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dimanche 30 octobre 2016

Les Variations

À mon grand étonnement je n'ai jamais évoqué ici les Variations l'une des formations les plus mythiques du rock français ! Réparons cette injustice en évoquant l'un de leurs meilleurs simples Come Along paru en 1969...

Les Variations se forment en 1966 à Paris autour de Marc Tobaly (guitare), Joe Leb (chant), Jacky Bitton (batterie) et Jacques Grande (basse). Le groupe entretient une relation particulière avec le Maroc puisque Tobaly est originaire de Fez tandis que Jo et Jacky sont de Casablanca. Nous devons aussi au Maroc l'excellent groupe Golden Hands, dans une mouvance proche des Variations d'ailleurs. Le groupe tourne beaucoup en Europe et enregistre un premier 45 tours au Danemark en 1967 avec deux reprises Spicks & Specks écrite par Barry Gibb des Bee Gees et Mustang Sally popularisée par Wilson Pickett. Un disque désormais très recherché mais globalement un peu anecdotique à mon goût. Néanmoins le groupe n'abandonne pas et au réveillon 1968 le groupe donne une époustouflante prestation à la télévision française ! Le groupe rodé par de nombreux concerts affiche un magnétisme troublant notamment le duo Lebb/Tobaly évoquant une autre paire et pas des moindres: Jagger/Richards... 

Remarqué par Pathé, le groupe peut enfin publier des disques en France, le premier d'entre eux est un classique immédiat Come Along. Le 45T est parfaitement dans l'air du temps, il évoque ainsi autant Cream que Led Zeppelin, c'est à dire ce court instant où le blues devient hard rock pour le bonheur des adolescents. Plus véloce et rock & roll que la bande à Plant et Page, les Variations y sont impériaux, ils maitrisent leur sujet avec une grâce unique. Cela fouraille sévère autour d'un riff simple et efficace, Lebb s'ébaudit en diable, Tobaly a les mains en feu tandis que Jacques et Jacky tiennent la cadence sans défaillir. Le groupe signe ainsi dès son second simple un instant classic du rock français. 

La suite immédiate est tout aussi recommandée: les simples suivants démontent (Générations ou What's Happening...) de même que leur premier album Nador un classique incontestable du rock français. Le groupe va par la suite connaître une trajectoire étonnante en signant notamment sur le label américain Buddah Records et en étant interviewé par un certain Lester Bangs, mais ceci est une autre histoire, assez éloignée de Come Along !

Plus d'informations sur les Variations: Rock Made In France / Paris70  

I

vendredi 28 octobre 2016

Bruits Défendus N°001

Comme tout bon collectionneur qui se respecte j'ai tendance à être un peu complétiste sur les bords... Ainsi mon intérêt pour les Stilettos m'a-t-il fait acheté l'ensemble de leurs sorties... Celle que je vous présente aujourd'hui est un peu particulière, Les Bruits Défendus N°001 en plus d'être le dernier témoignage discographique des rockeurs bordelais est surtout un sampler 4 titres d'autant de groupes du cru: Stilettos, Scurs et Les Exemples pour la capitale d'Aquitaine et les Flamingos de la plus bretonne des villes de Loire Atlantique (LA, Ouest Coast pour les intimes...). 

Édité en 1984 par ce qui semble être une émission radio (sur Radio Angora) géré par un certain Bruno Select, ce 45 tours est un témoignage intéressant sur le rock underground de ces années là, très complémentaire de la compilation Snapshot(s) paru un an plus tôt. Si les Stilettos sont ici en fin de carrière, avec d'ailleurs un titre plutôt moyen comparé au reste de leur excellente discographie, il s'agit probablement de la première apparition pour les trois autres groupes. Flamingos et Scurs œuvrent dans un garage anglophone de facture correcte mais pas suffisamment originale pour me séduire. Assez typique de l'époque (dans la mouvance Dogs, Flamin' Groovies...) ils sont peut être un peu desservi par la production assez sèche. Les Flamingos feront la même année un EP sur Surfin Bird (Ticket, Gamine...) tandis que les Scurs semblèrent plus populaires de l'autre coté des Pyrénées en éditant leur unique mini-album sur un label espagnol dont je pense reparler très bientôt pour un excellent groupe post-punk ibérique... 

La vraie surprise du disque provient donc du dernier groupe: les Exemples. Derrière cette formation peu connue nous retrouvons les premiers pas d'une figure importante de l'underground français 80s: Thierry Duvigneau plus connu sous le nom de Kid Pharaon. Les Exemples publia cet unique single ainsi qu'un album ( Paris Londres ou Berlin) l'année suivante... Avant que Thierry Duvigneau se mette à l'anglais et abandonne notre chère langue. Un regret à l'écoute de la sublime Juste Une Dernière Fois ! Le titre exprime l'essence même de ce qui me plaît dans le rock français: l'énergie, la hargne, la morgue le tout en sachant garder son élégance et un certain raffinement... On pense ainsi aux Dogs (et oui encore), à Gamine période Shandy Street ...mais avec un peu plus sec et nerveux ! Un morceau fantastique et une vraie merveille du rock français underground 80s. Reste à savoir ce que vaut l'album, quelques morceaux (ici et ) sur youtube (et une vidéo sur FR3 !) mais difficile de se faire une idée précise à leur écoute. Vous trouverez plus d'infos sur Rock Made In France et dans les disques rayés de François Gorin.


lundi 24 octobre 2016

Police Control

Police Control est un des nombreux projets impliquant Mathis (ex-Jolis, mais aussi Skategang, Jeanne et Olivier etc.) cette fois ci en duo guitare/batterie. On connaît les appétences de l'intéressé pour la powerpop, ce projet confirme à quel point il est une des personnes qui comprend le mieux cette musique en France avec quelques autres Marseillais (feu les Departure Kids entre autre). 

Réduire Police Control à maîtriser les codes d'un genre qui en déborde parfois (à en devenir chiant) n'est cependant pas rendre justice à l'incroyable qualité de ces 4 titres publiés en catimini cet été sur bandcamp... Nous sommes mi-août, on voit un lien partagé par un pote sur un célèbre réseau sociaux que l'on finit par écouter nonchalamment et dès les premières secondes de sentimental on sait que l'on tient un truc.

J'ai adoré Police Control dès que je les ai vu sur scène, leur fraîcheur incomparable, la simplicité de la formule (dans l'esprit de Bikini Gorge), la qualité des chansons, le choix courageux (dans ce genre de musique) du français... La démo "à l'arrache" avait le mérite de fixer les idées mais ne donnait pas la mesure et l'ampleur nécessaire aux chansons du groupe. C'est désormais chose faite, Maxime (ex-Youth Avoiders, de Skategang, Rixe...et producteur du second EP de Rendez Vous) a su saisir l'essence du duo avec justesse: batterie minimale mais très efficace, jeu de guitare pop et musclé...

4 chansons et 4 tubes, chaque morceau brille par la qualité de son écriture, son énergie, sa vivacité...Tout simplement un des trucs les plus excitants et cool que j'ai entendu en 2016. Morceaux uptempo punk ou plus lourd et powerpop: le groupe gagne à chaque fois. Seul regret: l'EP est trop court, du coup je me le passe généralement trois fois de suite...

Police Control est un antidote fantastique à toute forme de défaitisme, reste plus qu'à voir ces morceaux (et d'autres ensuite!) publiés en vinyle, il semblerait que nos amis de Gone With The Weed y pensent et ce serait une excellente nouvelle, je serai parmi les premiers à l'acheter bien sûr !


jeudi 20 octobre 2016

Doc'Daïl

Dans mon panthéon personnel du hard rock et heavy psych français figure sans conteste possible: Doc Daïl et principalement pour un morceau, pur chef d’œuvre d'électricité incandescente Aere Perennius en face B de leur premier single, le plus recherché (il se négocie dans les 25€ pour une copie VG+) des trois non sans raison...Il fut compilé il y a une dizaine d'année sur le bootleg Têtes Lourdes, peut être l'unique compilation s'intéressant à la France sur cette période fascinante...

Le groupe, originaire de Toulouse , publie trois simples entre 1969 et 1971. Le line up change, le seul membre permanent étant...Ticky Holgado ! Parmi les musiciens ayant participé à l'aventure figurent notamment Claude Olmos (ex-5 Gentlemen, Cœur Magique, Alice, Alan Jack Civilization etc.), Joël Rive (ex-Les Boots) et bien sûr Simon Boissezon (Alice), compositeur de la chanson qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui. Si vous souhaitez le détail des membres, je vous recommande bien sûr de regarder l'excellent site France Heavy Rock, très complet à ce sujet. Ticky, dont le surnom a été trouvé à l'époque du groupe, a ainsi connu une première vie, dans la musique avant son énorme succès au cinéma. Doc Daïl fut sa première expérience mais pas la dernières (des disques en solo ou des tentatives novelty gauloises bien 70s sous le nom de Léon etc.). Aucune ne lui permit une carrière de musicien professionnel stable. Il s'imposa  cependant d'avantage dans un rôle de l'ombre devenant notamment manager du groupe pop Martin Circus...

Le 45 tours s'ouvre sur Sad Harold (lien) un blues rugueux et déglingué dans un esprit assez proche de Captain Beefheart ou des anglais du Edgar Broughton Band (voir leur reprise d'Apache). Le morceau dénote les évidentes qualités du groupe: la voix expressive de Ticky, la guitare poisseuse et distordue... avant qu' Aere Perennius ne vienne effectivement vous chambouler pour l'éternité ! Le morceau majoritairement instrumental, si l'on exclue la courte déclamation en latin (ou quelque chose s'en approchant vaguement), vous prend à la gorge à travers une véritable orgie de guitares fuzz violentées par des wah wah, du feedback à gogo, une ligne de basse menaçante comme un classique post-punk et un jeu de batterie frénétique et animal... Le morceau est stratosphérique, sauvage, sale, méchant et absolument dément, de quoi vous en faire perdre votre latin ! Et éventuellement renoncé au catholicisme pour mieux embrasser Hendrix et la fée électricité...

La suite du groupe est forcément un peu décevante. Le dernier 45t (le seul en français) est moyen et oubliable: paru en 1971, dans une mouvance pop voir variété mais sans forcément de chansons mémorables. Le second simple publié l'année précédente est  lui recommandé, sans être aussi foufou que le premier Stone Me (lien) est un excellent titre de hard rock bluesy poussé par une rythmique musclé, on se rapproche ainsi peut être un peu plus des excellents Variations, une des références absolues de l'époque dans l'hexagone.

 

lundi 15 août 2016

Les Dogs (en français)

Les Dogs, au cours de leur longue et tumultueuse histoire, illustrent peut-être mieux qu'aucune autre formation la singularité d'être un groupe de rock français. Ainsi, sont-ils peut-être l'une des figures emblématiques d'une scène underground nationale dans les années 80.

Dans les années 80 la vague punk originelle (celle de76/77) appartient déjà au passé. Certes les crêtes et les perfectos sont toujours de sortie dans les puces de Camden mais ils font désormais plus parti d'un folklore que des forces vives de la musique. Le mainstream, après avoir été bousculé par ces morveux accoutrés bien étrangement, a absorbé la révolte et l'a recrachée dans une musique bien plus tolérable pour le grand public. Il en est de même pour le revival mod: les jeunes personnes élégantes et arrogantes ont grandi, les groupes se séparent presque tous, le dernier album des Jam paru en 1982 semble ainsi marqué la fin d'une époque soldée par la victoire de MTV. Les années 80 sont une décennie où le synthétiseur et les clips (les images) sont hégémoniques. Bien sûr ces outils peuvent produire des choses fantastiques mais ils n'en démodent pas moins instantanément le rock, bien souvent pour le pire. Celui-ci pour la première fois de sa courte existence n'est plus sous la lumière des projecteurs. Il s'en accommode et 1983 marque ainsi au niveau mondial, l'émergence d'un  underground qui prend diverses formes pendant la décennie: Paisley Underground (Rain Parade, Bangles, 3 O'Clock, Dream Syndicate), indie-pop (Pastels, Television Personalities...), garage revival (The Crawdaddys, The Miracle Workers...), College Rock (Replacements), Hardcore (Black Flag) etc. Deux figures tutélaires s'imposent aux États Unis et en Angleterre: REM et The Smiths. Ces deux groupes ont de nombreux points communs, enfants du punk ils n'en sont pas moins plus traditionalistes et revendiquent un héritage, notamment des années 60 (Byrds, Velvet...).


La France n'est pas à l'écart et bien que plus âgés, les Dogs sont peut-être l'équivalent français de ces formations. Les normands n'ont pas le même background ni le même son mais pourtant ils viennent aussi de cette culture sixties et s'imposent comme l'un des groupes de référence de l'époque. L'histoire des Dogs croisent ainsi de nombreuses autres: Olivensteins, Snipers, Calamités... Leur parcours raconte également en creux une décennie d'évolution du rock français de la fin des années 70 à la fin des années 80, du mirage du succès à leur retour à l'activisme. Une France rock underground qui vénère les Flamin' Groovies, les Cramps, les Real Kids, les groupes Pub Rock anglais ou de rock australien et les voient jouer dans de petites salles. La scène locale se développe fortement, elle est soutenue par des fanzines (Nineteen en tête) et quelques labels (New Rose, Closer). Tous sont amoureux des Nuggets, beaucoup admirent Alex Chilton, Stiv Bators ou Johnny Thunders.... 

Jusqu'au décès de leur leader, Dominique Laboubée, en 2002, les Dogs n'ont eu de cesse de jouer, soit presque trois décennies (le groupe s'était formé en 1973) ! L'essentiel de leur discographie se fait cependant sur une dizaine d'années s’étalant entre la fin des années 70 les années 80 durant lesquelles ils suivent de près l'évolution du rock. Les Dogs, après des débuts sur le label de Rouen Mélodies Massacre (du nom du magasin situé... dans la rue Massacre), sont repérés par Philips. Le label, comme tous les gros de la place, cherche son "groupe punk", ils signent les normands et leur font enregistrer deux albums Different (1978) et Walking Shadows (1980). Les ventes étant insuffisantes selon les pontes, le groupe est relâché dans la nature avant d'être signé chez Epic. Chez ces derniers les Dogs enregistrent Too Much Class (1982), Legendary Lovers (1983), Shout (1985) et More More More (1986) avant d'être à nouveau débarqués pour les mêmes raisons...Une histoire terriblement banale que beaucoup de groupes français connaissent encore aujourd'hui (Mustang en tête).


Les Dogs ont gagné leur statut de groupe culte français à la dure, ils n'ont jamais renoncé et ont toujours défendu une idée du rock pur et proche de ses racines. Si les disques ou les concerts ne sont pas toujours égaux et géniaux (les 4 premiers albums sont cependant des classiques), la pugnacité du groupe et sa volonté d'exister en font une sorte de figure ultime du rock, un rock humain et humble, porté par la foi et la passion dans l'électricité. Cette authenticité les Dogs la cultivaient aussi en chantant en anglais (assez approximatif), un choix délibéré de coller le plus possible à l'essence de cette musique y compris son idiome. Ainsi ce fut systématiquement les maisons de disque qui poussèrent les Dogs à s'essayer au français, le besoin d'avoir des singles diffusables en radio. À la fin des années 2000, le choix de l'anglais ne fut plus un frein pour obtenir un succès conséquent souvent pour le pire (par exemple les tièdes Pony Pony Run Run ou Cats on Trees), inversant même le rapport de force (le français devenant la position des outsiders), jusque là l'anglais était proscrit pour les petits français...

Les Dogs n'enregistrèrent, à ma connaissance, que 4 morceaux dans notre langue, deux pour chaque gros labels: Philips (1980) et Epic (1984). Pour pousser Walking Shadows la maison de disque incite les normands à enregistrer un simple promotionnel avec les morceaux Cette Ville est un Enfer et Trouble Fête. Epic en fait de même à l'époque de Legendary Lovers avec une version en français de Secrets et l'inédit Mon Coeur Bat Encore. Si le groupe rechignait à utiliser le français (la peur de perdre une partie de leur essence?) ces quatre chansons constituent pourtant parmi mes préférées du groupe et démontre le savoir faire de la formation y compris en français (pour le faire sonner naturellement et fluide).

Cette Ville Est Un Enfer (1980) est un de mes morceaux de rock français favoris, autour d'une ligne de basse menaçante, sinueuse et d'une mélodie économe de guitare, les Dogs se rapprochent de l'esprit et du son du post-punk, la chanson est ainsi sombre, la tonalité cafardeuse mais non sans quelques giclées de lumière. La face B Trouble Fête s'approche du punk, elle est  rentre-dedans et agressive, elle est aussi plus classique mais portée par un texte d'Eric Tandy. La diction se rapproche d'ailleurs de celle des Olivensteins ou des Rythmeurs. C'est un bon morceau mais probablement celui que j'aime le moins des 4.

 
Secrets (1984) est une version en français du morceau du même nom, extrait de l'album Legendary Lovers produit par Vic Maile, un ingénieur anglais expérimenté qui a notamment travaillé avec de nombreux groupes pub rock (Dr Feelgood, Eddie and the Hot Rods, Pirates, Inmates) mais aussi de punk (Vibrators, 999, Lurkers) et quelques autres formations cohérentes avec les genres susnommés (Motorhead et les Godfathers). Si le CV de l'intéressé laisse à présager du muscle et de la sueur, Secrets (version française) est pourtant une chanson délicate, son rythme nonchalant et légèrement sautillant évoque le galop d'un cheval et les grands espaces américains, le chant légèrement maniéré de Laboubée rend justice à l'excellent (et juste) texte français (écrit ou co-écrit par Tony Truand?). Secrets serait-il le trésor caché de l'indie-pop française? Certes le groupe n'est pas habituellement relié au genre mais quand on voit la parenté entre Vélomoteur (1987) des Calamités et Crash (1988) des Primitives, est-ce si idiot de voir en Secrets un autre exemple français ?

Mon Cœur Bat Encore est l'ultime tentative des Dogs de se frotter à notre langue et quelle réussite ! Un super morceau rythmé et enjoué que l'on a envie de reprendre à tue-tête en dansant frénétiquement. Il évoque  A Millions Miles Away des Plimsouls, Natasha des Roxette ou encore What I Like About You des Romantics, soit une certaine idée de la fête, de l'optimisme, de l'envie d'aller de l'avant... Peut-être le texte est-il en lien avec l'état d'esprit du groupe à l'époque? L'envie d'encore y croire.

Par la suite le groupe ne fit plus d'autres tentatives en français, il continua à creuser le même sillon inlassablement et ce, jusqu'à la fin, tels des missionnaires ne sachant rien faire d'autre. Le parcours des Dogs, en plus d'être exemplaire, n'est que trop symptomatique du rock en France, celui qui préfère Téléphone à Bijou, Trust à Edith Nylon etc. Ainsi le rock français en plus d'être tiraillé entre le besoin de se rapprocher de l'idiome et celui de s'en émanciper est-il confronté à l'absence totale de compréhension de la part des grandes maisons de disques et de la plupart des très grands médias (trop agressif, pas assez sérieux, trop adolescent, pas assez intelligent...). Quelle meilleure conclusion par conséquent que Mon Cœur Bat Encore ? Un message d'une folle actualité en 2016 en France quant au rock et à sa perception.


lundi 29 février 2016

Santa-Maria : donne moi ton hippy

Comme vous le savez, malgré son inactivité incompréhensible ce blog affiche fièrement près de 9 années au compteur. Inégal dans son rythme, j'ai récemment eu l'envie de m'y remettre histoire de partager mes nouvelles découvertes (ou celles que je gardais précieusement sous le coude) et les dévoiler sous un angle que j'espère intéressant... J'ai déjà évoqué par le passé (en avril 2008! nous sommes si vieux...) le groupe français Santa-Maria pour un autre de leur 45 tours paru la même année (1971): "Je pleure sur un air de Bach" et sa superbe face B heavy "La Terre Brûlée". On prend les mêmes et on recommence: victoire par KO du revers sur le tube ! "Elle" est ainsi un slow typique de cette époque tandis que "Donne moi ton cœur et ta fleur" est la vraie bonne surprise du disque: de la pop psychédélique groovy avec un texte génialement naïf (quoi qu'un brin coquin sur le refrain non?). Je ne dispose malheureusement pas de tellement plus d'informations sur le groupe (si vous passez par ici les gars n'hésitez pas à nous en apprendre plus en commentaire!) si ce n'est qu'ils ont au moins quatre 45 tours à leur actif. Je n'ai pas encore écouté "Judas" mais "La Fille d'Aladin" (youtube) est également très chouette !

La bonne nouvelle, "Donne moi ton cœur et ta fleur" est un classique de "bacs pas chers", vous devriez le trouver assez facilement pour quelques pièces... On remerciera la collection "Antar" qui comporte de nombreuses pépites de cet acabit (voir meilleures encore) comme Chaps, Majority One ou encore le fameux (et un peu rincé) "Send me a Postcard" des Shocking Blue... À vous donc cette excellente curiosité orgue et fuzz à tous les étages !  


lundi 7 octobre 2013

Interview : Venera 4


VENERA 4 ont été un vrai coup de cœur pour moi, à peine j'avais écouter Sun et Seabed Terror, je leur proposais de faire un disque chez nous, la raison, un son incroyable dense et vivant, extrême mais aussi fondamentalement pop tout en gardant un goût pour l'expérimentation (écoutez l'incroyable Haunted Summer). Je suis donc très fier de les avoir dans la bande RPUT. Il me semble que la meilleure manière de vous les présenter est tout simplement de les interviewer.

Présentez nous votre groupe ?
Morgane : Deux filles, deux garçons. Une main de fer dans un gant de velours.
Qu'est ce qui vous a donné envie de faire de la musique ?
Fred : Moi, c’est beaucoup passé par mon frère. Pareil pour mon « éducation musicale ». Pendant au moins 4 ans, il écoutait Sgt Pepper’s tous les matins avant d’aller en cours. Je pense qu’il l’aimait beaucoup. En tout cas moi, même si j’ai rapidement été à fond dans les Beatles, j’ai eu vachement de mal à le réécouter jusqu’il y a quelques années ! Mais ça a beaucoup contribué à ma « culture » musicale. Je me dis même parfois qu’il le faisait peut être exprès.

Morgane : Je n'ai jamais eu envie de faire de la musique, comme je n'ai jamais eu envie de faire des « images ». Sans me poser de question, j'ai manipulé, expérimenté, agencé. Parfois ça prend forme, parfois non. La musique comme la peinture interrogent et ont besoin des regards, taquinent les sens, racontent des histoires. En gros c'est mon moyen d'interagir avec les autres.
Je rejoins Fred, il y a toujours des personnalités et des évènements qui nous poussent à nous engager dans la création, dans le « faire de la musique ». Je repense à mes tantes qui m'emmenaient à Londres, dans les pubs à 4 ou 5 ans ; au diamant de la platine vinyle de mes parents que j'ai cassé en voulant écouter Love on the beat de Gainsbourg à 9 ans,  la découverte de personnages comme David Bowie, Marilyn Manson, qui sont, pour moi, à la fois les artistes et leur propre oeuvre. Tout se fait petit à petit.

Anna : J’ai commencé, sans trop savoir pourquoi,  sans réfléchir, par le synthé puis le piano. Ensuite jouer du classique et du jaaaaaaazz commençait à m’ennuyer, alors j’ai tout arrêté jusqu’à Venera 4. Mais ce qui marque certainement mon envie de « jouer en groupe » c’est quand j’ai commencé à fréquenter les bons lieux, les concerts à Rennes, j’aimais aussi beaucoup l’ambiance qu’il y avait à l’époque, une sacrée effervescence autour des groupes locaux et beaucoup de fêtes ! L’arrivée à Paris et le nombre incalculable de concerts vus n’a fait que confirmer et concrétiser ce que je pensais jusqu’alors hors de ma portée. Yann, qui jouait déjà dans Maria False depuis plusieurs années, a fini par me convaincre de jouer du clavier dans Venera 4.

Et de monter un groupe de shoegaze ?
Morgane : Chacun s'est amené avec son bagage et on a mis en place notre groupe. On n'a rien contre le shoegaze, c'est juste que pour nous on a jamais été dans l'optique de répondre à un genre, d'appartenir à une scène etc. On veut faire notre petit truc et toucher les gens.

Anna : c’était naturel je crois, personne ne s’est dit « tiens on va monter un groupe shoegaze », le terme de shoegaze arrange tout le monde car il englobe certaines caractéristiques communes (saturations, mélodies sucrées), s’il n’existait pas nous aurions beaucoup de mal à définir le son de venera 4, en tout cas en un seul mot…
Sur le style en lui-même, j’imagine que cette envie de shoegazing vient probablement de nos influences communes, My bloody valentine, Jesus and mary chain, Ride pour ne citer qu’eux..Et puis Maria False a été je pense le déclencheur de cette envie, s’en est suivi Venera 4.


Comment avez-vous commencé à jouer ensemble ?
Yann : Avec Anna et Fred, on se connaissait depuis longtemps depuis nos études à Rennes. J’avais fait des démos et je cherchais à monter le groupe sur Paris et puis nous avons tous rencontré Morgane et nous avons directement commencer à retravailler les démos, puis à enregistrer le premier EP, puis à répéter, puis à jouer…un truc classique comme tout les groupes.

Fred : Oui, avec Yann, on se connaît depuis nos premières années rennaises (2004 ou 2005), au départ on jouait dans des groupes différents mais je crois me souvenir qu’on a rapidement voulu faire de la musique ensemble. 

Morgane : J'étais assez loin de la France à ce moment là... J'avais entendu dire que Yann aurait bien aimé avoir un groupe avec une voix féminine, j'ai tenté le coup car j'aimais beaucoup se qu'il faisait. J'ai tout de suite accroché !
Je suis revenue quelques mois plus tard et on a concrétisé tout ça autour de bières et d'idéalisme dans notre bar préféré.

Anna : donc on a commencé grâce aux bières de ce fameux bar…

Jouez vous dans d'autres groupes ?
Yann : Oui, dans future et maria false.

Yann, n'est ce pas trop dur d'avoir trois groupes ? Comment arrives-tu à concilier les trois ?
Yann : Non, il faut juste s’organiser pour pouvoir composer, mixer, enregistrer, répéter. Les trois groupes ont des formations différentes, des processus de composition différents, des sons différents et puis on sort nos EP / LP jamais en même temps…Tant qu’il y a des idées c’est facile, c’est sur après quand tu n’as plus d’idées, ça complique tout.  

Comment composez-vous vos chansons ? seul(e) ? à plusieurs ?
Yann : Généralement Morgane et moi on donne quelques idées de chansons, des bases, après quand ça nous plait à tous, on continue à enrichir les chansons ensemble. Donc pour te répondre c’est seul et à plusieurs.

Fred : Et même si on n’est pas forcément à la base, chacun apporte de toute façon sa ligne, sa touche personnelle. Parfois cela peut faire évoluer complètement le morceau, sa structure etc.

Et les enregistrements, comment ça se passe ?
Morgane : Tout va très vite, on peut dire qu'on est dans une certaine forme de spontanéité, on corrige les choses qui ne vont pas pendant l'enregistrement. On ne part pas avec une idée fixe, tout évolue toujours (très bien). 

Vous semblez apporter un soin particulier au son ?
Yann : Oui, heureusement, je pense que chaque groupe apporte une importance à leur son. Enfin j’espère. On cherche quelque chose qui nous plait, en restant toujours dans nos moyens qui sont assez réduits pour produire les chansons. On bidouille, on bidouille…

Parlez-nous un peu de votre collectif nothing ?
Yann : C’est un collectif qui regroupe différentes formations entre Paris, Rennes, Hossegor, Limoges et Lannion. En ce moment il y a 10 groupes. Il y a dans chacun de ces groupes une vocation à chercher un son, une esthétique oscillant entre l’Acide noise jusqu’à la Dream Pop, le tout dans une démarche DIY totalement libre. On fait ce que l’on veut, comme on veut et surtout quand on veut. En Juin dernier, nous avons réalisé une compilation regroupant 2 chansons de chaque groupe et nous avons comme projet de faire différentes choses pour l’année 2014. En gros c’est tout simple, c’est juste que à plusieurs on sera toujours plus fort que tout seul. Nothing peut être aussi un prescripteur, si tu aimes Maria False par exemple tu pourrais aimer Dead Horse One et puis découvrir Venera 4. Ou l’inverse. 

Fred : A la base, l’idée est surtout de pouvoir regrouper un certain nombre de projets partageant une identité sonore en commun. En aucun cas il ne s’agit d’un label, d’une agence de booking ou de promotion. Pour l’instant, ce n’est une sorte de vitrine. À terme, je trouve qu’il serait super intéressant de créer une émulation en faisant travailler chaque groupe autour d’une contrainte. Une contrainte fixant un objectif commun, un peu comme un Oulipo à base de larsens et de reverb.

Morgane : C'est marrant, je pensais à l'Oulipo ce matin.

Il y a-t-il une sorte de concurrence au sein du collectif ?
Yann : je pense qu’il y a une effervescence. Mais pas de concurrence, ça serait stupide. 

Morgane : Quelle question sournoise !

Vous pensez quoi du shoegaze en France ? J'ai l'impression qu'il y a une petite Emulation en ce moment notamment via Cranes Records ?
Fred : Ca fait en effet quelque temps que je suis les différentes sorties Cranes Records, des Dead Mantra, de Dead Horse One ou des Seventeen At This Time. C’est à chaque fois du bon boulot.  

Morgane : Contrairement à Fred, pour être franche, je ne suis pas toutes les sorties des groupes de shoegaze. J'y suis attentive, mais j'écoute d'autres choses.



Vous aimeriez faire un tour dans l'espace comme la sonde Venera 4 ?
Morgane : À ce qu'il paraît, on ne revient jamais de l'espace, je n'ai pas envie de devenir un cosmonaute un peu halluciné. L'espace me terrifie, même si je trouve magnifique la naissance des planètes, les nébuleuses, je me sens bien plus à l'aise dans mon espace intérieur.  
Venera 4 est une sonde mais Venera signifie aussi Venus en russe. Il y a une symbolique un peu cachée.

Anna : Venera 4 s’est décomposée en y revenant il me semble…Moi dans l’absolu oui j’aimerai visiter cette immensité, mais je suis claustro, je deviendrai folle dans une fusée malheureusement...

Il paraît que vous travaillez sur des versions acoustiques ?
Yann : on travaille sur pas mal de choses, oui.



Parlez nous un peu de votre nouveau single qui vient de sortir chez nous ? et de votre prochain EP ?
Fred : On est super contents du résultat, même si on n’a pas encore eu l’EP entre les mains ! Au-delà du simple fait d’avoir un support physique comme le vinyle, on voulait avoir un bel objet. Ce n’est que mon avis personnel, mais je trouve que Morgane est parvenue à nous sortir deux superbes artworks.

Anna : Quand vous nous avez proposé de sortir un 2nd EP, il nous semblait dommage de ne pas aussi sortir Seabed Terror et Sun en vinyle (malgré leur sortie digitale 1 an plus tôt). On y rêvait et RPUT l’a fait, on est trop content du résultat et maintenant on a hâte de voir ce que ça donne pour l’EP ! On est comme des enfants, merci à RPUT d’ailleurs ;)

Pourquoi avez-vous choisi l'anglais pour chanter ?
Morgane : J'ai toujours aimé le Royaume-Uni pour sa culture, ses artistes, sa langue. J'ai donc toujours écouté de la musique anglophone. Par mimétisme peut-être, je m'y suis mise.
Il ne faut pas se mentir, l'anglais est la langue conventionnelle pour un tas de choses.
Mon père me demande souvent pourquoi je renie mes racines en chantant de cette façon, j'ai envie de lui dire que la langue a peu d'importance, d'abord parce que la majorité des gens se fichent des paroles (aussi bien les artistes que les auditeurs). Que ça soit en anglais, en chinois ou en allemand, écrire des paroles de merde c'est universel. Gainsbourg et ses « Variations sur Marilou », Alex Turner avec « My mistakes were made for you », Morissey et « Hand in glove », c'est peu d'exemples, mais ÇA c'est de l'art. 

Alors plutôt que la langue, ce qui compte pour moi c'est de chanter des mots qui me parlent, des mots qui sonnent, qui s'entremêlent, j'aimerais bien travailler plus le texte à long terme. 
C'est un peu comme si tu demandais à Pollock « pourquoi tu utilises un saut percé plutôt qu'un pinceau ? » La finalité est la même.

Ca serait drôle d'avoir du shoegaze en français, ça ne vous tente pas ?
Yann : Tout nous tente mec.

Précommandez le EP Deaf Hearts du groupe ici :
 http://requiempouruntwister.bandcamp.com/album/deaf-hearts 
Si vous n'êtes pas assez impatient, vous pouvez aussi dores et déjà prendre le 7" : 
http://requiempouruntwister.bandcamp.com/album/seabed-terror

jeudi 8 novembre 2012

The Feeling Of Love / Ty Segall - Tour Split (2012)


Je me suis lancé dans la chronique de ce split single sans faire un tour sur le net et surtout sans faire un tour sur les blogs amis pour me rendre compte qu'en fait tous nos copains avaient chroniqués ce single (Walking With The Beast, Raw Power, Styrofoam Drone ou The Drone et Get Bent), c'est con... Mais bon maintenant que j'y suis.

Les deux groupes ont tournés ensemble au printemps derniers et ça été l'occasion pour le label/boutique Permanent de Chicago de sortir ce joli split des cartons avec un morceau de chaque. Contrairement à ce que disent les autres blogs, il a quand même été pressé à 750 exemplaires, ce qui en fait une pièce pas si rare (à moins que vous ayez la version jaune du vinyle), bien qu'apparemment il vous faudra débourser désormais autour de 10 balles pour l'avoir chez vous.

J'ai une très nette préférence pour la face Feeling Of Love (dont nous n'avons jamais parlé bizarrement) I Could Be Better Than You But I Don't Wanna Change explore toujours son garage-kraut-psych perché et très efficace. Disons que le formidable groupe de Metz (découvert pour ma part à un concert à la Flèche d'Or en mars 2010 où je m'étais jeter sur le merchandising après les avoir entendus), ne s'est pas contenté de refourgué une B-side mais un vrai bon morceau de son catalogue. Contrairement au Ty Segall, sûrement en pleine préparation de son Twins à l'époque qui a laché It's A Problem, probable chute de Goodbye Bread, ou du moins d'une session enregistrée à ce moment là tant son approche est assez semblable. Ça reste Ty Segall quand même, c'est très loin d'être nul, mais s'il y a match, c'est The Feeling Of Love qui le remporte haut la main (d'ailleurs la pochette côté Feeling Of Love est elle aussi plus réussie !).


jeudi 4 octobre 2012

Conjuguons La Pop #03 : Dominique Walter - Les Petits Boudins (1967)



Dominique Walter avait tout du petit chanteur / interprête mi minet mi belle gueule propre sur lui vainqueur du concours de chant de Remo (ce qu'il fût). Mais c'est son nom qu'on voit sur la pochette de ce classique de beat made in France. Je ne sais pas si c'est sa maison de disque (Disc'Az) ou lui même, mais sur cet EP, il a su s'entourer du meilleure de la musique pop française de l'époque puisque le morceau titre n'est autre qu'une des meilleurs compositions de Serge Gainsbourg. Je ne vous apprends pas grand chose puisque ce morceau est un classique parmi les classiques, mais c'est certainement un des exemples les plus flagrants de conjugaison idéale du langage pop à la française mariant avec bonheur exigence de composition et surtout cette malice et espièglerie très française, ce truc qui vous fait danser un sourire en coin, les yeux posés sur une belle nana dont vous convointer les courbes. Le reste de l'EP n'est pas vraiment à la hauteur des Petits Boudins, mais on y trouve malgré tout une honorable reprise des Beatles dont les paroles signées Pierre Saka sont un peu ratées "Tu sais la mode ça se démode"... vive la rime de rappeur et une autre adaptation du même Saka d'un morceau italien, pas formidable mais l'orchestre et l'arrangement de cordes y sont assez en verve, elle mérite en tout cas de laisser le disque se finir.

Serge Gainsbourg a souvent eu une plume et des doigts d'or et c'est absolument le cas de ces petits boudins qui reste pour moi, l'un de ses morceaux que je préfère et ce n'est pas un hasard si notre blog tire son nom d'une chanson du bonhomme (on aimait bien le jeux de mots avec Twister le jeux, si vous n'aviez toujours pas compris pourquoi on utilisait des ronds vert - rouge - jaune et bleu, voici l'explication !).


Dominique Walter - Les Petits Boudins


Dominique Walter - Penny Lane

mardi 2 octobre 2012

Conjuguons La Pop #02 : Evariste - E=mc² (1967)



S'il y a bien un disque qui pourrait résumer l'esprit de ce blog, c'est bien cet EP d'Evariste, nous avons commencé à écrire ce blog avec l'objectif de faire re-découvrir ce genre de disque. Il est d'ailleurs surprenant que nous n'en aillons jamais parlé auparavant tant cet EP fait définitivement parti de l'indispensable panoplie des amateurs de French Beat que nous sommes et classique parmi les classiques des soirées sixties.

Après le succès d'Antoine, signé chez Vogue, les labels français se sont mis à la recherche de « leur antoine », Disc'Az fait fort en dégotant Evariste, un scientifique français expatrié aux Etats-Unis, docteur en physique théorique et ovni de la pop française. 

A l'exception peut-être de l'expérience Morricone-sque Dans La Lune sur la deuxième face, cet EP ne contient quasiment que des killers. Le plus connus est évidemment Connais-tu l'animal qui inventa le calcul intégral ? dialogue surréaliste et improbable entre un oiseau et Evariste sur fond de rythme voodoo répétitif et hoquetant qui n'est pas sans rappeler la folie théâtrale d'un Screamin Jay Hawkins (également grande influence d'Hector) au moment même où on re-découvre justement son répertoire (repris par Nina Simone et Alan Price Set notamment), esprit qu'on retrouvera d'ailleurs chez Arthur Brown l'anglais l'année suivante. L'une des grandes forces d'Evariste ce sont évidemment ses textes, d'une rare intelligence, bourrés de blagues et de jeux de mots. D'ailleurs, alors que je suis en train d'écouter le disque, les gens passent dans le couloir et rentre pour me demander qu'est ce que c'est que ce truc, avec Evariste, ce genre d'effet est garanti. Evariste Aux Fans devrait plaire aux amateurs de garage (et je sais qu'ils sont nombreux parmi nos lecteurs), la fuzz ne devrait pas y être indifférente, de même que les textes savoureux dont je vous donne un extrait :
Et mon corps a agi très très fort
Comme domaine d'opérateur sur ton corps
En moins d'une plombe, je suis devenu
Un espace vectoriel sur ton corps nu

Quant à Si J'ai Les Cheveux Longs, C'est Pour Pas M'Enrhumer, le morceau est certainement le plus à-la-Antoine (sans les problèmes) du disque et rappelle également un autre Antoine-like dont on parlera bientôt : Edouard.

Il est possible que la récente compilation (presque) intégrale du garçon ait fait un peu augmenter la cote des disques mais en cherchant un peu vous devriez pouvoir trouver ce disque autour d'une quinzaine - vingtaine d'euros.


Evariste - Connais-tu l'animal qui inventa le calcul intégral ?


Evariste - Evariste Aux Fans

samedi 25 août 2012

Granville - Jersey (2012)




Et si le hold-up de la scène pop française en français actuelle était fait par le petit nouveau ? De tous les groupes que nous écoutons et supportons dans ces colonnes avec vigueur, car comme vous le savez nous sommes de grands amateurs de pop bien de chez nous, tels que Lescop, Cracbooms, Aline, La Femme ou Pendentif, Granville est sûrement le dernier arrivé et... le premier à tenter l'expérience signature dans une major (EastWest, divsion « alternative » de Warner). En attendant leur album prévu l'année prochaine et pour profiter de leur passage à Rock En Seine aujourd'hui, voyons voir un peu ce qu'ils ont dans leur Jersey.

Les normands de Granville se sont bien nommés, la musique du groupe est à l'image de cette très mignonne station balnéaire de la Manche située à quelques pas du Mont Saint-Michel, ville de Christian Dior, elle pousse à la flânerie, aux ballades le long de la mer sur la jetée arrosée par les vagues qui s'y brisent (ne pas oublier son ciré) et aux jeux d'enfants, barboter dans les flaques d'eaux salées à la recherche de trésors quand l'océan tirée par la lune laisse place au sable et quelques rochers anguleux. On pourrait très facilement les rapprocher de Pendentif, leur Jersey fait forcément écho au superbe Riviera des Bordelais sorti l'année dernière, on y trouve cette même petite tendance indie-pop / dream-pop, spleen adolescent et ligne claire évoquant une version léchée des disques Sarah Records, une petite touche variété en plus ou certains groupes américains comme Tennis. Le morceau est en tout cas super catchy et c'est typiquement le genre de chansons qu'on rêve de voir dans les charts à la place de tout ces trucs eurodance-accordéon-rappeur foireux en costard blanc à la Pitbull. La Face B, la Ville Sauvage est moins marquante, mais elle ne m'empêchera certainement pas d'esquisser un sourire et de taper du pied, j'y trouve le flot de la voix un peu perdue et haché, on se rend compte du défi qu'est de chanter de la pop à guitares en français !

Si je ne trouve pas ce single aussi formidables que ceux d'Aline, Pendentif ou La Femme, il n'en est vraiment pas trop loin, le groupe est très jeune et Jersey laisse présager le meilleur. Granville, comme ces autres, ont un grand potentiel et nous sommes impatients de voir ces groupes grandir, muter et surtout continuer à écrire des bonnes chansons.

Le vinyle s'achète (un peu cher) ici en attendant de le voir distribuer dans les boutiques du coin.

mardi 14 août 2012

Les Compilations #09: Snapshot(s) (1983)

Dans l'introduction de l'insert du disque on peut y lire:
"Chez les disquaires, les bacs pleins de rééditions et de compilations grossissent. La relecture façon Punk des grands moments du rock a provoqué la réémersion d'un pan méprisé, un moment, de la plus pure des rock-musics. La France redécouvre, aujourd'hui les racines les plus dures, les moins affadies de ce genre de musique. Yardbirds ou Small Faces, Loose Gravel ou Charlatans, les perdants magnifiques des sixties, les Phoenix des années 80, sont aujourd'hui la référence d'un nombre incalculable de musiciens a décidé de se choisir. Les "petits groupes"  se battent dans l'ombre et se rebiffent en face de l'inertie des major compagnies. Et tout, à nouveau, change...
Snapshot a saisi l'air du temps et se propose de graver ces pulsions dans le vinyl. C'est une chance pour ces gangs que le public réclame et que personne, encore, n'a vraiment su comprendre. Si Nuggets et Pebbles, ou Eva, à Paris ont sorti de l'oubli les grands noms du passé, Snapshot, lui se tourne vers l'avenir. Les enfants de Presley se traînaient dans la rue et les voilà en studio." (Jean-François BRIEU)

Cette longue citation résonne en moi, j'y vois tellement de parallèle avec ce que nous vivons aujourd'hui. Alors que pour la première fois les ventes de rééditions et disques anciens dépasse les nouveautés et que beaucoup de blogs pleurent la mort de musique pop. Nous à RPUT on est confiant, on découvre toutes les semaines des raisons de nous enthousiasmer avec des disques de musique actuelle. Certes on adore les oldies qu'elles soient des années 60-70-80 mais on a aussi l'impression de vivre un truc excitant et "à nous" et on est triste quand des gens nous refusent ce droit en prétendant que toute la musique actuelle ne vaut rien. Mais bon laissons les déçus se noyer dans un océan d'amertume et gardons notre optimisme quitte à être naif, laissons le temps décider de la valeur de ce que nous écoutons! 

Snapshot(s), pour instanné, un terme qui résume parfaitement l'approche du label bordelais qui a monté cette compilation de groupes rock et pop français. 1983: l'excitation du Punk puis du Post-Punk est passée, il faut reconstruire la musique, repartir sur autre chose. L'indie-pop, le paisley underground ou les groupes de cette compilations feront le même choix: sonner contemporain sans faire table rase du passé, une position courageuse à l'époque où le modernisme idiot de la pop mainstream fait les beaux jours de MTV ou NRJ...Madonna contre les Calamités, le tank Sherman contre le vélomoteur Solex en quelque sorte... Heureusement que des gens comme Nineteen seront là pour défendre une certaine idée du rock n roll!

Snapshot(s) regroupe donc dix formations françaises, plutôt peu connues en 1983 ou disons pas encore au sommet de leur carrière. J'imagine que l'approche "jeunes pousses" a probablement incité les éditeurs à mettre de coté un groupe comme les Dogs dont la présence aurait été assez logique en terme d'esthétique, à moins qu'il ne s'agisse d'un soucis avec la compagnie de disques des normands (Phillips à l'époque il me semble). 
Sur les 10 groupes, Bordeaux la ville d'origine du label est très bien représenté avec la moitié des forces en présence: Kick (ex-chanteur des Strychnine), The Owls (avec des membres de Strychnine, Stalag), Stilettos, Standards et enfin Gamine. Les 5 groupes restant viennent de Normandie (Rouen pour Les Rythmeurs avec des ex-Olivensteins et Gloires Locales, Le Havre pour les City Kids), de Bourgogne (Les Calamités de Beaune, et les Snipers de Dijon), et enfin un groupe francilien: les Coronados.
Si les Dogs sont absents, ils sont présents d'une certaine façon via de nombreuses connections avec des groupes sur Snapshots: les Snipers (leur premier guitariste est devenu gachette chez les Dogs), les Calamités (Dominique Laboubée joue de l'harmonica sur un de leurs morceaux, et les Calamités ont fait les choeurs sur un morceau des Dogs), les Rythmeurs (Rouen! des membres en commun) etc.
10 morceaux donc, et 8 en français, une proportion plutôt impressionnante quand on sait à quel point les français peuvent être snobs avec les groupes qui tentent de manier notre langue et faire du rock n roll! Je ne sais pas si c'était une volonté des éditeurs de la compilation ou un hasard mais je dois dire que ça me rend d'autant plus sensible à défendre cette compilation! 

La Face A démarre sur "Nouvelles chaussures, nouvelle voiture" des Standards, quelle excellente façon d'entamer les débats, ce morceau déboite! La suite est également très bonne, les Owls proposent un morceau assez soul plutôt réussi, tandis que le titre de Kick un poil plus chanson française se défend très bien. J'accroche pas trop sur le titre des City Kids (un poil trop gras pour mes goûts de terroriste de la guitare claire) mais la face se finit en beauté sur le titre des Calamités avec ses accents rock n roll dans la guitare et les voix très "girls group", groupe absolument génial dont j'espère vous reparler avec leur superbe mini-lp chez New Rose.
La Face B est probablement ma favorite, c'est un sans-faute. Le morceau des Stilettos est étonnament folk-rock mais quand même énergique, il est superbe! Les Snipers déboulent derrière et assurent bien avec l'excellent "la fiancée de l'institutrice". Puis viennent les Coronados avec un de leurs meilleurs morceaux "revanche", une salve de rock n roll hargneux et sauvage qu'ils reprendront sur leur premier album, beaucoup de gens préfère la version de la compilation, pour ma part je trouve les deux cool! Derrière les petits jeunes de Gamine (à l'époque ils n'avaient fait qu'un single autoproduit) assurent avec leur folk-rock bien jangly, c'est peut être pas mon morceau préféré des intéressés (je préfère l'ep sorti la même année chez Snapshot, comprenant le sublime "Shandy Street") mais c'est un beau titre et probablement le premier où on entend "leur style", le premier single étant peut être plus hésitant sur les intentions du groupe...Cette seconde face se conclue avec un super titre des ex-Olivensteins Gloires Locales les Rythmeurs, on y ressent bien la filliation avec le groupe culte de Rouen: guitare folk-rock, voix pleine de morgue, super titre! 
On notera la tonalité très "folk-rock" et guitares twangy de l'ensemble de la sélection à deux trois exceptions près, je ne sais pas si c'était une volonté des compilateurs mais je dois dire que ce son me sied particulièrement bien. Peut être est-ce en parti du à la production de Robin Wills (Barracudas, excusez du peu) et Nigel Barker supervisée par Chris Wilson (des demi-dieux les Flamin' Groovies)? 

Les groupes de cette compilation connaitront des fortunes diverses. Certains seront des formations cultes de l'underground (les géniaux Coronados) d'autres feront des carrières raisonnables en indé (les Snipers, trois albums chez New Rose), certains ne laisseront pas beaucoup de traces malheureusement (les Rythmeurs: un seul mini-lp mais les mecs sont restés dans le circuit) et enfin il y a Gamine et Les Calamités, les deux groupes à avoir le plus frôlé le succès.
Les Calamités après un mini-lp et un maxi jettent l'éponge, mais un ex Niagara fan du groupe les retrouvent et leur fait enregistré un vieux morceaux: le vélomoteur. Ce titre deviendra un petit tube et est devenu un classique des "one hit wonders" des 80s même si malheureusement il (comme tous les one hit wonders) met dans l'ombre le reste de l'excellente carrière discographique du groupe!
Gamine sera une des formations pop françaises emblématiques de la fin des 80s. Après quelques années en indépendant (entre 83 et 87 en gros); ils finiront par signé avec une major et obtiendront un succès critique et public avec leur premier albums et des morceaux comme "Voilà les Anges" ou "le Voyage". Sur ce disque le groupe ne renie pas son essence "folk-rock" bien que le son soit forcément un peu plus "musclé" que les productions magnifiquement aigrelettes que l'on entend par exemple sur Snapshots ou leur superbe EP sorti en 1983.

Snapshot(s) se voulait être un instantané du rock en France en 1983, ou disons d'un certain "rock", celui que l'on apprécie particulièrement dans ces pages. L'objectif est atteint, la compilation se tient très bien et offre une belle ouverture sur des groupes parmis les plus cool des années 80 comme les Coronados, les Calamités, ou encore Gamine. Cette compilation méritait sa place dans cette anthologie et je suis heureux de pouvoir défendre des groupes français avec un tel enthousiasme!

Face A
Les Standards - Nouvelles Chaussures, Nouvelle Voiture
The Owls - So Long
Kick - Kick
City Kids - You Are You
Les Calamités - Je Suis Une Calamité

Face B
Stilettos - Les Voleurs de Jouets
Snipers - Le Fiancé de l'Institutrice
Les Coronados - Revanche
Gamine - Gamine
Les Rythmeurs - Tueur à Gages


Les Calamités -  Je Suis Une Calamité

vendredi 24 février 2012

Mungo Park - Roller Coaster (2010)



Vous ne le saviez peut être pas mais le mois dernier, l'excellent label français Third Side a sorti, pour la première fois en vinyle, un de mes travaux. Il s'agît d'un remix de mes amis, et très prometteurs, Mungo Park dans la série Podium (La Femme, Spash Wave, Holstenwall). Quand on m'a demandé de décider quel était mon morceau préféré, j'ai choisi Roller Coaster, qui me paraissait un plus catchy et un peu plus traduisible dans mon langage électronique mi dancefloor mi bizarre. Le morceau creuse le sillon d'artistes tel qu'Animal Collective, avec son côté tribal et ses passages alternants climax et anti-climax, et j'appréciais tout particulièrement la ligne vocale. Sur la Face A, on trouve Pilgrim, dans un esprit assez similaire et un remix de Jackson and His Computer Band, qui malgré sa délicatesse et sa finesse, ne me parle pas trop.
Chose amusante, mon remix a été soutenu par... les Bloody Beetroots !

Le disque est dispo un peu partout genre chez Pop Culture / Handsandarms ou Gibert et est assorti d'une superbe pochette !




Et en bonus, mon autre Remix en téléchargement gratuit :

lundi 3 octobre 2011

Marie et les Garçons / Les Garçons

Jusqu'à il y a peu de Marie et les Garçons je ne connaissais que Re-Bop. Ce titre avait été synchro dans une publicité il y a quelques années, il sonne comme un tube et fait parti de ma playlist "Truskel" depuis quelques mois. Récemment j'ai acquis chez Bimbo Tower un single des Garçons, et vendredi dernier j'ai trouvé le premier ep de Marie et les Garçons. Jérôme d'infrason m'avait dit de ne pas rester que sur re-bop et d'écouter notamment "à bout de souffle" ce que j'avais fait rapidement, mais en voyant le 45 chez un de mes disquaires favoris, j'ai demandé à écouter et fut très enthousiasmé: l'ep est génial et constitue une énorme découverte pour moi.

Marie et les Garçons se forment en 1975 du coté de Lyon (au lycée St Exupéry) sous le nom de Femme Fatale. Ils sont renommés par Marc Zermati (de Skydog) en Marie et les Garçons, Marie étant leur batteuse: Marie Girard. Le reste du groupe se compose alors de Patrick Vidal (oui LE Patrick Vidal) Erik Fitoussi, Jean Marc Vallod et Christian Faye. Ce dernier quitte le groupe, et en 1977 Jean Marc Vallod est à son tour remplacé par Jean Pierre Charriau.

Le premier 45 sort en 1977 sur Rebel Records, il est suivi en 1978 par Re-Bop / Attitudes qui sera réédité par Ze Records (le fameux label de no wave new yorkais). Si au départ le groupe faisait des reprises des Seeds ou du Velvet sous l'impulsion de Patrick Vidal, le groupe s'oriente vers un disco "déviant" comme certains collègues de labels (Lizzy Mercier Descloux par exemple). Marie Girard s'en va et le groupe devient les Garçons pour quelques singles de plus dont certains très réussis. Marie et les Garçons n'ont pas enregistré d'album mais leurs morceaux ont été compilés sur un 33 tours assez difficile à trouver (je ne l'ai pas malheureusement) dont la couverture représente un polo style Lacoste dont on a remplacé l'étiquette par le nom du groupe, une référence à leurs tenues de scène pas nécessairement bien vu par les punks de base de l'époque.

Leur premier pas discographique est un trois titres: "rien à dire" "à bout de souffle" et "mardi soir", c'est aussi un sans faute, les trois titres sont excellents. "A bout de souffle" est probablement le plus nerveux et radicale des trois, deux minutes à fond la caisse avec une sorte de larsen presque permanent en toile de fond, c'est presque aussi rock n roll que du Real Kids. "Mardi soir" occupe toute la face B de ses 4 et quelques minutes. Ne vous fiez pas à cette longueur anormalement élevée pour un groupe de "punk" on est plus chez Television que les Damned, un titre subtile et intelligent mais qui n'y perd pas en énergie, la violence avec élégance. La sauvagerie tout en retenue aurait du mettre la puce à l'oreille des soit-disant vrais punks qui leur ont jeté des canettes à la gueule...Enfin il y a "rien à dire" le morceau qui ouvre la face A, une idéale synthèse des deux morceaux précédents. Le morceau démarre lentement dans un délire un peu à la Television ou Talking Heads mais vers la moitié on part en orgie de fuzz avec un solo de guitare primaire et RnR, c'est hyper jouissif et réussi. Je sais pas si j'arrive à bien cerner ce disque, en tout cas il est dément.

Après le départ de Marie , le groupe (devenu les Garçons) se recentre sur Patrick Vidal et Fitoussi, et s'oriente donc vers le disco pour un album en 1979 (divorce) sans pour autant totalement lâcher la pop comme le prouve ce 45 sorti en 1980 sur ZE et Celluloïd, l'une de leurs dernières traces discographiques avec deux titres sur un EP de ZE intitulé "télépop music" reprenant des génériques de séries à la sauce post-punk.
"Les deux amants" face A du simple que je vous propose de découvrir aujourd'hui, est donc un titre relativement tardif, mais très réussi. Le groupe garde cette patine disco/ post-punk le projetant dans un univers lumineux et très pop évoquant tout autant un dancefloor moite que l'écume de la mer depuis le sable chaud.

Aujourd'hui les vinyles sont relativement difficiles à trouver, ça n'a pas été réédité en cd ni sur 33 tours, en revanche c'est disponible en mp3 via les plateformes de téléchargements légal, mais c'est un peu triste et frustrant pour une musique aussi bonne...

plus d'infos sur:
Rock Made in France
Rock à Lyon

Marie et les Garçons - rien à dire


Les Garçons - les deux amants

mercredi 28 septembre 2011

Les Guillotines - 45 tours (2011)

En Mars dernier j'assistais (en partie) à l'enregistrement et au mixage de 4 titres des Guillotines dans les studios de La Féline à Pantin. Je suis depuis pas mal de temps (un an et demis) le groupe. J'avais des années l'envie de sortir un disque vinyle, comme tout le monde j'imagine, et cette occasion était idéale. On a choisi ensemble deux titres de la session sur les 4, un au tempo medium et un morceau plus rapide et en juillet 2011 j'ai fait masteriser ces morceaux. Fin août j'ai reçu les disques, et la semaine dernière j'ai commencé à les placer dans des magasins (Pop Culture, Born Bad et d'autres à venir). J'espère évidemment que je rentrerais dans mes frais, je commence ces jours-ci à en parler, on verra ce que ça donnera!

L'Aube en face A est donc le titre au tempo moyen, Yves assure la voix principale ainsi que les soli. En B l'Absinthe est un titre plus nerveux sur lequel Alex chante, les textes sont aussi plus direct. Moi qui suis d'habitude très bavard sur les comparaisons avec d'autres groupes je sèche un peu pour une fois, j'aurais tendance à penser aux Coronados, à cause de la filiation "garage en français", mais on m'a parlé de Crystal Stilts ou Gamine, enfin je vous laisse apprécier la chose et vous faire votre propre idée, j'espère en tout cas que ça vous plaira.

Les Guillotines - l'absinthe (CRM001B) by Croque Macadam

achat: Bandcamp / Hands & Arms
boutique: Born Bad, Pop Culture, The Rev
site internet label

jeudi 20 janvier 2011

Les Bellas - Belladelic (2010)

Belladelic est le premier et dernier album des Bellas, une formation de Perpignan. La raison en est simple, le groupe a splitté en 2007 et ce disque sort donc à titre posthume grâce à volonté de deux excellents labels français: Steak (Last Rapes of Mr Teach...) et SDZ (Cheveu, bientôt les Mantles!). Ils ont des couilles, car sortir un LP d'un groupe qui n'existe plus ce n'est pas évident, le groupe n'est plus là pour défendre et faire connaître son bébé au monde entier, mais en écoutant le disque je comprends pourquoi ils se sont lancés là dedans: ça en valait la peine.

Belladelic a de petits défauts, il y a quelques approximations, mais ce disque a une vrai âme et une vraie personnalité, et ça c'est bien bien mieux que savoir parfaitement exécuter une énième resucée de Louie Louie. Ce disque a du charme, et surtout propose de vrais et bonnes chansons, exécutée avec grâce et nuance. A vrai dire les Bellas donnent l'impression d'avoir compris les années 60s, c'est évident que c'est leur grande influence, mais au lieu de sonner comme un pastiche ou des fans transis, ils arrivent à aller plus loin et s'immerger complètement dans le truc sans sonner faux, car leur musique est juste et sincère. Elle a cette fraîcheur que l'on recherche tant dans ces 45 tours plus vieux que nous.

Belladelic c'est 12 titres dont deux reprises qui s'intègrent parfaitement dans le flux et démontrent les qualités des 4 perpignanais en matière de songwritting, d'ailleurs ce ne sont pas mes titres préférés je pense. Il y a aussi deux morceaux en français, une attention tout à fait appréciable, d'autant plus que le premier d'entre eux est super réussi (I love you), le second (la chanson titre Belladelic) est un poil moins tranchant mais quand même pas mal du tout, il évoque une version un peu dérangée et brutalisée de France Gall période teenie weenie boopie. Les 8 autres morceaux sont au moins aussi bons, en anglais et toujours chantée par une fille (je crois distinguer deux voix différentes non?), un autre aspect de leur musique à souligner. A dream that slips est une chanson fameuse, le riff de guitare est obsédant, la progression excellente, elle est emballante, et m'évoque sans que je ne sache trop pourquoi les Dentists des débuts: même son sec presque jangly, même science de la mélodie et même rage contenue qui ne vire pas à l'effusion gratuite genre "ouahou t'as vu on crie on est trop des violents". L'apparition de la trompette à mi-parcours surprends la première fois et convainc la suivante, j'ai lu sur le net que ce morceau avait du Love, j'y avais pas pensé sur le coup mais une fois qu'on me l'a dit ça a fait sens (et la comparaison avec les Dentists aussi du coup). You got my soul est un autre moment fort, il clôt le disque dans un fracas réjouissant. Le titre démarre en trombe avec une fuzz alerte avant de déboucher sur une très belle composition pop, on apprécie en particulier les petits chœurs féminins en background pour le finish. New 18/6, Ego Psycho à l'ambiance solaire, ou le plus remuant et punchy I dig my time (super joli jeux de voix sur le refrain, ça me fait un peu penser au récent Betty and the Werewolves dans l'idée) sont également de belles incursions et complètent très bien les autres titres évoqués jusqu'ici.

J'espère que ces quelques lignes vous convaincront de vous procurer ce disque, car il est vraiment attachant, et surnage dans une production garage qui peut parfois devenir générique. Évidemment on regrette que le groupe n'aie pas continué, on les comprend aussi un peu, se prendre une histoire comme ça dans la tronche (un label qui va sortir un lp et puis en fait non) ça doit pas faire du bien. Heureusement on retrouve la moitié des Bellas, dans les Limiñanas d'ailleurs assez proches spirituellement, donc évidemment si vous avez aimé leur LP sur trouble in mind ou leur 45 sur Hozac on vous incite à donner une chance à celui là, ça en vaut la peine.

Les Bellas - a dream that slips

ACHAT:
SDZ Big Cartel / Steak Big Cartel
également dispo sur certains Mail Orders, à Born Bad et dans vos bonnes crèmeries