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lundi 3 septembre 2018

Achats Récents #20 post-disco/funk/boogie


The Ritchie Family est un trio féminin de chanteuses originaires de Philadelphie. Le groupe est surtout une création des seuls et uniques Jacques Morali et Henri Belolo: au milieu des années soixante dix les français s'intéressent au disco et montent cette formation de toute pièce en castant trois chanteuses. The Ritchie obtient ainsi un énorme succès avec une reprise de Brazil extrait d'une comédie musicale. Le duo français par la suite formera... les Village People ! Au début des années 80 le disco est en perte de vitesse et les producteurs français confient la destinée de The Ritchie Family à un autre duo européen: le Français Jacques Fred Petrus et l'Italien Mauro Malavasi alors au sommet de leur carrière avec des projets comme Change et BB&Q Band. J'avais toujours vu Ritchie Family comme un groupe euro-disco cheesy (et je pense que ce n'est pas nécessairement faux sur la première période) mais en tombant sur youtube (hé oui découvert grâce aux algorithmes...) sur I'll Do My Best j'ai pris une petite claque. Ce morceau est super élégant, la production somptueuse. Encore une fois, impossible de ne pas ressentir l'influence de Chic chère au duo Petrus-Malavasi mais prolongée dans une perspective définitivement plus 80s (le morceau est de 1982): tempo plus lent, basse funky synthétique, arrangements subtiles et presque aériens. Pour ne rien gâcher, le 45 tours est vraiment facile à trouver, une semaine après avoir découvert le morceau je l'achetais en vinyle pour une somme dérisoire. Quand on commence à avoir beaucoup de disques, il est rare d'avoir encore ce genre de surprise. La version 45 Tours est un édit bien fait de la version 12 pouces ci-dessous.


Les Whispers, groupe de soul de Los Angeles, ont déjà été évoqués sur ce blog à travers un excellent morceau de 1970. Comme je le mentionnais à l'époque, la formation est surtout connue pour sa production de la fin des années 70 - début quatre vingt et notamment le fameux And The Beat Goes On. Ce morceau est tellement connu que rien qu'en citant le titre vous devriez entendre la mélodie. De la même époque mais un chouïa moins connu (mais ça reste un énorme standard): It's a Love Thing. Que dire sur cette chanson ? évidente, classique, certes... mais cela reste une énorme balle avec un groove hallucinant. Un petit mot sur le label SOLAR (pour Sound Of Los Angeles Record), je pense qu'il contribue à définir le son de la première moitié des années 80 en matière de dance music/ R&B/disco. Fondé en 19 par Dick Griffey, un collaborateur de l'émission Soul Train, le label californien enquille les classiques dans la première moitié des années 80 avant de décliner. Parmi mes favoris citons Dance With You de Carrie Lucas, Friends de Shalamar ou Midas Touch de Midnight Star.  


J'avais tendance à associer Evelyn Champagne King surtout à son classique disco Shame découvrir Love Come Down , un autre de ses grands tubes (avec aussi I'm in Love) a été un petit choc. Cinq ans sépare les deux morceaux et ils tracent assez bien les évolutions de la musique disco/r&b sur la période. Love Come Down est une merveille de précision associant une production très synthétique (boîte à rythme, basse funky au moog, claviers...) à un groove destructeur. Love Come Down est un vrai marqueur de son époque et du virage fait par la dance music dans les 80s. Il consacre aussi son producteur: Kashif, malheureusement décédé en 2016 à quelques semaines d'intervalles d'un autre grand de la dance music (Rod Temperton).  


Il était trop tentant d'évoquer Rod Temperton juste après Kashif. Le musicien anglais se fait connaître avec le groupe Heatwave, auteur notamment de l'immense classique Boogie Nights qui fait parti de mes morceaux disco favoris. La formation contribue à l'émergence d'une scène au Royaume Uni connue sous le nom de Brit Funk, il est très probable que je revienne là dessus un jour prochain si j'ai le courage de m'y mettre ! Revenons à notre 45 tours. Il est donc écrit par Rod Temperton pour Quincy Jones avec Patti Austin au chant. Razzamatazz est extrait de l'album The Dude comme un autre classique de Quincy: Ai No Corrida. Même si cette dernière a eu plus de succès, j'ai une préférence nette pour Razzamatazz et je pense que Rod Temperton n'y est pas étranger. Elle évoque un autre classique du compositeur anglais (Give Me the Night de George Benson) avec quelque chose de plus élégant, notamment ce refrain sur le fil des plus aristocratiques. La paire Rod Temperton/Quincy Jones est une dream team du début des années 80. Les deux collaborent en effet sur deux albums de MJ (Off The Wall et Thriller) mais aussi sur Light Up The Night le classique des Brothers Johnson (porté par le single Stomp co-écrite par le Britannique avec le groupe et produite par l'Américain) . 


Chemise était un couple à la vie: Ricki Byars et Ronald Muldrow. Les musiciens, surtout de de jazz (Ricki Byars a chanté avec Pharoah Sanders par exemple), ont sorti un unique single sous ce nom en 1982. She Can't Love You est particulièrement intéressante dans sa manière de placer la basse par rapport à la rythmique avec un léger décalage créant un groove très particulier et cool. L'ensemble est à la fois très dansant mais avec une petite pointe de mélancolie. La production est également captivante: un poil plus lo-fi et moins ample que celle des 4 autres morceaux de cette sélection par exemple. 
 

jeudi 30 août 2018

Achats Récents #18 disco/soul/funk

Suite des achats barcelonais avec une spéciale disco/soul/funk. J'ai essayé, avec les disques choisis, de tracer en filigrane l'évolution de la musique soul entre le milieu des 70s jusqu'au début des années 80. Ces achats sont assez représentatifs de mes obsessions du moment, en particulier pour le R&B du début des 80s qui fusionne les rythmes disco à l'instrumentation P-funk (ou quelque chose approchant...). Je m'étais déjà intéressé à la question mais d'une manière peut être un peu superficiel, en tout cas j'ai eu envie de m'y replonger cet été et ce fut l'occasion de découvrir énormément de disques voir de producteurs. Vous pouvez aussi checker ma playlist pour Section 26 dans un registre moins dansant et plus luxuriant...


First Choice est un girl group de Philadelphie. Nous avions évoqué ici le groupe il y a fort longtemps (plus de onze ans !). Smarty Pants est un excellent single de 1973 produit par Stan Watson, pièce importante du puzzle Philly Soul en tant que co-créateur du second grand label de la ville (après Philadelphia International Records): Philly Groove. Si ce disque est sorti sur Bell (qui distribuait le label), le rooster comprenait notamment First Choice ou les Delfonics. En regardant les crédits d'écriture, nous pouvons constater la présence d'une autre figure clef du son philly en la personne du guitariste Norman Harris. Ce dernier fut un des membres d'origine de MFSB, le backing band de la plupart des disques de Philly. Comme l'arrangeur/vibraphoniste Vince Montana Jr. (et le groupe First Choice suivra aussi cette migration de label) , Norman Harris fera parti de l'aventure Salsoul et de son orchestre. En creux se dessine l'évolution de la musique soul des 70s. Alors que Philadelphie a créé le son disco en substance (il suffit d'écouter Love Train) notamment grâce à la fabuleuse assise rythmique constituée par Earl Young (batteur) et Ronnie Baker (basse), Salsoul s'impose comme un label majeur du genre grâce aux transfuges de Philly. Smarty Pants est en tout cas un parfait exemple du son de Philadelphie: production soyeuse, mélodies élégantes, rythmique binaire parfaite pour danser. De la pure dentelle capable d'associer l'efficacité d'une bonne chanson pop à des arrangements exigeants.



Nous sommes 4 ans plus tard en 1977 en pleine fièvre disco. The Emotions est un autre girls group mais de Chicago, un trio composé autour de la famille Hutchinson. Après avoir publié plusieurs albums pour Stax, le trio est signée par CBS qui envoie le groupe entre les mains de Maurice White et Charles Stepney.  Les deux ont un CV plutôt dingue et sont des noms que vous croiserez souvent si vous vous intéressez aux productions soul de Chicago des années 60-70. Stepney se fait connaître en créant avec Marshall Chess (fils de Léonard, le fondateur de Chess) le groupe Rotary Connection duquel émergera Minnie Ripperton. Il a produit son classique Les Fleur tout comme California Soul de Marlena Shaw... Au milieu des seventies il s'associe à une autre figure de l'ombre de la soul de Chicago: Maurice White. Membre du trio de Ramsey Lewis qui remplace Young & Holt, il fonde par la suite Earth Wind and Fire. Ensemble les deux produisent Flowers pour les Emotions en 1976, le premier succès du groupe depuis 1969. L'année suivante White rempile pour un nouvel album sans Stepney, celui-ci étant malheureusement décédé entre temps. Rejoice explose les compteurs (#1 R&B, #7 Pop aux USA) et devient le plus grand succès du groupe. Cette performance est certainement due à Best of My Love qui s'impose comme un des grands classiques de son époque. Le morceau écrit par White et Al McKay (un autre membre d'EW&F) est tout simplement irrésistible. 



Skyy est un groupe de New York signé sur Salsoul, l'un des labels les plus emblématiques de la vague disco. Skyyzoo publié en 1980 est représentatif de la dance music après la fièvre disco. La disco a littéralement balayé tout sur son passage et créé une percée inédite dans le mainstream pour la musique R&B. Le retour de bâton fut terrible mais permit au boogie d'émerger au début des années 80. Le R&B retrouva ainsi des couleurs en renouant avec ses racines sans renier non plus la disco. Si le beat binaire est conservé, il se fait un peu plus lent et langoureux, les instrumentations perdent en cordes chantilly ce qu'elles gagnent en synthétiseurs. Ce morceau quoi qu'encore très disco a pour lui une orchestration plus aéré, plus marquée dans le bas du spectre (basse très en avant) et moins agressive dans les aigus que la plupart des standards disco. On pense évidemment à Brass Construction ou BT Express: la présence de Randy Muller n'y est pas totalement étrangère puisqu'il co- produit le morceau avec Solomon Roberts Jr. .


Instant Funk est un groupe originaire du New Jersey mais leur histoire corrobore celle de First Choice: après avoir été backing band pour les O Jays (entre autre) et sortis des albums sur Philadelphia International Records, le groupe rejoint Gold Mine (le label de... Norman Harris) puis Salsoul. Ils ne sont pas les seuls: Bunny Sigler qui produit ce disque fut également une figure de la soul de Philadelphie ! Give It To You Baby paru en 1982 est un morceau au groove implacable. Sans être une évolution majeure par rapport à Skyy, on notera la présence plus marquée de synthétiseurs.


Finissons cette session par un autre disque de 1982: Dance Floor de Zapp, groupe de l'Ohio. Zapp c'est génial, Roger Troutman est un génie de la Talk Box (ce que l'on prend souvent pour de l'autotune ou du vocoder). Les deux premiers albums sont des classiques. Dance Floor est d'ailleurs le single majeur du second album et sans atteindre la perfection de More Bounce To The Ounce il s'en rapproche sérieusement. Il est assez intéressant de comparer ce disque à celui d'Instant Funk. Si Instant Funk venait d'un background plus soul/disco, Zapp a un son nettement plus funk. Le tempo est plus lent et lourd, l'instrumentation encore plus synthétique. La filiation la plus évitent me semble ici être le P-Funk de Parliament (Clinton et Bootsy ont d'ailleurs produit le premier album de Zapp), son qu'il prolonge dans une perspective encore plus épuré et synthétique.


mercredi 15 février 2017

Artefact "MAE"

Né quelque part en banlieue parisienne, peut-être du coté d'Ivry-sur-Seine où Eric Vennettilli et Maurice Dantec se rencontrent au Lycée, Artefact synthétise, comme de nombreuses autres formations (Modern Guy, Suicide Romeo, Casino Music...), une époque où tout était encore possible mais presque déjà foutue. 1979, le corps du punk est encore brûlant, mais son âme déjà évaporée, dispersée aux vents. Des centaines de jeunes inventent avec des moyens réduits le son du futur. Ils se se souviennent de leurs lectures d'adolescence: Norman Spinrad, Ballard ou K Dick (qui inspire le nom du groupe) et en imprègnent leur musique. Leur funk disloqué, leurs guitares dissonantes, la morgue de leur jeunesse résonnent ainsi avec les écrits hallucinés des auteurs américains ou anglais de la Nouvelle Vague de Science Fiction... Ils sont ainsi toute une génération à vénérer Rêve de Fer, Crash ou Ubik depuis Richard Pinhas (Heldon) en passant The Normal (Warm Leatherette) et Human League (Circus of Death)... MAE sera ainsi en quelque sorte l'hommage au genre d'Artefact, son texte évoque en effet les circonvolutions d'une époque hantée par la guerre froide et la technologie galopante... Loin de se laisser pourtant abattre, Artefact développe une disco robotique désarticulée, dont la sensualité affleure sous la violence des écrits... L'histoire ne durera que quelques années, le temps de publier, un album, un EP et un single (ainsi que de contribuer à l'EP de Gregor Davidow sous le nom de Spions Inc.) sur Celluloïd, mais elle fut si emblématique de ces années là. Dantec fera par la suite quelques apparitions dans la musique mais connu surtout une suite dans la littérature... dans la lignée de ces auteurs qu'il lisait entre deux cours au lycée. De son coté Vennettilli continuera quelques temps l'aventure musicale, montant même un groupe avec un ancien Casino Music (Eric Weber) et un membre de Marie et les Garçons (Erik Fitoussi) !

   

lundi 15 août 2016

Les Dogs (en français)

Les Dogs, au cours de leur longue et tumultueuse histoire, illustrent peut-être mieux qu'aucune autre formation la singularité d'être un groupe de rock français. Ainsi, sont-ils peut-être l'une des figures emblématiques d'une scène underground nationale dans les années 80.

Dans les années 80 la vague punk originelle (celle de76/77) appartient déjà au passé. Certes les crêtes et les perfectos sont toujours de sortie dans les puces de Camden mais ils font désormais plus parti d'un folklore que des forces vives de la musique. Le mainstream, après avoir été bousculé par ces morveux accoutrés bien étrangement, a absorbé la révolte et l'a recrachée dans une musique bien plus tolérable pour le grand public. Il en est de même pour le revival mod: les jeunes personnes élégantes et arrogantes ont grandi, les groupes se séparent presque tous, le dernier album des Jam paru en 1982 semble ainsi marqué la fin d'une époque soldée par la victoire de MTV. Les années 80 sont une décennie où le synthétiseur et les clips (les images) sont hégémoniques. Bien sûr ces outils peuvent produire des choses fantastiques mais ils n'en démodent pas moins instantanément le rock, bien souvent pour le pire. Celui-ci pour la première fois de sa courte existence n'est plus sous la lumière des projecteurs. Il s'en accommode et 1983 marque ainsi au niveau mondial, l'émergence d'un  underground qui prend diverses formes pendant la décennie: Paisley Underground (Rain Parade, Bangles, 3 O'Clock, Dream Syndicate), indie-pop (Pastels, Television Personalities...), garage revival (The Crawdaddys, The Miracle Workers...), College Rock (Replacements), Hardcore (Black Flag) etc. Deux figures tutélaires s'imposent aux États Unis et en Angleterre: REM et The Smiths. Ces deux groupes ont de nombreux points communs, enfants du punk ils n'en sont pas moins plus traditionalistes et revendiquent un héritage, notamment des années 60 (Byrds, Velvet...).


La France n'est pas à l'écart et bien que plus âgés, les Dogs sont peut-être l'équivalent français de ces formations. Les normands n'ont pas le même background ni le même son mais pourtant ils viennent aussi de cette culture sixties et s'imposent comme l'un des groupes de référence de l'époque. L'histoire des Dogs croisent ainsi de nombreuses autres: Olivensteins, Snipers, Calamités... Leur parcours raconte également en creux une décennie d'évolution du rock français de la fin des années 70 à la fin des années 80, du mirage du succès à leur retour à l'activisme. Une France rock underground qui vénère les Flamin' Groovies, les Cramps, les Real Kids, les groupes Pub Rock anglais ou de rock australien et les voient jouer dans de petites salles. La scène locale se développe fortement, elle est soutenue par des fanzines (Nineteen en tête) et quelques labels (New Rose, Closer). Tous sont amoureux des Nuggets, beaucoup admirent Alex Chilton, Stiv Bators ou Johnny Thunders.... 

Jusqu'au décès de leur leader, Dominique Laboubée, en 2002, les Dogs n'ont eu de cesse de jouer, soit presque trois décennies (le groupe s'était formé en 1973) ! L'essentiel de leur discographie se fait cependant sur une dizaine d'années s’étalant entre la fin des années 70 les années 80 durant lesquelles ils suivent de près l'évolution du rock. Les Dogs, après des débuts sur le label de Rouen Mélodies Massacre (du nom du magasin situé... dans la rue Massacre), sont repérés par Philips. Le label, comme tous les gros de la place, cherche son "groupe punk", ils signent les normands et leur font enregistrer deux albums Different (1978) et Walking Shadows (1980). Les ventes étant insuffisantes selon les pontes, le groupe est relâché dans la nature avant d'être signé chez Epic. Chez ces derniers les Dogs enregistrent Too Much Class (1982), Legendary Lovers (1983), Shout (1985) et More More More (1986) avant d'être à nouveau débarqués pour les mêmes raisons...Une histoire terriblement banale que beaucoup de groupes français connaissent encore aujourd'hui (Mustang en tête).


Les Dogs ont gagné leur statut de groupe culte français à la dure, ils n'ont jamais renoncé et ont toujours défendu une idée du rock pur et proche de ses racines. Si les disques ou les concerts ne sont pas toujours égaux et géniaux (les 4 premiers albums sont cependant des classiques), la pugnacité du groupe et sa volonté d'exister en font une sorte de figure ultime du rock, un rock humain et humble, porté par la foi et la passion dans l'électricité. Cette authenticité les Dogs la cultivaient aussi en chantant en anglais (assez approximatif), un choix délibéré de coller le plus possible à l'essence de cette musique y compris son idiome. Ainsi ce fut systématiquement les maisons de disque qui poussèrent les Dogs à s'essayer au français, le besoin d'avoir des singles diffusables en radio. À la fin des années 2000, le choix de l'anglais ne fut plus un frein pour obtenir un succès conséquent souvent pour le pire (par exemple les tièdes Pony Pony Run Run ou Cats on Trees), inversant même le rapport de force (le français devenant la position des outsiders), jusque là l'anglais était proscrit pour les petits français...

Les Dogs n'enregistrèrent, à ma connaissance, que 4 morceaux dans notre langue, deux pour chaque gros labels: Philips (1980) et Epic (1984). Pour pousser Walking Shadows la maison de disque incite les normands à enregistrer un simple promotionnel avec les morceaux Cette Ville est un Enfer et Trouble Fête. Epic en fait de même à l'époque de Legendary Lovers avec une version en français de Secrets et l'inédit Mon Coeur Bat Encore. Si le groupe rechignait à utiliser le français (la peur de perdre une partie de leur essence?) ces quatre chansons constituent pourtant parmi mes préférées du groupe et démontre le savoir faire de la formation y compris en français (pour le faire sonner naturellement et fluide).

Cette Ville Est Un Enfer (1980) est un de mes morceaux de rock français favoris, autour d'une ligne de basse menaçante, sinueuse et d'une mélodie économe de guitare, les Dogs se rapprochent de l'esprit et du son du post-punk, la chanson est ainsi sombre, la tonalité cafardeuse mais non sans quelques giclées de lumière. La face B Trouble Fête s'approche du punk, elle est  rentre-dedans et agressive, elle est aussi plus classique mais portée par un texte d'Eric Tandy. La diction se rapproche d'ailleurs de celle des Olivensteins ou des Rythmeurs. C'est un bon morceau mais probablement celui que j'aime le moins des 4.

 
Secrets (1984) est une version en français du morceau du même nom, extrait de l'album Legendary Lovers produit par Vic Maile, un ingénieur anglais expérimenté qui a notamment travaillé avec de nombreux groupes pub rock (Dr Feelgood, Eddie and the Hot Rods, Pirates, Inmates) mais aussi de punk (Vibrators, 999, Lurkers) et quelques autres formations cohérentes avec les genres susnommés (Motorhead et les Godfathers). Si le CV de l'intéressé laisse à présager du muscle et de la sueur, Secrets (version française) est pourtant une chanson délicate, son rythme nonchalant et légèrement sautillant évoque le galop d'un cheval et les grands espaces américains, le chant légèrement maniéré de Laboubée rend justice à l'excellent (et juste) texte français (écrit ou co-écrit par Tony Truand?). Secrets serait-il le trésor caché de l'indie-pop française? Certes le groupe n'est pas habituellement relié au genre mais quand on voit la parenté entre Vélomoteur (1987) des Calamités et Crash (1988) des Primitives, est-ce si idiot de voir en Secrets un autre exemple français ?

Mon Cœur Bat Encore est l'ultime tentative des Dogs de se frotter à notre langue et quelle réussite ! Un super morceau rythmé et enjoué que l'on a envie de reprendre à tue-tête en dansant frénétiquement. Il évoque  A Millions Miles Away des Plimsouls, Natasha des Roxette ou encore What I Like About You des Romantics, soit une certaine idée de la fête, de l'optimisme, de l'envie d'aller de l'avant... Peut-être le texte est-il en lien avec l'état d'esprit du groupe à l'époque? L'envie d'encore y croire.

Par la suite le groupe ne fit plus d'autres tentatives en français, il continua à creuser le même sillon inlassablement et ce, jusqu'à la fin, tels des missionnaires ne sachant rien faire d'autre. Le parcours des Dogs, en plus d'être exemplaire, n'est que trop symptomatique du rock en France, celui qui préfère Téléphone à Bijou, Trust à Edith Nylon etc. Ainsi le rock français en plus d'être tiraillé entre le besoin de se rapprocher de l'idiome et celui de s'en émanciper est-il confronté à l'absence totale de compréhension de la part des grandes maisons de disques et de la plupart des très grands médias (trop agressif, pas assez sérieux, trop adolescent, pas assez intelligent...). Quelle meilleure conclusion par conséquent que Mon Cœur Bat Encore ? Un message d'une folle actualité en 2016 en France quant au rock et à sa perception.


vendredi 13 mai 2016

Telex: une vision pour l'Eurovision

Demain aura lieu la finale du concours de la chanson de l'Eurovision en Suède (wikipedia). La première édition fut organisé en Suisse en 1956. L'événement, retransmis dans de nombreux pays, était à l'époque une prouesse technique, elle marqua ainsi de nombreux européens (wikipedia). Aujourd'hui si dans quelques pays le programme garde une certaine aura, il est devenu particulièrement ringard en France, un équivalent ponctuel des dimanche en compagnie de Jacques Martin... Soyons honnêtes: c'est peut être en partie du à notre manque de victoire depuis 1977, l'année de Marie Myriam. Reconnaissons cependant que la variété kitsch qui y est généralement proposée est assez laide et peu plaisante. Le concours est donc rarement pris au sérieux ici et nous y envoyons nos talents - parfois second degrés histoire de ne pas avoir à regretter - au casse pipe. Rassurons-nous sur un certain nombre de points (que ne nous donne pas les autres pays): une victoire dans l'Eurovision ne signifie plus grand chose depuis bien longtemps. D'ailleurs êtes vous capables de citer des artistes ayant gagné ce célèbre concours ? Pour ma part spontanément il m'en est venu deux. Ironiquement, aucune n'a chanté pour sa nation d'origine: Céline Dion (canadienne rappelons-le) en 1988 pour la Suisse et surtout France Gall en 1965 pour le Luxembourg (et oui!) avec l'incroyable "Poupée de Cire Poupée de son". Bref la seule chanson mémorable française à avoir gagné ne l'a même pas été sous notre bannière ! En regardant de près les vainqueurs quelques autres évidences me sont apparues (ABBA par exemple) mais dans l'ensemble ce n'est pas fou voir assez déprimant.

L'une des rares chansons de l'Eurovision que je trouve géniale a fini avant dernière l'année de sa présentation gagnant quelques modestes points grâce à la Grèce, la bien nommée "Euro-Vision" du groupe belge Telex. Ce trio composé de Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers est particulièrement connu des amateurs pour leur classique synthétique "Moskow Diskow". Il démarra un peu au hasard sur une blague: une  reprise de "Twist à St Tropez" dans la lignée de ce que fera un peu plus tard les Silicon Teens de Daniel Miller (wikipedia). Le groupe est un des enfants les plus doués des allemands de Kraftwerk. À l'humour froid et distant des robots, les Belges ajoutent une certaine douceur et légèreté tout en conservant certains traits du son germanique. "Euro-vision", ironiquement un de leurs plus grands succès commerciaux, est ainsi une chanson enjouée et futuriste au texte dans la lignée de "Trans Europe Express" vantant les mérites du concours. Par certain coté cette participation serait aujourd'hui considéré comme un trollage en règle, pourtant je ne suis pas certain qu'elle soit entièrement ironique et qu'au fond les intéressés n'auraient pas aimé créer la surprise en gagnant le concours, une belle conclusion assurément mais les juges en ont décidé autrement ! Tant pis pour eux, personne n'écrira dans les prochaines semaines sur les autres participants de cette année-là, par contre Telex sera encore longtemps un groupe génial et chéri par plein de gens. Je vous laisse avec la vidéo d'archive du concours qui est un régal en soi (la présentation avant le passage du groupe est absolument délicieuse).

mercredi 11 mai 2016

The (English) Beat: miroir mon beau miroir

Le punk, au delà de ses qualités propres, généra quantité de musique intéressante: Post-Punk bien sûr mais également le mouvement Ska Revival. Ce dernier un succès populaire important, moins nihiliste et plus positif que le punk, le Ska Revival était en quelque sorte une réponse constructive (mais pas niaise ou naïve) à la crise: une énergie canalisée dans une musique revendiquant la fraternité (le damier noir et blanc du logo Two-Tone comme symbole d'unité entre noirs et blancs) et s'intéressant aussi aux problèmes sociétaux de l'Angleterre de Thatcher... Ainsi Post-Punk comme Ska Revival ont en commun d'avoir une dimension utopique: là où le punk pratiquait la politique de la terre brûlée, ces nouveaux venus eurent à cœur de construire une alternative musicale, mais aussi éventuellement politique. 

Two Tone fut incontestablement la plaque tournante de la nouvelle vague Ska, lançant de nombreux groupes parmi lesquels The Specials, The Selecter (blog), Madness ou encore The (English) Beat. Ces deux derniers ont en commun de quitter la structure créée par Jerry Dammers après un unique single. Si Madness rejoignit un autre label anglais essentiel, Stiff (Nick Lowe, The Damned...), The (English) Beat prirent l'initiative de créer leur propre label: Go-Feet. Il publia la discographie du groupe et accueilli quelques projets parmi lesquels le groupe The Congos (biographie).  

The (English) Beat connurent leur premier très gros succès avec le single "Mirror in the Bathroom" en 1980. Cette composition originale du groupe atteignit ainsi la 4ème place des charts anglais (wikipedia). Si nombres de traits du ska ont été conservés (la guitare en contretemps, le skank beat, le phrasé de la voix, les cuivres...) il y a quelque chose de résolument new wave et anguleux dans "Mirror in the Bathroom" peut-être dans l'usage du chorus sur la guitare... Ainsi la chanson m'évoque "Making Plans for Nigel" d'XTC mais en étant plus marqué par ses influences jamaïcaines. C'est peut être cette originalité qui rend "Mirror In The Bathroom" si cher à mes yeux: le titre épouse son époque et exprime les paradoxes liés à une recherche authenticité sans nier la modernité.

mercredi 6 novembre 2013

Europunk

Dimanche, pas grand chose à faire à part chopper des vinyles aux puces ou trainer dans une expo... Tiens pourquoi pas aller à Europunk présentée à la cité de la musique de la Villette et initialement à la Villa Medicis à Rome. En changeant de pays, l'exposition auparavant présentée dans le cadre des arts visuels s'est enrichie pour coller avec l'orientation du lieu.

Le punk a la côte dans le milieu de l'art ces temps-ci. Linder Sterling a eu sa rétro il y a peu au musée d'art moderne et Raymond Pettibon est actuellement exposé dans une galerie parisienne. Si on ajoute à cela l'intérêt croissant du marché pour l'art brut (quitte à en détourner le sens comme dans la récente exposition à l'Hôtel de Ville) il y a de quoi voir des velléités du milieu d'échapper à l'art contemporain (ou du moins sa partie visible et médiatique). Cela se comprend aisément par certains aspects: on trouve dans le punk ou l' art brut bien plus de violence et de spontanéité que dans l’œuvre provoc' facile d'un Damien Hirst dont on espère que l'histoire ne fera pas grand cas (c'est malheureusement mal parti entre nous). Il y a une certaine ironie à voir une culture anti-etablishment se faire récupérer par celui-ci. Il est également amusant de constater que l'état file des subventions à des expos qui affichent des symboles tabous quand il interdit dans le même temps les concerts d'un groupe jouant sur ces mêmes codes avec un flou troublant analogue. Mais revenons en à nos moutons et cette exposition parisienne...


A l'origine de cette rétrospective la volonté d'un commissaire (Eric De Chassay) d'appréhender le punk comme un mouvement artistique en soit (qualifié par l'intéressé de "dernière avant garde du XXème siècle"). Il a donc été décidé de ne pas différencier les œuvres uniques des objets industriels, ni distinguer les démarches artistiques réfléchies des créations plus spontanées et anarchiques. Ainsi à quelques mètres de distance se côtoient les fanzines "à la main" et particulièrement artisanaux de Sniffin' Glue et les magazines bien plus professionnels (mais néanmoins originaux et décalés) de Bazooka. On trouve aussi dans les vitrines nombres d'affiches promotionnelles et bien sûr de disques vinyles. Les amateurs apprécieront la malice de gens qui se penchent sur des pochettes de groupes dont ils n'ont jamais écouté la musique (en espérant secrètement qu'un certain nombre d'entre eux auront envie de le faire ensuite!). Les vinyles comme les animaux ne sont jamais mieux que dans leur milieux naturel: un bac de disques à coté d'une platine, cependant on ne peut nier la force graphique de certaines pochettes notamment celles de Peter Saville pour Joy Division ou Linder Sterling pour les Buzzcocks.
L'approche a le mérite d'englober diverses approches d'un mouvement dont la cohérence tiens plus dans le nihilisme (ou une forme d'humour/critique/ironie/démarche Dada) que dans une tentative de création d'une esthétique précise. Europunk arrive assez bien à retranscrire le bouillonnement prolixe de l'époque.

la fameuse illustration de Peter Saville pour Unknown Pleasures
de Joy Division. Un enregistrement de Pulsar.

L'exposition est conçue en un enchevêtrement de salles aux thématiques plus ou moins précises. Ces dernières sont soudées par une grande frise chronologique reprenant les grandes dates du punk en Europe mises en perspectives avec des faits historiques et politiques contemporains. Cette dorsale permet d'un peu mieux comprendre le mouvement, et même si on regrette certaines choses (une faute d'orthographe à Rhythm and Blues par exemple, l'absence de mention des Nuggets pourtant fondatrice) elle permettra aux novices d'en savoir un peu plus sur l'émergence du punk. Cet ajout est un des points forts de l'exposition qui manque par ailleurs souvent d'un peu plus d'explications pédagogiques. On aurait aimé ainsi avoir quelques éclairages sur des personnalités fortes du punk européens comme Vivienne Westwood, Peter Saville ou Linder Sterling, dont les contributions artistiques au "mouvement" sont essentielles.

Certaines salles sont bien conçues, on pense à Bazooka ou les Sex Pistols / Jamie Reid. D'autres me semblent un peu plus légères (notamment celle consacrée au Post-punk qui s'arrête sur la très arbitraire date de 1980). J'ai eu du mal à distinguer l'approche heuristique de l'ensemble, il m'a semblé que cela était un peu fouillis. Certes le mouvement de part sa nature joyeusement bordélique est difficile à organiser, mais un peu de tri aurait largement bénéficier à la compréhension didactique du mouvement punk pour les non-experts. En terme de quantitatif on reste aussi un peu sur sa faim même si l'ajout d'un jukebox et de la projection du film (passionnant) Rude Boys sont de belles réussites.

 La pochette d'Orgasm Addic premier single des Buzzcocks pour la major UA, 
un collage de Linder Sterling.

Peut-être que la thématique en elle même (Europunk) pose des problèmes: doit on séparer le punk européen du punk nord-américain ? Passer sous silence la scène du CBGB permet-il de comprendre l'émergence en Europe de cette musique? Est-ce que l'exposition traite avec assez de profondeur le punk continental ? En effet le punk anglais se taille la part du lion dans l'exposition, à juste titre peut-être (après tout le punk n'aurait jamais eu une telle force si la jeunesse anglaise ne s'en était pas emparée) mais nous privant d'explications bienvenues sur un pan de ce mouvement nettement moins connu. On peut aussi se demander s'il était nécessaire de faire une exposition sur le punk. Après tout comme le suggère dans le bancal Rétromania Simon Reynolds, muséifier une musique en fait une langue morte. Le lieu contourne la remarque d'une manière intelligente en programmant en parallèle des affiches punk associant groupes historiques (Buzzcocks) et renouveau actuel (Holograms). 

Europunk est une exposition intéressante mais bancale. On apprécie l’interactivité (les stands pour faire ses badges etc.), l'absence de hiérarchisation des sources, l'éclairage bienvenu sur Bazooka ou Jamie Reid. On regrettera le traitement parfois un peu léger d'autres noms importants et le petit manque de pédagogie de l'ensemble malgré une très bonne frise chronologique et la présence d'un jukebox qui permet de ressentir ce mouvement autrement que par son aspect visuel. Une bonne balade pour un dimanche en somme mais à compléter par la lecture d'England's Dreaming et pourquoi pas de Please Kill Me !

9 euros jusqu'au 19 janvier.

mercredi 5 juin 2013

The Vertebrats - Screaming like a mad Choir (2011)

L'Illinois serait-elle une terre powerpop ? Les Shoes sont de Zion, Cheap Trick de Rockford, Pezband d'Oak Park, et nos Vertebrats de l'ensemble Champaign-Urbana. Ces mecs là n'ont sorti du vivant du groupe qu'un single (autoproduit) et quelques morceaux sur des compilations dont le génial "left in the dark" sur la première Battle of the Garages sur Bomp/Voxx records. Pourtant cet LP composé au deux tiers d'inédits (on retrouve les titres publiés sur les supports mentionnés plus haut) est une tuerie. 

Les Vertebrats pratique une powerpop vibrante aux inflexions garage, un truc élégant et racé, des mecs qui n'ont pas peur de se servir de leur manche pour balancer des salves de guitares bourdonnantes. Il y a de la rage dans leur musique mais une rage maîtrisée dans un entonnoir pour lui donner une force de frappe maximale. On pense aux Bongos ou les dB's, des gens qui pratiquent cette pop moderne et anguleuse en s'appuyant sur des références sixties sans les pasticher. Les Vertebrats ont des étincelles dans les doigts, une envie, une âme. Ils jouent comme si leur vie en dépendait, à fond sans se poser de question mais appuyant bien fort sur les mélodies. Ils n'auront peut être jamais le niveau des références du genre mais ils ont autre chose, s'en foutent, ont la passion et l'enthousiasme.

Screaming like a mad Choir est une compilation de leurs principaux morceaux enregistré en studio, lors de deux sessions (une dans leur ville en 1980-81, l'autre en Californie en 1982), des chansons prévues pour un LP chez les inégalables Bomp. L'association des deux fait rêver. En 12 chansons les Vertebrats balancent autant de mélodies mémorables que de cavalcades sauvages et indomptées. Ils fument de toute part, comme une locomotive lancée à pleine vitesse sur une voix déserte la nuit. Ils respirent la vie de toute leur pores. Capables de brûlots rageurs ( le brillantissime "how come", un orgasme en soit), de subtilité violentée ("robbery" et son usage malin du riff de gloria) ou de chansons pop mémorables ("jackie's gone"), les Vertebrats sont vifs et lumineux.   

Vous pensiez que la powerpop n'était pas pour vous, mais les Vertebrats le seront, dans leur chaudron on trouve de quoi satisfaire les âmes les plus exigeantes, quelque soit leur addiction (punk, powerpop, indiepop, garage). One sera pas surpris que les mecs de Parasol (dirigé par un Velvet Crush) ait pris la peine de rééditer et faire découvrir ce fantastique groupe.




mercredi 19 octobre 2011

Protex - strange obsessions (1980 / 2010)

Protex, drôle de nom pour un groupe de punk, surtout quand on sait qu'il s'agit d'une marque de capotes, mais... les types ne connaissaient pas le nom autrement que par le "protex blues" des Clash sur leur premier album. Strange Obsessions n'est pas sorti à l'époque, si des légendes circulent sur un pressage rarissime, il ne verra officiellement le jour qu'en 2010 grâce à l'excellent label US Sing Sing (dont on reparlera pour la réédition de l'album des Leopards de 1976). Jusqu'ici les fans devaient donc se contenter de la poignée de singles sortis sur diverses labels dont Polydor. Malgré le support de Chas Chandler (membre des Animals puis manager de Slade et Jimi Hendrix) l'album sera laissé dans les cartons jusqu'à nos jours...

Strange Obsessions auraient peut être pu devenir un classique du punk irlandais, en effet les Protex se placent en petits frères turbulents des Undertones, avec les mecs de Derry ils partagent ce goût pour les mélodies bien troussées qui restent scotchées dans un coin du cerveau et sont bien difficiles à déloger. Certes tous les morceaux n'ont pas le même potentiel de séduction mais les plus valeureux d'entre eux sont de vrais petits tubes en puissance et on s'en prend à rêver d'un autre sort pour ce beau groupe de Belfast. Le son de l'album a un petit coté "cracra" ambiance enregistrement de démo mais cela ne nuit pas aux chansons qui, présentées dans leur plus simple appareil, gardent toute la spontanéité, ça fonctionne à merveille ainsi.

En gros si vous êtes fan des Buzzcocks, Boys, Undertones ou de groupes actuels comme les Exploding Hearts, Cute Lepers, ou Bad Sports il y a de grandes chances pour que ce disque ne se déloge pas de la platine une fois que vous l'y aurez mis.

SING SING

achat: pour les parisiens dispo chez Born Bad ou Pop Culture
GONER


Protex - Forever

lundi 3 octobre 2011

Marie et les Garçons / Les Garçons

Jusqu'à il y a peu de Marie et les Garçons je ne connaissais que Re-Bop. Ce titre avait été synchro dans une publicité il y a quelques années, il sonne comme un tube et fait parti de ma playlist "Truskel" depuis quelques mois. Récemment j'ai acquis chez Bimbo Tower un single des Garçons, et vendredi dernier j'ai trouvé le premier ep de Marie et les Garçons. Jérôme d'infrason m'avait dit de ne pas rester que sur re-bop et d'écouter notamment "à bout de souffle" ce que j'avais fait rapidement, mais en voyant le 45 chez un de mes disquaires favoris, j'ai demandé à écouter et fut très enthousiasmé: l'ep est génial et constitue une énorme découverte pour moi.

Marie et les Garçons se forment en 1975 du coté de Lyon (au lycée St Exupéry) sous le nom de Femme Fatale. Ils sont renommés par Marc Zermati (de Skydog) en Marie et les Garçons, Marie étant leur batteuse: Marie Girard. Le reste du groupe se compose alors de Patrick Vidal (oui LE Patrick Vidal) Erik Fitoussi, Jean Marc Vallod et Christian Faye. Ce dernier quitte le groupe, et en 1977 Jean Marc Vallod est à son tour remplacé par Jean Pierre Charriau.

Le premier 45 sort en 1977 sur Rebel Records, il est suivi en 1978 par Re-Bop / Attitudes qui sera réédité par Ze Records (le fameux label de no wave new yorkais). Si au départ le groupe faisait des reprises des Seeds ou du Velvet sous l'impulsion de Patrick Vidal, le groupe s'oriente vers un disco "déviant" comme certains collègues de labels (Lizzy Mercier Descloux par exemple). Marie Girard s'en va et le groupe devient les Garçons pour quelques singles de plus dont certains très réussis. Marie et les Garçons n'ont pas enregistré d'album mais leurs morceaux ont été compilés sur un 33 tours assez difficile à trouver (je ne l'ai pas malheureusement) dont la couverture représente un polo style Lacoste dont on a remplacé l'étiquette par le nom du groupe, une référence à leurs tenues de scène pas nécessairement bien vu par les punks de base de l'époque.

Leur premier pas discographique est un trois titres: "rien à dire" "à bout de souffle" et "mardi soir", c'est aussi un sans faute, les trois titres sont excellents. "A bout de souffle" est probablement le plus nerveux et radicale des trois, deux minutes à fond la caisse avec une sorte de larsen presque permanent en toile de fond, c'est presque aussi rock n roll que du Real Kids. "Mardi soir" occupe toute la face B de ses 4 et quelques minutes. Ne vous fiez pas à cette longueur anormalement élevée pour un groupe de "punk" on est plus chez Television que les Damned, un titre subtile et intelligent mais qui n'y perd pas en énergie, la violence avec élégance. La sauvagerie tout en retenue aurait du mettre la puce à l'oreille des soit-disant vrais punks qui leur ont jeté des canettes à la gueule...Enfin il y a "rien à dire" le morceau qui ouvre la face A, une idéale synthèse des deux morceaux précédents. Le morceau démarre lentement dans un délire un peu à la Television ou Talking Heads mais vers la moitié on part en orgie de fuzz avec un solo de guitare primaire et RnR, c'est hyper jouissif et réussi. Je sais pas si j'arrive à bien cerner ce disque, en tout cas il est dément.

Après le départ de Marie , le groupe (devenu les Garçons) se recentre sur Patrick Vidal et Fitoussi, et s'oriente donc vers le disco pour un album en 1979 (divorce) sans pour autant totalement lâcher la pop comme le prouve ce 45 sorti en 1980 sur ZE et Celluloïd, l'une de leurs dernières traces discographiques avec deux titres sur un EP de ZE intitulé "télépop music" reprenant des génériques de séries à la sauce post-punk.
"Les deux amants" face A du simple que je vous propose de découvrir aujourd'hui, est donc un titre relativement tardif, mais très réussi. Le groupe garde cette patine disco/ post-punk le projetant dans un univers lumineux et très pop évoquant tout autant un dancefloor moite que l'écume de la mer depuis le sable chaud.

Aujourd'hui les vinyles sont relativement difficiles à trouver, ça n'a pas été réédité en cd ni sur 33 tours, en revanche c'est disponible en mp3 via les plateformes de téléchargements légal, mais c'est un peu triste et frustrant pour une musique aussi bonne...

plus d'infos sur:
Rock Made in France
Rock à Lyon

Marie et les Garçons - rien à dire


Les Garçons - les deux amants

lundi 12 septembre 2011

Utopia - deface the music (1980)

Todd Rundgren a une carrière riche que je ne fais qu'effleurer pour le moment. Il démarre dans les 60s au sein des Nazz dont le succès sera modéré. Au début des 70s il se lance dans une carrière solo et obtient un premier gros succès avec "hello it's me" une chanson ... qui existait déjà du temps de son précédent groupe! A coté de ses nombreux disques solo il monte aussi Utopia, je ne suis pas sûr de savoir pourquoi, en tout cas je crois que l'orientation globale de ce groupe est plus progressive que les disques sous son nom. Il est aussi un producteur demandé et a travaillé par exemple avec Badfinger ou XTC. Aujourd'hui on s'intéresse à un de ses disques sous le nom d'Utopia, Deface the Music, sorti en 1980.

Deface the Music n'a pas bonne presse chez les fans de prog, normal c'est une récréation pop dans le pure style Beatles. La couverture donne le ton, Todd Rundgren et ses acolytes s'amusent à récréer / pasticher le son du plus célèbre groupe de Liverpool, et toutes les périodes y passent... Un petit air de "Eleanor Rigby" par là ("life goes on") ou de "I am the Walrus" ici ("everybody else is wrong") Deface the Music parcourt le répertoire des fab four de 63 à 67 avec une certaine réussite. Le son est bien celui de 1980 (les synthés sur "life goes on" par exemple) mais il est tempéré par la volonté d'Utopia de s'approcher de l'esprit merseybeat, à mes oreilles ça sonne bien sur la longueur. L'ensemble est une sucrerie des plus plaisantes, c'est sûr que ça frôle l'exercice de style, mais les chansons sont excellentes et peuvent être appréciées pour elles mêmes plutôt que les titres qu'elles peuvent parfois évoquées. On pense aux Ruttles, mais le projet d'Utopia est plus premier degrés. Cet album se rapproche aussi des Dukes of Stratosphear (en moins fin peut être) et bien entendu d'ELO directement mentionné dans le titre (Deface The Music fait référence bien entendu au Face the Music du groupe de Jeff Lynne).

Évidemment il faut être fan de ce que j'appelle des "beatles-like" ces morceaux qui ressemblent à s'y méprendre aux 4 de Liverpool, je suis assez client de la chose mais je comprends aussi que certains puissent trouver l'imitation gênante. On peut en tout cas apprécier Deface The Music pour ce qu'il est: un très chouette disque de pop, fait avec goûts (bonnes chansons, bien interprétées, production plutôt cool) sans chercher plus loin ou trop se prendre la tête.

Utopia - Hoi Poloi

mardi 25 janvier 2011

the Jags - the tourist (1980)

Les Jags n'ont à mon avis pas eu la carrière qu'ils méritaient, considérés comme du sous-Elvis Costello, on a pas pris le temps de bien écouter leur premier album. C'est dommage car Evening Standards est un excellent disque de power pop / new wave etc. OK le chanteur a une voix un peu dans le style du nerd à lunette du punk mais, au delà de ça, ce premier album c'est 11 (vraiment) excellentes chansons dont presque aucune n'est à jeter, le disque s'affiche parmi les plus solides de son époque et vaut largement le détour pour ceux qui aime cette pop nerveuse mais enjouée, qui n'en fait pas des tonnes. Histoire de vous convaincre j'ai choisi le titre "the tourist" 4 minutes au compteur, ça semble long sur le papier, ça passe merveilleusement bien, notamment grâce à un break absolument monstrueux (qui m'a d'ailleurs poussé à poster ce morceau) qui embraye sur une superbe reprise à fond la caisse, excellent de bout en bout et rien à enlever. Essayer de choper ce 33 tours, il n'est pas difficile à trouver à un prix honnête (genre moins cher qu'un disque neuf), par contre je recommande pas forcément de chercher le single "back of my hands" je suis pas super-fan du mix des Buggles qui à mon avis abime un peu le morceau (la version album et celle du EP sont super par contre).

pour les anglophones, je recommande la lecture d'un super article sur Magnet, très intéressant.

The Jags - the Tourist

jeudi 14 octobre 2010

the Feelies - loveless love (1980)

Crazy Rhythms des Feelies est un grand disque, je ne suis pas sûr d'être en mesure de bien vous en parler, car n'ayons pas peur des mots c'est un CLASSIQUE. Cet album est le genre de trucs que toutes les anthologies de disques "rock" devraient mentionner, j'espère que c'est le cas, sinon faut leur botter le cul et demander à se faire rembourser car il y a tromperie sur la marchandise.

Ce disque n'est pas parfait, on a le droit de ne pas l'aimer, mais il faut l'écouter: c'est autre chose. La pochette bleu avec ces 4 types habillés comme des employés de banque (de back office) pas fun balance la couleur: tu vas pas avoir ta dose de pop guillerette. Au lieu de ça, tu vas te taper des drones, des percus aléatoires, des structures bizarroïdes, des guitares claires et sèches comme le désert, plus tout un tas de réjouissances. A ce niveau là je sens que j'ai réussi à chasser les moins motivés, ils ont eu tords, mais vous avez eu raison de rester. J'en conviens le descriptif fait assez peur, on s'attend à un truc vraiment bien relou, prétentieux et inutile. Croyez moi le jeux en vaut largement la chandelle, Crazy Rhythms est un cas à part, un disque fantastique, et ce malgré un paquet de défauts.

L'album démarre sur un chef d'œuvre, une des pièces maîtresses du disque "the boy with the perpetual nervousness", c'est une application dans les règles du son Feelies. On dirait un GANTT écrit sur une feuille de papier millimétré puis joué par des musiciens. Pourtant c'est tout sauf pénible, c'est au contraire fascinant, on est happé par la montée d'une note de guitare, on est chamboulé par ce rythme de machine déglinguée et bancale. C'est à la fois moderne, et terriblement brutal, froid, mais presque charnel, un peu comme la (bonne) house music en fait, sauf que c'est fait avec ce foutu line up de rock "basse-guitares-batterie", le même qui sert à faire Dire Strait.

Tout cela ressemble à pas grand chose, peut-être un ou deux groupes américains quasi-contemporains comme les Talking Heads. Le look sur la pochette rappelle tout de suite la bande de Byrne , musicalement par contre les Feelies sont plus extrémistes, et nettement moins portés sur les worlderies maladroites. Il y aussi ce son très clean, un peu de satu mais vite-fait, cette production sans aucunes traces de fantaisie, ça rappellerait presque un Television dépouillé de son lyrisme et ses joutes improvisées.

Bref on a beau cherché on voit pas au juste à qui comparer ces types d'Hoboken (bon un peu le Velvet, le Kraut si tu as envi aussi), et c'est ça qui rend ce disque étonnant. En se servant d'un truc aussi convenu (mais cool) qu'une config de groupe de rock, ils en sortent du déviant et de l'inédit. Parfois c'est un peu relou (je suis pas très fan du single "fa-cé-la" par exemple) mais très franchement on s'en fout car quand c'est bien, c'est vraiment bien, ça te vrille les neurones comme du soma.

Feelies - loveless love



Acheter la réédition du 33 tours

vendredi 8 octobre 2010

Squeeze - another nail in my heart (1980)

Je dois reconnaître que je connais mal Squeeze, et c'est probablement un erreur, en tout cas c'est ce que je commence à penser à force d'écouter la compilation "singles: 45's and under" (si quelqu'un capte le jeux de mot, je veux bien qu'on me l'explique?). Ce disque contient un sacré paquet de bonnes chansons, parmi celles que je préfère: up the junction, goodbye girl, is that love, pulling mussels...et another nail in my heart, par contre j'ai sérieusement du mal avec leur gros tube "cool for cats". Pour le style je dirai que l'on est à mi-chemin entre new wave et pop à la Beatles, il y a un gros sens de la mélodie tout en conservant une approche très contemporaine, je crois que le meilleur point de comparaison que j'ai, c'est XTC, en tout cas j'accroche vraiment. A l'écoute donc aujourd'hui "another nail in my heart", super chanson, je sais que les lignes de synthés ne parleront pas à tout le monde, mais moi c'est simple j'adore.

I don't know well Squeeze. I decided a few months ago to give them a try with "singles: 45's and under" bought in a second hand shop for really really cheap (something like 50p) and i enjoyed a lot of tunes on it like "another nail in my heart" "goodbye girl" "up the junction" or "is that love". It sounds to me like a cross between the new wave sound and the Beatles, XTC also comes to my mind. I have chose for you "another nail in my heart" , cheesy (but lovely) synths and a great melody, great song.

Squeeze - another nail in my heart




vendredi 10 septembre 2010

Robin Lane and the Chartbusters - don't cry (1980)

Tiens voilà la grande soeur des Bangles et des Pandoras! Pardon pour cette accroche super nase mais à l'écoute de ce morceau de Robin Lane accompagnée par les Chartbusters impossible de ne pas le rapprocher des deux groupes de filles que j'ai mentionnées: on y retrouve ce même gout pour un certain groupe en B (que je cite trop ici) mâtiné d'une approche moderne, ici je dirai new wave ou power pop (+ une touche de folk rock mais c'était sous entendu avec le groupe en "B"). En fait ce disque sonne comme une tentative honnête de Tom Petty en version fille. Bon globalement ça ne me fait pas "tilt" à tous les coups, il n' y a qu'une chanson que je trouve super coule, celle que je vous propose en écoute. Le reste se défend pas mal soyons clair, et vous pouvez quand même y jeter une oreille ou deux (enfin ne faite pas comme Van Gogh, pfff pardon).

Robin Lane and the Chartbusters was an american singer heavily influenced by folk rock, the "B" band (not the Beatles, the american one with a 12-strings rickenbacker) and also new wave and power pop. Her first album contains an a-class song: "don't cry", the rest is fine even if it's not good as this tune to my ears. Anyway Robin Lane usually sounds a bit like a woman equivalent of Tom Petty.


Robin Lane and the Chartbusters - don't cry


dimanche 22 août 2010

Any Trouble - where are all the nice girls? (1980)

Any Trouble est une formation anglaise du début des années 80 signé sur Stiff Records. Leur premier album sort en 1980, c'est un très chouette disque dans une veine power pop / new wave avec quelques accents country ici et là. On pense à Elvis Costello (pour la voix) ou même Joe Jackson. Des 10 titres figurant sur le LP le sommet est peut être la ballade "where are all the nice girls" une chanson jolie comme un cœur, mais l'ensemble est de très bonne tenue.

Any Trouble is british band from the early 80s. Their first lp was released in 1980 on Stiff Records. It's fine selection of new wave / power pop tunes wich reminds me a bit Elvis Costello (mainly the voice) or Joe Jackson with also some country flavors on some tunes. Overall a very nice LP.

Any Trouble - where are all the nice girls?



Any Trouble - foolish pride

vendredi 9 juillet 2010

the Romantics - what i like about you (1980)

Dans la famille Power Pop je demande les Romantics! Si les Flamin Groovies et les Knack vont chercher du coté du diptyque Byrds Beatles, si les Nerves se prennent pour les Zombies et les Rubinoos pour les Archies...le modèle avoué des Romantics à cette époque c'est les Kinks! Pas les Kinks devenues chantres de l'anglicitude (je viens d'inventer le mot), non ceux qui font péter les powerchords et déboulent à fond la caisse sur des riffs simples voir simplistes, mais tout de même géniaux. Bref les Romantics leur truc c'est plutôt de s'amuser et ne pas se prendre la tête, et leur album est très bien dans le genre! Il y a même une petite pépite pop avec "tell it to carrie"(initialement sorti sur Bomp!) mais comme je suis vicieux ce n'est pas celle que j'ai choisi.

The Romantics were one of the best powerpop band from the late 70s era in the United States, their first album is full of great and catchy hooks, it's an lp to have fun on!

the Romantics - what i like about you