Affichage des articles dont le libellé est psych. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est psych. Afficher tous les articles

mercredi 14 mars 2018

Ariel Kalma, l’osmose mystique.



 


Lorsque l’on évoque la musique électronique en France, on pense instinctivement à la french touch des années 1990 et 2000 ou, pour les plus téméraires, aux expérimentations électro-acoustiques pionnières de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Pourtant, à partir des années soixante-dix, parallèlement aux recherches abruptes de l’INA-GRM (Groupe de Recherches Musicales), une génération de musiciens entreprend l’exploration des nouvelles possibilités offertes par les synthétiseurs. La musique électronique s’extirpe du champ strictement savant pour se diffuser auprès de jeunes gens réceptifs aux voyages intérieurs et aux trips cosmiques. Contrairement à nos voisins teutons (Popol Vuh ou Faust bénéficient, de manière encore inexpliquée aujourd’hui, des largesses financières de leurs maisons de disques), la scène électronique française se développe dans la marginalité, voire presque dans la clandestinité. Elle est, la plupart du temps, le fruit de démarches autonomes. Seuls quelques cas épars comme Jean-Michel Jarre parviennent au succès (n’oublions pas le bide de ses premiers disques). Ainsi, certains choisissent le confort relatif de la musique d’illustration (Bernard Fèvre, Jean-Pierre Decerf…), quand d’autres créent leurs propres labels (Richard Pinhas/Heldon, Pôle…). Ariel Kalma fait partie de ce second camp, celui de l’autoproduction et des petites maisons d’édition underground.




À la fin des années soixante, Ariel Kalma, de son vrai nom Ariel Kalmanowicz, est étudiant en informatique à Paris. Pratiquant le saxophone depuis l’adolescence, il délaisse progressivement son appétence pour le Rock & Roll quand il découvre le Free-jazz et les musiques d’avant-garde. Toutefois, comme nombre de ses contemporains, il doit cachetonner auprès des vedettes de la variété. C’est ainsi qu’il se retrouve à tourner un temps avec Salvatore Adamo, le musicien brésilien Baden Powell, ou encore David McNeil, chanteur aujourd’hui quelque peu oublié du label Saravah (et fils de Marc Chagall !). En 1974, il participe à la tournée mondiale de Jacques Higelin. Lors d’une escale en Inde, il est introduit à la musique classique indienne ainsi qu’à une certaine philosophie mystique qui le bouleverse profondément. C’est, dit-on, par l’intermédiaire d’un charmeur de serpent qu’il apprend la respiration circulaire, une technique qui lui permet de souffler des notes longues et continues à travers ses instruments.

 
De retour à Paris, il travaille sur l’enregistrement d’un premier album. Son titre, Le temps de moissons, évoque immédiatement les chaleurs estivales écrasantes, mais également l’abondance, et le repos bientôt mérité. La première face ne contient qu’un seul titre, éponyme. Il s’agit d’un mélange entre les ragas indiens et les boucles répétitives des maîtres du minimalisme américain. Dans une formule analogue à Terry Riley, il superpose des pistes de saxophone à travers des filtres de reverb, d’échos et de wah wah. La seconde face s’ouvre quant à elle vers les territoires de la musique Gnaouas (Maroc) pour se conclure dans un jam électronique que n’aurait pas renié Urban Sax. Profondément original et personnel, ce premier album, tiré à 1000 exemplaires au milieu des années soixante-dix, s’offre dans un écrin « fait-main » (sans mauvais jeu de mots) : une simple pochette blanche numérotée au stylo sur laquelle il dessine les contours de sa main droite, accompagnée parfois de symboles ésotériques.

En 1976, Ariel Kalma participe à l’éphémère projet Nyl, une espèce de « super-groupe » de l’underground, avec d’anciens membres de Cheval Fou (formation psychédélique complètement délurée à la Gong) et d’Âme Son. Leur unique album est publié sur Urus, le label d’Heldon. 


 
C’est néanmoins deux ans plus tard qu’Ariel Kalma produit son disque le plus audacieux, Osmose. Il s’agit d’une œuvre élaborée à quatre mains avec l’aide de Richard Tinti. Ce dernier participe durant les années soixante-dix à des missions de field recordings dans les forêts primaires. Ses captations de chants d’oiseaux tropicaux, de bruits d'insectes, des sons de la pluie et du vent sur la canopée, servent de trame de départ au travail d’Ariel. Autour de l’atmosphère sonore de ces contrées impénétrables, il tisse des pièces profondes et captivantes, dont la force est de ne pas employer les enregistrements de Richard Tinti comme un simple alibi exotique. Bien au contraire, il met en valeur une luxuriance sonore naturelle grâce à des bourdons contemplatifs et des expérimentations acoustiques étonnement modernes. Moins lo-fi et sans doute plus maitrisé que son premier disque, Osmose est le genre d’album dont le foisonnement harmonique se révèle au fil des écoutes.


L’article pourrait continuer plus longuement, mais, d’une part, cela fait déjà beaucoup à digérer, et, d’autre part, Ariel Kalma tombe petit à petit dans une New Age mollassonne qui semble d’un intérêt moindre, ou alors pour les plus curieux ou les plus gourmands. Son œuvre énigmatique ne témoigne pas moins d'une remarquable modernité, aussi bien dans le traitement sonore que dans la démarche. Les deux disques évoqués ont été réédités (avec des titres en plus et en moins...), tandis que sa discographie est en écoute libre sur son bandcamp.

mardi 4 avril 2017

Pour trois 45 Tours d'Aphrodite's Child de plus


Dans moins de quinze jours ce blog aura officiellement dix ans (16 avril 2007!), une décennie à défendre une certaine idée de la musique. Celle-ci a bien sûr évolué au cours du temps, pourtant l'intérêt pour les années soixante demeure une constante à travers les années. Fouiller dans les nombreux articles du premier mois d'existence de ce blog permet de constater - fait inquiétant - qu'il est tout à fait possible d'évoquer à nouveau les mêmes artistes dix ans plus tard... Par exemple, nous avions écrit sur les Grecques d'Aphrodite's Child avec l'excellente face B Magic Mirror parue en 1969 le 27 avril 2007 ! Dimanche dernier je rachetais une copie (propre) de Let Me Love Let Me Live et bien sûr j'ai eu envie d'en parler ici... Histoire de marquer le coup, ce ne sera pas un seul simple du groupe de barbus chevelus mais trois !


Revenons rapidement sur Aphrodite's Child en deux mots: trois Grecques dont deux très très très connus (Demis Roussos et Vangelis) se retrouvent à Paris en 1968, ils essayent d'aller en Angleterre mais faute d'essence ne continuent pas plus loin. Ils fuient la dictature des colonels (1967-1974). Ils enregistrent en France le slow Rain & Tears dans la mouvance de l'époque (influence classique que l'on retrouve chez Procol Harum ou les Moody Blues). Il scelle leur destin en devenant un énorme tube. Par conséquent le groupe se spécialise dans les slows mignons en 45 tours non sans glisser quelques curiosités étonnantes sur les autres faces... Et terminer sur un album très ambitieux en 1972: 666.

Le groupe a la particularité de ne pas avoir de guitare. Ainsi contrairement à ce que j'affirmais il y a dix ans, Magic Mirror ne comporte pas (ou peu probablement) de guitare fuzz, il y a bien plus à parier qu'il s'agisse d'un traitement de choc sur l'orgue hammond de Vangelis, ce dernier s'approchant ainsi de la sonorité criarde de la guitare... Il n'est pas rare dans l'histoire de voir des claviers électriques traitées avec les mêmes effets que la guitare, je pense par exemple à Tell the World We Not In des Peddlers (le son du vénérable orgue chahuté par une wah wah de saison). Cette formule minimaliste trouve son expression la plus pure dans certaines faces B (et même une A) du trio. Contrairement aux slows très arrangés (cordes dégoulinantes et tout le toutim), le groupe s'y montre plus expérimental et sauvage. Une facette des Aphrodite's Child qui a du surprendre plus d'un adolescent à l'époque...quoi qu'il existe de nombreux exemples de ces couplages slows / morceaux enlevés et énergiques (Majority One, Holly Guns, Rare Bird, Freddie Meyer, Santa-Maria etc.) !


Commençons par le plus anciens des morceaux de la sélection, une face A: Let Me Love Let Me Live de 1969 comme Magic Mirror. Sur une rythmique martelée évoquant d'autres tubes légèrement postérieurs (John Kongos, Hotlegs), le trio dégaine un morceau psychédélique d'excellente facture. Construite comme un mantra répété inlassablement, la chanson est illuminée par les interventions de claviers acides de Vangelis, l'ensemble constitue ainsi un très crédible morceau de rock audacieux et dynamique ! 


Funky Mary est la face B de It's Five o'Clock. Morceau étrange au son ultra-compressé, il est construit autour d'un breakbeat de batterie destructeur et de percussions sur lesquels les musiciens semblent improviser des paroles au grès de l'inspiration... Une mélodie de vibraphone allège un peu l'air poisseux et vicié dégagé par la masse sonore compacte. Aussi étrange qu'étonnant, pas forcément mon préféré des trois, mais toujours dingue de pouvoir tomber sur ce genre de morceau dans n'importe quel bac de 45T de France et Navarre... Contrairement à de nombreux autres morceaux du groupe, cette chanson ne semble pas avoir été samplé et pourtant quelle excellente matière première ! Peut être un peu difficile à manier tant le son est déjà survitaminé et violent.


Dernière entrée du jour: Air face b de Spring Summer Winter and Fall également paru en 1970. Pas beaucoup plus construite que Funky Mary le morceau comporte à nouveau une rythmique lourde et puissante travaillée d'une manière originale (avec un effet de phaser très réussi). Vangelis ne nous oublie pas non plus, il nous gratifie de saillis inspirées à l'orgue, parfaitement dans l'air du temps aux effluves psychédéliques. La voix de Demis s'éloigne également du chant pop traditionnel, il semble exhorter l'auditeur. L'ensemble est ainsi aussi délirant que sauvage, une face B comme je les aime, avec la bonne dose de folie propre à une décennie où l'on pouvait encore se permettre ce genre d'audace si l'on remplissait le cahier des charges sur l'autre face.

dimanche 19 février 2017

Domenico Modugno "Questa E' La Facciata B"

Domenico Modugno est un chanteur populaire italien. Il s'est fait connaître à la fin des années cinquante. Il a, en effet, participé plusieurs fois au Festival de San Remo (le festival de la chanson le plus important avant que l'Eurovision ne le supplante) notamment en 1958 avec son fait d'arme le plus important à l'étranger: la chanson Nel blu dipinto di blu  plus connu sous le nom de Volare. En 1971, Domenico Modugno est donc un homme dans la force de l'âge (43 ans), il se permet de glisser une étonnante face B au plus classique (mais pas désagréable) Come Stai: Questa E' La Facciata B. Je pense que la traduction approximative doit être Ceci est la Face B. L'art de la Face B a souvent été évoqué dans ces pages... Quand on scrute les disques des années 60/70 on est en effet fasciné par la profusion de morceaux étranges, souvent excellents (Marc Aryan, Freddie Meyer), relégués sur l'autre coté. La face B semble en effet constitué à l'époque une respiration pour les musiciens (Teenage Fanclub) voir parfois une récréation (Crazy Elephant, Prock Harson, Santa-Maria). D'autres fois la face B est écrite dans la précipitation histoire d'y mettre quelque chose (Georges Raudi). De fait les groupes et musiciens ont souvent eu beaucoup de liberté ce qui, avec quelques années de recul, donnent des morceaux incroyables et plutôt fous. Questa E' La Facciata B est ainsi une de ces trouvailles que l'on chérit. Le morceau évoque une ambiance de répétition, quelque peu troublée par des effets d'écho sur la voix du vénérable chanteur. Le morceau peut démarré... Un riff de guitare musclé, une rythmique carrée, ça part dans tous les sens. Psychédélique. Mais avec un orchestre classique qui s'accorde ! Un morceau plus qu'étonnant. Peut-être Domenico Modugno a-t-il enregistré d'autres curiosités de ce style ? Ce serait chouette...

mardi 29 novembre 2016

Soft Candy "Bixarre Luv Pyramids / Song for Ellie Mae"

HoZac est à n'en pas douter, l'un des labels dont je possède le plus de disques. Ils ne sont pas tous fantastiques mais ont tous néanmoins du charme, oscillant entre le plaisant des artisans et l'époustouflant des artistes. La structure de Chicago a toujours su garder un cap et rester fidèle à un certain esprit punk sans non plus le caricaturer ou trop chercher à y coller à la culotte. Je les aime pour ça: les années passent et je me retrouve toujours à succomber à un groupe qu'ils me font découvrir. Le label fut a une certaine époque pourvoyeur de noms désormais bien connus de l'underground américain et même mondial: The Limiñanas (le premier label à avoir sorti quelque chose du duo français!), Smith Westerns, Jacuzzi Boys ou encore les Dum Dum Girls... Aujourd'hui peut-être un peu moins pillé par la concurrence, les noms ne sont plus aussi célèbres mais conservent le sceau de qualité de l'organisation de l'Illinois. C'est notamment le cas d'une des dernières sorties en 7 pouces du label: Soft Candy.

Comme de nombreuses autres formations estampillées HoZac, le groupe est de Chicago, la face A Bixarre Luv Pyramids évoque d'ailleurs une autre spécialité locale: les fantastiques People's Temple dont on est sans nouvelle depuis 2014 malgré 4 albums très solides (dont deux chroniqués sur le site ici et !). En effet, le garage psychédélique de ce premier morceau capte ce que nous aimions tant chez People's Temple: le sens de cette musique sans pour autant être trop déférent et obséquieux. Les guitares sonnent comme sur un vieux disques des Byrds mais le bruit de fond crade d'un enregistreur cassette boueux évoquent des productions plus récentes. Soft Candy emballe le tout avec une hargne et une classe folle: Bixarre Luve Pyramids est un super morceau, de ceux qui ravivent votre flamme pour les saintes écritures Nuggets. Le groupe aurait pu se contenter de balancer une face B torchée en deux deux, ils ne l'ont pas fait et remercions les ! Song For Ellie Mae aurait pu être composé par un autre groupe. Certes nous y retrouvons cette couleur particulière des guitares un peu aigrelette et le souffle d'une cassette réenregistrée plusieurs fois mais pourtant Soft Candy s'y fait beaucoup plus délicat et pop. Ce n'est plus le souffle d'Unrelated Segments qui courre mais les mélodies soyeuses de la pop 70s, celles d'un Emitt Rhodes par exemple. Ainsi en deux titres Soft Candy (dont c'est la première sortie vinyle après deux cassettes autoproduites) nous fait une bien jolie impression que l'on espère se confirmer prochainement sur un LP... chez HoZac ?


mardi 7 juin 2016

Jean Ferrat vire psychédélique

En 1969, Jean Ferrat enregistre un titre fort éloigné de son répertoire habituel largement dédié à la chanson française engagée à texte. Ainsi celui qui mit en musique des poèmes d'Aragon (que mon prof de français nous fit écouter en seconde ahah) écrit "Intox" une plongée dans le psychédélisme et les opiacés. Aux manettes des arrangements: le seul et unique Alain Goraguer, collaborateur de longue date de Jean Ferrat et de nombreux autres artistes français comme France Gall ("Poupée de Cire Poupée de Son" ou "Les Sucettes"), ce dernier construit un écrin coloré et ambitieux de percussions, sitar, guitare wah wah et orgue en parfaite harmonie d'un texte délirant mais acerbe de Ferrat autour de la drogue et la télévision (une autre forme de drogue clairement)....Et si mon prof de français nous avait fait écouter ce morceau? 

 

mercredi 1 juin 2016

Man: 1969 année érotique

Après Rare Bird et The Gun continuons d'explorer les richesses en 45 tours du royaume britannique de la fin des années 60 en accueillant les gallois de Man un groupe formé sur les cendres des Bystanders, groupe bien connu des adeptes de popsike. Pour la biographie je vous laisse le soin de vous renseigner sur l'excellent article anglophone de wikipedia, leur changement de nom intervient quand les membres décident de s'orienter vers un rock psychédélique largement construit autour de jams fiévreux.

Nous allons nous intéressé aujourd'hui à ce qui est probablement leur plus gros hit en France malgré que le titre eut été banni des fréquences britanniques à cause de son caractère éminemment pornographique: "erotica". Il est aisé de comprendre l'origine de la censure dès les premières mesures... Le morceau simule (hihi) un orgasme sous fond de rock psychédélique et acide d'excellente facture. Il est évident que le caractère novelty de la chose a probablement fait vendre pas mal de copies, il n'empêche que ça reste un super morceau, pas très compliqué à trouver et bien mindfuck accompagné d'une face B plutôt très cool ("Don't Just Stand There" à écouter sur youtube) !

jeudi 19 mai 2016

Johnny Hallyday ne prend pas de vacances

En rédigeant le dernier sujet de ce blog, j'ai cité "Noir c'est Noir" de Johnny Hallyday. Vous vous souvenez peut-être que j'avais évoqué il y a quelques années les morceaux instrumentaux du 45 Tours, interprétés par son groupe franco-anglais les Blackburds (archive). En fouillant les recoins de ce site fort bien fourni avec le temps (nous approcherions des 1000 articles murmure la régie), il n'a jamais été question de défendre directement le plus français des belges (ou le plus belge des suisses!). Il était temps de rendre hommage à ce monument du Rauque (fort) français qui malgré bien des défauts (vous les connaissez aussi bien que moi) impressionne par la longévité de sa carrière et son énergie sur scène. 

Vous l'avez remarqué, je n'ai pas insisté sur sa discographie, elle oscille entre peu attrayante pour l'esthète snob que je suis et franchement très cool. Cela peut surprendre, mais notre star nationale a enregistré d'excellentes choses ! Il y a bien sûr sa période twist/rock & roll , je ne la maîtrise pas assez pour vous dénichez ici les moments de bravoures d'Hallyday, mais il y en a sachez-le. En revanche j'ai eu un peu plus l'occasion de fouiller dans la seconde moitié des années 60 et je suis plutôt content de ce que j'y ai pêché. Là une très bonne reprise de "Hush" (francisé en "Mal"), meilleure probablement que la version de Deep Purple, ici d'honorables covers de soul de "Knock on wood" et bien sûr le rock chauffé à blanc, limiteurs dans le rouge, d' "À tout casser" (youtube). Autre temps fort de cette seconde moitié des années 60: "Psychedelic".

Resituons l'effort: 1966 marque l'arrivée en force d'une nouvelle génération de chanteurs, qui à l'inverse de leurs ainés, composent leurs propres morceaux. Antoine, Nino et Dutronc ringardisent ainsi les yéyés qui se contentaient souvent de reprendre les succès anglo-saxons en français. Antoine pousse le vice jusqu'à vouloir mettre Johnny en cage à Medrano (wikipedia), ce dernier lui répondra du tac au tac "Cheveux longs, idées courtes". Les déjà vétérans Johnny, Eddy et Dick doivent ainsi se réinventer: le rock & roll et le twist qui ont fait leur renommée appartient au passé et n'est pas encore assez ancien pour faire l'objet d'un revival (qui interviendra quelques années plus tard avec Sha Na Na mais aussi Au Bonheur des Dames en France). Si les intéressés sauront adaptés la soul music à la popularité grandissante, ils tentèrent, plus ou moins adroitement, de coller aux tendances. Il est ainsi rafraichissant de constater l'effort de Johnny en 1967 pour coller à la mode hippie fort éloigné du look blue jeans de ses premières années. Hallyday fait le même virage discographique en reprenant "San Francisco" du one-hit wonder Scott McKenzie (mais écrite par John Phillips des Mamas & Papas). Le résultat, sans être honteux, ne fait pas honneur aux qualités du rockeur français: le bagarreur devenu pacifique pour la (bonne) cause... de là à inspirer "Hippie Hippie Hourrah" de Dutronc ? Peut-être, néanmoins, vous le savez déjà, le temps fort de l'EP est ailleurs... 

"Psychedelic" est la bombe atomique du 45 Tours. Co-écrite par Johnny avec l'aide de Mick Jones, Tommy Brown (les lascars à l'origine du classique popsike/freakbeat "the Bird" - youtube) et du parolier Georges Aber et enregistré à Londres sous la supervision de Glyn Johns, la chanson est un monument de garage psychédélique francophone. C'est en partie grâce à Jimmy Page: l'infatigable session-man (la preuve) illumine la composition d'une fuzz fantastique ultra énervée. La prestation de Johnny est cependant impeccable. "Psychedelic" carbure plus aux amphets qu'à l'herbe: speed et violent comme une descente de trip, une grosse baffe sonique.

samedi 9 avril 2016

Illés: Hongrie Young Men

Discogs est un précieux allier pour découvrir de la musique. Bien sûr il ne s'agit pas de l'usage le plus courant que nous en faisons tous, nous y répertorions nos disques en espérant secrètement détenir un vinyle rare et cher, nous fantasmons sur beaucoup d'autres et enfin de temps en temps nous achetons ou dégraissons notre collection. Pourtant, c'est un outil formidable (à prononcer avec l'accent de 'Jack Lang) d'exploration de la musique. Si youtube favorise la sérendipité, le site discographique permet au contraire des recherches particulièrement précises: sa base de données est très puissante pour croiser des critères. Une de mes techniques favorites depuis quelques mois, comblant idéalement mon envie de retourner à mes amours pour les oldies de pays ne chantant pas en anglais, consiste à regarder tous les disques d'un genre donné sur une période donnée et pour un pays donné. Me voilà ainsi à fouiller les recoins du site à la recherche de disques beat hongrois sixties ! Et vous pouvez également le faire désormais.

Je porte en un intérêt dévorant depuis quelques mois pour les disques sixties issus des régimes socialistes européens (ex-Yougoslavie, Pologne et donc Hongrie). Cette soudaine passion a quelques raisons objectives au delà de la curiosité brute et de l'exotisme que peuvent représenter ces pays quand il est question de rock. Une des principales est certainement que les disques sont trouvables et accessibles financièrement: l'inverse des pays scandinaves où les disques beat se monnaient régulièrement en trois chiffres, une pure folie... Il est aussi question de l'attrait de sortir de ma zone de confort tout en gardant un pied dedans: j'explore une musique que je connais dans des langues que je ne maîtrise aucunement: je me sens en danger en retrouvant néanmoins certains codes. Enfin et tout simplement, malgré les conditions difficiles d'enregistrement et de publication de la musique dans les pays communistes: il y a de super disques, surtout dans les pays plus libéraux ayant d'avantage toléré que les jeunes écoutent, fassent voir enregistrent du rock.

La Hongrie peut ainsi se targuer d'une certaine richesse en la matière dans les années 60, du moins avant que l'URSS ne décide de sonner la fin de la récréation considérant cette musique comme une dépravation bourgeoise de l'occident à absolument combattre... Au fond le régime n'avait pas tord, le soft power et la culture ont énormément contribué au rayonnement de l'occident, les Beatles furent un bien meilleur émissaire du capitalisme libéral que ne le fut l'OTAN...Cette politique très restrictive vis à vis du rock eu dans certains cas des conséquences intéressantes: les groupes firent d'avantage appel au folklore local souvent sous la pression des autorités, une logique qui finalement suit ce qui se passe à la même époque (plus ou moins) ailleurs, par exemple en France avec Malicorne ou Alan Stivell. Bien employé par certains groupes cette contrainte amène de l'originalité. Je ne pourrais pas définir précisément l'essence du rock hongrois des années 60 mais il me semble après mes premières recherches que cette langue est très musical et apporte un charme indéniable (wiki pour en savoir plus). Les groupes évoluent ainsi souvent dans un psychédélisme emprunt d'une jolie couleur locale presque orientale. En Hongrie comme en Pologne ou en Tchécoslovaquie (et à l'inverse de la Roumanie ou la Bulgarie par exemple) la qualité des enregistrement est proche des standards de l'époque de l'autre coté du rideau de fer. Les principales formations (zenekar pour orchestre, együttes pour ensemble) dans l'époque qui nous intéressent furent Metrò, Omega et enfin celle que nous allons évoqué aujourd'hui Illés.    

Le nom du groupe est au départ lié à ses membres, de la famille Illés. La formation évoluant régulièrement jusqu'à 1965, il sera d'avantage question d'y associer le prophète Élie, d'ailleurs le logo du groupe y fait référence: il représente un char (stylisé en notes de musique) tiré par deux chevaux. Le groupe est ainsi actif du milieu des années 60 jusqu'à 1973, les raisons de la séparation ne sont pas claires mais pourraient être politiques. Les deux guitaristes composent aussi généralement, c'est en tout cas le cas du single que vous allez pouvoir écouter, écrits par Levente Szörenyi et Jànos Bròdy. Sorti en 1968 ce simple démontre le savoir faire du groupe en matière de pop psychédélique, les harmonies sont excellentes et les arrangements intéressants. Le riff "Holdfény 69" semble inspiré de "Respect" sans en être un pastiche. La face B "Alig Volt Zöld", tout aussi réussie, évoque quant à elle "Hole in my Shoe" de Traffic par son usage de la flute. Un 45 tours charmant qui devrait, je l'espère, séduire les amateurs de popsike.

lundi 28 mars 2016

Henri Salvador: des disques rigolo jusqu'à la dystopie

Henri Salvador connût un retour inespéré au début des années 2000 avec l'album Chambre avec Vue (2000), il fit cependant l'essentiel de sa carrière des années 50 à 70: une discographie particulièrement riche !

Si l'intéressé est surtout connu pour ses chansons drôles - son label ne s'appelle pas Disques Rigolo au hasard - il y a de nombreux titres intéressants musicalement y compris d'ailleurs dans les légers. J'ai récemment eu l'occasion de trouver un de ces 45 Tours les plus intéressants lors d'un "records swap" dans un excellent bar parisien (Le Rochelle), ce disque était depuis un certain temps sur ma liste pour un titre absolument fantastique: "Bêta Gamma l'Ordinateur", une folie de 1968 écrite par Salvador et Bernard Michel (un poète collaborateur de longue date du chanteur).

Les intéressés décrivent l'homme de l'an 2000 sur une musique latine psychédélique sous hélium. C'est aussi dingue qu'unique, les textes évoquent une dystopie toujours très à propos en 2016. Bêta Gamma brosse un monde entre Soleil Vert (les pilules remplacent les aliments) et Un Bonheur Insoutenable (l'amour n'y a plus d'importance, un ordinateur gère nos destinées)... Plutôt flippant mais loin d'être hors sujet à l'heure de la voiture sans chauffeur et un tas d'autres trucs qui font parti de notre quotidien (ou presque!). Consolons nous en dansant sur cet incroyable morceau, nous en avons heureusement encore la possibilité !

dimanche 20 mars 2016

Czerwone Gitary: heavy-psych dans le rouge

Ce voyage à Varsovie a été une très belle occasion d'améliorer ma connaissance de la musique pop polonaise (beat, mod, psyché etc.). L'un des groupes que j'avais repéré était Czerwone Gitary (les Guitares Rouges). Originaire de Gdansk, il s'agit d'une des formations les plus populaires du pays, particulièrement active du milieu des années 60 jusqu'au début des 80s. Comme beaucoup de formations sixties, le groupe s'est reformé et tourne de nouveau. 

Les trois premiers albums du groupe sont de solides, voir bons - je ne les ai pas encore assez écoutés pour me prononcer définitivement - albums de beat virant progressivement vers la pop psychédélique. De la bonne came dans l'ensemble. Je connais moins leurs albums des années 70 (mais promis je vais me rencarder) néanmoins ce single semble tenir une place particulière et unique dans la discographie du groupe. Enregistré en formation trio autour de Bernard Dornowski (ex Nibiesko-Czarni et fondateur des Guitares Rouges), Jerzy Skrzypczyk et Seweryn Krajewski , la formation donne un heavy-psych de haute volée sur le morceau qui occupe l'intégralité de la face A "Pejzaz Miasta". La chanson est ainsi une envolée psychédélique musclée évoquant un cousin de l'excellente "all in your mind" d'un autre trio, anglais cette fois-ci: Stray. Wah Wah et fuzz, groupe soudé maîtrisant son sujet à la perfection, les Czerwone Gitary effectuent un véritable récital en technicolor de rock dynamique dont le jeu explosif suggère Hendrix ou Cream. La voix mixée plutôt en avant, loin de desservir l'ensemble amène une touche de mystère et de lyrisme bienvenue. De mémoire, la face B de l'EP n'est pas incroyable et comprend notamment une de ses balades nunuches dont on peut s'épargner l'écoute quand on ne comprend pas les paroles et le contexte. De toute façon avec une face A de cette tenue, les intéressés n'avaient plus besoin de prouver quoi que ce soit derrière le fantastique "Pejzaz Miasta".

dimanche 6 mars 2016

Les Yardbirds: Shapes of things (to come)

L'histoire accorde-t-elle assez de crédits aux Yardbirds, l'une des plus fantastiques formations de la British Invasion ? La concurrence particulièrement rude en Grande Bretagne à l'époque (Who, Kinks, Beatles, Stones, Small Faces, Pretty Things, Hollies, Animals, Searchers...) n'empêchera pas les petits protégés de Gomeslky (récemment décédé dans un relatif anonymat et pourtant quelle figure incroyable!) de placer un paquet de singles dans les charts au milieu des années 60... Des tubes, d'autres groupes en ont  pas mal en même temps mais ceux des Yardbirds sont absolument fantastiques et souvent bien en avance sur les collègues. Entre 1965 et 1966 le groupe est à son zénith créatif, de "For You Love" à "Happening Ten Years time ago" (évoqué ici en 2007 !) les oiseaux publient leurs trois albums majeurs ("For Your Love" "Having a Rave Up" et "Roger The Engineer") et une demi-douzaine de singles parfaits et visionnaires. Le départ de Clapton (après le single "For Your Love") aurait pu précipiter le groupe à sa perte: monsieur veut jouer du Blues, la pop il en fera pourtant plus tard et de la très laide. Le groupe ainsi libéré de son encombrant guitariste puriste finit par dégoter Jeff Beck conseillé par un certain...Jimmy Page (qui intègre le groupe par la suite vers 1966, principalement à la basse même s'il existe un court line-up avec Beck et Page à la guitare !). Le guitariste, sa Fender Esquire (une Telecaster équipée un seul micro) et sa fuzzbox vont contribuer à dynamiter le son du groupe et le repousser au delà de ce que faisaient tous les autres groupes à l'époque.

"Shapes of Things" est l'un de ces singles de la période dorée des Yardbirds. Sorti en février 1966, c'est une composition originale et collective (Paul Samwell-Smith, Keith Relf et Jim McCarty) enregistré entre Chicago (aux studios Chess!) et Los Angeles. La chanson reprend de nombreux codes du groupe: elle alterne les rythmes avec des cassures franches comme les tubes de la formation écrits par Gouldman ("For Your Love" ou "Heart full of soul" ) et possède un passage "rave-up" la marque de fabrique des anglais d' "I a man" à "Train Kept a Rollin". La contribution la plus décisive au morceau ne valut pourtant pas à son auteur un place dans les crédits: un solo halluciné et hallucinant de monsieur Jeff Beck. Ces quelques secondes semblent être à elles seules la matrice du rock psychédélique à venir et font des Yardbirds une influence très légitime du genre. Usant du feedback et de la fuzz comme d'un instrument sur une gamme évoquant les ragas indiens, l'anglais tord le son de la guitare jusqu'à la rendre méconnaissable, toute droit sortie d'un rêve sous psychotropes. Quelle claque ce dût être à l'époque ! On dit que le solo influença Jimi Hendrix et Macca (pour celui de "Taxman"), cela ne serait pas étonnant... Si vous me demandez qui fut le meilleur des trois "grands" dans les Yardbirds, Jeff Beck fut définitivement le plus novateur et le plus imaginatif et donc de loin mon favoris. La chanson fut si emblématique pour Beck qu'il en fit une très bonne reprise sur son premier LP ("Truth") en 1968 avec Rod Stewart au chant dans un registre presque hard rock.


lundi 29 février 2016

Santa-Maria : donne moi ton hippy

Comme vous le savez, malgré son inactivité incompréhensible ce blog affiche fièrement près de 9 années au compteur. Inégal dans son rythme, j'ai récemment eu l'envie de m'y remettre histoire de partager mes nouvelles découvertes (ou celles que je gardais précieusement sous le coude) et les dévoiler sous un angle que j'espère intéressant... J'ai déjà évoqué par le passé (en avril 2008! nous sommes si vieux...) le groupe français Santa-Maria pour un autre de leur 45 tours paru la même année (1971): "Je pleure sur un air de Bach" et sa superbe face B heavy "La Terre Brûlée". On prend les mêmes et on recommence: victoire par KO du revers sur le tube ! "Elle" est ainsi un slow typique de cette époque tandis que "Donne moi ton cœur et ta fleur" est la vraie bonne surprise du disque: de la pop psychédélique groovy avec un texte génialement naïf (quoi qu'un brin coquin sur le refrain non?). Je ne dispose malheureusement pas de tellement plus d'informations sur le groupe (si vous passez par ici les gars n'hésitez pas à nous en apprendre plus en commentaire!) si ce n'est qu'ils ont au moins quatre 45 tours à leur actif. Je n'ai pas encore écouté "Judas" mais "La Fille d'Aladin" (youtube) est également très chouette !

La bonne nouvelle, "Donne moi ton cœur et ta fleur" est un classique de "bacs pas chers", vous devriez le trouver assez facilement pour quelques pièces... On remerciera la collection "Antar" qui comporte de nombreuses pépites de cet acabit (voir meilleures encore) comme Chaps, Majority One ou encore le fameux (et un peu rincé) "Send me a Postcard" des Shocking Blue... À vous donc cette excellente curiosité orgue et fuzz à tous les étages !  


lundi 7 avril 2014

Concours Quilt & Boogarins à l'Espace B


C'est une grande première pour Requiem Pour Un Twister, nous nous associons à l'Espace B pour vous proposer 2 x 1 place pour l'un des plus beau line-up de l'année : Quilt et Boogarins (dixième de notre top album 2013), deux groupes que nous portons dans nos coeurs.

BOOGARINS
Invoquant le tropicalisme brésilien d'Os Mutantes ou de Sergio Mendes tout autant que le revival psych contemporain, le duo brésilien Boogarins fût l'une des plus belles découvertes surprises de l'année. Ah ce que la musique peut-être excitante lorsque le métissage, qui fait si peur à certaines franges extrême de notre beau pays, est intelligent ! Boogarins en sont la preuve : un groupe brésilien sorti sur un label new yorkais et adoubé par un blog français, la mondialisation a parfois du bon non ?


QUILT
Issu d'une tradition folk-rock américaine (The Mamas & Papas, Jefferson Airplane), Quilt évoque autant les paysages bucoliques de l'Amérique rurale et verdoyante du Midwest, que la lumière irradiante des plages californiennes dans des mélodies de guitares carillonnantes aux relents psychédéliques.



CONCOURS TERMINE. les gagnants ont du recevoir un email.
Merci de votre participation.



vendredi 7 février 2014

Forever Pavot - Miguel el salam 7' (2014)

Forever Pavot nous avait surpris avec un premier 45 tours ambitieux et super cool. On a eu l'occasion depuis de voir l'intéressé en live mais aussi de l'interviewer ici même. Avec ce nouveau sept pouce il fait plus que confirmer nos espoirs.

Miguel el salam démarre en trombe sur un thème orientalisant que l'on imaginerait volontiers illustrer Lawrence d'Arabie ou un film d'aventure dans des contrées lointaines et mystérieuses. Déboule un riff d'orgue super accrocheur, puis ... Émile chante ! l'intéressé prend confiance dans sa voix et c'est une bonne nouvelle. Le morceau défonce, ligne de basse au médiator super entrainante, batterie au son compressé sixties, et bim de nouveau on se retrouve en plus milieu d'une caravane au milieu de dunes à perte de vue (bruitages de fouet et hennissement de chevaux en bonus). La Rabla explore initialement un son plus proche du premier EP, un croisement entre Le Messager et Ennio Morricone. La fuzz dérègle la machine et nous entraine vers un son plus garage psyché... Cette face b est peut être un peu plus classique que sa collègue mais n'en reste pas moins particulièrement réussie.

Forever Pavot impressionne avec ce nouveau simple. La production est exemplaire, le sens de l'arrangement et des sons également. Le mec sait composer de super morceaux, et le voir assumer d'avantage le chant est une excellente nouvelle. Le future du psychédélisme se trouve peut être en France, en tout cas Paris prépare du lourd en 2014 avec Dorian Pimpernel et Forever Pavot !


 

mercredi 15 janvier 2014

Bilan 2013 : Les meilleurs albums de l'année (2/2)


1 Aline - Regarde Le Ciel (Accelera Son)
Regarde Le Ciel est le genre de disques avec lequel tu choisis tes copains. Aline a tout compris ou nous nous comprenons, je n'en sais rien. Le fait est, que Regarde Le Ciel, a et aura une résonance particulière pour nous, tout simplement parce qu'il réconcilie ce qui semblait inconciliable pour tous en France, alors pourtant que ça nous paraissait une évidence : la sensibilité et la mélancolie de Sarah Records, du C86 et des Smiths, notre belle langue trop souvent oublié du rock "made in France" et la trop sous-estimée pop (à guitares, pas Elli et Jacno quoi) française des années 80 comme Gamine, Les Avions, Les Calamités, Les Freluquets.
Romain Gueret et sa bande a écrit et sorti le disque que nous aurions rêver de faire.
L'interview d'Aline.


2 The Stevens - A History of Hygiene (Chapter Music)
Beaucoup de gens critiquent les tops, et ils n'ont pas tord quand l'exercice consiste à copier le voisin. En revanche les bilans peuvent devenir de très belles opportunités pour défendre des disques, et essayer encore une fois de les faire connaître. Etienne et moi sommes (nous l'espérons) dans cette seconde perspective. Notre top 10 est l'occasion de mettre en avant des disques coups de coeur. A History of Hygiene en est un énorme. Ce disque est génial et m'a accompagné une bonne partie de l'année. De l'indie-pop qui tire sur le lo-fi 90s mais avec une personnalité propre. Un album que j'ai envie d'offrir aux gens pour les embarquer avec moi. 




3 Homeshake - Homeshake Tape (Fixture)
Longtemps nous avons hésité pour la catégorie de ce disque. S'agit-il d'un EP ou d'un album ? Nous avons finalement opté pour l'album en estimant que le disque gagnerait en visibilité. Homeshake est un des sidemen de Mac De Marco. Sur cette cassette il vole clairement la vedette à son pote. C'est fantastique. Le son est amateur au possible mais comment ne pas être touché par la beauté de ces mélodies et cette voix aussi nonchalante que mélancolique? Homeshake Tape est un des plus beaux albums de 2013. Donnez lui une chance.



4 Scott & Charlene's Wedding - Any Port In A Storm (Fire)
Est-ce un disque de garage ? Est-ce un disque d'indie pop (ou rock) ? Je ne sais pas trop, sûr qu'on y entend du college rock 90 mais aussi un côté "Dunedin Sound" sans oublié un parler-chanter de story teller de la vie quotidienne qui n'est pas sans rappeler Dylan en moins frondeur. Vous vous doutez qu'avec ce genre de description le groupe rempli pile poil les critères de sélections précis pour plaire à Requiem Pour Un Twister. Dans le mille Emile.


5 Maston - Shadows (Trouble In Mind)
Le psychédélisme était le mot de 2013. Il y a des chances qu'en 2014 ce soit également le cas. Si nous avons été déçu par certains disques (à tel point qu'ils ne figurent pas dans ce top 50) d'autres nous ont émerveillés comme Shadows de Maston. Cet américain a pondu un disque transcendant ses influences. Un disque qui porte l'imaginaire loin et haut.


6 Jagwar Ma - Howlin' (Marathon Artists)
Juin 1997, la mythique Haçienda ferme définitivement ses portes, le club de Manchester sera a jamais ancré à la réconciliation quasi-impossible des popeux et des ravers. Dans un monde aussi segmenter et cliver que le nôtre, le club et ses DJs (ainsi que ses dealers d'acides) auront autant contribuer à la révolution techno qu'à la révolution indie, autant dire que c'est certainement l'un des lieux musicaux les plus important de notre ère. Si le terme "electro-rock" est fâcheusement galvaudé, presque une insulte pour nous (alors que nous aimons les deux mondes), or Jagwar Ma, à la manière des glorieux Happy Mondays et Stone Roses, réussi la synthèse idéale. Oui Howlin' est un disque revival baggy, mais putain qu'est ce que ça fait du bien d'entendre un groupe de rock qui sait faire de la musique électronique (à moins que ça soit l'inverse).



7 Dream Boys - s/t (Art Fag)
Ce blog est dévolue à la musique de genre. L'indie-pop est un de nos genres musicaux fétiches. Elle représente une pensée, une éthique au arrefour du DIY, la pop 60s des Byrds ou du Velvet, des idées du punk et post-punk et un tas d'autres trucs super cool à nos yeux. Dream Boys ont signé un disque indie-pop jangly , hymne à la 12 cordes aussi bandant que lumineux. RPUT aime les Dream Boys et l'indie-pop.
  

8 Thee Oh Sees - Floating Coffee (Castle Face)
Thee Oh Sees est un de nos groupes préférés depuis 4-5 ans, or jusqu'à maintenant, leurs sorties albums n'atteignaient pas toujours la qualité escompté (le très surestimé Carrion Crawler/The Dream) et certainement pas leurs prestations lives (cette année encore, celle du Trabendo, fut hallucinante), si on attend toujours d'eux l'album pierre angulaire, Floating Coffee s'en est vraiment approché. Thee Oh Sees ont rarement aussi bien tenu la longueur, ont rarement été aussi concis, efficace et complet, leur formule Garage-Kraut est vraiment maîtrisée à la perfection et ils peuvent même se permettre des formidables (Minautor) digressions. A notre avis, leur meilleur album depuis Help.


9 Orval Carlos Sibelius - Super Forma (Clapping Music)
Deux disques français dans le top 10 (dont le numéro un !), cinq de plus dans les 50, sans compter ceux qui s'en approchent. La France se porte très bien musicalement. On est par exemple tombé sous le charme de Super Forma magnifique disque psychédélique d'Orval Carlos Sibelius qu nous fait un effet un peu similaire à celui de Chris Cohen l'an passé: un pied dans la pop baroque, un autre dans le prog bizarre.



10 Boogarins - As Plantas que Curam (Other Music)
Invoquant le tropicalisme brésilien d'Os Mutantes ou de Sergio Mendes tout autant que le revival psych contemporain, le duo brésilien Boogarins fût l'une des plus belles découvertes surprises de l'année. Ah ce que la musique peut-être excitante lorsque le métissage, qui fait si peur à certaines franges extrême de notre beau pays, est intelligent ! Boogarins en sont la preuve : un groupe brésilien sorti sur un label new yorkais et adoubé par un blog français, la mondialisation a parfois du bon non ?

mardi 14 janvier 2014

Bilan 2013 : Top Album (1/2)

Voici venu le temps du top album, comme l'année dernière, on vous fait patienter le top 10 avec 40 autres albums qui nous ont plu. Comme chaque année, plein de choses à écouter, trop même, comme toujours des choix difficiles et des dilemmes. Nous avons tranchez, ce sont eux nos préférés. Comme toujours, notre choix se porte sur l'âme, les chansons, les couilles, est totalement subjectif et de mauvaise foi.

11 Dick Diver - Calendar Days (Chapter Music)
Voilà un Australien qui aurait du naître en Californie tant sa musique évoque le glorieux son jangly folk-rock étasunien. Malgré quelques chansons très agaçantes, Calendar Days est traversé par des chansons enivrantes, presque touchées par la grâce. Ce disque nous a tenu chaud tout l'hiver, nous faisant rêver à l'été indien et aux rayons du soleil couchant caressant le duvet de nos bras dénudés.

12 Jessica 93 - Who Cares ? (Teenage Menopause)
Boucles obsédantes, un album sombre à la violence contenue. Avec une mention aux deux morceaux en français.

13 The Lucid Dream - Songs Of Lies And Deceit (Great Pop Supplement)
Un de nos disques anglais favoris de l'année. Du shoegaze bien brutal mais inspiré mélodiquement. Mention au magnifique vinyle de Great Pop Supplement.
14 Foxygen - We Are The 21st Century Ambassador Of Peace And Magic (Jagjaguwar)
Ce groupe est fou, oui, il est siphonné du ciboulot, il n'a que faire des conventions et expérimente, parfois, on a l'impression qu'il ne sait pas où aller, perdu dans les méandres de leurs synapses, souvent tout ça conduit à une illumination, un moment magique puis, d'un coup, il peut retomber dans ses travers (le pastiche Rolling Stones). We Are The 21st Century machin est certes inégal, mais qui dans ses bons moments frise le sublime.

15 Triptides - Predictions (Stroll On)
On leur prédit un bel avenir à ces américains de Bloomington. Disque d'été à écouter même l'hiver.
16 Blackmail - Bones (Malditos)
Plus efficace que la josacine pour se démettre la cervelle.
17 The Mantles - Long Enough to Leave (Slumberland)
Les Mantles continuent leur trajectoire sans faute. Peut être l'un des groupes les plus méconnus et sous-estimés de la très riche scène de SF.

18 Halasan Bazar - Space Junk (Crash Symbols)
Zinzins de l'espace Danois en calvacade psych-folk-rock ? Attention, l'Ampli contre attaque.

19 Warm Soda - Someone For You (Castle Face)
On ne sait pas si Matthew Melton a trouvé quelqu'un pour lui mais ce Soda là n'est pas éventé.
20 The Courtneys - s/t (Hockey Dad)
Les années 90s, les chemises en jean, les cheveux longs, les casquettes, les jeans troués, les vans montantes, les copains, le skate, le surf, le punk-rock, le grunge, les t-shirts trop larges tie & dye, sub-pop, Slumberland, MTV, The Courtneys.
21 Bleached - Ride Your Heart (Dead Oceans)
Ce Blondisque est bien et javel dire à tout le monde.

22 Elephant Stone - s/t (The Reverberation Appreciation Society)
On se doute que les intéressés sont fans des Stone Roses, mais ils y mettent les formes. Un album psychédélique à la cool qui évoque autant le Madchester que la Californie voir l'Ecosse, le mieux c'est encore de l'écouter !

23 Holy Wave - Evil Hits (The Reverberation Appreciation Society)
Les 10 commandements du rock psychédélique nous ont emmenés sur le Mont Sinaï. Chantons leur un Alléluia.

24 Weekend - Jinx (Slumberland)
Weekend signe un des meilleurs disques édités par Slumberland cette année. Un Shoegaze puissant qui fait le pont entre Factory et Creation. Un album que l'on peut aussi écouter en semaine.

25 Joanna Gruesome - Weird Sister (Fortuna Pop)
Il est super ce deuxième album de Veronica Falls, ils ont changés de nom ?

26 Alba Lua - Inner Seasons (Roy Music)
27 Beaches - She Beats (Chapter Music)
28 Kelley Stoltz - Double Exposure (Third Man)
29 Wavves - Affraid of Heights (Mom+Pop)
30 Machinedrum - Vapor City (Ninja Tune)


31 The Sufis - Inventions (Ample Play)
32 Minks - Tides End (Captured Tracks)
33 Kaviar Special - s/t (Howlin Banana)
34 Fuzz - s/t (In The Red)
35 Jonathan Rado - Law and Order (Woodsist)


36 Beach Fossils - Clash the Truth (Captured Tracks)
37 Blackfeet Braves - s/t (Lolipop)
38 Proper Ornaments - Waiting For The Summer (Lo Recordings)
39 Kevin Morby - Harlem River (Woodsist)
40 Yuppies - s/t (Dull Tools)


41 Spray Paints - Rodeo Songs (S-S Records)
42 Burnt Ones - You'll Never Walk Alone (Burger Records)
43 Ty Segall - Sleeper (Drag City)
44 Night Beats - Sonic Bloom (The Reverberation Appreciation Society)
45 Soundcarriers - the Other world of (Great Pop Supplement)


46 The Mergers - Monkey See Monkey Do (Soundflat)
47 Mount Kimbie - Cold Spring Fault Less You (Warp)
48 Feeling of Love - Reward your Grace (Born Bad)
49 Cosmonauts - Persona Non Grata (Burger Records)
50 The History Of Apple Pie - Out Of View (Marshall Teller)


Ils ont été cités mais sont tombés au pied du podium : La Femme, Last Night, Dead Ghosts, Pins, La Luz, Dirbtombs, Mozes And The Firstborn, The Resonars, Jacco Gardner, Golden Grrrls, Ex Cops, Surf City, Veronica Falls, Mind Spiders, Pendentif, Bass Drum Of Death et Glitz