face A, de mémoire un slow pas franchement mémorable. L'intérêt du 45 tours réside dans la Face B, un excellent instrumental funky au tempo modéré à la production soignée. Un clavinet répond à une guitare en cocotte, un rhodes en arrière fond et bien sûr la mélodie principale jouée au synthé ! Le morceau est signé Bernard Estardy, un nom bien connu des collectionneurs pour les nombreuses raretés de qualité qui parsème sa discographie, notamment le fameux La Formule Du Baron qui s'échange dans les 100 euros...Au delà de ses productions propres, Bernard Estardy est une figure de l'ombre de la variété des années 60 et 70. Il démarre sa carrière dans le backing band de Nancy Holloway au coté d'un certain... Nino Ferrer. Il accompagne ensuite ce dernier à l'orgue dans les années 60 ainsi que sur les deux 45 tours des Gottamou. Co-fondateur du studio CBE il travaille avec la crème de la variété de l'époque de Claude François (et aussi), en passant par Françoise Hardy ou... Carlos ! The Ombilic Contact a notamment été compilé sur la première Cosmic Machine en 2013.


Information sur ce disque: le narrateur est Pierre Hégiel, le disque a été publié par le Reader's Digest en 1974 et se nomme Mais La Stéréophonie Qu'est-ce que C'est ? Et...c'est tout ! Globalement une curiosité avec des protocoles de test de stéréophonie sur la face B et une évocation de l'intérêt de cette dernière à travers des effets sonores (ping pong, train...) et la musique...classique. C'est tout ? Pas tout à fait, il y a environ une minute de jerk vraiment cool à partir de 4,30 (la seconde vidéo reprend le passage intéressant). Très frustrant mais néanmoins une curiosité comme on les aime non ?


Pierre Vassiliu réserve souvent de bonnes surprises. Sans connaître l'intéressé je l'imagine cultivé et aimant sincèrement la musique. Après Film que nous évoquions il y a quelques mois voici une autre face B qui me plaît beaucoup même si elle n'est peut être pas aussi culte que le morceau qui accompagne Qui c'est celui-là ?. En avant les petits enfants est une jolie chanson pop aux arrangements délicats (guitare sèche, électrique, percussions...). Très bien enregistrés (par Raymond Donnez qui a aussi bossé avec Cerrone par exemple), les chœurs apportent un beau relief à la composition de Vassiliu autour d'une structure d'accord très jolis. Pas si éloigné que ça de CS&N dans le style coté folk californien ensoleillé ou pour se rapprocher de nous, une version un peu plus variété des propositions d'Ilous & Decuyper ou Darras & Desumeur.  


Juan Carlos Cacérès est un musicien d'origine argentine. Après avoir étudié les Beaux Arts il s'établit à Paris en 1968. Au début des années 70 il publie deux albums avec Malon et sort un 45 tours sous son nom (celui que nous découvrons): Contigo Mi Vida avec en face B Rompe Con Todo enregistré à Mexico par le seul et unique Alain Goraguer (collaborateur de France Gall et bien d'autres !). Le premier album du chanteur sort sur Celluloïd en ... 1993. Dans les années 2000 il rejoint le label fondé par Eduardo Makaroff (Mano a Mano, Gotan Project). La face A ne présente pas d'intérêt particulier, en revanche Rompe Con Todo est une excellente surprise: un titre de latin-rock groovy typique de son époque (et très cool dans le genre) entre Santana des débuts (Oye Como Va, Evil Ways...), Titanic (Sultana), War ou encore Malo (suavecito). 


jeudi 8 juin 2017

Achats (très) récents #5

Quatre autres disques trouvés dimanche dernier.

Claude Dubois est un artiste québécois connu, il est notamment célèbre pour sa participation à Starmania en 1978. En 1970 et 1971 il séjourne en France et enregistre des disques parmi lesquels Comme Un Million de Gens qui n'a pas été publié au Canada. Si la face A nous laisse assez indifférent, Boogaloo est une excellente surprise. Le morceau est arrangé par José Bartel: ce dernier a également enregistré et chanté de son coté, participé au doublage chant de nombreux films (Le Roi de la Jungle ou Les Demoiselles de Rochefort) et nous lui devons aussi la BO de Spermula , un film dont le scénario semble tout droit sorti de l'imagination fertile et torride des 70s. Sur un tempo intermédiaire, Boogaloo propose une pop funky et groovy avec une chouette orchestration (cuivre, orgue jazzy, guitare "staxienne"). 


Peut-être pas l'EP (1966) de Christophe à ramasser en priorité (je parlerai bientôt de mon chouchou) néanmoins j'ai beaucoup aimé Excusez-Moi Mr Le Professeur. Christophe y est particulièrement intense, la composition (co-signée par Jean Jacques Debout et Roger Dumas en plus de Christophe) est très bien mise en valeur par les superbes arrangements (traits de violons, percussions, section rythmique au groove impeccable) de l'unique Jacques Denjean.

 

Transition trouvée: évoquons Jacques Denjean. Plus le temps passe, plus ce dernier devient un de mes arrangeurs français favoris. Je vois assez peu de musiciens français à avoir saisi avec autant de justesse le son de la musique noir américaine. Bien sûr les enregistrements et arrangements de Denjean ne sonnent pas comme des disques Verve de Jimmy Smith ou Stax des Mar-Keys mais quand même, le français s'inspira de l'esprit de ces musique et l'intégra avec beaucoup de goûts à la production française variété de l'époque. J'en profite également pour évoquer le parcours de l'intéressé: musicien chevronné (1er prix du conservatoire de Paris), en plus de son propre big band il participe à l'aventure Double Six. Je n'ai jamais ici évoqué ce groupe, il sort un peu de mon registre habituel puisque la formation pratiquait le Vocalese, un jazz vocal où les voix chantent des textes en se rapprochant au plus possible de la diction originale des instruments. 

 

Ce groupe est passionnant. Mimi Perrin, leader de la formation y fit participer de nombreux talents de la musique française. Ainsi en plus de Jacques Denjean mentionnons quelques musiciens très cool. Eddy Louiss, mon organiste français chouchou, a enregistré avec Nougaro. Jef Gilson, un étonnant musicien de jazz auquel j'ai déjà consacré un article (qui évoquait... Eddy Louiss). Christiane Legrand est la sœur de Michel Legrand et une surtout choriste recherchée ainsi que doubleuse chant film de haut niveau (... Les Demoiselles de Rochefort, Les Parapluies de Cherbourg). La personnalité de Mimi Perrin elle même est fascinante mais je pense que j'y reviendrai un jour en détail en évoquant moins succinctement les Double Six. 

 

Revenons en à Jacques Denjean: arrangeur demandé, on retrouve son nom au dos de nombreux disques de variétés (Richard Anthony, Christophe, Henri Salvador, etc.), il sort des disques sous son propre nom en parallèle, majoritairement (totalement?) instrumentaux avec un succès cependant moindre. Certains de ses morceaux ont été utilisés pour des indicatifs d'émissions de radio et doivent donc appartenir au patrimoine de la génération baby-boomers... Ce 4 titres (de 1964) est un parfait exemple du son Denjean des années soixante. Cela groove sévère sans être aussi poisseux et sensuel que du Stax, il y a toujours un son un peu jazz et sec français en arrière plan. Les musiciens sont excellents, les compositions classiques mais avec toujours un petit twist d'originalité. Des 4 seule une me semble un peu moins intéressante (blue horizon). Le Train Fou et Mistral 20h30 sont plus uptempo et très réussi. Enfin Dans la Nuit est une version instrumentale (antérieure? postérieure?) au titre composé par Denjean pour les Bab's. J'adore les deux versions, assez différentes, celle ci est peut être plus originale (écoutez la manière dont sonne la rythmique, le jeu sur les charlestons) et jazz !

   

Finissons cette cinquième session sur une très étonnante curiosité signée pourtant d'un groupe particulièrement connu: The Sweet. J'imagine que vous associez spontanément le groupe à ses hits glam bubblegum comme Ballroom Blitz ou Block Buster (blog) pourtant avant de connaître le succès à partir de 1971, le groupe se cherche pendant les quatre premières années de son existence, publiant des simples dans des styles différents.  I'm on my Way , face A du simple ci-dessus, publié en 1973 mais enregistré vers 1968 par Sweetshop (groupe pré-Sweet avec trois membres de la future formation) est un témoignage de cette période d'ajustement. Sympathique mais pas non plus indispensable, la chanson (probablement une démo) atteste de l'influence de la soul sur les Sweet des débuts. Avec une rythmique plus puissante, le morceau aurait certainement eu un petit potentiel dancefloor, en l'état c'est une chouette (mais dispensable) curiosité.


Attention, l'histoire se complique quand on aborde la face B ! My Little Girl From Kentucky n'est pas à proprement parlé un enregistrement de The Sweet, à l'inverse de la face A (pour laquelle le lien est réel malgré tout). En effet, il s'agit d'une version d'un morceau de The Closed, un groupe belge sixties de Liège formés par des Italiens, avec Brian Connelly au chant. Ainsi le morceau est publié une première fois par le groupe en question en simple en 1967 (ou 1969 selon d'autres sources) sur Hebra Records en face B, dans une version presque identique à l'exception du fameux chant. Selon, toute vraisemblance, Brian Connelly aurait enregistré pour 15 pounds deux morceaux avec le groupe mais ces pistes n'auraient pas été utilisées à l'époque ! Ces deux enregistrements de sources différentes faits quelque part entre 1967 et 1969, ressortent opportunément en un unique 45 tours d'assemblage pour surfer sur le succès du groupe. La face B est le vrai bon morceau du disque. My Little Girl From Kentucky est un tempo relevé, accompagné de guitare fuzz, d'orgue criard et d'une très bonne performance vocale. Pour vous faire une idée de la chose, voici en tout cas les deux versions (The Closed - que je n'ai pas en vinyle héhé/The Sweet), la similitude est plus qu'évidente !

samedi 8 avril 2017

Surprise: les Osmonds ont fait de bons morceaux !

J'ai super la flemme de faire l'historique des Osmonds un groupe de frangins qui chantent à la télé depuis les années cinquante et lancé comme réponse aux Jackson 5 au début des seventies... Il s'agit d'un groupe américain de pop bubblegum dans la pure tradition du genre (Monkees, Bay City Rollers etc.) généralement assez tiède et anodin. Il y a cependant quelques bons morceaux, j'en connais en au moins deux que je vais vous présenter aujourd'hui, peut être en existe-t-il d'autres ?

Le premier est certainement le plus connu et identifié des deux: Crazy Horses , un tube de 1972, extrait de l'album du même nom (un de leurs plus personnels). Le titre est une charge contre la pollution des voitures, une préoccupation encore nouvelle à l'époque mais déjà dans l'air du temps comme en témoignent certains films de science fiction contemporains comme Silent Running (1972) ou Soleil Vert (1973). La chanson ne fait pas dans la dentelle proposant un hard rock puissant, groovy et énergique. Si les cuivres rendent la chose un peu  plus acceptable, voilà une performance assez sauvage et remuante à sauver du bac à daube de votre disquaire !


Autre bonne surprise à sauver dans le répertoire de nos américains bien sous tout rapport: leur reprise de Fever. Et oui ! Encore une ! Impossible de se lasser de cette chanson non ? Sorti en 1974 sur l'album Love Me For A Reason et en Face B du 45T du même titre, les Osmonds amènent la chanson dans un registre funk teinté de soul psychédélique du plus bel effet. Certes la prestation vocale n'est pas nécessairement à la hauteur de ce qu'auraient pu faire un groupe Motown mais c'est quand même fort sympathique cette affaire ! Les arrangements sont très cool et bien fichus (guitare wah-wah, clavinet, flûte...). 

Les Osmonds s'inspirent, avec une certaine réussite de formations vocales noires comme les Chi-Lites, les Temptations (Papa Was A Rolling Stone)  ou encore les O'Jays (les premières notes de basse évoque For The Love Of Money). D'une certaine façon Fever actualise, avec l'apport du funk, la musique que jouaient les frères dans les années cinquante: le style Barbershop. En effet, au delà de l'instrumentation typée soixante-dix, la structuration des voix (baryton, ténor, soliste...) renvoie aux origines vocales du groupe, un point commun avec les groupes soul psychédélique qui s'ils s'éloignent du Doo Wop (genre lui même inspiré du Barbershop) n'en gardent pas moins une répartition des voix proche.


mardi 21 février 2017

Once & Future Band "Once & Future Band"

Tame Impala aurait-il ouvert une boîte de pandore avec Lonerism (2012) ? Si nous avions assez vite classé le groupe australien comme figure de proue du renouveau psychédélique, il faut pourtant reconnaître que le classique de Kevin Parker a beaucoup œuvré à la réhabilitation de Todd Rundgren et plus généralement d'une pop voluptueuse et maximaliste typique de la féconde décennie soixante-dix. En 2016 le succès étonnant des Lemon Twigs confirme l'intérêt d'une partie du public pour une musique ambitieuse et une certaine pyrotechnique instrumentale. Autre signe des temps, la proposition artistique d'Aquaserge marquée par la pataphysique, le rock cérébral de Zappa et la virtuosité espiègle de la scène Canterbury rencontre de nombreux échos favorables. Si tous ces groupes ont peu en commun, les ingrédients semblent réunis pour une réhabilitation en grande pompe des maudites seventies ! Celles que l'on a aimé haïr étant plus jeunes pour leur emphase et leur démesure... 

Once & Future Band , un groupe d'Oakland contribue à sa manière, très personnelle, au mouvement. Leur premier album, sans titre, publié par Castle Face, est semblable à une créature hybride génétiquement modifiée réunissant nombre de traits saillants de la musique 70s. Pas la plus présentable: clinquante dans sa débauche de richesse, excessive dans sa virtuosité et sa maîtrise. À leur sujet, il sera possible de citer nombre de genres majeurs de la décennie: jazz-fusion (Mahavishnu Orchestra), rock progressif, pop (ELO, Steely Dan, Todd Rundgren, Sparks)... Pourtant ils ne ressemblent guères à l'un d'entre eux ! Once & Future Band est une pièce montée bourrée de chantilly et de sucre mais paradoxalement assez digeste. La formation californienne arrive en effet à créer un subtil équilibre entre pur plaisir et exigence (instrumental, écriture). Once & Future Band déploie par touche une vulgarité  agissant sur les neurotransmetteurs de plaisir du cerveau. Il écluse les poncifs et les détourne: basse au moog, soli de guitare baveux, accords enrichis ou ponts alambiqués, tout y passe, crème.  Une délectation que l'on accepte sans broncher tant il dégage de l'ensemble une sérénité: l'agréable sensation de laisser le volant à quelqu'un conduisant avec une habilité irréprochable, capable de flirter avec le danger sans jamais perdre son sang froid. 

La formation californienne a pour elle d'écrire des chansons vraiment impressionnantes, aussi évidentes que baroques. Once & Future Band est ainsi rarement pris à défaut, peut-être Hide & Seek marque-t-elle une légère baisse de régime, et encore... Juste un peu moins lumineuse que les autres. Dès l'inaugural How Does It Make You Feel ? nous sommes happés par l'ingéniosité contenue dans ces six minutes dont le lyrisme évoquerait presque Queen. Ultra casse-gueule et pourtant les Californiens arrivent à bâtir une véritable cathédrale sonore jouissive et tape à l’œil. La suite est du même tonneau, la face B étant particulièrement monumentale. S'ouvrant sur la vibrante Rolando aux accents jazz-funk, elle se conclue sur une note plus sombre sur la toute aussi ondulante Standing in the Wake of Violence. L'arpège synthétique vous restera longtemps en tête, il imprègne le cerveau comme la lumière une pellicule photographique. Magnetic Memory est un autre moment mémorable dont l'essence capte l'esprit de la musique soul sans toutefois totalement se conformer à ses canons.  Sept chansons seulement car  Once & Future Band prend son temps pour développer ses idées: entre 4 et 6 minutes. L'ensemble, malgré des durées généreuses, sonne heureusement compact donnant d'autant plus d'impact à ce premier album. 

Dans une interview, le groupe mentionnait l'importance du hip-hop dans leur conception de la musique. Si le genre n'est présent qu'occasionnellement en filigrane sa curiosité pour la musique rayonne largement ici. Il y a ici en effet une démarche proche de ces diggers qui piochent des samples dans d'obscurs disques: les influences sont utilisées littéralement mais détournées du contexte originel.  Elles prennent alors un sens nouveau apportant une couleur particulière à cet ambitieux disque de pop qui va, à n'en pas douter, avoir ses adeptes et ses détracteurs. 


mardi 7 février 2017

Proper Ornaments "Foxhole"

The Proper Ornaments vinrent à nous par l'intermédiaire d'un EP fin 2011 dont nous tombâmes immédiatement amoureux. Depuis nous suivons le groupe avec passion jusqu'à avoir la chance de pouvoir sorti un de leurs morceaux sur un split 7' (avec les français de Beat Mark) en 2015. Si Foxhole (2017 publié conjointement par Tough Love et la fantastique maison Slumberland) ne constitue pas une révolution majeur dans l'approche retenue des britanniques, il dégage une sérénité inédite par rapport à son prédécesseur Wooden Head (2014). Là où le duo constitué par James Hoare (ex-Veronica Falls, actuel Ultimate Painting) et Max Claps (ex-Let's Wrestle, actuel Toy) convoquait le Velvet Underground, le label Flying Nun ou encore les Byrds il s’éprend désormais d'ambiances bucoliques évoquant les projets des anciens Beatles. The Proper Ornaments évolue, James et Max compose désormais d'avantage au piano qu'à la guitare donnant une tonalité feutrée très agréable à Foxhole. La pop de The Proper Ornaments a cependant toujours cette sobriété si caractéristique: le jeu de batterie à l'économie et presque étouffé, les arrangements épurés (quelques arpèges de guitares, des pianos, parfois un orgue bon marché). The Proper Ornaments se refusent à toute ornementation impropre, à la vulgarité, à céder quelques pouces à une modernité vite dépassée. Cet ascétisme magnifie les compositions du duo et valorise leurs superbes harmonies. Chaque chanson semble ainsi être esquissée et réduite à son épure donnant à chaque élément la place qu'il mérite. Foxhole est le genre d'album qu'il est facile d'ignorer tant il est discret et pourtant... il est d'une beauté irradiante et son intemporalité vous accompagnera de nombreuses années. 


vendredi 6 janvier 2017

Olivier Bloch-Lainé "Des Mots"


Olivier Bloch-Lainé commence sa carrière à la fin des années soixante auprès de chanteurs transgressifs comme Mouloudji ou Brigitte Fontaine. Il écrit une grande partie de Brigitte Fontaine est folle en 1968, même si tout le monde retient plutôt les arrangements de Jean-Claude Vannier. Il publie un 45 tours arrangé par François De Roubaix sur le label de Mouloudji, sans doute dans les mêmes moments, mais je ne l’ai pas entendu.


Le disque qui m’intéresse ici parait en 1976, alors qu’Olivier a déjà pas mal bourlingué pour d’autres artistes notables, ou du moins pas inintéressants (Pierre Vassiliu, Michel Zacha, Pierre Barouh…). Il est distribué par CBS qui, décidemment, se permettait quelques largesses avec des artistes peu conventionnels qui avaient toutes les promesses de faire un bide (qui se souvient de Lone ou Patrick Beauvarlet ?). Pour être plus précis, il est publié sur Marginal, un sous-label, ou plutôt une collection de chez CBS, qui se décrit comme suit : « la collection Marginal a été créée pour faire connaître différents courants de musiques et de chansons situés "en marge" d'une expression traditionnelle. » Cette ambitieuse série franco-québécoise, qui a perduré à peine une année le temps de huit longs-jeux, propose également un album solo de Claude Engel, le jazz-fusion de West African Cosmos ou encore le troisième disque de Gilbert Montagné (eh oui !).

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos dromadaires. Des mots présente un étrange métissage de variété, de pop, et… de jazz fusion (ne partez pas en courant !). Comme à l’accoutumée pour ce type d’album, le personnel se compose de fins limiers/requins de studios : Claud Engel et Jean-Pierre aux guitares (rien que ça !), Jean Shulteis à la batterie, Georges Rodi aux claviers, etc. Même Gilbert Montagné participe à quelques chœurs (eh oui !). La voix suave d’Olivier s’incorpore à merveille à la délicatesse des compositions (Mercredi). Les arrangements son alambiqués, mais fort heureusement jamais boursouflés, si bien que l’album conserve une grande cohérence, presque comme un concept-album (je me demande même s’il n’a pas été pensé comme tel). D’une certaine manière, la quiétude qui s’en dégage évoque les disques de Daevid Allen de la même période (Good Morning et Now Is The Happiest Time Of Your Life).


Enfin, il faut noter cette pochette très réussie de Folon – un dessin représentant  quatre dromadaires dans le désert sous un soleil aux tons pastels (en référence aux paroles du premier titre qui donne son nom à l’album). Cet écrin poétique correspond tout à fait à la tonalité de cet album plein de douceur, idéal pour réchauffer les cœurs en plein hiver. Il n’a jamais été réédité.

dimanche 25 décembre 2016

Françoise Hardy "Le Martien"

Nous n'avions jamais dédié d'article à Françoise Hardy une des plus grandes artistes française de pop. Dès le début des années soixante elle écrit (ou co-écrit) nombre des chansons qu'elle interprète, phénomène rare à une époque où en France (comme ailleurs) il existe une division entre les équipes de compositions et les chanteurs. La figure du singer-songwritter est en effet encore naissante à ce moment là, se développant surtout dans la fin de la décennie et le début de la suivante (Carole King, Nick Drake, Neil Young, Leonard Cohen, Jackson Browne etc.). Je dois admettre que je connais mal la carrière de l'intéressée et je n'ai pas encore osé m'y frotter de près... 

Deux éléments récents pourraient me faire basculer et me plonger à corps perdu dans la riche discographie de la plus élégante et classe des chanteuses française: la proposition de concevoir une playlist autour de la bossa-nova française et avoir trouvé en faisant mes courses de Noël le 45 tours dont je vais vous parler aujourd'hui. Il était en effet question de proposer à Laurent Bajon de La Souterraine une sélection de morceaux francophones autour de la bossa-nova et du jazz, ainsi avais-je envisagé le fabuleux Il Faut Tenir des Masques (youtube), une rareté que je n'ai pas l'honneur de posséder en vinyle ou encore un morceau extrait du premier album des Double-Six de Mimi Perrin (que j'avais d'ailleurs découvert en creusant le parcours des musiciens qui composent Les Masques). Ce travail fut l'occasion de découvrir de nouveaux morceaux et notamment Histoire d'O de Françoise Hardy... Chanson que l'on trouve en face B du 45 Tours et que je n'avais pas retenue dans ma liste (surtout car essentiellement instrumental et sans texte). Voyant le 7 pouces au mur d'un de mes disquaires parisiens favoris (Plus de Bruit pour ne pas le citer), j'ai quand même pris soin de l'écouter... Bonne pioche, je suis reparti avec !  

Chanson d'O est en réalité excellente même si je préfère encore d'avantage...Le Martien chanson d'une grâce incroyable. L'orchestration est sobre et dépouillée: guitare acoustique magnifique, une voix en arrière plan soufflant au gré des accords, quelques notes de flute et bien sûr la voix pure et cristalline d'Hardy tout en retenu et délicatesse. La prise de son de Bernard Estardy (collaborateur de longue date de Nino Ferrer et auteur du classique prog La Formule du Baron) est impeccable: le son est vivant, présent, charnu voir charnel... Le Martien oscille ainsi entre la bossa nova brésilienne et le folk dépouillé de Nick Drake. Peut-être est-ce du à la principale compositrice du morceau et collaboratrice d'Hardy sur l'ensemble de La Question (les deux morceaux du 45T en sont extraits): Tuca. Cette musicienne brésilienne enregistre en effet deux albums dans son pays d'origine avant de fuir la dictature comme de nombreux autres musiciens, la plupart s'installant en Angleterre ou en France... Elle publie quelques disques en France mais sans succès, son troisième album est enregistré au célèbre studio du château d'Hérouville quand elle repart finalement au Brésil où l'album est édite. Tuca co-signe la plupart des morceaux de La Question, son jeu de guitare subtile illumine les deux chansons de ce 45 tours, petite merveille de pop franco-brésilienne.

samedi 3 décembre 2016

Pierre Vassiliu "Film"

Dans le panthéon des hits novelty français mémorables figurent certainement Qui c'est celui-là ? de Pierre Vassiliu. Pourtant, au delà de l'humour qui irrigue le fameux tube de 1973 et du look gaulois évoquant celui de David Crosby, le chanteur mérite que l'on s'attarde un peu sur ce disque...

Qui c'est celui là? est une reprise d'un classique brésilien: Partido Alto de Chico Buarque. Il ne s'agit pas de l'unique reprise d'une chanson sérieuse auriverde devenu tube rigolo en France. 4 ans plus tôt, un autre musicien au parcours solide, Marcel Zanini, surprend la France avec Tu veux ou Tu Veux Pas. Les deux chansons ont d'évidentes similitudes et eurent des conséquences proches pour leurs interprètes: pas mal de pépètes mais l'impossibilité de faire oublier le hit décalé. L'intérêt pour la musique brésilienne de Vassiliu n'avait pourtant rien d'un coup: sa sœur Annie, également chanteuse, après avoir été de l'aventure Double Six, participe aux Masques en 1969,  Pierre y vient pousser la chansonnette sur l'excellente Invitation. Néanmoins, Qui c'est celui là?, malgré sa couleur bossa chatoyante, n'aurait pas autant capté l'imaginaire de l'époque sans son excellent texte (signée de Marie, sa femme à l'époque) évoquant la figure classique de l'outsider qui choque le bourgeois mais choppe sa fille (ou sa femme).   

La face B Film mérite peut-être encore plus votre attention. Composition originale signée Marie Vassiliu et mise en musique par l'émérite Claude Engel (ex-Magma), le titre s'étire sur plus de cinq minutes. La chanson narre les errances d'un narrateur à la recherche de sensualité bon marché dans les rues de Paris la nuit...Un thème que nous retrouvons quelques années plus tard dans le tube Chacun Fait Ce qui Lui plaît de Chagrin d'Amour. Autre détail intrigant: Pierre Vassiliu et Gregory Ken (de 10 ans le benjamin du moustachu) adoptent tous les deux un chant proche du parlé, talk-over pour le premier et une forme de rap pour le second. Au delà des anecdotes, Film synthétise son époque, formant ainsi une pastille temporelle des années 70: depuis la marque de cigarettes jusqu'aux références au contexte historique. La chanson pourrait facilement sombrer dans le glauque, il n'en n'est rien; une sorte d’onirisme et de beauté s'en dégagent, parfaitement habillés par une musique répétitive et lancinante au climat vaporeux et trouble...

lundi 14 novembre 2016

Henri Salvador "Carnaby Street"

Ayant une fascination récente pour Henri Salvador (qui a déjà fait l'objet de deux autres articles cette année pour son disque avec Michel Legrand et Boris Vian et son classique dystopique de 1968 Bêta Gamma L'ordinateur) je continue avec un autre de ses très bons morceaux: Carnaby Street

Sorti en 1967, il s'agit du seul vraiment bon morceau de l'EP, les trois autres chansons étant dans le registre parodique habituel de l'intéressé mais plutôt pas dans les réussites (car certaines des parodies s'avèrent à mon sens très bonnes). Pas d'accent créole ou de martien à signaler, juste la voix de crooner de Salvador qui s'en donne à cœur joie sur un excellent morceaux groovy 100% Swingin London, au texte (signé de l'un de ses deux grands complices Bernard Michel) léger et amusant. Le morceau n'a pas été enregistré de l'autre coté de la Manche mais en France avec en backing band l'excellent groupe de Jacques Denjean dont l'esprit était de s'inspirer des fameux Mar-Keys de Memphis. Jacques Denjean mérite donc aussi toute votre attention si jamais vous cherchez des disques français 60s en broc car certaines de ses productions propres sont très recherchées et à raison (par exemple la superbe Névrose à écouter sur youtube). 


jeudi 9 juin 2016

The Buoys "Timothy"

Écouter "Timothy" de The Buoys est une expérience plaisante quand on n'en saisit pas les paroles. Le titre est en effet une agréable chanson pop très accrocheuse avec des arrangements de cuivres riches et luxuriants. Pourtant ce One Hit Wonder cache un terrible secret: il parle de cannibalisme. En effet, "Timothy" évoque le sort de trois mineurs coincés au fond d'un trou et dont seulement deux reviennent: le narrateur et Joe. Le morceau écrit par Rupert Holmes n'attire pas l'attention des huiles de Scepter Records qui publie le single sans faire attention à son contenu. La chanson ne bénéficie ainsi d'aucune promotion particulière de la part de la maison de disques mais très vite les adolescents américains comprennent l'histoire et poussent le disque dans les charts à une honorable dix-septième place en 1971. Quand le label comprend enfin de quoi il s'agit, il tente de faire passé le fameux Timothy pour un âne bien que tout le monde eut déjà saisi qu'il s'agissait bien de cannibalisme ! Le groupe ne fera jamais mieux, Rupert aura lui quelques hits en solo quelques années plus tard...

samedi 5 juillet 2014

45 Tours français (2): Les Stagiaires - Le Cowboy de la Taïga

Les Stagiaires - Le Cowboy de la Taïga / Airport (1982)

Après Ticket de Nantes, nous restons sur la Ouest Coast avec Les Stagiaires de Bordeaux. Quelque part entre 1977 et 1979, le chef lieu de l'Aquitaine est secoué par le punk et la new wave, les groupes adoptent alors un patronyme en ST, en hommage aux Stooges selon la légende. Émergent ainsi des Standards, Stilettos (deux groupes présents sur la compilation Snapshot(s) quelques années plus tard), Stalag, Strychnine et donc les Stagiaires. Cette bande de potes en école de commerce prend les choses avec légèreté mais non sans un certain talent. Ils publient ainsi entre 1982 et 1984 un sept pouces et un album pour le label Tropical Production (que je suppose être le leur) édités respectivement à 2000 et 1000 copies. Il vous sera donc assez aisé de mettre la main sur leur simple à un prix raisonnable. Ils éditent également une de leurs chansons sur la compilation Bandes de France.

Le Cowboy de la Taïga est une danse du sabre interprété par un groupe post-punk de reprises des Shadows (un concept pas encore envisagé par Marc Collin à ma connaissance). Sur un rythme frénétique, une guitare électrique échappée d'un disque surf se fraie un chemin jusqu'aux neurones pour provoquer quelques crises d'épilepsie. Le texte improbable -mi-foutage de gueule mi-dadaïste- fonctionne étonnamment bien. Voilà un bien belle surprise alliant l'énergie du punk à des influences puisées ici et là dans la pop des 50/60s ainsi que les cartes postales exotiques de stations service. Airport est un peu plus classique, dans une veine post-punk sec et distant. Thématique moderne, synthétiseur analogique, rythmique de guitare coupante comme un rasoir, le tout balancer avec agitation dans l'incertitude de la guerre froide couplée à la crise.  Le son est étriqué comme le bikini qui tente de cacher la poitrine de Nabila en ayant bien plus de charme que cette dernière...

À ce premier simple succédera un album N°_ _ _ (chaque exemplaire ayant son propre numéro, le mien est le 907) deux ans plus tard. Les Stagiaires malgré le départ d'un de leurs membres fondateurs y pratiquent avec la même hargne et fantaisie leur pop survoltée. Autour de guitares clean, synthétiseurs et orgues cheesy les bordelais projets des textes plus que jamais incisifs et drôles (à écouter en priorité Charles-Hubert). Un album tout aussi recommandé que ce simple, bien qu'un peu plus difficile à trouver.


vendredi 4 juillet 2014

45 Tours français (1): Ticket - Funambule

Trois mois sans un seul article posté ! Il était temps d'écrire un petit quelque chose sur ce blog qui malgré les années (sept ans déjà ! On parle d'avril 2007) continue d'exister sous une forme ou une autre. Il est vrai que nous sommes bien plus actifs ces temps-ci sur le front de nos labels (Croque Macadam et Requiem Pour Un Twister) mais je suis aussi, plus que jamais aussi en pleine exploration de notre patrimoine francophone pop. J'avais ainsi envie de vous faire partager des acquisitions récentes vraiment cool dans la lignée de notre dossier Conjuguons la Pop de l'année dernière.

Ticket - Funambule / Pourquoi Moi ? (1982)

On Commence avec Ticket une formation de Nantes née en 1979. Quelques membres du groupe connaitront une belle carrière par la suite notamment Pascal Pérez avec IAM (!) et Luc Boisseau avec Elmer Food Beat, cependant ni l'un ni l'autre ne sont présents sur ce disque a priori enregistré en trio par Jean Michel Daniau, Cyril Wiet et Yves Le Roland selon Rock Made In France.

La discographie du groupe se résume à ce 45 tours, deux participations à des compilations (Rock'N'Rennes, Bandes de France Vol.1 , les deux en 1981) et un excellent mini-album en 1985 sur le label parisien Surfin' Bird (Coup de Bol à Marrakech , enregistré par JW Thoury, manager de Bijou mais également aux manettes du super premier album des niçois Les Playboys).
Funambule explore une pop anguleuse entre XTC et les Jam, aux textes soignés.On y retrouve une couleur jamaïcaine (un skank beat, le final dubby, le coté contretemps de la guitare) et les éléments d'une pop moderne et inspirée. Ainsi évoquera-t-on le cousinage avec un Making Plan for Nigel, écoutez donc le flanger sur la guitare rythmique ! Une petite merveille mélodique à la production soignée. Les nantais ont en effet, l'élégance de s'inspirer des meilleures formations d'outre-Manche (le groupe de Swindon, Squeeze, Joe Jackson Band), soit une certaine jeunesse à quatre épingles, nette et tranchante comme une paire de Chelsea Boots. Pourquoi Moi ? en face B taquine la scène Mod Revival chère aux Lambrettas. On sera ainsi guère surpris de retrouver cet excellent titre, compilé par la fameuse Powerpearls, bible des amateurs éclairés de gemmes powerpop balancée à toute berzingue. Chacun devrait ainsi trouver son compte sur ce très équilibré single même si votre serviteur a une petite préférence pour la pimpante face A.
Ticket tiendra bon quelques années de plus et leur mini album de 1985 est tout aussi recommandé que cet attachant 45 tours. On y dénichera l'enjoué "Jamais pour Toujours" (malheureusement amputé de son pont incroyable sur youtube) évoquant les sursauts merseybeat des Beatles ou la délicate "Toutes les filles" au tempo indolent.

jeudi 20 décembre 2012

Frankie Rose - Know Me (2012)


En commençant à travailler sur notre retro 2012, j'ai repensé à un single vraiment important cette année dont nous n'avions pas encore parlé ! Si l'album est très en dessous des espérances et que le concert à l'Espace B frisait le naufrage du titanic, je garde toute confiance en Frankie Rose pour qu'elles maintiennent son bateau à flot sans avoir à utiliser ses flotteurs (blague misogyne pour un twister) et savez-vous pourquoi ? Parce qu'on est capable de pondre une telle tuerie, c'est qu'il doit certainement lui en rester sous le pied. Loin de ses débuts avec les Dum Dum Girls, elle a sorti l'un des plus réussis morceaux d'indie-pop eighties maniérée de l'année, un de ses trucs qui te donnent immédiatement envie de danser, idéal pour faire guincher les jeunes et les vieux entre un bon vieux Smiths ou un disque Sarah Records (The Wake vs Field Mice ?). D'ailleurs, le fait que j'en parle encore en décembre, montre que, bien que sorti en janvier, ce single a vraiment marqué mon année. Il est d'ailleurs devenu un morceau récurrent des soirées pop où je passe des disques !

Le disque se trouve probablement encore à Pop Culture, sinon sur le site de Slumberland et pour ceux qui n'ont pas de sous, on peut le télécharger gratuitement sur le lien soundcloud ci-dessous.

mercredi 12 décembre 2012

The Babies - Our House On The Hill (2012)



Tous ceux qui comme nous ont vu le groupe en vrai, sur scène, le confirmera, The Babies n'a (plus ?) rien d'un side-project pour le fun, Kevin Morby (Woods) et Cassie Ramone (Vivian Girls) l'ont muté en groupe à part entière,  avec son identité propre qui tient d'ailleurs très largement de Morby (Woods étant surtout le bébé de Earl et Taveniere). Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'ils font désormais partis du très prestigieux catalogue Woodsist du copain Earl et ne font plus dans le tourisme sur des labels variés.  

Comme tout le monde et à raison, j'étais tombé amoureux de premier album du groupe, truffé de petits tubes accrocheurs au charme fait maison, aux imperfections palpables, ce petit côté bancal qui fait que je m'en sens proche comme d'un bon pote à qui je raconte mes galères. Sur Our House On The Hill, si la production est nettement plus léchée, cette proximité ne s'est pas évanouie, au contraire, ce LP est incroyablement confortable, The Babies ne me malmènent que très peu (si ce n'est par des changements de rythmes périlleux -Aligator),  il tient chaud les soirs d'hiver, il me berce dans son tendre garage poppy (qui virerait presque indie-pop) et j'ai souvent envie de l'écouter pour me remettre d'une journée ennuyeuse ou harassante, ça me permet de me réapproprier l'espace, de me sentir chez moi. Les deux songwriters ont en plus particulièrement soigné le tracklisting qui file à la vitesse de la lumière avec une rare évidence, à peine chahuté en fin de face par le folk de Mean et Grave. Our House On The Hill est un disque homogène et très cohérent, bon du début à la fin, mais s'il n'a pas de ventre mou, il lui manque peut-être, et c'est sûrement là son seul défaut, un vrai single pour le porter, le tirer, le remettre au dessus de la pile ou pour que je puisse faire danser les minettes au Truskel ! Aussi excellents soient-ils, Moonlight Mile et Baby ne tiennent pas vraiment la comparaison avec Meet Me In The City ou All Things Come To Pass dans ce domaine. 

Plus homogène, plus sérieux, plus propre... Ahah ça pourrait-être la débandade, quand on commence à sortir ce genre d'adjectifs dans une chronique de deuxième album, ça sent en général, le sapin. Ne vous inquiétez, jetez-vous sur Our House On The Hill, c'est du bon Babies pur-jus comme on les aime, sans l'effet du surprise et sans le single monumental qu'ils devront bien nous pondre un jour, je sais qu'ils en sont capables. 


Le LP se trouve un peu partout, tentez votre chance au Silence de La Rue, à Pop Culture ou Gibert Joseph, Woodsist est un label très bien distribué vous savez.

mardi 27 novembre 2012

Interview: Pendentif


En octobre le blog avait pris des couleurs francophones, parmi les groupes que nous rêvions d'interviewer se trouvait Pendentif. On est donc SUPER HEUREUX d'accueillir dans ces pages le groupe bordelais qui avait réalisé un de nos EP favoris en 2011.

Pouvez-vous nous présenter Pendentif ?
Pendentif est un groupe de pop française qui existe depuis 2010, on a sorti un EP en 2011 et enchaîné une cinquantaine de concerts.

Comment est né le groupe ? 
On est surtout une bande de potes, on s'est retrouvés sur ce projet à un moment où certains d'entre nous avaient arrêté leur précédent groupe. On a proposé à Cindy qui n'avait jamais chanté de venir faire des essais sur une chanson que l'on avait composée sans but précis, et on a tout de suite été impressionnés par la façon dont sa voix collait et révélait l'univers de celle ci, le morceau s'appelait pendentif, le groupe était né.

Présentez nous les membres de Pendentif 
Cindy (chant), Benoit (guitare/chant), Mathieu (basse/choeurs), Ariel (clavier/guitare/chant), Jonathan (batterie/choeurs).
 
Êtes-vous dans d'autres formations en parallèle ?
Oui, Mathieu et Benoit jouent dans Middle Class, influencé par l'indé 90's de Yo La Tengo aux Pixies, Jonathan joue dans un projet qui s'appelle Gatha avec également une chanteuse et Ariel prépare secrètement un nouveau groupe.




Vous avez sorti votre premier EP en 2011 sur le label La Bulle Sonore
 
Comment avez vous enregistré ces 4 titres ?
Ce premier Ep a été enregistré à la maison dans nos chambres et nos salons respectifs, on a tout fait nous même, de la production à la conception visuelle.
 
Quels ont été les retours sur ce disque ?
C'est Renaud de la Bulle Sonore qui s'est chargé de la promotion de ce EP sur le net et on a eu d'excellents retours sur les blog spécialisés en France, et un peu partout en Europe, cela nous à permis d'aller au Printemps de Bourges, de trouver un éditeur, de lancer vraiment le groupe donc...
 
Le sortir en vinyle représente-t-il quelque chose de particulier pour vous ?
On est contents d’avoir commencé la discographie du groupe  avec un vinyle. L'objet correspond bien au travail artisanal qui a été fait sur ces premières chansons, il y a une spontanéité et une fraicheur et le format a permis de mettre en avant les visuels et de poser l'univers du groupe. On l'a produit à 500 exemplaires qui se sont bien écoulés et dans quelques temps il aura ce petit coté collector qu'on aime tant lorsqu’on possède le premier vinyle d'un de ses groupes préférés.



Cet été vous avez publié Jerricane
 
Un mot sur le clip ?
Là aussi c'est un objet artisanal, On a fait ce clip en petit comité avec un photographe (Steven Monteau), il est venu avec son Canon 5D et un réflecteur, il avait repéré quelques lieux dans la banlieue bordelaise via GoogleEarth.
Ce qui est marrant dans ce clip c'est qu'il y'a une ambiance très plage alors que tout a été réalisé dans des anciennes carrières en périphérie de l'aéroport et une usine chimique désaffectée. Nous avions fait une listes d'accessoires récupérés chez nous, acheté quelques pétards, et les actions ont été définies de manière instinctive en arrivant sur les lieux. Cela nous correspond bien car on a grandi dans des quartiers périurbains où tu te construis ton univers, ton terrain de jeu avec les moyens du bord. A l'époque on
transformait le centre commercial du coin en skatepark, là on  s'est servi de ces lieux pour mettre en scène notre musique. Ce morceau part d'un jeu de mot peu bête "le sahara ça sert à rien" qui est un pied de nez aux groupes de pop qui jouent beaucoup avec l'univers du désert pour donner de la profondeur à leur musique, et en effet pas besoin de prendre l'avion pour aller au Maroc, en resserrant un peu le cadre derrière l'aéroport on y était déjà.
 
Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
Jerricanne a été enregistré dans un studio près de bordeaux donc de manière un peu plus professionnelle, et aussi plus live car sur le 1er EP tout avait été fait sur ordinateur notamment les batteries.
Nous avons travaillé avec un réalisateur qui s'appelle Antoine Gaillet et cette session était également un test pour savoir si ça collerait avec lui pour la réalisation de notre prochaine de l'album.
Nous avons eu un très bon feeling, il a travaillé notamment avec M83, Herman Düne ou François and the Atlas Mountain pour les groupe que nous aimons et donc cela correspond bien à ce que notre musique.
 
Avez-vous enregistré d'autres titres à cette occasion ?
Oui, nous avons surtout enregistré des titres qui était sur le 1er Ep notamment "Pendentif" dont la nouvelle version nous a vraiment plu, avec un coté plus électro et Riviera  qui par contre n'a pas bien passé cette étape live car elle perdait en fraicheur, ce premier enregistrement nous a permis de comprendre que chaque morceau devait être réalisé de manière différente, et que pour certains il ne fallait pas trop s'éloigner de la conception de départ c'est à dire ce coté "bricolé" qui était la marque de fabrique du premier EP.

Quelle évolution voyez-vous entre Riviera et Jerricane ?
Au niveau de la production Jerricane est plus musclée car elle est passée entre les main d'Antoine Gailet, sinon ce sont deux morceaux qui sont dans la même veine.

Vous avez enregistré il y a quelques semaines votre premier album

 
Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
On s'est enfermé pendant 15 jours avec Antoine Gaillet dans ce même studio, à la campagne, on a pris le temps d'expérimenter pas mal de choses, enregistré de nouveaux morceaux jamais joués sur scène.
Certains ont même été terminés pendant la session (écriture, arrangements),  on est allé vers des choses plus électro, groovy, basé sur la basse, (sur certaines songs, on est moins dans un enthousiasme collectif : certaines ont été écrites pour la chanteuse (aspect plus sexy)
On a travaillé dans une ambiance détendue avec un gros rythme de travail tout de même…  

Avez-vous déjà une date de sortie ?
non, pas de date exacte, mais il sortira courant 2013
 
Vous venez de Bordeaux, comment y est la scène ?
la scène y est assez dynamique, beaucoup de groupes font parler d'eux en ce moment.

Vous sentez-vous proches d'autres formations (françaises ou non) ?
On a fait quelques dates avec les Cracbooms, François & the atlas mountain, Petit Fantôme , ce sont des groupes qu'on apprécie particulièrement.
 
Est-ce que chanter en français est important pour vous ?
C'est une évidence, nos groupes précédent étaient également en français. On aime bien le chalenge que ça représente car c'est un peu plus difficile à faire sonner. Mais on apprécie pas une chanson pour la langue dans laquelle elle est chantée mais pour l'émotion, le groove et l'enthousiasme qu'elle procure.

Comment écrivez-vous les textes ?
On part de la musique, c'est elle qui va guider les mélodies de chant, on shoot à l'instinct un yaourth en franglais. Quelques mots apparaissent d'eux même et ce sont eux qui vont guider le reste du texte, il faut que ça coule, que ça soit naturel, il ne faut pas que l'auditeur se sente enfermé par les mots comme quand on écoute une song en anglais. Les textes doivent permettre de se laisser aller au groove et de se créer sa propre histoire.

Certains thèmes vous tiennent-ils à cœur ? 
Comme je te le disais on ne choisit pas forcément de thème c'est la musique que l'on produit qui va les révéler.
Sur le nouvel album il y aura une chanson qui s'appelle "Panache" et qui parle d'une free party organisée sous un autoroute à laquelle on a participé la nuit de l'éclipse solaire de 1999, ambiance, dansons une dernière fois avant la fin du monde…
"Ondine" une sorte de funk froide qui aux dire de nos amis fait penser musicalement à Gainsbourg période "Lemon Incest" et "You're Under Arrest", une fille tue son mec pour que leur amour dure à jamais, un classique romantique.
Une chanson dansante "pas encore de titre…" écrite spécialement pour Cindy, où il est question d'un mec qui la désire mais qui n'arrivera jamais à l'avoir.
Et aussi la "Mafia douce", celle qui te taxe par petite touche, on en dira pas plus.
Nous n'avons  pas encore de titre pour l'album mais ça parlera, de nuits, de danse, de rues et d'amour.

Et vos influences musicales ?
En ce moment on écoute plein de choses  : Mac Demarco, Beach House, Tennis, Grizzly Bear, Hot Chip, The Bewitched Hands, Kindness, Damien, Arnaud Fleurent Didier, Mathieu Boogaerts, Lafayette, Paradis, Arne Vizon, Pavement, Toro y Moi, Real Estate, etc.
 
Vos prochaines dates de concert ?
Le mois prochain on joue dans un tout petit club à Bordeaux (50 places) et cinq jours plus tard on joue à l’Olympia (NDR: avec la Grande Sophie le 23 novembre dernier) ! 

Pendentif sera également à l'affiche d'une soirée gratuite à la Flèche d'Or ce jeudi 29 novembre.