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mardi 12 juillet 2016

Une partie de Mikado

Mikado était un duo français formé de Pascale Borele et Grégori Czerkinsky. Ils ont sorti un unique album (Mikado) en 1985, celui-ci a la particularité d'avoir été produit par un label japonnais (Non-Standard, créé par un des membres de Yellow Magic Orchestra) avant d'être pris en licence en France par Vogue alors proche du dépôt de bilan. Le duo sort un premier single en 1982, un an après leur rencontre, sur le label underground Les Disques du Crépuscules. Ce disque leur permet de participer à une tournée au Japon et d'aboutir donc quelques années plus tard à l'enregistrement de Mikado.

Naufrage en Hiver (single extrait de l'album) est un des morceaux les plus connus du duo, il est aussi très représentatif de l'univers du groupe: l'esthétique vive, camp et pop de Pierre et Gilles, des arrangements délicats et synthétiques, au service de textes légèrement précieux, mais sans manquer d'un petit peu d'autodérision et de douceur. Mikado a beaucoup été comparé à d'autres duos (Elli & Jacno ou les Rita Mitsouko), pourtant ils sont uniques, leur musique est moins immédiate et frontale, plus subtile aussi. Elle a un je ne sais quoi de charmant, étrange et un peu désuet, naufrage en hiver et ses colliers de varech en sont une excellente illustration.

lundi 19 août 2013

Playlist été #2 - Byrdsian nam nam


Comme vous le savez je suis un inconditionnel des Byrds et je ne manque pas de les citer régulièrement ! Si eux même n'étaient pas indemnes de références (les Beatles en tête) ils ont fait du son de la 12 cordes une marque de fabrique que de nombreux groupes intégreront à leur tour dans leur musique, voici 25 (j'ai du me limiter ahah) exemples de formations super cool inspirées des glorieux Oyseaux de 1978 à nos jours !

The See See The Rain and the Snow (2013)
Les See See ont sorti deux albums, on recommandera en particulier le premier même si le second est également très chouette. Ce single paru en début d'année sur Sundazed, label d'avantage tourné vers les rééditions d'habitude, est une petite merveille et figure parmi leurs meilleures chansons avec le sublime Keep your Head.




The Young Sinclairs You can have her (2010)
On adore les américains Young Sinclairs sur RPUT comme vous le savez, et quel groupe a su le mieux retrouver l'essence des Byrds ? Ce morceau de 2010 sur leur album Chimneys a aussi des petits accents Beatles (le "oh yeah") absolument irrésistibles. Ils ont sorti trois 45 tours en 2013, tous géniaux (dont deux chez nous), et j'attends le prochain chez PSR avec une grande impatience !




Rain Parade You are my Friend (1984)
Je nourris une passion presque obsessionnelle pour le Paisley Underground et Rain Parade est probablement un de mes groupes fétiches du genre. Ce groupe psychédélique a fait quelques chansons dans une veine proche des géniaux Byrds comme ce très beau You are my Friend sorti après leur premier album absolument formidable ! Ajoutons que la pochette du 45 Tours a été conçue par monsieur Freakbeat en personne.


The Mantles Raspberry Thighs (2010)
Les Mantles de SF sont une de mes formations actuelles favorites. Moins connue (et moins productive !) que leurs collègues de la Bay Aera comme les Oh Sees, Ty Segall, Fresh and Onlys etc. ils ont développé dans leur deux albums un garage rock imprégné de folk qui les rapprocheraient des formations néo zélandaises 80s et parfois des Byrds comme sur ce magnifique single de 2010 édité par SDZ, qui figure (dans un nouvel enregistrement) aussi sur leur album de 2013 chez Slumberland.

The Optic Nerve Ain't that a Man (1986)
The Optic Nerve n'aura sorti de son vivant que deux 45 tours. Depuis l'erreur a été partiellement corrigée avec la sortie d'un album inédit époustouflant sur Soundflat en 1993. Les Optic Nerve était un groupe américain folk-rock / garage de grande classe, peut être un peu trop fin et délicat pour les hordes de fan de garage punk cryptique avec des colliers d'os et des dessins de Rat Fink sur leurs grattes vox. 



Allah-Las Vis-A-Vis (2012)
Les Allah-Las ont pas mal fait parlé d'eux avec leur premier album. Même si sur la longueur il est peu trop détendu du gland, les mecs savent écrire de super morceaux garage avec un son incroyablement sixties (merci Nick Waterhouse pour la prod aux petits oignons !). Parmi mes morceaux favoris du disque figure le très réussi Vis-a-Vis hommage assez évident aux Byrds qui pourrait presque aussi évoquer les groupes C86 !


Thee Oh Sees No Spell (2013)
Les OCS resteront le grand groupe de notre génération. J'assume à 100% ce que je dis, et ceux qui les ont vu en live seront de mon avis je crois. Impossible de ne pas être pris par cette machine de guerre incroyablement puissante en live. Leur musique fait le pont entre le garage, le punk, le krautrock mais n'hésite pas à aller vers la pop la plus douce aussi. Citer les Oh Sees dans un article à propos des Byrds me surprend moi même mais impossible de ne pas noter les airs de 8 Miles High dans cet incroyable morceau.

Primal Scream Gentle Tuesday (1987)
Je sais que Primal Scream gagnera ses lettres de noblesse en mêlant électronique et rock mais il n'empêche: mon préféré c'est le premier ! Gentle Tuesday est une petite merveille d'indie-pop sous perfusion de Byrds, une obsession partagé par le label manager en chef Alan McGee également !




Biff Bang Pow ! There must be a better life (1984)
Quand je vous disais que le chef en personne était un inconditionnel des Byrds ! Biff Bang Pow est un hommage au groupe The Creation, et surprise, le nom du label aussi ! Alan McGee et moi je pense qu'on a plein de goûts en commun, en tout cas les Byrds, Big Star et Rain Parade (et bien sûr les groupes qu'ils sortaient sur Creation).




Beachwood Sparks Something I don't recognize (2001)
L'année dernière Beachwood Sparks faisait un retour apprécié et reconnu par la critique avec The Tarnished Gold, un disque d'excellente facture ! Cependant je continue de lui préférer leur premier album sorti en 2001 chez Sub Pop et Bomp, à la pochette évocatrice de la musique du groupe (Cosmic American Music). Parmi les plus grandes réussites de l'album on notera le magnifiquement byrdsien Something I don't Recognize.


The Church Unguarded Moment (1981)
Parmi mes formations australiennes favorites je pense que je citerai les Church, en particulier pour leur premier album, le super réussi Of Skins and Heart. Cet album contient leur premier tube, le génial Unguarded Moment qui fait de chouettes appels du pieds aux Byrds !





The Long Ryders and she Rides (1983)
Parmi mes autres groupes fétiches du Paisley Underground figurent les remarquables Long Ryders probablement les plus dingues des Byrds du lot (on notera d'ailleurs le discret hommage dans leur nom grâce à un Y groovy). And she Rides est le morceau phare de leur premier EP 10-5-60, un morceau psychédélique de grande classe qui tire vers le Byrds sans le pasticher, une superbe chanson.



The Records Starry Eyes (1978)
Les Records sont une des plus fantastiques formations powerpop anglaises, leurs deux premiers albums sont des classiques du genre. Starry Eyes est un de leurs grands singles, il y a des guitares jangly et ces mélodies à tomber par terre ! A noter qu'il est un petit peu inspiré d'un titre d'Eddie and the Hot Rods (do anything you wanna do).




The Lears Coming Home Today (1994)
Dans les groupes 90s de Garage j'ai un petit faible pour les Lears, des gros fans des Byrds qui ont écrit d'excellentes chansons aux sonorités rickenbacker et douze cordes. The Story so Far sorti chez Get Hip (le label des Cynics) compile l'ensemble de leurs sorties (ou presque) ainsi que des inédits d'excellentes factures. Coming Home today était à l'origine sorti sur un EP du label italien Misty Lane (qui a réédité les Dovers !).


The Stone Roses Mersey Paradise (1989)
On ne reviendra pas sur le fait que les Stone Roses soit un des grands groupes de pop du tournant des années 80-90. Ils ont parfois glissé de super morceaux en face B de leur tubes comme le superbe (et très byrdsien malgré le titre !) Mersey Paradise que l'on retrouve sur le 12 pouces de She bangs the Drums !




The High Box Set Go (1990)
Un groupe directement lié aux Stone Roses ! Bien sûr les High ne jouent pas dans la même catégorie (on serait plus en seconde division) mais impossible de ne pas trouver un certain charme à leur unique album Somewhere soon et en particulier au magnifique single box set go, dont le riff est dans la tradition byrdsienne.




Teenage Fanclub Start Again (1997)
TFC est un grand groupe, osons le: un des plus grands des années 90. Ils ont sorti un paquet d'albums qui devraient être des classiques de la pop au rang desquels Bandwagonesque et Songs from Northern Britain me rendent dingue. Sur ce dernier album, sorti en 1997, les Teenage Fanclub se font lumineux et brillants. Impossible de ne pas entendre l'influence discrète mais sincère aux Byrds dans le magnifique Star Again et ses harmonies super jolies.



Twerps Work it Out (2012)
Twerps doit probablement plus à la scène néozélandaise des 80s qu'aux Byrds mais il y a dans ce morceau quelque chose de Byrds, que ce soit dans les guitares ou dans la diction (qui évoque aussi Dylan d'ailleurs). 





Triptides English Rain (2012)
J'adorerai entendre une version enregistrée de ce morceau avec une douze cordes, après avoir entendu Glenn la faire en live. Sur leur prochain album il devrait y avoir quelques autres morceaux dans lesquels survole l'esprit des Byrds (c'est déjà le cas sur le super set you free), j'ai hâte qu'il sorte !




Ducktails Ivy Covered House (2013)
Je suis un peu moins sensible à Ducktails qu'à Real Estate mais l'album contient quelques chansons fantastiques comme Ivy Covered House dans laquelle l'arpège de guitare jangly me fait penser aux Byrds.






R.E.M. Sitting Still (1983)
Je crois que Murmur est mon album favori de REM, c'est un GRAND disque dans lequel le groupe injecte du Byrds dans le post-punk, le college-rock. Un des grands disques des 80s pour moi. Sitting Still est une super chanson avec un riff jangly de Peter Buck mémorable.





The Last She Don't Know Why i'm here (1979)
Il parait que les Last trouvent leur premier album trop clean, peut être ... mais quel disque ! Un de mes albums favoris de powerpop, un groupe qui fait du punk, du surf, du merseybeat, ou du folk-rock le tout avec une touche unique, un super disque méconnu à redécouvrir !





Gamine Shandy Street (1983)
On ne répétera jamais assez que Gamine est un des meilleurs groupes français de pop ! Avant de signer en major le groupe aura l'occasion de sortir quelques singles et EP dont un magnifique format court sur Snapshot en 1983 produit par Robin Wills des Barracudas. Ce disque contient notamment le superbe Shandy Street dans lequel on reconnaît la touche jangly des glorieux américains.



Vetiver Any and All (2012)
Je ne suis pas très familier avec la musique de Vetiver mais ce morceau de la compilation In A Cloud II (dont il est de loin de le sommet) est une merveille de pop aux accents folk-rock et à la guitare jangly à souhait.





The Barracudas Dealing with today (1984)
Alors que Closer est ré-activé il est temps d'évoquer (et de finir en beauté) les excellents Barracudas, héros d'un certain underground des années 80. Leur troisième album Endeavour To Persevere contient le superbe dealing with today aux guitares 12 cordes enchanteresses.






Encore plus ?
Essayez ceux-là:
Sea-Urchins, Mighty Lemon Drops, Jasmine Minks, Olivensteins, Proper Ornaments, Cleaners from Venus, Bangles, Paul Messis , dBs, Woods, La's, Sadies, Razorcuts, The Coral , The Stands , los Planetas , Matthew Sweet , Velvet Crush , Flamin Groovies, Tom Petty, Sudden Death of Stars etc.

samedi 27 octobre 2012

Conjuguons la Pop #23: Interview avec Philippe Lavergne des Freluquets 1/2


J'avais découvert un peu par hasard les Freluquets en me baladant dans les méandres du net (la chronique du premier album). Quel dommage qu'un aussi beau groupe indie-pop français soit à ce point ignorer de nos jours, à RPUT on voulait leur rendre hommage et on s'est dit qu'interviewer Philippe Lavergne de la formation serait vraiment trop cool. On a eu de la chance il a accepté et c'est une fierté pour nous de pouvoir aujourd'hui vous en faire profiter, on espère que ça aidera à faire découvrir ce super groupe.

Salut Philippe, comment es-tu tombé dans la musique pop ?
Mes parents, qui se sont rencontrés dans un magasin de disques à Paris, avaient beaucoup de 45 tours à la maison (Beatles, Beach Boys, Rare Bird, Cat Stevens, etc.), les hits de l’époque surtout donc j’ai toujours baigné dans la pop (on écoutait aussi beaucoup la radio, RMC en particulier, quand ils y passaient encore de la musique) et à mon avis, pour qu’une chanson soit réussie il faut que l’on puisse en retenir la mélodie. 

Quel(s) groupe(s) t'a (ont) donné envie de faire de la musique ?
J’ai eu  la chance d’avoir des frères qui achetaient beaucoup de disques (notamment des imports d’Angleterre) à la fin des 70’s et au début des 80’s et qui lisaient le NME donc nous étions au courant de ce qui se faisait de bien dans ces années.
The Jam me faisaient rêver mais me paraissaient inaccessibles (trop forts !), j’aimais beaucoup The Clash aussi mais ce sont The Chords, dont je suis un grand fan, qui m’ont poussé à prendre la Fender Musicmaster de mon frère Christophe et former un groupe. Leur énergie, quatre musiciens (le nombre de membres parfait à mon avis), les mélodies (encore !), la Rickenbacker 330 du chanteur Billy Hassett, un batteur fantastique, les photos du verso de l’album (« So Far Away »), un disque qui a bien vieilli en plus, tout ça m’a séduit, au grand dam de mon frère Christophe d’ailleurs qui les aborait.

As-tu eu d'autres groupes avant les Freluquets ?
Des groupes de lycée (Spasme, Vision Flash, Parade) dans lesquels je jouais de la batterie puis Furythme où je tenais le rôle de leader pour la première fois, à la guitare et au chant. Je voulais écrire et être sur le devant de la scène ! J’avais 19-20 ans. Mon tout premier enregistrement (un album autoproduit enregistré en 4 pistes, sorti en K7) date de cette époque. Ce sont sur ses cendres que sont nés les Freluquets.

Qu'est-ce qui t'a poussé à monter les Freluquets ?
La 4e (!) formation de Furythme commençait à connaître de nouveaux problèmes de personnel (guitariste démissionnaire, batteur « hédoniste ») donc on a décidé qu’il fallait tout changer.

Comment se sont formés les Freluquets ?
Je suis parti en vacances à Bristol en Angleterre en 1986 et ce fut la révélation ! En assistant aux concerts de Tallulah Gosh, Razorcuts, Mighty Mighty, Chesterfields, entre autres, en me rendant plusieurs fois par semaine chez le génial disquaire Revolver, et en enregistrant sur cassettes la collection de singles impeccable des amis qui m’accueillaient j’ai trouvé l’inspiration. Je retrouvais chez ces groupes plusieurs choses que j’aimais : l’essence véritable du punk (DIY), une certaine innocence en plus, une esthétique (mélange des mods et des punks, on pouvait aimer The Jam et The Clash), une insouciance peut-être, en tout cas une absence de cynisme bienvenue. Et avec des chefs de file comme Orange Juice, Hurrah !, The Smiths, ou Jesus And The Mary Chain, ce mouvement ne pouvait que me plaire….
A mon retour en France, comme on ne trouvait pas de second guitariste, ma copine de l’époque a appris toute seule le clavier pour intégrer le groupe, et on a cherché un chanteur pour que je puisse me concentrer sur la guitare. Le seul que l’on ait vraiment auditionné, Luc Miquel, un collègue de travail, fut le bon. Il correspondait tout à fait à ce que l’on essayait d’être : un groupe pop, avec de l’humour et de l’énergie. On a galéré pour le nom et c’est une autre collègue de bureau qui sans le savoir (et en m’insultant) a trouvé celui que nous cherchions depuis des semaines : les Freluquets.

Vous venez de Perpignan, comment était perçue l'indie-pop là-bas, et ailleurs?
A l’époque Perpignan était une ville essentiellement rock, quasiment rétrograde dans son attitude vis-à-vis de la musique. C’est le sud, on est loin de la capitale et des modes (mais c’est la capitale des mods). J’ai d’ailleurs formé les goûts musicaux de la plupart des membres du groupe avec moultes compilations-cassettes, pour qu’ils s’imprègnent de l’esprit de ce que je cherchais à créer. Donc l’indie-pop n’était appréciée que par une poignée de clients du disquaire Lolita (qui sortira notre 45 tours) chez qui l’on pouvait se procurer les imports, britanniques surtout, de Danceteria. Perpignan donc ne nous trouvait pas assez « rock » mais Toulouse, avec sa population étudiante, était plus réceptive.

Chanter en français était-il un objectif dès le départ ?
Tout à fait. Je ne voyais pas l’intérêt de chanter en anglais alors que nous étions (et sommes encore) français. Nous n’aurions pas pu traduire notre humour et nos préoccupations dans la langue de Shakespeare. En plus nous n’avions ni le niveau ni l’accent pour ça ! Et personne en France ne chantait ce que nous voulions entendre (à part Gamine un peu plus tard), donc autant le faire nous-mêmes. J’ai quand même écrit ma première chanson en anglais « Love Story » deux ans après la création des Freluquets, en partie parce que jétais sorti avec une Anglaise (Cathy Williams, si tu lis ces lignes…), et parce que j’essayais de m’inspirer de « Frans Hals » de McCarthy. Par contre sur scène on reprenait « Felicity » d’Orange Juice, « Unionize » des Redskins, « The Model » de Kraftwerk, « Police On My Back » des Equals, « Daddy Cool » de Boney M et « Boy About Town » des Jam.

Qu'apporte, selon toi, le français à une formation comme la vôtre ?
C’était essentiel. Encore une fois nous n’aurions pas pu nous exprimer ou faire passer quoi que ce soit de vrai, d’honnête (ce qui était super important pour nous) dans une langue que nous ne maîtrisions pas. Les textes étaient souvent le fruit de conversations que l’on avait entre nous ou avec nos amis, d’idées que nous échangions, de séries ou de films que nous regardions donc étroitement et logiquement liés à notre langue.

Etais-tu chargé d'écrire les textes? Chez qui puisais-tu ton inspiration ?
N’importe qui dans le groupe pouvait écrire, il fallait juste que les textes plaisent à tous et qu’ils soient bien écrits. Comme je composais tous les morceaux j’écrivais plus que les autres mais les textes de Luc et de Cécile étaient également bien accueillis et jétais bien content qu’ils s’y collent aussi.
Paradoxalement mon inspiration ne venait pas du tout de chanteurs ou de groupes français mais de gens comme John O’Neill, Pete Shelley, Paul Weller, Edwyn Collins, Malcolm Eden, tous britanniques. Ils me « parlaient » davantage que n’importe lequel des musiciens français, toute génération confondue. Même si j’aimais Bijou, les titres en français des Dogs et Warum Joe.

Comment s'est passé l'enregistrement de votre premier 45 tours "De Nos Jours" en 1987 ?
Nous avons remporté un tremplin rock co-organisé par le disquaire Lolita et la défunte radio locale RMS (chez qui j’avais une émission hebdomadaire) dont le premier prix était l’enregistrement et la fabrication d’un 45 tours. Nous sommes allés à Toulouse au studio Condorcet, si mes souvenirs sont bons, pour y enregistrer pendant 2 jours. On nous a mis dans un petit studio avec un 12 pistes digital Akai et un assistant mais comme on n’y connaissait pas grand’ chose c’était génial et l’ingénieur s’est avéré très réceptif et ouvert. Donc que de bons souvenirs même si l’on a bu le pire vin de notre vie dans le resto routier en face du studio.

Quels ont été les retours sur ce disque à l'époque en France, à l'étranger ?
Le retour principal en France fut la bonne chronique dans les Inrocks bien entendu, et dans les fanzines comme In The Rain qui nous apportèrent des « fans » dans des régions où nous n’avions pas encore mis les pieds. Par contre aucune idée d’éventuels retours à l’étranger, à part une approche furtive et infructueuse d’un label espagnol. L’internationale indie-pop n’était pas encore née malheureusement.


3 ans s'écoulent entre le 45 tours et le premier album La Débauche (1990), que s'est-il passé pendant ce laps de temps ?
Virgin nous a fait venir à Paris pour discuter et on devait faire la 1re partie de Black (« It’s A Wonderful Life ») au Casino de Paris  mais cela n’a rien donné. Ensuite notre batteur Rodolphe est parti s’y installer et cela a ralenti le groupe. Je n’imaginais pas les Freluquets sans lui donc on devait lui payer l’avion pour qu’il nous rejoigne à chaque concert et les autres membres du groupe en ont pris ombrage. Je traversais en plus une période de doute et de frustration : on avait fait le tour dans le sud et on ne jouait nulle part ailleurs, j’avais l’impression que j’étais le seul à progresser et mon entourage me poussait à virer Luc, notre chanteur au comportement de plus en plus « rock ‘n’ roll ». Le remplaçant de Rodolphe n’était pas à la hauteur et après la première partie de Julian Cope (avec Mike Joyce des Smiths) à côté de Toulouse le 11 novembre 1988, j’ai décidé de rejoindre Rodolphe à Paris et de reformer le groupe là-bas. Entre-temps nous avions travaillé sur des démos et encore gagné l’enregistrement d’un 45 tours (que les Inrocks ont moins aimé cette fois) lors d’un tremplin à Toulouse en 1988 mais le disque n’est jamais sorti. Les bandes et la pochette ont disparu à tout jamais.

Vous avez dû repartir de zéro à Paris ?
Avant que je n’arrive à Paris Rodolphe avait déjà trouvé un bassiste, Patrice Rul, et un chanteur ténébreux, Stoyan C. On voulait surfer sur le succès d’estime de « De Nos Jours » et on a donc eu la mauvaise idée de garder les Freluquets comme nom de groupe alors que l’esprit et les aspirations n’étaient plus les mêmes. Sans parler des 3 membres que l’on avait abandonnés à Perpignan ! On ne jouait d’ailleurs que deux chansons du précédent répertoire : « Du Sable Dans Mes Chaussures » (sur « Discorama ») et « Love Story » (sur « La Débauche »). On a répété pendant des mois plusieurs fois par semaine pour créer de nouveaux titres, avec les textes de Stoyan principalement. Rodolphe insista pour que je ne sois plus le seul « patron ». En bon démocrate j’ai assez facilement accepté (un certain temps…). Pendant les premiers temps je squattais à droite à gauche chez des amis, j’étais au chômage et sans argent, il faisait froid, j’étais loin de ce que les Anglo-Saxons appellent ma « comfort zone ». Mais c’était Paris !

La perception de votre musique autour de vous (concerts, etc.) était-elle différente de celle de Perpignan ? 
 Complètement ! A Perpignan notre public nous connaissait bien puisque nous étions de la même ville et que nous fréquentions les mêmes endroits. Les concerts dans le sud étaient de vraies fêtes après lesquelles souvent on buvait et on riait beaucoup. Notre « following » s’appelait d’ailleurs le Tequila Sporting Club.
A Paris ou en Bretagne où l’on a beaucoup joué, le côté festif propre à notre esprit sudiste a disparu au profit d’une meilleure maîtrise musicale et les textes de Stoyan étaient bien plus introspectifs que ceux que l’on pouvait écrire auparavant. L’attitude a donc bien changé à tous les niveaux.

Comment avez-vous signé chez Rosebud ? 
Dès que Rodolphe, Stoyan, Patrice et moi avons eu assez de morceaux nous les avons enregistrés en 8 pistes et grâce au fanzine In The Rain qui nous aimait bien nous sommes entrés en contact avec Alan Gac qui nous a signés très vite. On a dû être la 2e signature de Rosebud je pense. On s‘était mis entre-temps à la recherche d’un guitariste lead pour étoffer notre son et Denis Colson est arrivé. L’album a suivi assez vite.

Parle-nous de l'enregistrement de "La Débauche"
Pas un super souvenir car il a été baclé et je trouve toujours le son pourri : 4 sessions de 8 heures dont la moitié passée à enregistrer la batterie ! Rodolphe nous faisait une petite crise de manque de motivation dont il avait le secret (cela se reproduira avec « Discorama »). 
Petit budget, petit studio, ingé son pas motivé car cela se passait entre Noël et le jour de l’an, formation qui se cherche encore, pas assez de chansons pour ne choisir que les meilleures, bref pas les conditions idéales. 
J’espérais autre chose, cela ne correspondait pas à mes rêves. J’aime encore la plupart des chansons quand même et les Inrocks l’ont inclus dans leur liste des classiques français des 90’s donc il y a du positif malgré tout.

Quelles ont été les évolutions musicales importantes entre le 45 T et l'album selon toi ? 
L’implication de Rodolphe dans la composition de certains morceaux et l’apport de Denis et sa Gibson 335. C’était le Maurice Deebank français tout simplement et c’étaient nous qui l’avions ! Ensuite, la petite guéguerre d’égos qui s’est vite déclarée dans le groupe entre les guitaristes : même si nous aimions tous deux la pop et des musiciens comme Tim Gane et Jeremy Kelly (Lotus Eaters, Wild Swans), nous étions souvent en désaccord (surtout lui). Cela s’est ressenti dans les compositions. Stoyan avait sa propre approche/démarche également donc on n’allait pas tous forcément dans la même direction, alors que la formation perpignanaise était beaucoup plus unie.

Quelles ont été les réactions à la sortie ? 
Plutôt bonnes puisque les ventes ont été honnêtes pour un groupe de notre niveau. L’album a été chroniqué positivement à peu près partout et encore une fois l’appui des Inrocks et de Bernard Lenoir qui joua en avant-première le flexi du morceau « La Débauche » a été déterminant dans notre petite carrière. Lenoir nous invita souvent dans son émission par la suite et nous enregistrâmes deux sessions pour lui (une pour Europe 1, l’autre pour France Inter). Best ne voyait pas trop où l’on voulait en venir mais au moins ils en ont parlé… Il y avait une nouvelle vague de groupes français au même moment (voir la compil « Contresens » initiée par les Inrocks) et on s’est laissé porter par elle. Je pense encore aujourd’hui que nous étions les plus intéressants du lot.


Les Freluquets - Les Portes

La suite demain mes chers amis !

mercredi 8 août 2012

Les Compilations #06: C86


C86, une lettre et un nombre qui veulent dire énormément pour quelques personnes et rien à la majorité. La compilation du NME saisit l'esprit de l'indie-pop originelle, celle des années 80, l'indie-pop élevée dans le DIY*, le fanzine et les petits labels distribué par The Cartel et vendu chez Rough Trade.

Les compilations "cassettes" du NME était une pratique courante et couvraient des registres diverses allant du punk en passant par le blues ou la musique country. En 1981 le NME a ainsi édité avec la collaboration de Rough Trade une compilation C81, un nom inspiré des cassettes vierges (C60, C90 etc.). Ce disque est vendu par correspondance en échange d'une petite somme d'argent et deux deux coupons à découper dans le NME , il obtient un énorme succès. La C81 documente en quelque sorte la fin du post-punk (Pere Ubu, Raincoats) et les prémices de l'indie-pop (représentées par des groupes du label Postcard comme Orange Juice ou Aztec Camera), peut être un poil trop tard ou trop tôt selon le point de vue. Cinq ans plus tard le NME remet ça, et confie la sélection à Roy Carr (qui avait également compilé en partie la C81), Neil Taylor et Adrian Thrills.


De la même manière que la C81 représentait un instantané (ou une tentative) l'objectif de la C86 était similaire. En 5 ans le contexte avait cependant changé, quand en 1981 on croyait encore que la musique indépendante pourrait s'imposer comme une alternative au mainstream déversé à la radio (et bientôt sur les chaines de clips comme MTV), on savait maintenant que le DIY était le seul recours, il ne s'agissait plus d'infiltrer le système mais d'en constituer un en parallèle, vivre en autarcie sans avoir besoin de dépendre des grosses maisons de disques plus intéressées à flairer du Madonna ou du Wham. 

Ce mouvement DIY se constitua autour de labels comme Creation (Jesus and the Mary Chain, Biff Bang Pow! , Bodines, Jasmine Minks, Primal Scream, Weather Prophets etc.), Subway (Chesterfields, Flatmates, Shop Assistants, Razorcuts, Soup Dragons) ou Dreamworld (le label de Dan Tracy des TVP avec Mighty Lemon Drops), de fanzines, de boutiques de disques (dont Rough Trade) et appuyé par un distributeur (The Cartel). Si le punk avait créer cette éthique ** l'indie-pop 80s en fera un sacerdoce et contribuera à la développer. 


La musique emprunte également l’esthétique issue du punk et du post-punk (et de groupes comme Orange Juice ou les Buzzcocks) qu'elle associe aux glorieux aînés tels que les Byrds (le fameux son jangly) ou le Velvet (les murs de guitares saturées). La C86 est pleine de contradictions et si aujourd'hui on associe plus volontiers cette compilation aux groupes twee ou indie-pop tels que Primal Scream, Pastels, Shop Assistants ou les Servants, elle offre également une place à des formations plus atypiques comme A Witness, Bogshed ou encore Age of Chance. Tous étaient cependant unis par leurs manques de moyen et leur débrouillardise pour enregistrer et sortir des disques.
De la même manière que la Nuggets a enflammé l'imaginaire de ceux qui l'ont écouté, les auditeurs se sont appropriés cette compilation  qui jetait un pont sur des scènes jusqu'ici isolées de Glasgow en passant par Londres. Ce qui en est ressorti est forcément réducteur par rapport à ce qu'elle est en réalité mais elle a permis de fédérer autour du concept et de contribuer à donner une existence à cette musique indie-pop qui se cherchait des étendards ou du moins des soutiens.

25 ans plus tard cette compilation est devenue une référence en matière d'indie-pop et les groupes qui s'y trouvent continuent d'influencer de nombreux groupes actuels des Pains of Being Pure at Heart en passant par les Drums ou Beach Fossils ainsi que des labels comme Slumberland ou Captured Tracks.
Si vous souhaitez étoffer le sujet je vous conseille de vous procurer la compilation "CD86" qui est vraiment cool et donne une bonne idée du son que l'on trouve sur la C86.



Un blog français a mis en écoute l'ensemble de la compilation.

Face 1
Primal Scream - "Velocity Girl"
The Mighty Lemon Drops - "Happy Head"
The Soup Dragons - "Pleasantly Surprised"
The Wolfhounds - "Feeling So Strange Again"
The Bodines - "Therese"
Mighty Mighty - "Law"
Stump - "Buffalo"
Bogshed - "Run to the Temple"
A Witness - "Sharpened Sticks"
The Pastels - "Breaking Lines"
Age of Chance - "From Now On, This Will Be Your God"

Face 2
The Shop Assistants - "It's Up to You"
Close Lobsters - "Firestation Towers"
Miaow - "Sport Most Royal"
Half Man Half Biscuit - "I Hate Nerys Hughes (From The Heart)"
The Servants - "Transparent"
The Mackenzies - "Big Jim (There's no pubs in Heaven)"
Big Flame - "New Way (Quick Wash And Brush Up With Liberation Theology)"
Fuzzbox - "Console Me"
McCarthy - "Celestial City"
The Shrubs - "Bullfighter's Bones"
The Wedding Present - "This Boy Can Wait"


* Do It Yourself : fais le toi même

** ça peut se discuter bien sûr, en revanche l'impact énorme qu'a eu le Spiral Scratch EP des Buzzcocks sur la musique indépendante est incontestable

samedi 24 septembre 2011

The Nashville Ramblers - the Trains (1986)

Les Nashvilles Ramblers sont un groupe de San Diego encore en activité occasionnellement. Formés de Carl Rusk (Mystery Machine), Tom Ward (Gravedigger V) et Ron Silva (Crawdaddys) ils n'enregistrent qu'une poignée de titres dont deux seulement seront publiés à l'époque sur une compilation "mod" anglaise. Ugly Things répare aujourd'hui cette injustice en sortant un 45 tours du groupe comprenant l'un des deux titres (the trains) ainsi qu'un inédit des mêmes sessions (une reprise des Golliwogs, le groupe pré-CCR).

The Trains est une super chanson, elle évoque aisément des groupes merseybeat comme les Beatles ou les Searchers, le solo de guitare est remarquable et apporte une petite touche Byrds (on pense à celui de I feel a whole lot better). Le titre plus qu'un pastiche ou un hommage est une vraie perle pop premier degrés et on ne peut que remercier les mecs de chez UT de donner accès à ce petit trésor caché sous format vinyle, alors qu'il n'était jusqu'ici dispo (en dehors de la sortie originale) qu'en cd sur une compilation Bomp (roots of powerpop) et la children of nuggets de Rhino. Achetez-le et demandez à UT de faire le même traitement à Mystery Machine un autre groupe de Carl Rusk qui mérite également d'être remis en lumière. Vous trouverez aussi plus d'info sur ce groupe dans le dernier numéro de Shindig, celui avec Left Banke en couv' (ça fait deux bonnes raisons de le lire).

Nashville Ramblers - the Trains

dimanche 2 janvier 2011

the Primitives - (we've) found a way to the sun (1986)

Bonne année 2011 à toutes et tous, nous revenons à la "normale" après cette période de bilan assez dense. Histoire de bien attaquer l'année RPUT vous propose aujourd'hui un morceau des Primitives, un groupe 80s anglais "C86". We found a way to the sun (ou we've found a way to the sun?) est l'autre face du single "stupid". J'aime autant les deux morceaux, ils sont assez différents en fait, stupid ressemble à du pop punk à la Buzzcocks en plus noisy avec une voix de fille, une très chouette chanson. We found a way to the sun est plus éthérée et vaporeuse mais conserve cette touche noisy, c'est mignon comme tout, en tout cas moi je fond. En ce moment je découvre pas mal le groupe, je risque donc d'en reparler un de ces jours, probablement pour leur premier album sur RCA ou un autre single de leur période "indé" sur Lazy (comme ici).

The Primitives were an UK indie band from late 80s affiliated with the C86 sound. They did some amazing pop song with a touch of noise, somewhere between the Buzzcocks and the Velvet Underground. They did several singles for Lazy, their own imprint before signing with RCA. Among thoses singles was "really stupid" a great pop punk song, on the other side you have "we've found the way to the sun" a great song too, that reminds me a lot of current indie bands. I'll hope to talk a little more about this band another time. Happy New Year 2011.

The Primitives - we found a way to the sun


The 7 inches is not too scarce to find, you can find it for pretty cheap on eBay (found my own copy for less than 5€)

lundi 13 avril 2009

los Negativos - no soy yo (la psicoastenia) (1986)

Los Negativos sont une formation de Barcelone fondée en 1984. En 1986 sort leur premier album "pik nik caleidoscopico", très influencé 60s le groupe se démarque pourtant par une écriture de qualité faisant du combo plus qu'un simple pastiche, défaut assez courant chez les formations qui convient les années 60s à leur banquet. J'ai choisi "no soy yo (la psicoastenia)" un très bon morceau dont les guitares aux sonorités ricken font mouche, porté par un très bon solo, et des choeurs vraiment cool. Ce premier album a été réédité en cd et en vinyle par Mushroom Pillow, une bonne occasion d'aller écouter cette formation ibérique qui mérite qu'on y prête une oreille, car il y a là des belles mélodies et des très bons moments.

écouter no soy yo (la psicoastenia)