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jeudi 8 juin 2017

Achats (très) récents #5

Quatre autres disques trouvés dimanche dernier.

Claude Dubois est un artiste québécois connu, il est notamment célèbre pour sa participation à Starmania en 1978. En 1970 et 1971 il séjourne en France et enregistre des disques parmi lesquels Comme Un Million de Gens qui n'a pas été publié au Canada. Si la face A nous laisse assez indifférent, Boogaloo est une excellente surprise. Le morceau est arrangé par José Bartel: ce dernier a également enregistré et chanté de son coté, participé au doublage chant de nombreux films (Le Roi de la Jungle ou Les Demoiselles de Rochefort) et nous lui devons aussi la BO de Spermula , un film dont le scénario semble tout droit sorti de l'imagination fertile et torride des 70s. Sur un tempo intermédiaire, Boogaloo propose une pop funky et groovy avec une chouette orchestration (cuivre, orgue jazzy, guitare "staxienne"). 


Peut-être pas l'EP (1966) de Christophe à ramasser en priorité (je parlerai bientôt de mon chouchou) néanmoins j'ai beaucoup aimé Excusez-Moi Mr Le Professeur. Christophe y est particulièrement intense, la composition (co-signée par Jean Jacques Debout et Roger Dumas en plus de Christophe) est très bien mise en valeur par les superbes arrangements (traits de violons, percussions, section rythmique au groove impeccable) de l'unique Jacques Denjean.

 

Transition trouvée: évoquons Jacques Denjean. Plus le temps passe, plus ce dernier devient un de mes arrangeurs français favoris. Je vois assez peu de musiciens français à avoir saisi avec autant de justesse le son de la musique noir américaine. Bien sûr les enregistrements et arrangements de Denjean ne sonnent pas comme des disques Verve de Jimmy Smith ou Stax des Mar-Keys mais quand même, le français s'inspira de l'esprit de ces musique et l'intégra avec beaucoup de goûts à la production française variété de l'époque. J'en profite également pour évoquer le parcours de l'intéressé: musicien chevronné (1er prix du conservatoire de Paris), en plus de son propre big band il participe à l'aventure Double Six. Je n'ai jamais ici évoqué ce groupe, il sort un peu de mon registre habituel puisque la formation pratiquait le Vocalese, un jazz vocal où les voix chantent des textes en se rapprochant au plus possible de la diction originale des instruments. 

 

Ce groupe est passionnant. Mimi Perrin, leader de la formation y fit participer de nombreux talents de la musique française. Ainsi en plus de Jacques Denjean mentionnons quelques musiciens très cool. Eddy Louiss, mon organiste français chouchou, a enregistré avec Nougaro. Jef Gilson, un étonnant musicien de jazz auquel j'ai déjà consacré un article (qui évoquait... Eddy Louiss). Christiane Legrand est la sœur de Michel Legrand et une surtout choriste recherchée ainsi que doubleuse chant film de haut niveau (... Les Demoiselles de Rochefort, Les Parapluies de Cherbourg). La personnalité de Mimi Perrin elle même est fascinante mais je pense que j'y reviendrai un jour en détail en évoquant moins succinctement les Double Six. 

 

Revenons en à Jacques Denjean: arrangeur demandé, on retrouve son nom au dos de nombreux disques de variétés (Richard Anthony, Christophe, Henri Salvador, etc.), il sort des disques sous son propre nom en parallèle, majoritairement (totalement?) instrumentaux avec un succès cependant moindre. Certains de ses morceaux ont été utilisés pour des indicatifs d'émissions de radio et doivent donc appartenir au patrimoine de la génération baby-boomers... Ce 4 titres (de 1964) est un parfait exemple du son Denjean des années soixante. Cela groove sévère sans être aussi poisseux et sensuel que du Stax, il y a toujours un son un peu jazz et sec français en arrière plan. Les musiciens sont excellents, les compositions classiques mais avec toujours un petit twist d'originalité. Des 4 seule une me semble un peu moins intéressante (blue horizon). Le Train Fou et Mistral 20h30 sont plus uptempo et très réussi. Enfin Dans la Nuit est une version instrumentale (antérieure? postérieure?) au titre composé par Denjean pour les Bab's. J'adore les deux versions, assez différentes, celle ci est peut être plus originale (écoutez la manière dont sonne la rythmique, le jeu sur les charlestons) et jazz !

   

Finissons cette cinquième session sur une très étonnante curiosité signée pourtant d'un groupe particulièrement connu: The Sweet. J'imagine que vous associez spontanément le groupe à ses hits glam bubblegum comme Ballroom Blitz ou Block Buster (blog) pourtant avant de connaître le succès à partir de 1971, le groupe se cherche pendant les quatre premières années de son existence, publiant des simples dans des styles différents.  I'm on my Way , face A du simple ci-dessus, publié en 1973 mais enregistré vers 1968 par Sweetshop (groupe pré-Sweet avec trois membres de la future formation) est un témoignage de cette période d'ajustement. Sympathique mais pas non plus indispensable, la chanson (probablement une démo) atteste de l'influence de la soul sur les Sweet des débuts. Avec une rythmique plus puissante, le morceau aurait certainement eu un petit potentiel dancefloor, en l'état c'est une chouette (mais dispensable) curiosité.


Attention, l'histoire se complique quand on aborde la face B ! My Little Girl From Kentucky n'est pas à proprement parlé un enregistrement de The Sweet, à l'inverse de la face A (pour laquelle le lien est réel malgré tout). En effet, il s'agit d'une version d'un morceau de The Closed, un groupe belge sixties de Liège formés par des Italiens, avec Brian Connelly au chant. Ainsi le morceau est publié une première fois par le groupe en question en simple en 1967 (ou 1969 selon d'autres sources) sur Hebra Records en face B, dans une version presque identique à l'exception du fameux chant. Selon, toute vraisemblance, Brian Connelly aurait enregistré pour 15 pounds deux morceaux avec le groupe mais ces pistes n'auraient pas été utilisées à l'époque ! Ces deux enregistrements de sources différentes faits quelque part entre 1967 et 1969, ressortent opportunément en un unique 45 tours d'assemblage pour surfer sur le succès du groupe. La face B est le vrai bon morceau du disque. My Little Girl From Kentucky est un tempo relevé, accompagné de guitare fuzz, d'orgue criard et d'une très bonne performance vocale. Pour vous faire une idée de la chose, voici en tout cas les deux versions (The Closed - que je n'ai pas en vinyle héhé/The Sweet), la similitude est plus qu'évidente !

mardi 6 juin 2017

Achats (très) récents #4

Les puces restent un de mes endroits préférés à Paris pour trouver des disques inhabituels, originaux. Je ne suis généralement pas assez courageux pour regarder les stands brocantes avec quelques bacs de disques non triés au milieu de choses diverses (vaisselles, bibelots, livres etc.), je me concentre donc sur les disquaires (ou les stands de disques) avec une préférence pour la zone autour de la rue Jules Valles qui comportent quelques figures comme le Yéti ou Copa Music. Je vais moins souvent dans la zone du Marché Dauphine (marché consacré à la collection) car j'y trouve les prix généralement un peu trop chers. 

Hier, j'étais donc aux Puces, je vous présente quelques unes de mes trouvailles chez Beatsqueeze, un de mes arrêts favoris à Clignancourt. Bien que la boutique soit plutôt réputée pour le hip hop, elle offre un choix vraiment intéressant en 60s/70s (notamment français) pour ceux qui aiment se faire surprendre et préfèrent trouver ce qu'ils ne cherchaient pas. Ajoutons que les proprios sont très cultivés (et curieux), comprennent mes goûts et sont réglos sur les prix: un très bon endroit !

Les Furys sont une formation québécoise (Montréal) auteurs de deux singles en 1965: Aide Moi et Michelle (qui comprend à nouveau Aide Moi en face B). Ils ont également sorti deux singles sous le nom de Joyce Germain and The Fabulous Furys en 1964, a priori deux fois le même couplage mais chanté en anglais puis en français ! Aide Moi, paru sur le label Trans-Canada, est une excellente composition originale aux inflexions beat/garage avec une touche r&b ! L'autre face ne présente en revanche aucun intérêt.


Continuons avec les Countdown Five un groupe américain (a priori du Texas) auteurs de six simples entre 1965 et 1969. Shaka Shaka Na Na est leur dernier et le seul à avoir bénéficié de pressage européen notamment en Suède, Italie ou Allemagne (sur Hansa, le pressage que j'ai). Groupe souvent présent sur les compilations garage (la liste), ce dernier simple ne fait pas exception à la règle bien qu'étant tardif: Shaka Shaka Na Na contient en effet quelques éléments typiquement garage (voix arrogante, guitare fuzz, orgue criard...) cependant impossible de ne pas noter la petite touche bubblegum (voir proto-glam si l'on veut ?) notamment grâce à une rythmique très puissante parfaite (et une ligne de basse très Cool Jerk des Capitols) pour danser ! Bref ce sera sûrement pas assez garage pour les puristes, pour ma part j'aime beaucoup!

 

Gérard Brent est un musicien français, auteur de quatre quarante-cinq tours entre 1964 et 1965. Il participe par la suite à l'aventure Chats Renaissances et les Visitors deux projets lié au fameux producteur JP Massiera. La Fille Qui Me Plait est une très bonne version du classique Hippy Hippy Shake dont on connaît souvent plus la reprise merseybeat par les Swinging Blue Jeans que l'original rock & roll de Chan Romero. Avec une instrumentation réussie (notamment un très bon orgue) signée Bernard Gérard (un habitué de ces colonnes), Gérard Brent signe une très bonne adaptation de ce classique du répertoire beat dans une version assez différente de l'original ou de la reprise de référence.

 
Finissons cet article sur The Mojo Men un groupe garage/folk-rock de San Francisco surtout connu pour leur classique Sit Down I Think I Love You (une reprise de Buffalo Springfield) que l'on peut notamment entendre sur la compilation Nuggets originale (voir mon article à ce sujet) ! Le groupe travaille avec le label Autumn dans lequel on retrouve les géniaux Beau Brummels et...Sly Stone en producteur avant qu'il ne monte sa Family ! L'intéressé enregistre d'ailleurs ce 45 tours. Si la face B ne présente pas d'intérêt majeur (un peu trop niais), Dance With Me est un très bon petit morceau garage-rock avec ce qu'il faut de niaque !


vendredi 1 avril 2016

Les Sultans: La Poupée qui Fait Non

"La Poupée qui fait Non" de Michel Polnareff a fait l'objet de nombreuses reprises y compris en anglais (par les Birds) ou en italien. Les Sultans, une groupe de Saint-Hyacinthe - la Mecque beat québécoise (Les Lutins, Hou-Lops...) - se l'approprient également en 1966 et l'éditent en single sur le label local Télédisc (Les Mersey's, les Bel-Canto etc.). Le résultat est une agréable relecture en groupe du classique de Polnareff. Les arrangements sont plus beat et mettent d'avantage en valeur la dimension folk-rock de cette superbe chanson. Sans dépasser l'originale, les Sultans évitent les pièges de la copie conforme et apporte un angle intéressant à ce classique du patrimoine francophone. Le groupe actif de 1964 à 1968 a publié deux albums studios et un disque live, la plupart de ses membres sont restés actifs dans la musique ( voir la page wikipedia ).

Nous avons évoqués quelques fois des groupes québécois des années soixante ici, pour prolonger l'expérience:
Mais aussi pas mal d'excellentes formations actuelles (Jesuslesfilles, Les Marinellis, Ponctuation...) !


jeudi 25 octobre 2012

Conjuguons la Pop #20 : Les Lutins - Laissez nous vivre (1966)

Aujourd'hui sur RPUT on a décidé de mettre les bouchées doubles avec deux excellents 45 tours francophones sixties. Premier épisode les Lutins.

On a déjà eu l'occasion parler de cet excellent groupe québécois ici même il y a quelques temps mais pour les absents voilà ce qu'on peut dire d'eux. Les Lutins étaient des teenagers québécois (le chanteur avait environ 16 ans au moment de l'enregistrement de cette galette!) originaires de la ville de St Hyacinthe considérée comme la Liverpool québécoise, en effet cette cité portuaire accueillait nombres de formations de beat parmi lesquelles Les Hou-Lops, les Sultans, etc. Les Lutins ont obtenu un succès populaire non négligeable au Québec: bonne nouvelle pour nous les 45 Tours sont souvent très abordables, notamment leurs classiques "Je Cherche" ou celui qui nous intéresse aujourd'hui "Laissez-nous Vivre" sortis sur le label Carrousel.

La face B "Dany" n'est pas franchement bandante, elle est assez gnangnan et a été écrite par leur producteur, en revanche "Laissez nous Vivre" un original du groupe est de leurs meilleurs morceaux aux cotés des "Petit Joe" ou "Girl". La chanson démarre en trombe sur un riff bien vicelard, déboule cette voix d'un ado qui crache ses tripes dans le micro.Comme les Gypsys les Lutins écrivent ce qu'ils connaissent et vivent, ils sont sincères et honnêtes et transpirent de l'esprit de la musique rock n roll (ou beat, garage, appelez ça comme vous voulez). Les textes me semblent moins proches d'un Dutronc adolescent comme sur "Je cherche". Le refrain est un poil gnangnan mais le riff du couplet est tellement bon que l'on oublie vite ce petit détail.

Les Lutins sont une des belles formations de garage québécois 60s au coté de groupes comme les Haunted ou les Misérables, une scène que je ferai bien de creuser un peu plus un jour!


Les Lutins - Laissez-Nous Vivre



samedi 20 octobre 2012

Conjuguons la Pop #16 : Interview Jesuslesfilles


Nous sommes heureux de pouvoir vous présenter le troisième et dernier groupe québécois que nous avons interviewé pour ce dossier Conjuguons La Pop. Après deux formations de garage-rock super cool (Ponctuation et Le Kid et les Marinellis) on accueille les excellents Jesuslesfilles pratiquant une noisy pop d'inspiration 90s mais pas revivaliste pour autant, un super groupe avec un son unique dans l'univers francophone.

Pouvez vous nous présenter le groupe ?
Dans Jesuslesfilles, il y a une fille et quatre garçons (Azure au chant, Martin au chant et à la guitare, Philippe à l’autre guitare, Guillaume à la basse et Benoit aux tambours). On a/a eu d'autres groupes (Les Vautours, Le monde dans le feu, Ponctuation), et/donc ce projet-là a commencé avec l’intention d’essayer autre chose que le rock garage : c’est un fond qui reste, mais qui a saumuré en masse dans les années 90. Mais on fait pas de grunge.
 
Certains membres de votre groupe jouent-ils dans d'autres formations ?
Martin joue dans Silver Dapple (fuzz pop 90s), Benoit dans Le monde dans le feu (électro-punk karaoké) et Guillaume dans Ponctuation (rock garage de frères)
 
Comment est venu le nom Jesuslesfilles ?
Y avait une toune qu’on jouait au début qui s’appelait Je suis les filles, pis Benoit a mal lu le nom à un moment donné qu’on cherchait un nom de band, pis on a trouvé ça ben brillant sur le coup.


Vous avez sorti Une Belle Table en 2010.

Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
Avec nos cennes bien indépendantes, pas de subventions, pis Joe des Breastfeeders, en plusieurs sessions plutôt décontractées. On a tracké du drum pendant deux jours de temps dans le studio des Breastfeeders, pis les guitares, la basse et les voix à temps perdu les soirées et weekends. Le mix a été fait par Jean-Michel Coutu, assisté de Martin. Je veux dire, y a pas d’anecdote.
 
Quels retours avez vous eu sur le disque ?
Des ben bons : La Presse, l’un des plus grands quotidiens du Québec, nous a mentionné dans sa revue de fin d’année (pas pire pour un disque indé), on a aussi été remarqués aux États-Unis (Brooklyn Vegan entre autres), on a été nommé pour le Bucky award de « Best reason to learn French » par CBC Radio 3, et Bang Bang, l’un des principaux médias alternatifs du Québec, demandait, dans sa revue de fin d’année aussi, si « le jeune groupe rock [taillera] sa place dans les annales de la scène locale, aux côtés des Breastfeeders, Navet Confit et autres Wd-40 ? »


 
 Est-il sorti uniquement en digital ?
Non, en CD-R aussi, avec une pochette sérigraphiée qu’on pliait en digipak à la main. On voudrait ne plus jamais faire ça, c’était une tâche du tabarnac.

  
En Mai 2011 vous sortez une split-cassette avec les Peelies. 

Comment s'est faite la rencontre avec les Peelies ?
Dans les escaliers extérieurs de L’Esco (l’immanquable bar rock garage montréalais), Martin fumait une cigarette et Marie-Andrée des Peelies lui en a demandé une et ils se sont dits qu’on devait faire des choses. On a fait un show thématique déguisé sur la fête mexicaine des morts. Pis un split parce que ça adonnait qu’on s’aimait bien.
 
Un mot sur le choix du support (cassette) ?
Joli choix de couleurs, pas cher, c’est le fun peser sur play sur un lecteur cassette
 
Vous chantez en français, était-ce une volonté délibéré dès la naissance du groupe ?
C’est pour être élitiste, pour faire chier les autres francophones qui chantent en anglais ? On se sent bête de chanter en anglais. C’est une langue qu’on parle couramment mais on ne la maîtrise pas comme on maîtrise le français. Et on aime les Wampas. Toi aussi.
 
Un mot sur le chant fille-garçon que l'on retrouve sur la plupart de vos morceaux ?
On peut jouer avec les textures, et ça fait beau.
 
Vos textes sont assez surréalistes, quelles sont vos inspirations en matière d'écriture ?
Les objets en particulier, quelqu’un, mais de moins en moins les filles. C’est pas très surréaliste; post-romantique, peut-être. Ben post.
 
Avez-vous également cherché l'inspiration dans d'autres groupes francophones pour le placement de la voix ?
Le vieux Wampas, un peu, c’est resté, sinon, c’est pour coller à la mélodie, on travaille avec les intonations.
 
Quelles sont vos influences au niveau musical ? 
Le vieux Wampas, The Vaselines, Ty Segall, The Pixies

 
 
À quoi ressemble la scène indépendante au Québec ?
Il y a eu une scène rock garage assez marquée il y a 8-10 ans (Breastfeeders, Caféïne, Demon’s Claws, …), ça nous a marqués. Depuis 2006, à cause de Malajube et Arcade Fire, il y a beaucoup trop d’indie-pop, mais pas de scène indie-pop parce que ces gens-là sont introvertis et adressent leurs sentiments. Depuis 2-3 ans, il y a une scène folk/folk sale assez vivante et festive, aussi, avec Bernard Adamus, Canailles, Lisa Leblanc, Dany Placard, Keith Kouna et d’autres. Sinon, c’est bigarré en genres, et en langues aussi : franco et anglo, deux scènes qui aimeraient communiquer davantage et qui, malgré la volonté sporadique, ont plus ou moins de succès à le faire.
Au fait, vous savez qu’aux Francofolies de Montréal, on chante en français pour vrai ?
 
Quelles sont ses spécificités par rapport à la scène indé canadienne ?
Il y a un son rock/country-rock/indie-rock canadien qui rejoint quelques francophones par procuration, mais c’est aussi endormant que l’indie-pop québécois.
 
Comment y est perçu le français ?
En dehors de Malajube et Karkwa, la majorité des mélomanes canadiens-anglais ne connaissent pas de musique francophone. Pas qu’il n’y ait pas d’ouverture, juste pas de curiosité. Mais l’ouverture est là : on a joué à Toronto et Halifax devant des anglophones et ça a levé (comme ça peut lever au Canada anglais).
 
Et avez-vous de bons retours du coté anglophone du continent nord-américain ?
On a joué 3 fois à New York, devant une centaine de personnes à chaque fois, c’était cool. Et comme on disait, on a eu une mention sur Brooklyn Vegan pour notre album Une belle table, entre autres blogues anglos. C’est notable. Ceci dit, on a quelques fans plutôt fervents en Angleterre. Et on joue à Iceland Airwaves à la fin du mois, et on sait qu’on y est attendus.
 
Quels sont vos projets ?
Iceland Airwaves à la fin du mois, et après on prend une pause pour composer le deuxième album. Ça fait un an qu’on dit qu’on prend une pause pour composer le deuxième album, en fait. C’est un projet, ça.
 
En France, nous ne connaissons pas très bien la scène québécoise, quelques recommandations à nous faire ?
Vous connaissez Duchess Says. Y a aussi le rock garage de Ponctuation, le sludge-synth-punk de Meta Gruau, la fuzzy pop de Silver Dapple, l’indie-rock de Parlovr (ça peut être bon, l’indie-rock ; Parlovr c’est un bon exemple), le garunge de Solids, la folk sale et festive de Canailles, pis tous les bands ici  Forchristsake est un mini-label opéré par Martin et Jean-Michel, le gars qui a mixé notre premier album. 


 

jeudi 18 octobre 2012

Conjuguons la Pop #14 : Interview avec le Kid et les Marinellis


Au moment où je vous écris je découvre seulement l'album du Kid et les Marinellis après leur super single sorti en 2009. On est heureux d'avoir pu interviewer ces mecs dans notre dossier conjuguons la pop, les premiers morceaux que j'entends à l'instant sont vraiment très bons et à la hauteur des deux titres que nous avions évoqué il y a quelques temps. Je veux ce disque !

Pouvez-vous nous présenter Le Kid et les Marinellis ?
Boîte de Pandore au couvercle égaré, contingent pentacéphale, le bastion Marinelli étonnera toujours par son habileté à insulter le contentieux moral bourgeois: le bon sens. Une bête à chasser en troupeau, il va sans dire. Cedric, J-F,Rülf,Olivier, Ben 

Comment est né le groupe ? Êtes-vous dans d'autres formations en parallèle ?
Nous sommes des amis de longue date, pour les autres formations, JET 5 et Shortpants Romance

Le Kid je crois savoir que tu es fan de Dutronc non ? La "Françoise" de "T'es pas d'ici" est-elle une référence au français ? 
Françoise est vraiment la Françoise Hardy ! Mais pour le Fan, je suis plus « FAN » de Antoine que de Dutronc.

Écoutez vous également des groupes francophones canadien des sixties comme les Misérables ?
Les groupes comme Les Misérables, Les Lutins, Les Sinners, etc. font partie d’un culte qui est probablement beaucoup plus grand à l’étranger qu’au Québec. La preuve a été faite dans le passé par le biais de copies pirates de ces albums sur des labels européens.
En fait, mis à part Les Sinners qui furent immortalisés au cinéma par Jacques Godbout, le reste des groupes québécois plus « garage » (notons aussi au passage Les Sextants, Les Atomes, Les Loups, etc.) de cette époque demeure très obscure et n’intéresse que le bout de l’ongle d’une minorité de soi-disant « amateurs » de garage qui préfère généralement le confort des références faciles dont elle est gavée. Il faut également mentionner en parlant des Sinners qu’Arthur, leur guitariste vedette (ex-Jaguars ayant également joué avec Robert Charlebois), est toujours actif, ce qui leur confère un peu de mine dans le crayon.

Quelles sont vos autres influences ?
Rolling Stones, Demons Claws, Antoine...et plus

Le choix du français a-t-il été délibéré dès le départ ?
Oui, la langue que nous parlons.

Avez-vous rencontré des difficulté à utiliser cette langue ?
Non

Quel rapport entretiennent les groupes québécois avec la langue française ?
Il y a un malaise ambiant, c’est palpable. Langue du rock, langue pas-rock, langue de bois, langue dans la poche, rock n’ roll et pauvreté… qui sait ? Cette obsession de se dire que ça ne se fait pas, du rock n’ roll dans sa propre langue, si elle n’est pas l’Anglais à tout le moins, c’est un complexe qui donne une belle couleur à l’expression « la sacralisation de l’écrasement ».

Pensez-vous qu'il soit différent de celui que nous avons en France ?
Ce serait matière à réflexion, mais la dynamique géographique et politique dans laquelle nous évoluons a une incidence certaine. Couplez le tout au manque d’intérêt que notre génération a envers la culture québécoise (cinéma, musique, arts, etc.), c’est pas mal une recette gagnante pour passer à autre chose. Si tu veux une analogie facile, dis-toi que 70% des québécois n’ont probablement pas vu plus de 3 films parmi les 10 plus importants de notre répertoire cinématographique, et que pire encore, sur ces 10 films, il est probable que près de la moitié n’ait même été sous-titrée afin d’être disponible ailleurs dans le monde.

Comment la langue est perçu au Canada dans la musique ? et à l'étranger ? 
Il serait trop facile de dire que les anglo-saxons n’ont rien à cirer du fait français et de nos quelques arpents de neige. Ce qui fait la beauté des communautés musicales communément appelées « sous-cultures » c’est qu’on s’y retrouve par choix et qu’on y reste par goût et par intérêt. Ceux qui choisissent de venir nous voir, d’acheter les disques et les autres babioles sont là parce qu’ils peuvent partager une certaine vision de ce que l’on fait, et cela transcende bien souvent les questions linguistiques. Si c’est le premier pas vers une affirmation de l’existence d’une culture distincte, vivante et apte au dialogue, c’est déjà très bien.
  
Comment voyez vous l'évolution de la scène garage canadienne ?
Nous la voyons de loin… avec des jumelles que l’on jettera bientôt afin de ne plus prendre la mauvaise habitude d’épier le voisin. « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.

De quels groupes vous sentez-vous proche ?
UBT et Man Legs


Votre premier single est sorti en 2009 votre album sort cette année, que s'est-il passé entre temps?
Des changements, le band a changé les 2 guitaristes .. on a enregistré

Comment s'est fait le rapprochement avec P Trash ?
Un simple E-mail, il nous connaissait déjà, il avait acheté un grand nombre de 45tours

Vos projets ?
Sortir un autre 45 tours, enregistrer pour un prochain album et oui surement une tournée européenne !

En France nous connaissons assez mal la scène canadienne, quelques recommandations à nous faire ?
Allez vers ce qui vous semble le plus niché, laissez les comparaisons de côté, si quelqu’un vous parle du « son montréalais », ne lui adressez plus la parole en premier.



acheter l'album

mardi 9 octobre 2012

Conjuguons La Pop #06 : Interview Ponctuation


En février dernier, on vous a causé de l'EP "lèche-vitrine" des québécois Ponctuation que nous avions vraiment adoré. Ce sujet a été l'occasion d'aller interviewer les deux frangins par le biais de quelques e-mails, sur leur actualité et aussi leur rapport aux français. Achetez leur EP, il est hyper bien,  il est dispo à Paris chez Born Bad et bien entendu depuis leur bandcamp.

Quels sont vos influences ?
On ne s'inspire généralement plus d'un son ou d'une période que d'artistes en particulier. La musique des années 60's est évidemment incontournable pour nous mais également ce qui s'est fait à NYC et à Manchester entre 1977 et 1982.

Être frères change-t-il votre approche de la musique ?
Oui et non, il ya une sorte d'osmose et une authenticité inhérente à cela mais ultimement nous sommes deux personnes qui font de la musique ensemble. Une chose est certaine, on ne passe pas par quatre chemins pour se dire les... choses.

Le choix du français pour Ponctuation a-t-il été délibéré dès le départ ?
Oui, je ne pouvais plus entrevoir faire un groupe uniquement en anglais. Pour moi, l'authenticité est impérative pour faire de la bonne musique et la réalité est que nous sommes francophones. À quoi bon faire semblant d'être américain?

Avez vous rencontré des difficultés à utiliser cette langue ?
Comme tout bon franco, on est influencé par la scène rock anglophone. On s'est aussi demander s'il était vraiment possible de le faire en français. Par contre, une fois que l'on est arrivé à en faire une en français, on s'est rendu compte qu'il était en fait plus facile d'écrire ainsi puisque l'on est plus en mesure de juger de la qualité du texte.
    
La présence au Canada d'excellents groupes 60s francophones comme les Misérables, Lutins, Haunted vous a-t-elle aidés ?
On a beaucoup écouter la scène 60's Québécoise et Française également. Ça a certainement été un bon point de départ pour nous mais on a voulu aller plus loin. Notamment au niveau des textes, on s'influence plutôt d'auteurs Québécois contemporains. Stephane Lafleur du groupe Avec pas d'casque est un bon exemple.

Quel rapport entretiennent les groupes québécois avec la langue française ? 
Étant entouré d'anglophones en Amérique, les auteurs/compositeurs québécois sont peut-être plus sensibles au fait de défendre leur identité francophone dans leur musique qu'en France par exemple. Il y a malgré tout beaucoup de francophones ici qui ne conçoivent pas faire du rock en français. Certains penses que de chanter en français pourrait leur empêcher de jouer devant un publique Anglophone. Rien n'est plus faux. Chanter en français ne nous a pas empêcher de jouer aux États-Unis et dans le Canada anglais. Cela nous a même aidé à le faire.

Pensez-vous qu'il soit différent de celui que nous avons en France ?
Comme je disais plutôt, il ya la question de l'identité qui est différente ici mais malgré tout, j'imagine que ça doit se ressembler.

Comment la langue est-elle perçue au Canada dans la musique ? et à l'étranger ?
Ce que j'ai pu observer en jouant au Québec et ailleurs c'est que finalement, les gens veulent de la bonne musique fait de façon authentique. Peu importe dans quelle langue elle est chantée. Cessons d'agir en réaction constante à ce que font les américains. :)

Comment voyez-vous l'évolution de la scène québécoise ?
Je pense que l'on est à l'aube de quelque chose présentement. Il y a une effervescence actuellement autant à Québec qu'à Montréal et il me semble que pour la première fois, la scène anglophone et francophone se mélange. Les années 60 et les années 90 ont été très importante dans l'histoire de la musique Québécoise et quelque chose me dit que les années que nous vivons actuellement seront du même ordre.


Avez-vous  eu de bons retours sur votre EP "Lèche-Vitrine" ?
Oui vraiment. Les critiques ont été pas mal unanime, au dessus de nos attentes!

Comment l'avez-vous enregistré ?
Faute d'argent, nous l'avions enregistré nous même avec peu d'équipement dans la maison de nos parents.

Avez-vous des sorties de prévu ?
Nous sortons un split avec « Le monde dans le feu » sur flexi disque au mois de novembre et nous entrons en studio pour faire un album complet au mois d'octobre. Nous enregistrons sur ruban à Hotel2tango à Montréal, studio ou ont enregistrés notamment King Khan et les Spaceshits. On a vraiment hâte. L'album devrait sortir sur 12 pouces ce printemps.

D'autres projets ?
Pour ma part, (Guillaume) je joue maintenant de la basse dans Jesuslesfilles et je travail sur un autre projet avec Jean-Michel du groupe de Québec Leafer.

En France, nous connaissons assez mal la scène canadienne, quelques recommandations à nous faire? 
En vrac :
Jesuslesfilles
Le Kid et les Marinellis
Les Babalooneys
Cobrateens
Solids
Cousins
Leafer
Le monde dans le feu
Buddy Mcneil & the Magic Mirrors


jeudi 16 février 2012

Ponctuation - Lèche Vitrine EP (2011)

Depuis hier soir j'écoute en boucle cet EP de Ponctuation, leur premier en vinyle (que j'ai commandé!). Internet ça a du bon quand ça permet de discuter avec des gens de l'autre coté de l'Atlantique et de découvrir des groupes aussi cool.

Point de départ: Benoit de l'émission de radio Bande à Part (Québec) me contacte pour récupérer les morceaux des Guillotines, on échange quelques e-mails qui aboutit à la rédaction de cet article (dans lequel figure nombre de mes chouchous français actuels). De mon coté, ne connaissant pas forcément beaucoup de groupes canadiens francophones indie (en dehors de Malajube ou du Kid et les Marinellis), je lui ai demandé de me recommander quelques groupes, Benoit m'a très gentiment fait une liste d'une demi-douzaine de formations du cru à écouter. Parmi eux se trouvait Ponctuation. Je commence par les deux titres de leur cassette (épuisée), pas mal, j'aime bien la Face B... Et puis je mets l'EP, c'est bon je suis convaincu! Il est vachement bien ce 4 titres. Je crois que j'adore tous les morceaux du disque mais si je devais en citer disons que deux ma préférence irait pour "repas...repu" et "belvédère".

Je dois donc remercier Benoit pour cette très belle découverte, du garage crasseux à souhait mais très inspiré, vraiment excellent, j'espère avoir rapidement l'occasion d'entendre d'autres trucs du groupe! Ah et Benoit est aussi membre du groupe Jesuslesfilles , très cool également. Le 45 coute pas trop cher avec les frais de port depuis le Canada, disons que c'est forcément un peu plus qu'un 45 venant de France mais que ça reste très correct pour un import nord-américain. Il y en a que 300 alors prenez-le.

ACHAT / ECOUTE BANDCAMP


PONCTUATION - Belvedere

mercredi 6 avril 2011

Les Mersey's - si tu m'aimes (1967)

Comme vous le savez j'ai un petit faible pour les disques de beat chantés dans d'autres langues que l'anglais, notamment le français. A ce petit jeux les québécois se débrouillaient sacrément bien , peut être à cause de la présence rapprochée du cousin américain. J'ai déjà eu l'occasion de mentionner les géniaux Lutins il y a quelques temps, il faudrait aussi parler des Misérables ou des Hou-Lops (j'étudie mon grec avec Normand Fréchette est une tuerie) mais aujourd'hui on s'intéresse aux Mersey's. Ils ont sorti un unique album que je n'ai pas eu l'opportunité d'écouter, en revanche j'ai mis la main sur ce single il y a quelques temps, et je dois dire que "si tu m'aimes" est un sacré morceau pour danser dans la pure tradition british beat, revue et corrigé en français, très bon single! Par ailleurs si vous souhaitez approfondir la question, je vous recommande la lecture des blogs Patrimoine Québec et Vente de Garage.

Les Mersey's - si tu m'aimes

dimanche 3 mai 2009

les Lutins - je cherche (1966)

Les Lutins sont un groupe formé à Sainte Hyacinthe parfois surnommée la Liverpool québécoise, à cause du contingent impressionnant de formations de beat issues de cette ville dans les sixties. Je cherche est un de leur premiers succès en 1966, alors que le chanteur n'a même pas 18 ans, c'est un pure concentré rageur de musique beat / garage en français, rappellant Jacques Dutronc dans ses très bons moments (et moi et moi et moi etc.). Pour les accrocs aux vinyles, le LP est assez difficile à trouver (il existe une réédition bootleg) mais le 45tours est très abordable! Enfin profitons de ce post pour mentionner la qualité générale de la scène québécoise garage / beat , on recommandera entre autres les excellents Misérables et bien sûr le reste de la discographie de nos Lutins (en particulier les morceaux "laissez nous vivre" "la junglemanie" "petit joe" ou encore "girl").

Les Lutins were one the most popular band in the french part of Canada in the 60s. They were from Sainte Hyacinthe a kind of local Liverpool, because of the numerous beat bands from there! Je cherche is an amazing slice of garage / beat sung in french, with very cool lyrics it reminds the best works of Jacques Dutronc circa 1966 (et moi et moi et moi etc.)! The 2 Lutins's Lps are hard to find but some of their 7 inches are quite easy and affordable (including this one).

écouter / listen to je cherche