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lundi 21 août 2017

Achats Récents #14 Bubblegum !

Second épisode des achats barcelonais avec une spéciale Bubblegum. Le genre musical était destiné aux adolescents (et pré-ados) de la fin des années soixante. Il connaît son heure de gloire entre 1968 et 1970 mais inspira de nombreux autres producteurs par la suite. Style souvent snobé, il mérite pourtant d'y consacrer un peu de temps ne serait-ce que pour les passerelles avec d'autres courants que nous apprécions particulièrement comme le psychédélisme ou le garage-rock. Avantage: les disques sont rarement chers ou recherchés (sauf quelques références très précises comme Captain Groovy & His Bubblegum Army) comme en témoigne les 9€ dépensés pour ces 4 simples.

Si, au sens stricte, la bubblegum pop fait référence à une période très précise, la musique préfabriquée à destination des adolescents est une constante depuis les années cinquante. Aux idoles un peu trop crues et sauvages que furent Elvis, Chuck Berry ou Eddie Cochran, les maisons de disques préférèrent bien vite développer leurs propres champions et inondèrent le marché de Frankie Avalon ou de Fabian, plus acceptables pour les parents et contrôlables par les maisons de disques. Au début des années soixante, les songwritters du Brill Building comme Gerry Goffin et Carole King ou Ellie Greenwich et Jeff Barry imposèrent leur style sur la pop signant une quantité incalculables de classiques. Il en fut de même pour Phil Spector (Shangri-Las, Ronettes) et bien sûr la Motown (Four Tops, Supremes). Jusqu'ici il était surtout question de division du travail entre compositeurs, arrangeurs, producteurs et interprètes... The Monkees, un groupe monté sur casting pour une série télévisée inspirée d' A Hard Day's Night des Beatles, poussèrent la logique encore plus loin, aux portes de la pop bubblegum. Don Kirshner, éditeur émérite, fut en effet chargé par la production de fournir des hits aux groupes, il fit alors appel aux équipes de Brill Building parmi les plus célèbres comme Boyce & Hart (last train to Clarksville ou I'm not your steppin' Stone). Le groupe fut cependant vexé de ne pas participer à la création artistique et reprit par conséquent le pouvoir... Don Kirshner, amer, eut cependant l'occasion de rebondir et d'aller encore plus loin dans la logique de contrôle en créant un groupe virtuel de toute pièce pour un dessin animé: The Archies. 

La pop bubblegum était née et réglait les problèmes d'égos des musiciens. Elle permettait au label / manager / producteur une main mise totale: image, écriture des chansons (confiées à des professionnels), interprétation par des musiciens de studio etc. On considère généralement Green Tambourine publié en novembre 1967 des Lemon Pipers comme le premier tube bubblegum. Il lança en tout cas une période faste pour le label majeur du genre: Buddah Records. En effet, sous l'égide des producteurs Jerry Kasenetz et Jeffrey Katz (Super K Productions) ainsi que du directeur général Neil Bogart, le label inonda le marché de tubes de groupes factices ou absents lors des enregistrements de leurs simples... Ils s'appelaient, Ohio Express, Archies, 1910 Fruitgum Co. ou encore Crazy Elephant et pendant quelques années ils firent les poches des adolescents qui se jetaient sur leurs nouveaux 45 Tours... Artistiquement la pop bubblegum emprunta au versant léger du psychédélisme comme au garage-rock. The Music Explosion expriment cette parenté: ils sont souvent considérés comme appartenant aux deux. Les chansons étaient souvent simples, répétitives, très accrocheuses, avec des rythmes dansants. Le nom fait référence à la profusion de référence à la nourriture et plus particulièrement au sucre dans les chansons (Sugar Sugar, Yummy Yummy Yummy ou encore Chewy Chewy), l'occasion de double-sens pas si innocents. L'efficacité des faces A rendait l'exercice de la face B plus libre et propice à délires de studio. Ainsi nous retrouvons d'excellentes faces B, parfois très violentes, au dos de tubes consensuels et efficaces. 

Si l'on ne peut les qualifier à 100% de pop bubblegum, l’œuvre de groupes comme The Osmonds, The Cowsills ou Tommy James and the Shondells évoluèrent à très grande proximité... La pop bubblegum fut de courte durée mais démontra la possibilité de créer des projets de studio de toutes pièces et avoir énormément de succès. Elle fut ainsi précurseur du travail de Nicky Chinn et Mike Chapman dans le glam avec The Sweet ou Mud ou encore du groupe Bay City Rollers. D'autres y firent leurs armes comme certains des membres de 10cc qui travaillèrent pour Super K Productions. Enfin elle influença durablement la musique pop, notamment des groupes comme The Rubinoos ou les Paley Brothers.  

Simon Says par 1910 Fruitgum Co. est un des énormes tubes du genre. Je lui préfère la très bonne face B Reflections from the Looking Glass aux effluves psychédéliques. Un excellent travail de studio pas si éloignée que ça du garage ou de la sunshine pop.


Roll It Up face B de Mercy est une des bonnes incursions des Ohio Express dans le garage-rock. Si le morceau n'est pas aussi mythique que Try It (reprise par The Attack), il fait plus que la blague et s'en sort avec les honneurs ! Orgue marqué, chorus de voix pompé sur land of 1000 dances et morgue à la Mitch Ryder: pas mal pour de la pop bubblegum !


Techniquement, on pourrait me rétorquer que ce n'est pas nécessairement un single bubblegum. En tout cas il a été publié par Kama Sutra, label collaborant à l'époque avec Buddah Records et  The Rapper comporte certaines caractéristiques typiques du genre: mélodie simple, répétitive et catchy, rythmiques marquées. The Jaggerz avait sorti un premier album sur le label de Gamble et Huff pour l'anecdote.


Finissons en beauté avec un très bon simple des 1910 Fruit Gum Co. de 1970. When We Get Married sonne comme un joli hommage au Wall of Sound de Phil Spector à mi chemin entre les Dixie Cups et The Ronettes, l'usage des castagnettes ne trompe pas ! La face B est une fascinante curiosité. Baby Bret est un instrumental plutôt rock & roll avec une bonne dose d'effets psychédéliques et spatiaux ! On pense évidemment à Psyché Rock par exemple !

vendredi 16 juin 2017

Achats Récents #9

The Whispers est un groupe américain de soul formé à Watts (près de Los Angeles) en 1964. La formation est particulièrement connue pour ses tubes de la fin des années 70 comme And the Beat Goes On. Comme de nombreux groupes ayant traversés les décennies (Temptations, Isley Brothers, Steve Wonder) leur musique a évolué en fonction des époques. Needle in a Haystack est la face B du tube Seems Like I Gotta Do Wrong (#6 des charts R&B). La chanson est une très jolie production soul de 1970, elle évoque à travers son tempo modéré et son groove irrésistibles les classiques de Billy Stewart ou de The Impressions. Plutôt étonnant compte tenu qu'il s'agit d'une production 100% californienne écrite par deux membres du groupe. Peut-être un peu lent pour être joué en soirée mais à tenter ne serait-ce que par l’irrésistible accélération...

 
Vous connaissez certainement les 4 Seasons pour leur magnifique classique Beggin repris depuis pas mal de fois dont quelques versions de sinistre mémoire. Ainsi, plutôt qu'évoquer ces Norvégiens avec "con" dans le nom qui ont profané cette superbe chanson, mentionnons la délicate reprise par Timebox. Au delà de la voix fantastique de Frankie Valli, rendons hommage à Bob Gaudio, clavier du groupe et co-auteur de nombreux classiques de la formation (Sherry, Rag Doll, Beggin, Can't Take my Eyes off You, Silence is Golden...). S'il ne participe pas à l'écriture de Let's Hang On! son camarade d'écriture Bob Crewe en est. Crewe n'est pas un membre officiel de la formation mais son rôle est essentiel dans la carrière du groupe par ses qualités d'écriture et de production. Il met également ses talents au service de Mitch Ryder and the Detroit Wheels. Profitons ainsi de ces quelques lignes pour saluer la mémoire d'un de ces hommes de l'ombre ayant façonné la pop des années soixante discrètement mais avec classe et élégance. J'ai d'ailleurs découvert cette chanson par l'entremise d'une version assez réussie de Richard Anthony, intrigué par les crédits de celle-ci et la présence de Crewe je remontais ainsi aux 4 Seasons. Let's Hang On! ressemble assez à l'idée que je me fais de la Blue Eyed Soul même si techniquement cela n'est pas considéré comme tel. Des arrangements délicats et groovy (cuivres, guitare fuzz, vibraphone), la voix haut-perchée de Valli, de superbes mélodies, l'ensemble constitue une invitation à la danse et au lâcher prise... 


The Reflections est un groupe blanc de doo wop/blue eyed soul du milieu des années 60 de Détroit. Ils cartonnent en 1964 avec (Just Like) Romeo & Juliet que vous connaissez peut-être à travers la version de Michael and the Messengers intégrée à la toute première compilation Nuggets. Le groupe peut-être considéré à certains égards comme un one hit wonder néanmoins nous pouvons apprécier le reste de leur discographie, notamment la face B de Poor Man's Son sorti en 1965. Comin' at You est un excellent morceau uptempo, groovy, avec de jolis arrangements et un excellent travail dans les voix (dans lequel on perçoit nettement l'influence doo-wop) !


The Paupers est un groupe canadien de Toronto de pop psychédélique des années 60. Ils ont sorti de deux véritables albums: Magic People en 1967 et Ellis Island en 1968. Magic People est donc le morceau-titre de ce premier ouvrage et surtout un excellent morceau de pop psychédélique. Les harmonies sont particulièrement réussis, le son de la guitare très chouette et le pont psychédélique avec l'écho si typique de l'époque ! Ce n'est pas forcément un grand morceau du genre mais néanmoins une bonne surprise qui rejoint ma collection avec grand plaisir et que j'aurais peut-être l'occasion de glisser dans une émission de radio ou un mix (voir les deux)...


jeudi 8 juin 2017

Achats (très) récents #5

Quatre autres disques trouvés dimanche dernier.

Claude Dubois est un artiste québécois connu, il est notamment célèbre pour sa participation à Starmania en 1978. En 1970 et 1971 il séjourne en France et enregistre des disques parmi lesquels Comme Un Million de Gens qui n'a pas été publié au Canada. Si la face A nous laisse assez indifférent, Boogaloo est une excellente surprise. Le morceau est arrangé par José Bartel: ce dernier a également enregistré et chanté de son coté, participé au doublage chant de nombreux films (Le Roi de la Jungle ou Les Demoiselles de Rochefort) et nous lui devons aussi la BO de Spermula , un film dont le scénario semble tout droit sorti de l'imagination fertile et torride des 70s. Sur un tempo intermédiaire, Boogaloo propose une pop funky et groovy avec une chouette orchestration (cuivre, orgue jazzy, guitare "staxienne"). 


Peut-être pas l'EP (1966) de Christophe à ramasser en priorité (je parlerai bientôt de mon chouchou) néanmoins j'ai beaucoup aimé Excusez-Moi Mr Le Professeur. Christophe y est particulièrement intense, la composition (co-signée par Jean Jacques Debout et Roger Dumas en plus de Christophe) est très bien mise en valeur par les superbes arrangements (traits de violons, percussions, section rythmique au groove impeccable) de l'unique Jacques Denjean.

 

Transition trouvée: évoquons Jacques Denjean. Plus le temps passe, plus ce dernier devient un de mes arrangeurs français favoris. Je vois assez peu de musiciens français à avoir saisi avec autant de justesse le son de la musique noir américaine. Bien sûr les enregistrements et arrangements de Denjean ne sonnent pas comme des disques Verve de Jimmy Smith ou Stax des Mar-Keys mais quand même, le français s'inspira de l'esprit de ces musique et l'intégra avec beaucoup de goûts à la production française variété de l'époque. J'en profite également pour évoquer le parcours de l'intéressé: musicien chevronné (1er prix du conservatoire de Paris), en plus de son propre big band il participe à l'aventure Double Six. Je n'ai jamais ici évoqué ce groupe, il sort un peu de mon registre habituel puisque la formation pratiquait le Vocalese, un jazz vocal où les voix chantent des textes en se rapprochant au plus possible de la diction originale des instruments. 

 

Ce groupe est passionnant. Mimi Perrin, leader de la formation y fit participer de nombreux talents de la musique française. Ainsi en plus de Jacques Denjean mentionnons quelques musiciens très cool. Eddy Louiss, mon organiste français chouchou, a enregistré avec Nougaro. Jef Gilson, un étonnant musicien de jazz auquel j'ai déjà consacré un article (qui évoquait... Eddy Louiss). Christiane Legrand est la sœur de Michel Legrand et une surtout choriste recherchée ainsi que doubleuse chant film de haut niveau (... Les Demoiselles de Rochefort, Les Parapluies de Cherbourg). La personnalité de Mimi Perrin elle même est fascinante mais je pense que j'y reviendrai un jour en détail en évoquant moins succinctement les Double Six. 

 

Revenons en à Jacques Denjean: arrangeur demandé, on retrouve son nom au dos de nombreux disques de variétés (Richard Anthony, Christophe, Henri Salvador, etc.), il sort des disques sous son propre nom en parallèle, majoritairement (totalement?) instrumentaux avec un succès cependant moindre. Certains de ses morceaux ont été utilisés pour des indicatifs d'émissions de radio et doivent donc appartenir au patrimoine de la génération baby-boomers... Ce 4 titres (de 1964) est un parfait exemple du son Denjean des années soixante. Cela groove sévère sans être aussi poisseux et sensuel que du Stax, il y a toujours un son un peu jazz et sec français en arrière plan. Les musiciens sont excellents, les compositions classiques mais avec toujours un petit twist d'originalité. Des 4 seule une me semble un peu moins intéressante (blue horizon). Le Train Fou et Mistral 20h30 sont plus uptempo et très réussi. Enfin Dans la Nuit est une version instrumentale (antérieure? postérieure?) au titre composé par Denjean pour les Bab's. J'adore les deux versions, assez différentes, celle ci est peut être plus originale (écoutez la manière dont sonne la rythmique, le jeu sur les charlestons) et jazz !

   

Finissons cette cinquième session sur une très étonnante curiosité signée pourtant d'un groupe particulièrement connu: The Sweet. J'imagine que vous associez spontanément le groupe à ses hits glam bubblegum comme Ballroom Blitz ou Block Buster (blog) pourtant avant de connaître le succès à partir de 1971, le groupe se cherche pendant les quatre premières années de son existence, publiant des simples dans des styles différents.  I'm on my Way , face A du simple ci-dessus, publié en 1973 mais enregistré vers 1968 par Sweetshop (groupe pré-Sweet avec trois membres de la future formation) est un témoignage de cette période d'ajustement. Sympathique mais pas non plus indispensable, la chanson (probablement une démo) atteste de l'influence de la soul sur les Sweet des débuts. Avec une rythmique plus puissante, le morceau aurait certainement eu un petit potentiel dancefloor, en l'état c'est une chouette (mais dispensable) curiosité.


Attention, l'histoire se complique quand on aborde la face B ! My Little Girl From Kentucky n'est pas à proprement parlé un enregistrement de The Sweet, à l'inverse de la face A (pour laquelle le lien est réel malgré tout). En effet, il s'agit d'une version d'un morceau de The Closed, un groupe belge sixties de Liège formés par des Italiens, avec Brian Connelly au chant. Ainsi le morceau est publié une première fois par le groupe en question en simple en 1967 (ou 1969 selon d'autres sources) sur Hebra Records en face B, dans une version presque identique à l'exception du fameux chant. Selon, toute vraisemblance, Brian Connelly aurait enregistré pour 15 pounds deux morceaux avec le groupe mais ces pistes n'auraient pas été utilisées à l'époque ! Ces deux enregistrements de sources différentes faits quelque part entre 1967 et 1969, ressortent opportunément en un unique 45 tours d'assemblage pour surfer sur le succès du groupe. La face B est le vrai bon morceau du disque. My Little Girl From Kentucky est un tempo relevé, accompagné de guitare fuzz, d'orgue criard et d'une très bonne performance vocale. Pour vous faire une idée de la chose, voici en tout cas les deux versions (The Closed - que je n'ai pas en vinyle héhé/The Sweet), la similitude est plus qu'évidente !

samedi 11 février 2017

Eolika "Jāprot"

Trouver de la musique en ex-URSS dans la période 60s/70s n'est pas une mince affaire ! Autant certains pays (Pologne par exemple) semblèrent relativement (toute proportion gardée avec l'Ouest) ouverte sur les groupes de musique de jeunes, ce ne fut certainement pas le cas de l'Union Soviétique, particulièrement réfractaire à la pop occidentale qui abrutissait nous autres Européens. Mes recherches sur discogs ont néanmoins portés leurs fruits et je pense pouvoir vous parler de quelques découvertes ici à l'avenir...Notre première incursion est en compagnie d'un groupe letton de Riga: Eolika. La formation naquit en 1966 en faisant des reprises à plusieurs voix des Beach Boys, elle s'arrêta une première fois en 1972 suite au service militaire obligatoire de certains membres du groupe. Elle reprit par la suite et eut une carrière nettement plus conséquente à partir de la fin des années 70 et surtout dans les années 80. Dans la période qui nous intéresse le groupe letton n'a sorti que deux 7 pouces (je dis 7 pouces car ces derniers tournent en ...33 tours) dont un seul leur est entièrement dévolu, celui qui nous intéresse aujourd'hui. L'ensemble tire sur la variété mais a son charme, un morceau se dégage nettement du lot Jāprot un jerk groovy avec de jolis arrangements de voix. L'enregistrement est pas mal, les musiciens jouent plutôt pas mal et on est emporté par l'excellent solo d'orgue ! Bref une charmante curiosité qui démontre l'intérêt de creuser...y compris en ex-URSS ! C'est bien sûr sorti sur le label d'état Melodiya (Мелодия). À noter que l'on trouve un excellent morceau de pop psyché sur youtube de la formation qui n'a malheureusement jamais eu l'honneur d'être publié en vinyle.


lundi 23 janvier 2017

Aguaviva "Cantaré"

Voici un disque que je croisais souvent mais j'évitais tout autant. Pochette peu engageante, un look laissant présager d'une pop générique... Une fois quelqu'un (un excellent disquaire) a eu l'idée de me le faire écouter, ce fut une bonne idée ! Comme quoi il ne faut pas toujours se fier aux pochettes.

Aguaviva est un groupe de pop qui tire vers le rock progressif, le folk et la musique espagnole. Le groupe a la particularité d'avoir eu de nombreux changements de membres au cours de son existence, le cœur de la formation étant José Antonio Muños et Manolo Diaz. Ce dernier, en plus d'écrire la plupart des compositions du groupe, n'est pas un inconnu: ancien membre du groupe beat Los Sonor, il a écrit quelques classiques de la pop sixties espagnole comme La Moto une chanson interprétée par Los Bravos mais aussi Los Pasos. Il travailla d'ailleurs assez régulièrement avec ces deux formations (y compris en participant à la production de Los Bravos) ainsi que ponctuellement avec Los Canarios, ou Los Pop Tops...Aguaviva est en quelque sorte son bébé, il fonde le groupe à la fin des années soixante en compagnie de José Antonio Muños dont le rôle dévoile la principale spécificité du groupe: il interprète des textes plus qu'il ne les chante. En effet, Aguaviva adapte de nombreux poètes espagnols en musique, la plupart d'entre eux ayant une connotation politique, une manière pour le groupe de contester la dictature. On compte ainsi par exemple Rafael Alberti dont l'exil se prolongea de 1939 (fin de la guerre civile) jusqu'à 1977 (en 1975 Franco décède, il est remplacé par Juan Carlos 1er qui va assurer une transition démocratique du pays) adapté sur la face A de ce simple Poetas Andaluces. Cependant, j'ai une préférence pour la face B écrite par le seul Diaz: Cantaré. Basse au médiateur, rythmique funky, guitares acoustiques légèrement nuageuses, chœurs féminin à la Mamas & Papas, construction alambiquée typique de l'époque, la chanson est une jolie démonstration du savoir faire espagnole de la fin de décennie soixante et du début de la suivante. Si Aguaviva a du mal à décoller dans son propre pays au début, l'attrait pour leur musique à l'étranger (notamment en France et leur participation au fameux festival de chanson de Sanremo) leur permet de finalement acquérir un statut de classique de l'autre coté des Pyrénées.  


samedi 31 décembre 2016

Jef Gilson "Christ Nous Venons à Toi"

En février dernier nous évoquions l'Abbé Noël Colombier auteur d'un mémorable jerk catholique bien connu des collectionneurs: Jette La Pierre. Aujourd'hui, en ce dernier jour de l'an 2016, découvrons un autre trésor du patrimoine catholique dans la musique populaire: Christ Nous Venons à Toi de Jef Gilson. Le disque est paru chez Pastorale et Musique dans la collection Louez Dieu, un label spécialisé dans la musique religieuse, la date de sortie est plutôt difficile à définir, l'année annoncée par discogs me semblant fantaisiste (1970). Pour ma part je pencherai pour la première moitié des années 60 compte tenu du son et du style de l'enregistrement, à noter que les disques de la collection qui l'encadrent (les volumes 3 et 5) sont de 1963, une date me semblant plus plausible à bien des égards.

La question de la date n'est pas anodine, en effet, la Jesus Music se développe à la fin des années soixante aux États Unis quand des hippies reborn se mettent à jouer la musique qu'ils écoutaient précédemment en louant Dieu. L'idée de marier musique populaire séculière et textes religieux pourrait donc être apparue en France avant. Elle se développe aussi en Angleterre avec l'explosion beat donnant lieu à de nombreux groupes chrétiens jouant dans le style des Beatles, parmi lesquels le plus connu étant peut-être les Joystrings au service de l'Armée du Salut... En France il existe ainsi des disques assez similaires dont un certain nombre aurait presque un son et un style garage, cependant la majorité de la production est plus orientée vers le jazz comme en témoigne Christ Nous Venons à Toi.

Le 45 Tours convie quelques figures bien connues de la musique catholique française des années 60 et 70 parmi lesquels Guy de Fatto (ici auteur des texte, musicien de jazz), l'aumônier des artistes et la chanteuse Christiane Oriol, invitée régulière des productions religieuses. Cependant le reste du casting réserve quelques surprises fort intéressantes. Il y a bien sûr Jef Gilson qui dirige la formation: un musicien de jazz émérite, qui s'il a toujours été un peu à la marge du milieu français, n'en constitue pas moins l'une des figures les plus libres et étonnantes. Ce dernier peut compter sur un ensemble de musiciens de très bonne tenue.  Jean Schulteis est à la batterie, dans les années 70 et 80, l'intéressé est un musicien très demandé (Johnny, Michel Berger, Michel Jonasz, Julien Leclerc...) , parmi mes contributions préférées du batteur je suis obligé de citer la reprise délirante de wild thing par Sublime De Luxe qu'il a produite avec Claude Putteflam pour Flamophone (Système Crapoutchik, Ilous et Decuyper). Jacky Bamboo aux percussions fut lui membre de l'orchestre de Jacques Hélian. Nous trouvons Guy Pedersen à la basse, musicien d'illustration sonore mais aussi dans de nombreuses formations de jazz, nous l'avions déjà croisé ici puisqu'il participa à l'aventure Henry Cording. À la guitare, Pierre Cullaz, autre musicien de jazz, présent notamment sur l'excellent disque Riviera Sound N1 de Big Jullien and His All Star. Enfin terminons ce tour par le fabuleux organiste Eddy Louiss, ancien membre des Double Six et certainement un de mes musiciens préférés à cet instrument en France. Je vous reparlerais de lui certainement un jour !

Si les 4 morceaux de l'EP ne sont pas tous fantastiques, deux s'en dégagent nettement. J'irai vers le Seigneur est un sympathique morceau groovy avec une légère influence latine. La pièce de choix est pourtant Christ Nous Venons à Toi où les musiciens sont particulièrement bons, notamment Eddy Louiss absolument irrésistible à l'orgue, il emballe le morceau d'une grâce folle. Bien sûr l'ambiance religieuse pourra en freiner certains mais écoutez la musique: vous n'entendez pas les échos de Jimmy Smith qui soufflent le long de ces 2 minutes et 17 secondes ? absolument superbe !

jeudi 10 novembre 2016

Les indicatifs de Campus sur Europe 1

Si la libéralisation des ondes radios fut une des grandes mesures de Mitterrand, le monopole de l'état fut contesté des décennies auparavant, notamment par la station Europe 1 créé en 1955, l'une des plus célèbres radios périphériques avec par exemple RMC (Radio Monte Carlo) ou encore RTL (Radio Télé Luxembourg). Ainsi pour contourner l'interdiction, l'émetteur était installé en Sarre, une région allemande alors sous protectorat français. 

Parmi les émissions populaires auprès des jeunes sur la station figure certainement Salut Les Copains aussi connu sous le nom de SLC. Cette émission destiné principalement aux adolescents fut un des grands vecteurs de la musique yéyé en France. Ses présentateurs Daniel Filipacchi et Frank Ténot imposèrent un ton moins compassé et plus direct, ils diffusèrent aussi tous les nouveaux tubes de Johnny, Sylvie mais aussi parfois de la pop britannique... Au milieu des années soixante, SLC perdit de son influence, en effet progressivement les goûts du public jeune évoluèrent et cherchèrent des artistes peut-être un peu plus incisifs et personnels. L'émergence de Dutronc ou Antoine en 1966 exprime cette tendance: répertoire original, musique agressive, textes mordants et ironiques... En 1969, en pleine vague Musique Pop elle disparaît dans un relatif anonymat...depuis elle est devenue l'un des symboles forts de l'innocence de l'époque et certains de ses génériques, notamment le cultissime Last Night du fantastique groupe instrumental (backing band de Stax) de Memphis les Mar-Keys, résonnent toutes les semaines dans de nombreux mariages à travers la France au moment du madison

Une autre émission d'Europe 1 à destination des jeunes a tout pour retenir notre attention: Campus. Animé par le journaliste Michel Lancelot (décédé en 1984), elle exprime la quintessence des changements s'opérant entre 1968 et 1972 (ses années de diffusion), une période marquée par les révoltes étudiantes à travers le monde notamment le Printemps de Prague. Son ton plus mature transcendée par la contre-culture qui irrigue l'occident (beatniks et désormais hippie) séduisit les anciens auditeurs de SLC devenu de jeunes adultes, étudiants en fac pour certains d'entre eux. Les génériques de l'émissions sont particulièrement chouettes, on en recense trois, tous excellents (le premier d'entre eux avait d'ailleurs eu son article ici il y a presque dix ans et été cité une seconde fois il y a trois ans et demi...) et que je vais vous présenter.



Tiger de Brian Auger and The Trinity, paru en 1968, est un excellent morceaux groovy 60s porté par l'orgue hammond fiévreux d'un des plus doués représentant du genre anglais (Brian Auger), certainement plus percutant que son collègue Georgie Fame (que j'aime beaucoup par ailleurs). La performance vocale n'est pas fantastique (surtout si l'on compare avec les sorties accompagnées de l'incroyable chanteuse Julie Driscoll) mais le morceau fouraille suffisamment pour que ce détail n'en soit qu'un...



Le morceau est produit par Giorgio Gomelsky, décédé en début d'année dans un relatif anonymat...Ce personnage de l'ombre fut pourtant clef dans la British Invasion. Peut-être pas aussi important que ne le furent Brian Epstein et Andrew Loog Oldham managers respectifs des Beatles et des Stones lors de leurs ascensions, le Suisse d'origine géorgienne fut pourtant un maillon essentiel de l'époque. Premier imprésario des Stones il dirigea, suite à leur perte, les Yardbirds. Il produisit pas mal de disques, notamment pour des petits français comme Johnny Hallyday


Loin de s'arrêter après les sixties, l'intéressé embarqua en France à la fin de la décennie et fut impresario de Gong ou Magma. Il joua un rôle décisif dans la création d'un circuit de MJC pour les groupes progressifs de l'époque en France et enfin on le retrouvât à New York pote avec Bill Laswell alors en pleine création du groupe Material ! Bref, une figure de l'ombre dont le rôle essentiel pour la musique que nous aimons se devait d'être un peu plus mis en lumière et je suis content de pouvoir en dire un mot à l'occasion de cet article. Il fait un étonnant lien entre scène britannique sixties, rock progressif français et disco déviante new-yorkaise. Mais revenons-en à nos chers génériques de Campus !


La seconde saison de Campus se fit ainsi au son de Take One de The Golden Pot un 45 tours très apprécié des collectionneurs de jerks 60s. Instrumental frénétique marqué par le rythme et un orgue acide à souhait, le titre est enlevé et débridé. Discogs n'apporte que peu d'information sur le groupe dont voici l'unique sortie (il existe cependant un EP compilant les deux morceaux avec deux morceaux des Maledictus Sound, une rareté garantie !). La pochette fournit quelques informations sur le groupe mais elles pourraient être fausses... Enregistré le 25 avril 1969 au studio Regent New Sound (s'agit-il du même lieu que le Regent Sound Studio où les Stones firent leur premier album?) les deux morceaux sont signés par un certain Sean Garcia (organiste du groupe) et C. Payne, annoncé comme directeur musical. Sean Garcia serait-il Sylvain Garcia, un français dont les crédits dans la variété 70s française ne sont pas négligeables ? Une hypothèse à considérer ! À noter que la face B Motive sans être aussi folle que Take One se défend très bien dans le genre instrumental groovy nerveux et dansant !


Enfin finissons notre tour des génériques de Campus, par le dernier recensé d'entre eux qui accompagna l'émission en 1972 (mais extrait de l'album Devotion paru en 1970): Marbles de John McLaughling  un guitariste britannique dont le parcours mérite le détour...

Si le public ne le découvrit véritablement qu'à partir de la fin des années soixante avec les premiers albums sous son nom (Extrapolation en 1969 paru sur le label de...Giorgio Gomelsky), l'intéressé avait déjà un CV conséquent. Ainsi nous aurions pu l’apercevoir en compagnie du gratin de la scène blues londonienne notamment Graham Bond, Alexis Korner, Georgie Fame ou... Brian Auger. Il n'enregistra pas ou peu avec ces artistes (à l'exception de Graham Bond et Bowie apparemment) mais ces années lui permirent certainement de développer son style unique. Ainsi McLaughlin put devenir une des figures essentielles du jazz-rock en participant notamment à de nombreux classiques de Miles Davis dans sa période électrique tel que Bitches Brew.  

N'étant pas assez connaisseur du jazz-rock et de John McLaughlin je ne saurais vous dire en quoi Marbles est typique (ou non) de son style... En revanche le morceau entretien un dialogue intéressant avec ses deux prédécesseurs. Le début du morceau marqué par une séquence de batterie (jouée par Buddy Miles du Band of Gypsys d'Hendrix) où les toms sont mis en avant convoque take one. L'instrumentation conserve également une tonalité cohérente avec Tiger et Take One : l'orgue Hammond y tient une place de choix même si cette fois-ci la guitare se fait plus libre et psychédélique au confins du jazz et des musiques indiennes, une piste déjà prise quelques années plus tôt par les Byrds et leur monumental 8 miles High inspiré de Coltrane et Ravi Shankar.  Marbles, paru en 1970, présente aussi quelques similitude avec un disque sorti un an plus tôt: le premier album sans titre de Santana et notamment le fantastique Soul Sacrifice (youtube) dans un registre plus mouvant et chatoyant peut-être... 

Ainsi se clôt la saga Campus, une aventure radiophonique de 4 ans aux génériques mythiques et plus fantastiques les uns que les autres. Lequel est le meilleur d'entre eux ? Je vous laisse décider, en tout cas pour ma part je possède les trois en 45 tours.


jeudi 20 octobre 2016

Doc'Daïl

Dans mon panthéon personnel du hard rock et heavy psych français figure sans conteste possible: Doc Daïl et principalement pour un morceau, pur chef d’œuvre d'électricité incandescente Aere Perennius en face B de leur premier single, le plus recherché (il se négocie dans les 25€ pour une copie VG+) des trois non sans raison...Il fut compilé il y a une dizaine d'année sur le bootleg Têtes Lourdes, peut être l'unique compilation s'intéressant à la France sur cette période fascinante...

Le groupe, originaire de Toulouse , publie trois simples entre 1969 et 1971. Le line up change, le seul membre permanent étant...Ticky Holgado ! Parmi les musiciens ayant participé à l'aventure figurent notamment Claude Olmos (ex-5 Gentlemen, Cœur Magique, Alice, Alan Jack Civilization etc.), Joël Rive (ex-Les Boots) et bien sûr Simon Boissezon (Alice), compositeur de la chanson qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui. Si vous souhaitez le détail des membres, je vous recommande bien sûr de regarder l'excellent site France Heavy Rock, très complet à ce sujet. Ticky, dont le surnom a été trouvé à l'époque du groupe, a ainsi connu une première vie, dans la musique avant son énorme succès au cinéma. Doc Daïl fut sa première expérience mais pas la dernières (des disques en solo ou des tentatives novelty gauloises bien 70s sous le nom de Léon etc.). Aucune ne lui permit une carrière de musicien professionnel stable. Il s'imposa  cependant d'avantage dans un rôle de l'ombre devenant notamment manager du groupe pop Martin Circus...

Le 45 tours s'ouvre sur Sad Harold (lien) un blues rugueux et déglingué dans un esprit assez proche de Captain Beefheart ou des anglais du Edgar Broughton Band (voir leur reprise d'Apache). Le morceau dénote les évidentes qualités du groupe: la voix expressive de Ticky, la guitare poisseuse et distordue... avant qu' Aere Perennius ne vienne effectivement vous chambouler pour l'éternité ! Le morceau majoritairement instrumental, si l'on exclue la courte déclamation en latin (ou quelque chose s'en approchant vaguement), vous prend à la gorge à travers une véritable orgie de guitares fuzz violentées par des wah wah, du feedback à gogo, une ligne de basse menaçante comme un classique post-punk et un jeu de batterie frénétique et animal... Le morceau est stratosphérique, sauvage, sale, méchant et absolument dément, de quoi vous en faire perdre votre latin ! Et éventuellement renoncé au catholicisme pour mieux embrasser Hendrix et la fée électricité...

La suite du groupe est forcément un peu décevante. Le dernier 45t (le seul en français) est moyen et oubliable: paru en 1971, dans une mouvance pop voir variété mais sans forcément de chansons mémorables. Le second simple publié l'année précédente est  lui recommandé, sans être aussi foufou que le premier Stone Me (lien) est un excellent titre de hard rock bluesy poussé par une rythmique musclé, on se rapproche ainsi peut être un peu plus des excellents Variations, une des références absolues de l'époque dans l'hexagone.

 

jeudi 23 juin 2016

Le Duke est-il marquis ?

Récemment nous évoquions ensemble les groupes tentant, vainement, de capitaliser sur le succès de Procol Harum en pastichant le nom du groupe (Prock Harson). L'Italien Mario Battaini eut un peu plus de succès en montant The Duke Of Burlington et en reprenant "Flash" du groupe anglais... Marquis Of Kensington ! La face b du simple "Sister Marie" fut ainsi un tube pour le transalpin en France et en Italie et le départ d'une carrière (trois albums) sous l'étrange sobriquet de meneur de Piccadilly (wikipedia).

Quelle version de "Flash" est la définitive ? à vous de voir, l'instrumental fuzzy gainsbourien a dans tous les cas son charme. Il est évident qu'en France vous croiserez néanmoins bien plus souvent le Duke latin que notre Marquis anglo-saxon. Il se cache ainsi tous les week-ends, dans toutes les bonnes brocantes de France ! Doit on ainsi considérer la version la plus connue ou l'originale comme référence ? Si l'italien rendit une copie plus soignée et mieux branlée, ne négligeons pas la nature plus rock et ébouriffé de l'anglais. Contrairement à l'usage dans le tournoi des six nations (où l'Angleterre surpasse toujours l'Italie), déclarons match nul pour les deux européens !   

jeudi 9 juin 2016

The Buoys "Timothy"

Écouter "Timothy" de The Buoys est une expérience plaisante quand on n'en saisit pas les paroles. Le titre est en effet une agréable chanson pop très accrocheuse avec des arrangements de cuivres riches et luxuriants. Pourtant ce One Hit Wonder cache un terrible secret: il parle de cannibalisme. En effet, "Timothy" évoque le sort de trois mineurs coincés au fond d'un trou et dont seulement deux reviennent: le narrateur et Joe. Le morceau écrit par Rupert Holmes n'attire pas l'attention des huiles de Scepter Records qui publie le single sans faire attention à son contenu. La chanson ne bénéficie ainsi d'aucune promotion particulière de la part de la maison de disques mais très vite les adolescents américains comprennent l'histoire et poussent le disque dans les charts à une honorable dix-septième place en 1971. Quand le label comprend enfin de quoi il s'agit, il tente de faire passé le fameux Timothy pour un âne bien que tout le monde eut déjà saisi qu'il s'agissait bien de cannibalisme ! Le groupe ne fera jamais mieux, Rupert aura lui quelques hits en solo quelques années plus tard...

mardi 7 juin 2016

Jean Ferrat vire psychédélique

En 1969, Jean Ferrat enregistre un titre fort éloigné de son répertoire habituel largement dédié à la chanson française engagée à texte. Ainsi celui qui mit en musique des poèmes d'Aragon (que mon prof de français nous fit écouter en seconde ahah) écrit "Intox" une plongée dans le psychédélisme et les opiacés. Aux manettes des arrangements: le seul et unique Alain Goraguer, collaborateur de longue date de Jean Ferrat et de nombreux autres artistes français comme France Gall ("Poupée de Cire Poupée de Son" ou "Les Sucettes"), ce dernier construit un écrin coloré et ambitieux de percussions, sitar, guitare wah wah et orgue en parfaite harmonie d'un texte délirant mais acerbe de Ferrat autour de la drogue et la télévision (une autre forme de drogue clairement)....Et si mon prof de français nous avait fait écouter ce morceau? 

 

mardi 31 mai 2016

Rare Bird: Race with the Devil's High concern

Le dernier article sur The Gun m'a donné envie d'écrire sur un autre groupe britannique de la même période bien connu des amateurs de brocantes et autres adeptes des bacs bon marché. En 1970, le slow "Sympathy" (youtube) des londoniens de Rare Bird est un énorme tube en France, il est d'ailleurs possible de l'entendre de temps en temps sur Nostalgie... Il s'inscrit tout à fait dans son époque, écho plus sombre et moins langoureux d'un "Whiter Shade of Pale" de Procol Harum. Comme pour de nombreux autres One Hit Wonders la chanson n'est pas nécessairement représentative du reste du répertoire du groupe. En effet, Rare Bird était d'avantage une formation prog rock, leur premier album fut d'ailleurs la première référence du label Charisma (biographie) très à la pointe du genre (The Nice, Genesis, Hawkwind et d'autres noms parfois moins avouables comme Alan Parsons Project ahah). Le groupe a la particularité de ne pas avoir de guitariste mais deux claviéristes (orgue et piano électrique), Rare Bird est pourtant capable de sonner sacrément heavy comme le prouve "Devil's High Concern" la superbe face B (pas extraite d'un de leurs albums)  de leur tube qui ravira les amateurs de Deep Purple ou Uriah Heep, un disque excellent qu'il est pourtant presque indécent de payer plus d'un euro tant il est commun.  

mardi 17 mai 2016

Georges Raudi et son orchestre font groover la face B

Disque bien connu des bacs pas chers, ce 45T de Jacques Dutronc est plus mémorable pour sa face B instrumentale que le générique proposé en A. Si de 1966 à 1968 le parisien est au top de sa forme et presque toujours pertinent, par la suite les choses se compliquent: entre variété blague et bons morceaux ("à la queue les Yvelines" ou "Je suis content"), il devient plus difficile de s'y retrouver..."L'Arsène" est ainsi clairement sans grand intérêt, du Dutronc petit bras, loin de sa verve et la férocité des disques de ses classiques de 1966. Le 7 pouces présente néanmoins un réel intérêt grâce à "Stercock" un titre instrumental de bonne facture signé Georges Raudi et son Orchestre. Ce dernier, généralement orthographié Georges Rodi (voir sa page discogs), a participé à l'excellent groupe instrumental Les Schtrumpfs (discogs) en tant qu'organiste. Il pourrait avoir également participé au groupe progressif Sandrose (issu de la super formation Eden Rose), cependant il n'est pas crédité pendant l'enregistrement du LP, cette information reste donc conditionnelle.

La pratique consistant à caler un instrumental pour compléter un 45 tours semble assez commune. J'ai en tête au moins deux autres exemples. En 1966, les Blackburds occupent la moitié de l'EP "Noir c'est Noir" de Johnny, selon toutes vraisemblances pour des raisons assez dures (je vous laisse chercher l'information). La même année, le premier EP des Charlots (ex-Problèmes) comporte également son lot d'instrumentaux de bonne facture: à n'en pas douter au départ la chanson avec le fameux "Chauffe Marcel" était considérée comme une pure récréation et il n'avait pas été envisagé que le disque puisse autant cartonner (surtout que le groupe sérieux peinait à marcher comme les collègues de labels Dutronc ou Antoine). J'imagine donc qu'il a été pioché ou composé en vitesse des instrumentaux pour compléter le disque et pouvoir le sortir en EP... Ainsi il n'est même pas certain que les Problèmes jouent effectivement dessus ! 

Sur le 45T de Dutronc: pas de problèmes, l'auteur et interprète est bel et bien crédité, le fameux Georges Raudi que nous mentions au début de cet article. Je n'ai pas d'informations pour détermnier si le morceau est extrait de la BO de la série ou s'il a été spécialement composé pour le 45T. Peut-être s'agit encore une fois d'un morceau pioché quelque part pour remplir une face... Dans tous les cas, en 2016, il est possible de s'en réjouir car "Stercock" est la vraie surprise et la meilleure face de ce simple: un instrumental groovy dominé par un piano et d'excellente facture dans la veine du Googie Rene Combo ou de Booker T and the MGs par exemple. Le riff de guitare ressemble d'ailleurs pas mal à "Soul Finger" des Bar-Kays (moins l'instrumentation qui ne fait pas appel aux cuivres). Peut-être pas un indispensable mais un super titre que vous pouvez trouver très facilement pour une somme dérisoire !


lundi 12 août 2013

Playlist été #1 - Hammond Parfait

C'est l'été et j'ai un peu la flemme d'écrire de vrais articles (mais promis je vais en faire quelques uns j'ai beaucoup de disques sur le feux !). Pourquoi pas une playlist ? J'écoutais en boucle ce matin un super morceau des Peddlers , d'où l'envie de vous parler de l'orgue Hammond honorable.
Dans le panthéon des orgues Hammond est un peu Zeus, le B3 est une des Rolls Royce du genre, un truc aussi intransportable (quatre roadies ?) que soyeux et chaud en matière de son. Bien sûr les spécialistes vous diront qu'un Vox Continental ou un Farfisa ça pète, oui mais c'est plus criard et agressif, ça n'a pas le velouté unique de la grosse ber-trois dont l'association avec une cabine Leslie a tout du mariage d'amour.
En dix titres on va tenter d'explorer les contours délicieusement lascifs de la pop groovy et jazz-soul des années 60-70. Si tous ces morceaux n'ont probablement pas été enregistré avec le vénérable instrument ils partagent tous un savoir-faire du laidback prêt à vous donner des fourmis dans les gambettes, aujourd'hui grâce à des groupes comme les Spadassins on sait que la relève est assuré !

Brian Auger Tiger (1968)
Brian Auger est un des maîtres de l'orgue anglais avec Georgie Fame, il est un piètre chanteur (comme l'atteste d'ailleurs cette chanson) mais a eu la bonne idée d'enregistrer la plupart de ses disques avec l'aide de la fantastique Julie Driscoll, des reprises de Let the sunshine in ou encore l'incroyable season of the witch de Donovan transfiguré en une sensuelle ode poisseuse. Sur Tiger Auger s'éclate à imiter le rugissement du tigre sur son clavier chéri, c'est génial !


Georgie Fame Somebody Stole my Thunder (1969)
Comme Auger, Fame est meilleur organiste que chanteur mais le type a quand même une voix qui fait un peu plus illusion que son collègue ! Quand Fame enregistre Somebody stole my thunder sa meilleure période (sur Columbia avec les Blue Flames en backing band) est derrière lui mais il jette suffisamment d'énergie dans ce titre (où l'orgue n'est pas proéminent) pour le rendre irrésistible, probablement un des meilleurs de sa carrière !
Écouter sur Youtube.


The Peddlers Tell the World we're not in (1970)
Les Peddlers ne sont pas le groupe le plus cool de la terre, et ils ont pas mal de morceaux lounge un peu nases à leur répertoire, cependant il se glisse ici et là quelques petites pépites comme l'incroyable tell the world we're not in dont on préférera la version album sans les cuivres à l'édition single. Ce titre est un concentré de pop groovy avec un orgue déchaîné passé à la wha-wha, et pour une fois l'organiste en chef est aussi un remarquable chanteur !


Les Gottamou Gribouille (1966)
Les plus attentifs reconnaitront peut être la bouille de Nino sur la couv' de l'EP 45 tours. En effet derrière ce nom un peu curieux (tiré de "got to move") se cache un trio dans lequel joue Nino Ferrer à la basse et Estardy (aka Le Baron) à l'orgue ! Il existe deux 45 tours de cette formation, un vocal sur le thème du Monkiss et celui-ci dans la lignée de gens comme Jimmy Smith. Bien sûr l'orgue est un peu plus criard qu'un hammond mais voilà une tuerie groovy made in France qu'il était difficile de ne pas citer !

The Nilsmen Le Winston (1968)
Derrière ce nom se cache un groupe suédois dont je doute de l'existence réelle...J'opterai plus pour des mercenaires de studio mais qui sait ? Ce 45 tours (l'unique du groupe) est clairement orienté vers la promotion pour le tabac puisqu'une face est dédiée à Camel et l'autre à Winston ! Il n'empêche ce 2 titres carbure sévère en particulier la face dédié à Winston ! Ultra groovy et péchu, ce 45 tours se trouve pour une dizaine d'euros et fera danser vos copines mods !


Jimmy Smith The Cat (1964)
Il était difficile de faire l'impasse sur un des maitres de l'instrument: l'américain Jimmy Smith. Son touché est incroyablement léger et inspiré, un des dieux du Hammond. Sur la BO de The Cat il est accompagné par un autre dieu: Lalo Schifrin à qui l'on doit une autre célèbre BO (Mission Impossible). Autant dire que la rencontre entre deux génies a de quoi émoustiller les sens, et le résultat est à la hauteur des attentes: une explosion chat-oyante !

Toussaint McCall Shimmy (1967)
Probablement un de mes instrumentaux groovy favoris. Ce morceau est à la fois simple, avec énormément de feeling et très sauvage. Toussaint se fait juste accompagner d'un batteur, et les deux envoient la sauce à fond ! Il assure la basse grâce aux pédales de l'instrument ! Le reste de l'album qui a accompagné la sortie du 45 (face B d'ailleurs) me semble pas du même niveau, mais objectivement ce n'est pas grave quand on grave un truc aussi radical !


Booker T and the MG'S Outrage (1965)
Il aurait été difficile de faire l'impasse sur Booker T qui au même titre que Jimmy Smith est un des plus grands organistes de l'histoire de la musique pop. Si Jimmy Smith flirtait avec le jazz, le truc de Booker c'est la soul poisseuse. Membre du groupe maison du label STAX il a enregistré avec ses MGs quelques un des grands classiques du genre comme le fabuleux Green Onions ou Hip-Hug Her. Outrage est un peu moins connu mais c'est une grosse décharge prête à électriser le corps de haut en bas !

Serge Gainsbourg Requiem pour un Twister (1962)
Une de mes chansons favorites de Gainsbourg, qui  a également donné son nom à ce blog il y a maintenant six ans de cela. Il était difficile de faire l'impasse sur cette merveille de pop aux accents jazz et à l'orgue hammond époustouflant. Les textes sont fantastiques et derrière (comme toujours avec Serge) ça joue incroyablement bien ! C'est net et précis mais avec beaucoup de subtilité, bref c'est un des nombreux coups de maitres du génie de la pop française dont on ne parle pas assez souvent dans ces pages.

France Gall Jazz à Gogo (1964)
France Gall n'a pas attendu Gainsbourg pour exister et enregistrer de la pop de qualité, la preuve avec ce Jazz à gogo de 1964 co-écrit par son père (Robert Gall) et Alain Goraguer (également arrangeur / directeur musical de l'EP). Je suis très fan de France Gall dans les années 60, elle a réussi à avoir une discographie de très grande qualité et un succès public énorme. Que ce soit dans la pop pure jus ou du jazz chanté groovy elle a souvent su se montrer pertinente et juste. Ce morceau est terriblement cool !