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mercredi 4 octobre 2017

Achats Récents #16 Funk & R&B

Il était temps de revenir à nos achats récents ! J'ai essayé de trouver une thématique sur ces 4 simples achetés entre juillet et septembre 2017 aux puces de Clignancourt (tous les disques sauf un) et à Born Bad (le troisième). 

Enregistrés entre 1967 et 1969 ces quatre 45 tours expriment bien la transition entre R&B et Funk. Si le second découle clairement du premier et en conserve l'instrumentation (importance de la batterie, la basse, usage des cuivres pour souligner), il en est finalement assez différent car ils n'accentuent pas sur les mêmes temps: premier pour le funk, deux et quatre pour le R&B. En dansant les morceaux il est facile de ressentir le changement, en effet le placement de l'emphase va vous conduire à choisir de taper du pied sur une partie différente de la mesure, par exemple plutôt la grosse caisse ou la caisse claire. Un autre changement se profile aussi dans ces disques: le passage du format chanson vers une structure plus proche de l'improvisation, la transe et la boucle. 
Dans la soul et le R&B de la première moitié des années soixante, la structure couplet refrain domine largement, James Brown est certainement l'un des premiers à s'en affranchir dans la seconde partie de la décennie. Les morceaux ainsi créés semblent ainsi pouvoir durer indéfiniment, maintenant l'intérêt de l'auditeur par des variations, notamment rythmiques. Le rôle de James Brown va ainsi évoluer, d'un chant classique et structuré autour d'un texte vers quelque chose de l'ordre de l'exclamation et son infinité de nuance. Il positionne le chanteur dans une autre dynamique, plus proche du maître de cérémonie que de l’interprète que l'on vient voir et écouter. La voix devient alors un instrument à part entière dont on recherche l'effet percussif mettant en valeur le rythme plutôt que le texte ou les accords. 
Le funk aura, sans surprise, une influence déterminante sur les musiques modernes, notamment sur le rap et les musiques électroniques (house, techno, jungle etc.) dans lesquels la notion de boucle est centrale et plus importante que la construction autour d'accords. Le genre connaît plusieurs phases, une première, avant l'apparition du disco, crue et sèche, avant de venir à des formats plus pop, à la suite du raz de marée four to the floor, dans les discothèques. Nous nous intéressons aujourd'hui à cette première période.


Honneur au maître James Brown. Si l'intéressé a eu des périodes moins glorieuses (honnêtement living in America c'est pas foufou), au sommet de son art son groupe et lui étaient fantastiques. Dimanche dernier j'écoutais une pile de simples aux puces, je place I Don't Want Nobody to give me nothing (1969) sur la platine, en dix secondes je sais que je veux ce disque. On notera l'accentuation funk prononcée sur le premier temps avec un crash et parfois même des notes de cuivres qui ressemblent à une boucle de rap prête à l'emploi. Ainsi James Brown t'attrape immédiatement et en quelques mesures la messe est dite: tu tapes du pieds. J'ai parfois tendance à oublier à quel point les bons morceaux de James Brown sont vraiment bons et d'une dynamique incroyable. La sensation est difficile à rendre à l'écrit: de l'ordre du viscéral, ça balance. Un grand monsieur indéniablement. 




Marvin Holmes & The Uptights ont sorti un unique album en 1969 sur UNI. Il a bénéficié d'un pressage français de même que deux 45 tours du groupe: Ride Your Mule et Ooh Ooh the Dragon, le tout chez Maxi. Je serais curieux de savoir comment ont ces disques ont pu bénéficier d'une édition française, en effet il n'en n'existe pas d'anglaise par exemple ! J'ai malheureusement assez peu d'informations à vous donner sur le groupe, à commencer par sa région ? Peut-être que l'un de nos lecteurs saura nous renseigner ? Sur Marvin Holmes je peux néanmoins vous dire qu'il a également sorti deux albums supplémentaires avec The Justice et un en solo. Ride Your Mule (1968) est en tout cas une petite pépite funk bien relevée dont les cuivres me font penser à Funky Nassau de The Begining of the End ! Encore une fois la chose est construite un peu n'importe comment, prétexte à une débauche de batterie des plus jouissives et des incantations de voix enthousiastes. Qui s'en plaindrait ? pas moi !


Harvey Scales and the Seven Sounds est un groupe de R&B/funk de Milwaukee actif entre 1961 et 1975. Ils ont sorti 11 simples (et aucun album) en 8 ans (entre 1967 et 1975) notamment chez Chess Records. Get Down (1967) est le premier d'entre eux, il est paru chez Magic Touch aux USA et a été pris en licence par Atlantic dans trois autres pays (qui distribuait néanmoins le 45 tours aux USA via ATCO): Canada, UK et France. Seul un autre 45 tours du groupe a été publié en dehors des États Unis et encore une fois ce fut en France.  Notre pays avait-il un goût particulier pour cette musique ? Get Down exprime bien pour moi la transition entre R&B et funk, je le classerais plutôt spontanément dans la première catégorie d'ailleurs même si l'on perçoit clairement l'influence de James Brown. Le morceau me fait aussi penser à Land of 1000 Dances de Wilson Pickett notamment dans l'usage des cuivres sur certains passages... Quoi qu'il en soit un excellent morceau, super pêchu et dynamique !



Finissons par la plus grosse curiosité de la sélection: Alan Shelly. Il s'agit du pseudonyme d'Alain Deloumeaux, un chanteur vraisemblablement d'origine guadeloupéenne (voir les commentaires de cet article de Vivonzeureux). Le musicien a également participé au groupe Malinga Five. Sur ce 45 tours il est probablement accompagné par Manu Di Bango qui co-signe la face B avec Davy Jones (loin d'être un inconnu des diggers français). Can You Do It est une excellente tentative R&B pas si éloignée que ça de Jess & James par exemple. Encore une fois je pense aussi à Land of 1000 Dances peut être à cause de l'énumération de danses comme le boogaloo ! Si vous avez des infos complémentaires, n'hésitez surtout pas à les poster en commentaire.


mardi 8 novembre 2016

David Bowie, 1965!

Nous n'avons jamais évoqué à travers un article dédié David Bowie sur ce blog. Difficile d'écrire quelque chose d'intéressant et pertinent sur l'intéressé: beaucoup de grandes plumes ont analysé sa musique bien mieux que je ne pourrais le faire. Ainsi comme de nombreux autres monuments de la musique pop telle que nous la défendons ici, il fallait trouver un angle différent dans l'esprit du blog. Ainsi quoi de mieux que d'évoquer le Bowie méconnu du milieu des années 60 avant son lancement en orbite avec la sublime Space Oddity ?

Bowie enregistre en 1964 son premier single à 17 ans sous son véritable nom de famille: Davie Jones & The King Bees. La face A Liza Jane (youtube), signée de l'intéressé, est un sympathique morceau de R&B assez typique de l'époque proche de l'esprit des Animals mais peut-être pas aussi brutal et rocailleux que les géniaux prolos de Newcastle... Des premiers pas honorables mais néanmoins pas en première ligue de la très relevée British Beat. Toujours sous son véritable nom mais avec deux autres groupes, il enregistre deux singles pour Parlophone en 1965 (récemment compilé pour le RSD en 2013). Ces deux 45 Tours démontrent l'intérêt du britannique pour le mouvement mod, comme le suggère d'ailleurs la photo utilisée pour illustrer la réédition. 

Le mouvement mod fut une école pour nombre de stars de la pop anglaise (Rod Stewart) et eu un rôle décisif sur une autre figure glam importante des 70s: Marc Bolan. Je ne pense pas que l'évolution de Bowie et Bolan de faces mods à créatures glam androgynes soit un hasard: bien que très différent dans l'apparence, les deux mouvements portent en eux des caractéristiques communes autour de l'esthétisme, la sape, la théâtralité et le besoin de se (re)créer soi même. Mais revenons en aux deux simples...

Typiques de leur époque, ils montrent cependant un Bowie déjà très doué. Avec les Manish Boys, Davy Jones écrite l'excellente Take my Tip . Elle évoque notamment Manfred Mann (youtube) dans le soin apporté à apporter à faire coïncider l'énergie du rock et le groove du jazz... L'autre single est un changement d'orientation assez radicale (mais dans l'air du temps) vis à vis des deux premières sorties. Ainsi, accompagné des Lower Third, Bowie donne dans la déflagration pop art / freakbeat avec You've got a habit of Leaving. Enregistré par Shel Talmy (un génie vénéré par tous les amateurs sérieux de rock 60s britannique) la chanson évoque ainsi logiquement d'autres projets ayant impliqué le producteur américain à commencer par les premiers singles des Who (comme le grandiose anyway, anyhow, anywhere) et bien sûr plus tard les fantastiques The Creation (youtube). 

En 1966 Davy Jones devient David Bowie afin de ne pas être confondu avec le musicien des Monkees. Il tire son nom d'un pionnier américain (James Bowie) qui lui même a donné son patronyme à un célèbre couteau ! Il enregistre trois autres singles pour PYE (The Kinks) dans la mouvance R&B/mod, ils sont aussi, dans l'ensemble, de très bonne facture. Pour son premier album chez Deram Bowie change radicalement de style en s'orientant vers un style inspiré du Music Hall qui me laisse particulièrement indifférent et sans plus de succès que ses 6 singles précédents... Il faudra attendre 1969 pour que le chanteur s'envole en orbite avec une fantastique chanson amenée à devenir un de ses standards.

 

jeudi 14 juillet 2016

Les Ready-Mades ne sortent pas Duchamp

Il m'est difficile d'écrire sur les Ready-Mades vu que je connais les intéressé-e-s ! Néanmoins ils viennent de sortir leur premier 45 Tours chez Soundflat (qui a aussi récupéré à peu près au même moment les Kumaris dont nous sortions un single sur Croque Macadam, il y a un an et quatre jours), un 4 titres également répartis entre français et anglais.  Au delà de l'excellent catalogue de nos amis de Q-Sounds, le faible nombre de formations soul françaises les rapprochera forcément des Spadassins avec lesquels ils partageaient un membre commun. Cependant, les deux groupes ne se ressemblent pas tellement malgré l'usage alternatif du français et de l'anglais. Là où les Spadassins étaient une dream team  de musiciens bretons de haute volée associant l'élégance mod, l'accomplissement instrumental à l'humour de Nino Ferrer, les Ready-Mades ont un coté plus punk, spontané et brut de décoffrage. Cela leur va très bien d'ailleurs, le groupe excelle sur scène et propose un rhythm & blues bagarreur et mordant, légèrement canaille et malpropre. Soundflat les rapproche de Nick Waterhouse, la comparaison n'est pas totalement aberrante en terme d'influences mais pourtant je trouve la musique des parisiens plus vive et pugnace... Les 4 titres sont d'excellente facture, je ne sais pas si l'enregistrement rend exactement compte de la puissance du groupe en live, cependant il s'agit d'une excellente carte de visite avec une petite préférence en ce qui me concerne pour le morceau Baleine ou Cigogne dont la thématique sérieuse (le harcèlement sexuel) est traité avec beaucoup de justesse. 

jeudi 24 mars 2016

Maciej Kossowski: ne pas se fier aux apparences...

Avant de partir à la chasse aux disques, je fis une rapide recherche sur discogs afin d'identifier quelques disques à particulièrement surveiller. "Ocz ci zaslonie" se révéla un de ceux qui me plut le plus, ainsi  ce fut un ravissement de tomber dessus dans le dernier disquaire à un prix décent (en dessous de la cote de discogs qui nous allons le voir est justifiée !).

Maciej Kossowski, l'auteur de ce 45 tours à la pochette relativement anodine (sans grand rapport avec la musique qui s'y trouve) démarra sa carrière musical comme trompettiste de la formation Beat Czerwono-Czarni dans leurs premières années. Il quitta le groupe en 1966 et publia quelques 45 tours dont celui ci en 1969.

Ce disque est excellents de bout en bout. Les deux balades sont d'excellentes factures avec une préférence pour la seconde "Nie Mowie Zegnaj" et sa guitare fuzz. Slow rugueux et bluesy, l'orgue criard est un délice pour les oreilles. Les deux autres morceaux sont aussi les meilleurs: "Oczy Ci Zaslonie" et "Domowe Strachy". Qui eut cru que le chemin de Gdansk à Memphis fut aussi court ? Rythmique funk, cuivres rutilants, solo de flute ultra groovy "Oczy Ci Zaslonie" est une pépite pour les dancefloors avides de curiosité. Sans être aussi bien branlé "Domowe Strachy" tire également sacrément bien son épingle du jeu, ça swingue du popotin sévère. Bon avouons que l'intéressé est peut-être un poil meilleur musicien/compositeur que chanteur mais quel très bon disque ! Pour la peine je mets les deux morceaux, en espérant que vous soyez aussi conquis que je le suis de cette belle trouvaille polonaise !



mardi 16 février 2016

Monty: plus yeh yeh que yéyé

Jacques Bulostin est-il un trésor caché de la pop française sixties? Vous connaissez mon intérêt de longue date pour les disques de l'hexagone de cette période si particulière, pourtant je n'avais jamais réellement pris le temps d'écouter Monty...Son image de jeune premier renvoie immédiatement à celle de Frank Alamo temple de la niaiserie et toute l'horreur yéyé (quoi qu'on doit probablement pouvoir sauver une ou deux choses chez lui comme le "mods & rockeurs" de Sardouille). Pourtant Monty, à bien des égards, est un cas à part dans la pop française: il a la classe et des arrangements qui  tabassent. Il y a bien sûr pas mal d'adaptations (le lot de nombreux d'entre eux, avant que la classe 66 ne vienne foutre le dawa et redistribuer les cartes) mais elles balancent, ça joue ! L'intéressé a aussi écrit de super originaux d'ailleurs ("j'ai traversé l'enfer" et sa fuzz bien sentie)... 

Entre 1964 et 1966 chaque EP de Monty contient donc au moins un (très) bon morceau ("que me reste-t-il", "même si je suis fou"...), bonne nouvelle: ils sont courants et donc peu chers (à part "j'ai traversé l'enfer" bien que simple à trouver à moins de 10€ en réalité). Prenons par exemple "Un verre de Whisky" - un disque de 1964 que l'on voit assez régulièrement à quelques euros (0,5-1,2...) - il s'agit d'une excellente adaptation de "Can I Get a Witness" classique Motown écrit par les immenses Holland-Dozier-Holland et interprété avec une certaine sensualité par Marvin Gaye... Le petit français se défend très bien face à l'ancien boxer américain, plus nerveuse et jazzy sa version tient très bien la comparaison. Monty y est élégant et sobre, son vibrato pastel  y faisant des merveilles. Le répertoire rhythm and blues qu'explore Monty dans les premiers eps lui convient particulièrement bien, il évoque ainsi un croisement heureux entre Ray Charles, Dion et Georgie Fame. À ce difficile exercice du chant en Français Monty adapte avec ses mots, les fait sonner sans forcer ni chercher l'absolue fidélité à l'originale: une excellente stratégie. Bien que le reste de l'EP soit assez anodin, "Un verre de Whisky" est une excellente cover faisant honneur à l'original dont l'orgue plus proche de... "yeh yeh" que des yéyés ! Oserions nous dire que Monty est esthétiquement plus proche de la musique qu'écoutaient les mods que Dutronc?


mercredi 25 septembre 2013

The Frowning Clouds - Gospel Sound From the Church of Scientology (2013)

Les médias grand public se sont épris d'amour pour un bien anodin groupe du nom de Strypes, pendant ce temps là les à-peine-plus-âgés australiens des Frowning Clouds remplissent les petites caves humides et rassasient un public de connaisseurs d'un Rhythm N Blues plus authentique qu'authentique qui renvoient inexorablement aux maitres du genre qu'ils soient de la glorieuses décennie ou postérieurs comme les non-moins fabuleux Crawdaddys ou les feux-Vicars.

Pendant que certains minots se pavanent dans des clips aussi risibles que tocs avec des guitares qui valent trois SMIC au bas mot, ces gars là parcourent l'Europe dans un van proche de la retraite. Aux irlandais de devenir les chouchous de papis croulants comme Elton John ou Pépé Weller (on t'a connu plus sagace dans tes choix mon coco) aux australiens les bières tièdes et les mauvais fish and chips (et les éventuelles touristas qui vont avec sans supplément de prix). 

Frowning Clouds, rassurez-vous, les vrais savent que vous sonner divinement bien, que vous maniez les 12 cordes comme des esthètes et non des singes savants. Vous écrivez des chansons rendant grâce à une tradition que nous voulons ici aussi perpétuer. Vous et nous savons ce que le garage, le British RnB, la beat, le rock n roll, le punk ou quelque soit son nom signifie, de la sueur, du sang, des larmes mais cette passion intacte pour une énergie et un esprit qui transcendent les décennies. Aux autres laissons les pâles imitations, à nous gardons ces formations capables de faire brûler une flemme d'un rouge aussi intense que les croupes joufflues des Strypes après la fessée qu'ils méritent.

PS: ça sort chez l'excellent label Saturno Records (Living Eyes, Cobwebbs etc.) comme les précédents disques du groupe qu'on vous recommande également chaudement (all night long, propellers etc.).


lundi 23 septembre 2013

Les Spadassins - EP3 (2013)

Lundi dernier sortait la 5ème référence des fiers bretteurs bretons les Spadassins. Après un EP chez Triptyc, un chez CroqMac et deux singles toujours à la maison, les fines lames de la soul s'associent à un troisième label francilien (après Paris 75 et Montrouge 92 voici Montreuil 93 héhé) Q-Sounds Recordings spécialisé dans la soul charnue et charnelle (mais aussi de fins producteurs de House Music comme on l'aime chez RPUT) pour éditer leur troisième EP. 

Cette nouvelle livraison propose 4 titres en anglais de premier choix. "Baby it's you" lance les hostilités en douceur, sur un mid-tempo porté par les percussions de M. Moustache, le groupe développe une soul douce-amer, faisant toujours une place de choix à de magnifiques envolées d'orgue (parfois soutenu par un très joli piano électrique, je vote pour un wurlitzer), Antoine à la guitare joue toujours à la perfection sa partition en retenu, amenant ce qu'il faut de rythme et de présence. "What goes on" complète à merveille la face A en augmentant un peu le tempo, le morceau risque de faire son petit effet en live.

"Two Times" démarre sur un splendide piano électrique que l'on croirait s'échapper d'un Ray Charles période Atlantic ("what'd i say"), le tempo est relevé et donne immédiatement envie de se déhancher en cadence (un twist ?), un morceau super cool parmi les plus belles réussites du groupe. La couleur très Rhyhtm n Blues du titre est un parfait complément au second titre "Captain Beat" qui évoque clairement les Zombies période She's not there. Il y a du "summertime" et du Rod Argent dans cette magnifique chanson voir aussi du Stranglers (le rythme me fait penser à "Golden Brown") On attendait pas forcément les Spadassins dans un registre aussi anglais et pop mais on est content qu'ils s'y soient essayer, le résultat est charmant et délicat.

Cet EP maintient le niveau de qualité des précédentes sorties du groupe, le mixage et la production sont très réussies et mettent en valeur les talents instrumentaux de cette dream team de musiciens bretons. On regrettera l'absence d'un titre en français registre dans lequel les Spadassins excelle mais on est plus que charmé par une face B fantastique et une face A de très bonne facture (mais peut-être moins surprenante que la B). On a hâte d'entendre ces nouvelles chansons (ainsi que celles des précédents EPs et singles) en live le 31 octobre à l'Espace B !

acheter l'EP sur le site du label


mardi 23 octobre 2012

Conjuguons la Pop #18: Nino Ferrer - Enregistrement Public (1966)

Le hasard fait bien les choses, en rangeant mon bureau pour retrouver un truc je suis retombé sur la réédition cd d' Enregistrement Public de Nino Ferrer, l'occasion était trop belle pour ne pas la saisir: Nino est dans notre dossier Conjuguons la pop!

Que dire sur Nino? Oui je l'appelle Nino même si je ne le connais pas, et que je n'ai même pas eu conscience de sa mort quand il s'est suicidé en 1998. Je l'ai découvert bien plus tardivement en fait, quand mon intérêt pour les 60s en France a été décuplé par diverses sources (la Nuggets 2, le livre Antiyéyé), et depuis il fait parti de mes chouchous de cette époque au coté de Dutronc ou Polnareff. Nino Ferrer s'est semble-t-il toute sa vie senti incompris, en tout cas artistiquement parlant. Quand il écrivait des chansons aux textes subtiles, parfois acides et souvent remplis de non-sens (il faut écouter les textes fabuleux de Madame Robert par exemple) le grand public l'a associé à des hits novelty comme Mirza ou le Téléfon , pas nécessairement représentatifs de son répertoire. La blague s'est reproduite diverses fois, y compris dans les 70s quand Métronomie fait un bide mais qu'un single extrait de l'album (la maison près de la fontaine) devient un énorme succès. La grande méprise autour de Nino Ferrer est de la prendre pour un chanteur de variété rigolo alors que ce mec avait un amour profond pour la musique et aurait aimé être pris un peu plus au sérieux (et à juste titre, certains textes très premier degrés peuvent être particulièrement touchants).

Avant son virage progressif et rock des années soixante-dix Nino Ferrer était un gros fan de soul américaine, sa musique dans les 60s transpire souvent du son Stax (en particulier Otis Redding et Booker T and the MGs), du Rhythm n blues de Ray Charles ou James Brown. Cette facette est largement représentée dans Enregistrement Public. L'erreur serait de considérer ce disque comme de la variété, non Nino fait de la blue eyed soul et avec un talent stellaire. La formation faire la part belle aux cuivres et à l'orgue hammond inspiré de Bernard Estardy "le Baron" bien groovy et jazzy, on est jamais loin de Jimmy Smith ou Georgie Fame. Si ce live est probablement un faux comme de nombreux enregistrements publics de l'époque (enregistré en studio avec des rajouts de bruits de foule pour donner l'impression du direct) les musiciens se donnent à fond, la tension est presque palpable. Nino dirige les débats avec grâce et vigueur. Lui qui était si élégant (et en un sens il est tout autant mod que ne peut l'être Dutronc!) emporte tout sur son passage. Je veux être un noir est un aveux de sa part: il aurait aimé pouvoir chanter comme Ray Charles ou James Brown, cependant s'il n'a pas le coffre de ses idoles Nino n'en a pas moins une voix incroyable, on le sent sur le fil, profondément honnête, terriblement intense! Non Nino tu n'étais pas un noir mais tu avais saisi l'âme de la soul et tu es un de ceux qui l'a le mieux adaptée à sa culture de part le monde. Nino Ferrer se place très facilement parmi les meilleurs chanteurs blancs de son époque dans la catégorie des Eric Burdon, Reg King ou Steve Marriott. Des mecs capables de retranscrire l'intensité de la soul sans la copier de trop près.

Cet album est presque un sans-faute et s'écoute très bien d'une traite (deux pour les puristes: on doit retourner le disque entre les deux faces), c'est assez rare dans le paysage français 60s où les LP étaient souvent des compilations d'EP agrémentés de fillers histoire de combler les interstices. Il y a de nombreux moments de pure grâce. Il faut écouter par exemple "Pour oublier qu'on s'est aimé", à mon avis la meilleure version de cette chanson (il en existe trois: une antérieure avant son succès populaire, et une au début des 70s). Ce morceau est sincère, il est intense, le texte est très direct, pas d'ironie, pas de non-sens ici, juste Nino qui balance des mots de ses tripes. Il y a quelques reprises notamment le fameux Les Cornichons (l'original est instrumental de James Booker: Big Nick) ou une superbe version de It's Man's Man's Man's World de James Brown ( si tu m'aimes encore ), on est loin des insipides yéyés: Nino prend la chanson à bras le corps et se l'approprie. On trouve de nombreux classiques du répertoire du franco-italien sur cet LP: Mirza, Les Cornichons, La Bande à Ferrer, Oh Hé Hein Bon, Mme Robert etc.

Enregistrement Public est un vrai concentré du Nino Ferrer 60s et une merveilleuse introduction à ceux qui souhaiteraient se lancer dans la discographie d'un des chanteurs les plus mésestimés de France de ces 50 dernières années. Il démontre la possibilité de s'approcher de l'esprit de la musique Soul en français dans la langue. L'intensité que met Nino dans sa musique devrait inspirer plus d'un revivaliste soul qui s'attache parfois d'avantage à soigner les détails et l'apparence plutôt que se mettre en danger en chantant comme si plus rien d'autre ne comptait, comme si c'était la seule chose qui avait une vraie importance, et c'était le cas pour Nino Ferrer.

L'album a été réédité en vinyle et il est disponible pour une modeste somme en cd.


Nino Ferrer -  Pour oublier qu'on s'est aimé

lundi 15 octobre 2012

Conjuguons la Pop #11 : Larry Greco - Jette-là (1965)

Voici un disque que je suis très fier d'avoir (et probablement un des 10 ou 20 disques que j'ai payé le plus cher ah ah). Un pote américain qui cherchait aussi absolument à avoir "jette-là" en 45T  considère ce titre comme un des meilleurs morceaux français. Je lui donnerais bien raison, j'irais même plus loin peut être en faisant de cet EP de Larry Greco dans son intégralité un des meilleurs des 60s en France.

Larry Greco de son vrai nom Roger-Claude Degallier démarre avec ses potes les Mousquetaires au début des années 60 du coté de Genève. Ils obtiennent un certain succès avec Marylisa y compris en France. En 1965 il sort ces meilleurs disques: deux EPs à couper le souffle accompagné par l'orchestre avec Eddie Vartan. Ce dernier est le frère de Sylvie, la connexion avec la famille Vartan se fait aussi du coté de Johnny: on peut ainsi apercevoir les deux (Johnny et Larry) faisant un bœuf au dos de la pochette, Larry écrira également quelques chansons pour le monstre sacré du "rock" français. L'autre EP contient une reprise hyper cool de "You've got what i want" intitulée "comme au poker" empruntée aux Boys Blue (les Sorrows l'ont aussi interprétée). L'EP Jette-là contient aussi une reprise mais accompagnée, fait assez rare pour le signaler, de trois originaux.

Le disque s'ouvre sur une composition originale, un slow intitulé "Jette-là". La thématique de la chanson est un classique du rock: un garçon éconduit alors qu'il est fiancé, un de ses amis lui conseille de ne pas chercher à recoller les morceaux. Les mots sont simples mais viennent du cœur. C'est un slow donc, l'idée peut faire peur pourtant il ne faut pas. Jette-là a quelque chose du "House of the Rising Sun" des Animals ou "I put a spell on you" de Screamin' Jay Hawkins. Sur un tempo lent et bluesy la voix de Larry Greco prend toute son ampleur, il arrache les mots de ses tripes, se met sur le fil à chaque syllabe, vit ce qu'il raconte . Les arrangements sont superbes, l'orgue est hanté, le solo de saxophone est très réussi et le jeux de batterie particulièrement raffiné. Larry Greco prouve aussi à travers ce titre qu'il était un vrai "shooter" de la race des Eric Burdon ou Van Morrison période Them. "C'est fini, bien fini" explore les mêmes thématiques (amour perdu, amitié etc.) mais sur un tempo bien plus enlevé. L'instrumentation se structure autour d'un duo piano-cuivre détonnant et apportant une touche rhythm n blues à l'ensemble. On pense aussi au rock pré-Beatles de groupes comme les Lafayettes.  Le titre est très réussi, Larry y injecte la dose de violence et de hargne qu'il faut.
La face B s'ouvre sur l'excellente "Je m'en vais demain". Seule reprise du lot le titre est emprunté à la star italienne Adriano Celentano. Ciao Ragazzi est à l'origine un titre au tempo plutôt lent, la chanson est superbe et la reprise à la hauteur. Larry Greco l'accélère et lui donne une pulsation dansante, les cuivres achèvent le boulot pour un ensemble de très bonne qualité loin de l'affadissement en vigueur chez les yéyés habituellement. Je trouve le choix de la reprise pertinent avec le répertoire de Larry Greco, il y a chez certaines chansons de Celentano ce que je retrouve dans la voix du suisse, une certaine forme de violence et de sauvagerie. Tu l'as voulue clôt l'EP en beauté, la chanson explore encore la thématique de la déception amoureuse, le tempo est enlevé, il y a une guitare bien rock n roll, des cuivres rutilants, ça balance un max, super morceau!

Larry Greco est un des petits miracles du rock français des 60s, si sa carrière a été bref il a eu le temps de commettre quelques uns des plus intenses morceaux que nous ayons pu entendre dans nos contrées. Sa voix le place dans le registre des shooters et il tient largement la comparaison. Que ce soit dans un registre lent et presque lugubre comme sur jette-là ou plus dynamique comme tu l'as voulue Larry Greco assure terriblement bien, on peut regretter que ce talent n'ait pas été utilisé plus souvent à sa juste valeur. Si vous souhaitez plus d'infos n'hésitez pas à faire un tour sur le site Rétrojeunesse.


Larry Greco - Je m'en vais demain

samedi 12 janvier 2008

Nino Ferrer - tchouk-ou-tchouk (1969)

Nous avions déjà évoqué Nino Ferrer à travers un morceau extrait d'un des deux EPs de son "groupe" les Gottamou ("Got to move") où il officiait à la basse, accompagné d'un certain Bernard Estardy à l'orgue. Nous le retrouvons cette fois ci en solo avec un titre de 1969 - une relecture d'un morceau plus ancien - extrait de l'ep "je vends des robes". Tchouk-ou-tchouk est un excellent titre de soul/rhythm n blues porté par des cuivres rutilants, un orgue groovy (joué par un certain Manu Di Bango!) et la ligne de basse terrible de Nino en personne. Inconstestablement Nino Ferrer n'a jamais eu la reconnaissance qu'il méritait, car artistiquement il est un des plus grands artistes que la France n'ait jamais eu.

Here we talk once about Nino Ferrer and his band les Gottamou (a french oral translation of "got to move"). Here is one of his finest track in solo from the 1969 ep "je vends des robes". Tchouk-ou-tchouk is a fine slice of soul / rhythm n blues with Manu Di Bango at the organ and Nino himself at the bass. Sadly in France Nino Ferrer is nowadays really underated, to my point of view is one of the greatest singer and artist France never had.

écouter / listen to tchouk-ou-tchouk

samedi 27 octobre 2007

the Cadillacs - speedoo (1955)

Cette fois un retour dans le passé encore plus marqué, puisqu'il s'agit du morceaux le plus ancien jusqu'ici sur ce blog (le précédent étant plus récent de deux ans). The Cadillacs est une des formations les plus connues de Doo Wop, genre ayant eu son heure de gloire dans la deuxième moitié des 50's. En 1954 ils enregistrent leurs premiers disques mais c'est en décembre1955 avec Speedoo qu'ils explosent dans les charts rnb, mais aussi pop. Si le groupe s'essouffle commercialement, comme le genre à la naissance des 60's, le phrasée typique de cette musique, continue d'influencer de nombreux groupes par la suite en particulier de soul (Temptations, O Jays, ou Persuaders en tête) voir de rock (XTC des débuts, Hot Club de Paris). Plus de 50 après ces morceaux continuent d'avoir une fraicheur irresistible.

The Cadillacs are a well known 50's band of Doo Wop. In december 1955 they rose in the rnb and pop charts with the great Speedoo. If at the start of the 60's the kind of music they've done was less succesfull, it continued to influence a lot of band including the Temptations, the O Jays, the Persuaders and even more funny XTC or actual indie band Hot Club de Paris. Indeed those old songs are nowadays still strong and fresh!

écouter / listen to speedoo

samedi 14 juillet 2007

the Lafayettes - nobody but you (1962)

The Lafayettes sont un combo formé de 7 musiciens de Baltimore. En 1962 ils sortent deux simples aux Etats Unis, réunis sous la forme d'un ep en France. Nobody but you est incontestablement le titre fort du disque (même si life's too short en A2 se défend bien), cette composition originale est un morceaux vigoureux ultra-pêchu de RnB blanc avec une grosse rythmique qui carbure. Il semblerait que la chanson faisait parti du répertoire live des Beatles avant que le groupe décolle, et à l'écoute on peut trouver une certaine ressemblance avec des morceaux du fab four comme leur reprise de Twist & Shout. Les simples ne furent pas des tubes aux EU (life's too short atteignant tout de même le top 100 singles là bas) en revanche en France l'ep était assez populaire, du coup on le trouve relativement facilement en 7 inches, pour pas trop cher, il est également dispo en cd chez Magic.

écouter nobody but you

The Lafayettes is a combo from Baltimore. In 1962 they released 2 singles, but they failed to chart well at the national level. In France an ep including the two singles was published and became quite popular, so it's not too hard to find the 7 inches these days. Nobody but you is to my point of view the best track, an awesome white rnb song, catchy and punchy, wich was on the set list of the Beatles in the early days.

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samedi 12 mai 2007

Brian Auger and the Trinity - Tiger (1967)

Tiger est une tuerie signée Brian Auger and the Trinity. Si Brian Auger est un chanteur assez moyen il est un des meilleurs organistes de rock au coté de Georgie Fame ou Graham Bond. Dans les sixties avec son groupe the Trinity il sort quelques disques en compagnie de l'excellente chanteuse Julie Driscoll dans une veine rock avec des influences blues, jazz etc. Dans les seventies il monte un autre groupe (Brian Auger's Oblivion express) dans une veine plus prog. Ce morceau avec ces riffs de hammond imitant les rugissement d'un tigre, est une petite bombe, nickelle pour remplir un dancefloor "mod".

écouter Tiger

Brian Auger is one the greatest organ player of England during the 60's with guys like Georgie Fame or Graham Bond. With the Trinity and Julie Driscoll he did some very good albums in a rock with blues and jazz influences vein.
Tiger is a great dancefloor tune, perfect for a mod crowd, with awesome licks of hammond.

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vendredi 20 avril 2007

Georgie Fame - Yeh Yeh (1965)


Georgie Fame est relativement connu pour avoir signé deux gros titres avec son groupe les Blue Flames (Yeh Yeh et Bonnie & Clyde). La musique du groupe est un mélange subtil entre rock, pop, R&B, jazz et ska (rien que ça!). On décèle bien les influences, entre Mose Allison et Booket T. Georgie Fame est à la fois chanteur et pianiste et il est l'un des premiers anglais à avoir adopté l'orgue hammond (en 1962). Bref, on ne peut que succomber devant Georgie. Dans les 70's il joue avec l'ancien pianniste des Animals et par la suite avec Van Morrison.