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mercredi 28 juin 2017

Achats Récents #11

Je triche un peu, j'ai ressorti quelques disques plus anciens en plus d'achats très récents, l'occasion de faire une session 100% seventies !

The Atomic Crocus est probablement un groupe de studio monté spécifiquement pour cette sortie, la seule attribuée à la formation publiée en 1974. Il s'agit également de l'unique production de l'ambitieux label Daffodils International Records. Les plus attentifs noteront la thématique fleur entre crocus et jonquilles. Pas grand chose à dire sur la face A, de mémoire un slow pas franchement mémorable. L'intérêt du 45 tours réside dans la Face B, un excellent instrumental funky au tempo modéré à la production soignée. Un clavinet répond à une guitare en cocotte, un rhodes en arrière fond et bien sûr la mélodie principale jouée au synthé ! Le morceau est signé Bernard Estardy, un nom bien connu des collectionneurs pour les nombreuses raretés de qualité qui parsème sa discographie, notamment le fameux La Formule Du Baron qui s'échange dans les 100 euros...Au delà de ses productions propres, Bernard Estardy est une figure de l'ombre de la variété des années 60 et 70. Il démarre sa carrière dans le backing band de Nancy Holloway au coté d'un certain... Nino Ferrer. Il accompagne ensuite ce dernier à l'orgue dans les années 60 ainsi que sur les deux 45 tours des Gottamou. Co-fondateur du studio CBE il travaille avec la crème de la variété de l'époque de Claude François (et aussi), en passant par Françoise Hardy ou... Carlos ! The Ombilic Contact a notamment été compilé sur la première Cosmic Machine en 2013.


Information sur ce disque: le narrateur est Pierre Hégiel, le disque a été publié par le Reader's Digest en 1974 et se nomme Mais La Stéréophonie Qu'est-ce que C'est ? Et...c'est tout ! Globalement une curiosité avec des protocoles de test de stéréophonie sur la face B et une évocation de l'intérêt de cette dernière à travers des effets sonores (ping pong, train...) et la musique...classique. C'est tout ? Pas tout à fait, il y a environ une minute de jerk vraiment cool à partir de 4,30 (la seconde vidéo reprend le passage intéressant). Très frustrant mais néanmoins une curiosité comme on les aime non ?


Pierre Vassiliu réserve souvent de bonnes surprises. Sans connaître l'intéressé je l'imagine cultivé et aimant sincèrement la musique. Après Film que nous évoquions il y a quelques mois voici une autre face B qui me plaît beaucoup même si elle n'est peut être pas aussi culte que le morceau qui accompagne Qui c'est celui-là ?. En avant les petits enfants est une jolie chanson pop aux arrangements délicats (guitare sèche, électrique, percussions...). Très bien enregistrés (par Raymond Donnez qui a aussi bossé avec Cerrone par exemple), les chœurs apportent un beau relief à la composition de Vassiliu autour d'une structure d'accord très jolis. Pas si éloigné que ça de CS&N dans le style coté folk californien ensoleillé ou pour se rapprocher de nous, une version un peu plus variété des propositions d'Ilous & Decuyper ou Darras & Desumeur.  


Juan Carlos Cacérès est un musicien d'origine argentine. Après avoir étudié les Beaux Arts il s'établit à Paris en 1968. Au début des années 70 il publie deux albums avec Malon et sort un 45 tours sous son nom (celui que nous découvrons): Contigo Mi Vida avec en face B Rompe Con Todo enregistré à Mexico par le seul et unique Alain Goraguer (collaborateur de France Gall et bien d'autres !). Le premier album du chanteur sort sur Celluloïd en ... 1993. Dans les années 2000 il rejoint le label fondé par Eduardo Makaroff (Mano a Mano, Gotan Project). La face A ne présente pas d'intérêt particulier, en revanche Rompe Con Todo est une excellente surprise: un titre de latin-rock groovy typique de son époque (et très cool dans le genre) entre Santana des débuts (Oye Como Va, Evil Ways...), Titanic (Sultana), War ou encore Malo (suavecito). 


samedi 8 avril 2017

Surprise: les Osmonds ont fait de bons morceaux !

J'ai super la flemme de faire l'historique des Osmonds un groupe de frangins qui chantent à la télé depuis les années cinquante et lancé comme réponse aux Jackson 5 au début des seventies... Il s'agit d'un groupe américain de pop bubblegum dans la pure tradition du genre (Monkees, Bay City Rollers etc.) généralement assez tiède et anodin. Il y a cependant quelques bons morceaux, j'en connais en au moins deux que je vais vous présenter aujourd'hui, peut être en existe-t-il d'autres ?

Le premier est certainement le plus connu et identifié des deux: Crazy Horses , un tube de 1972, extrait de l'album du même nom (un de leurs plus personnels). Le titre est une charge contre la pollution des voitures, une préoccupation encore nouvelle à l'époque mais déjà dans l'air du temps comme en témoignent certains films de science fiction contemporains comme Silent Running (1972) ou Soleil Vert (1973). La chanson ne fait pas dans la dentelle proposant un hard rock puissant, groovy et énergique. Si les cuivres rendent la chose un peu  plus acceptable, voilà une performance assez sauvage et remuante à sauver du bac à daube de votre disquaire !


Autre bonne surprise à sauver dans le répertoire de nos américains bien sous tout rapport: leur reprise de Fever. Et oui ! Encore une ! Impossible de se lasser de cette chanson non ? Sorti en 1974 sur l'album Love Me For A Reason et en Face B du 45T du même titre, les Osmonds amènent la chanson dans un registre funk teinté de soul psychédélique du plus bel effet. Certes la prestation vocale n'est pas nécessairement à la hauteur de ce qu'auraient pu faire un groupe Motown mais c'est quand même fort sympathique cette affaire ! Les arrangements sont très cool et bien fichus (guitare wah-wah, clavinet, flûte...). 

Les Osmonds s'inspirent, avec une certaine réussite de formations vocales noires comme les Chi-Lites, les Temptations (Papa Was A Rolling Stone)  ou encore les O'Jays (les premières notes de basse évoque For The Love Of Money). D'une certaine façon Fever actualise, avec l'apport du funk, la musique que jouaient les frères dans les années cinquante: le style Barbershop. En effet, au delà de l'instrumentation typée soixante-dix, la structuration des voix (baryton, ténor, soliste...) renvoie aux origines vocales du groupe, un point commun avec les groupes soul psychédélique qui s'ils s'éloignent du Doo Wop (genre lui même inspiré du Barbershop) n'en gardent pas moins une répartition des voix proche.


mardi 24 janvier 2017

Jean Karakos: BYG

Hier nous apprenions le décès de Jean Karakos, fondateur de deux des plus grands labels indépendants français à n'avoir jamais existé: BYG et Celluloïd. Je ne pense pas être la personne la plus apte à faire une biographie digne de ce nom à ce personnage hors norme de la pop française, à ce titre je vous recommande les textes de Rock Made In France et Libération permettant d'entrevoir la la vie fascinante de cette figure iconoclaste. À défaut de savoir comment appréhender la personne dans son essence, il m’apparaissait important de revenir sur certaines de ses grandes aventures qui façonnèrent la pop française que j'aime et défend ici et ailleurs. D'une certaine manière, comme pour Pierre Barouh (Saravah), le paysage underground français ne serait pas exactement le même sans des gens comme Jean Karakos... le mainstream non plus d'ailleurs !

BYG
Le label fut créé en 1967, selon la légende le nom reprend les initiaux de ses trois fondateurs à savoir Fernand Boruso, Jean Luc Young et Jean Georgakarakos. Le premier fut précédemment collaborateur de... Saravah (le monde est petit), il partit en 1969.
Jean Luc Young initia au moins deux labels avant BYG en plus de travailler à la distribution chez Barclay. Le premier, les Disques Young ne comporte qu'une seule sortie: le classique french beat El Camel des Falcons. Il créa également Disc Young, structure qui licencia deux productions anglo-saxonnes de Pentagle et The Mohawks. Deux réalisations faites en compagnie d'un autre label.... Joc créé par ... Karakos. Ce dernier monta tout d'abord l'éphémère Star Success dont selon toute vraisemblance il doit exister une dizaine de références oscillant entre musique cubaine et twist (Billy Watch, Eddy Burns, Gilbert Brun,  Pepe Luiz), puis Joc, label orienté vers les licences de disques de blues et folk (Pete Seeger, Woody Guthrie, Lightin' Hopkins etc.).


BYG, à ses origines, continua cette politique de licence notamment dans les premières années de son existence. Le label réédita en effet des disques de jazz (séries The Jazz Collection, Jazz Masters ou encore The Archive of Jazz) tandis qu'en parallèle il prenait chez des labels anglais ou américains des nouveautés de groupes aussi diverses que Sly and the Family Stone ou les plus obscurs Jasmin-T... BYG développa aussi son propre catalogue autour de différents axes. La venue de Claude Delcloo (qui remplaça Boruso) impulsa une orientation free jazz notamment via la collection Actuel, du nom du magazine fondé par le même Delcloo. L'identité visuelle de la série a marqué toute une génération: un layout blanc, une photo ou un dessin bordé de gris, le A stylisé en haut à droite, le titre à coté à gauche...L'ensemble constitue presque un who's who du jazz avantgardiste: Don Cherry, Art Ensemble of Chicago (qui résidait à l'époque à Paris), Sun Ra ou encore Archie Shepp pour citer les noms les plus connus. Autre élément moteur du catalogue: le rock underground français. Gong, la formation mythique de Daevid Allen, y publia entre autre son premier LP Magick Brother en 1969 (produit par les trois larrons) de même que la formation progressive Alice , les excellents Alan Jack Civilisation , Cœur Magique et Âme Son


En plus d'avoir parfois utilisé ses studios, BYG partagea certains artistes avec Saravah notamment Areski et Fontaine qui firent des albums pour les deux labels. Les deux structures, bien que sur des versants légèrement différents (rock d'une part, chanson de l'autre) sont peut-être parmi les plus symboliques de l'effervescence de l'époque, moins underground que Futura, plus large dans leur approche, ils catalysèrent ainsi une partie de l'énergie musicale générée par la France post-soixante huitarde (quand tout était encore possible et que Mai 68 n'était pas vu comme une injure...). BYG fut ainsi un jalon important pour la scène underground française et internationale entre 1968 et 1974. Si parfois les disques édités semblent à la limite de la légalité (notamment ceux de la série Faces and Places que je soupçonne d'avoir été alimenté par Gomelksy), le catalogue brille par sa variété, sa fraîcheur, son originalité et ses prises de risques. Il est incontestablement l'un de ceux qui a le mieux défendu le rock français à une certaine époque.

À partir de 1974, Jean-Luc Young et Karakos empruntèrent des voix différentes qui se croisèrent cependant à l'occasion. Nous allons revenir dans une seconde partie (si j'ai le courage de m'y atteler !) sur Celluloïd et d'autres labels de Jean Karakos mais mentionnons pour être complet ce que fit son collègue Young. Il monta le label de rééditions Charly notamment de certains groupes du catalogue BYG parmi lesquels Gong. Ce label est aujourd'hui particulièrement actif (par exemple sur le catalogue du 13th Floor Elevator) et connu quelques beaux succès, tel que Jungle Rock de Hank Mizell en 1976, un morceau initialement édité une vingtaine d'année plus tôt propulsé dans les charts anglais par la grâce d'une réédition...

En complément:
Un article très complet et intéressant sur BYG.
Un article sur le festival d'Amougies (directement lié à l'aventure BYG).
Un sujet sur les indicatifs de Radio Campus où j'évoque le parcours de Gomelsky dont la vie croisa souvent celle de BYG (il était manageur de Gong).

PS: j'ai illustré l'article de vidéos de disques sur ma wantlist :) . Pour l'anecdote: derrière le morceau floating se cache Vangelis, de son coté François Wertheimer pourrait bien être derrière le très étonnant album de Dominique Webb...

mardi 3 janvier 2017

Bernard Ilous "Ilous"



Bernard Ilous ne sera pas un illustre inconnu pour les lecteurs fidèles de ce blog. Il y a quelques mois, Alexandre évoquait déjà son aventure musicale avec Patrice Decuyper – fugace collaboration qui donna notamment naissance à un album magistral en 1972. Suite à la dissolution du duo, Bernard Ilous récidive en 1974 avec un disque solo. De toute sa carrière de musicien de l’ombre (il écrit et enregistre pour de nombreuses vedettes de la variété, googlez pour voir), celui-ici demeure fort malheureusement le seul signé sous son seul nom. Tout comme le Ilous & Decuyper, il parait chez la remarquable maison d’édition phonographique Flamophone. Avant de toucher deux ou trois mots sur l’album, il me semble judicieux d’évoquer le label (qui mériterait un article à lui seul tant son histoire peu banale s’émaille de pépites).


Flamophone est fondé à la toute fin des années soixante par Claude Puterflam, chanteur du SystèmeCrapoutchik, une formation pop exemplaire qui n’obtint malheureusement jamais le succès mérité. Maison modeste mais sincère, le principal fait d’arme de Flamophone réside dans la création d’une ambitieuse hybridation de la variété française et de la pop anglo-saxonne. Par cela, j’entends une musique francophone – forcément – et possiblement grand public, traduisant à sa manière l’univers psychédélique ou progressif de nos voisins d’Outre-Manche (au-delà du style vestimentaire, là où bloquait la plupart des idoles franchouillardes des seventies).  Dans un monde juste, ses productions soignées et au goût sûr auraient dû servir de mètre étalon dans le paysage musical hexagonal… Bien entendu, son catalogue n’est pas exempt de quelques belles branquignoleries, les 45 tours solo de Claude Puterflam en tête (mais également Confidence Pour Confidence de Jean Schultheis !). Celles-ci permirent, sans doute, de faire perdurer la société durant les années de vache maigre. Chez Flamophone, se croisent des têtes bien connues dans le monde des requins de studios (dans le sens noble du terme) : Bernard Ilous donc, mais également Jean-Pierre Alercen, Bernard Lubat, Christian Padovan… Pour ne citer que quelques noms qui concernent l’objet de ce papier. Pas des manches, en somme.

En 1974 donc, Bernard Ilous offre un exemple brillant des merveilles qui pouvaient aboutir du travail de Flamophone. Si le songwriting évoque à certains moments Michel Polnareff (Chanson chagrin) ou Michel Berger (Les yeux ouverts), la première qualité de l’album réside dans sa force introspective. Bernard Ilous nous fait pénétrer dans son univers embrumé, parfois inquiétant mais jamais pour longtemps. Sa pop douce et aérienne (voire gentiment cosmique, sans être pompeuse) plonge l’auditeur attentif dans un étrange sentiment de sérénité, de torpeur presque. La seconde qualité du disque se trouve dans les arrangements audacieux, presque « expérimentaux » par moments (toutes proportions gardées). Ce travail d’orfèvre s’illustre en particulier sur l’instrumental du disque (Rondeau). Il n’obtint qu’un succès commercial très limité et n’a, à ce jour, contrairement à l’album avec Decuyper, jamais connu de réédition. Bernard Ilous publia également une poignée de 45 tours durant la première moitié des années soixante-dix, mais je ne les connais pas.

lundi 13 juin 2016

Blue Vamp: Glam à Paris

Il existe fort peu de groupes glam français à ma connaissance... À vrai dire, avant de tomber sur le 45 tours que je compte évoquer aujourd'hui, un seul me venait à l'esprit: The Frenchies de Martin Dune...aka Jean-Marie Poiré et leur célèbre "Lola Cola" (youtube) ! Le groupe que nous allons évoquer aujourd'hui se nomme Blue Vamp il est originaire de Paris et a sorti un album et un 45 tours  sur le label Vamp. Initialement je pensais qu'il pourrait s'agir d'un label créé par le groupe lui même mais discogs m'apprend qu'il s'agit d'une structure créée par Gabriel Ibos (plus tard de Spalax qui réédita un de mes disques de berlin school favori à savoir E2-E4 de Manuel Göttsching) et qui a notamment édité des albums du groupe expérimental Lard Free.

Le groupe Blue Vamp se composait de Jean Pierre Bucolo, Helios Vidal, Jean Pierre Bellanger, Bernard Madelin et Stéphane Ficarelli. Vous pouvez trouver une biographie et des photos de la formation sur Rock Made In France et French Heavy Rock. Par ailleurs le fan club de Jean-Michel Jarre (vous allez comprendre pourquoi !) nous apporte de précieuses informations sur la création du 45 tours...Bernard Madelin se lie en effet d'amitié avec Jean-Michel Jarre dans les couloirs des Disques Motors qui hébergent également Vamp. Les deux collaborent ainsi sur un projet de Jean Michel Jarre dans lequel Bernard Madelin joue de la guitare et basse, elle aboutit au 45 tours sous le pseudo de 1906 (youtube) en 1974. 
Le premier album des Blue Vamp, publié en 1973 se vend mollement: le label pousse donc le groupe à enregistrer un single pour relancer l'intérêt autour de la formation. Ainsi Jean-Michel Jarre, collaborateur maison montant des Disques Motors (il participe aux albums Les Paradis Perdus et Les Mots Bleus de Christophe) compose "Jolly Dolly" tandis qu'Hélios, le chanteur, écrit de très réussies paroles....Le titre est mis en boite aux fameux studios Ferber à Paris et couplé avec un morceau extrait du LP ("L'esprit de l'homme") en 1974.

"Jolly Dolly" manque peut-être d'un solo de guitare déglingué pour être un classique imparable mais la chanson fait malgré tout une très belle impression. La production est soignée et respecte à merveille le cahier des charges glam : la rythmique donne immédiatement envie de danser et taper dans ses mains, dans la pure tradition du genre ("Ballroom Blitz" de The Sweet ou "Get it On" de T-Rex). Si le texte est assez sage malgré une thématique prometteuse (une teenager en boite de nuit), Hélios y met ce qu'il faut de stupre et d'androgynie pour rendre le tout des plus cool. Dans un monde parfait le simple aurait effectivement relancé les ventes du disque, ce ne fut bien entendu pas le cas ! Le groupe s'arrête, Jean Pierre Bucolo devient un musicien de studio recherché, il travaille notamment avec Renaud ou Cabrel (discogs), Hélios Vidal participe au groupe Magnum (avec Jacky Chalard de Dynastie Crisis!) et enfin Bernard Madelin monte Gangster qui tourne en première de Téléphone au début des années 80. Après une parenthèse d'une vingtaine d'année, il a recommencé à enregistrer au début des années 2000 avant de décéder en janvier 2014. Souvenons de lui avec l'excellente "Jolly Dolly" ode à une certaine innocence, à la joie de vivre et très intéressante contribution à notre patrimoine rock français !

 

dimanche 15 mai 2016

Sparks: la ville leur appartient

Longtemps les premiers cycles des années 70 furent ma hantise, un repoussoir à l'amateur de garage et de pop baroque que j'étais (et suis toujours!). J'avais à  n'en pas douter une image faussée de ce qu'est réellement le début de cette décennie. Je n'y voyais que ce rock conquérant et plutôt barbant que représente Led Zep' ou Deep Purple, éventuellement du rock progressif tout aussi lénifiant et prétentieux, idéalement avec une pochette de Roger Dean (Oui je parle de toi Yes)... J'étais jeune, j'avais besoin de me confronter à un ennemi, fut-il un peu trop monté en épingle pour apparaître plus féroce qu'il ne l'est réellement. En effet, j'ai appris à dissocier ces groupes de leur aura, j'ai ainsi pu aimer ce qu'ils étaient (dans une certaine mesure) en me détachant de ce qu'ils représentent aux yeux de beaucoup et qui m'horripile tant: des figures mythologiques vénérées comme le veau d'or, des vaches sacrées sur lesquelles il me tardait de blasphémer. Au fond il était peut-être plus question de guerre de religions que de défendre le libre arbitre: les années soixante peuvent à bien des égards devenir un culte de dévots zélés tout aussi peu ouverts sur le monde extérieur que les amateurs de Led Zep qui ne jurent que par le Jack Daniel's et la Les Paul gold top... Je ne prétends pas être totalement sortie de la chapelle sixties (mais en ai-je réellement envie?) cependant j'ai su, je l'espère, m'ouvrir à d'autres sensibilités...

Je suis ainsi tombé sous le charme d'une certaine pop 70s, loin d'être en rupture avec la précédente décennie, celle continue d'explorer des chemins ouverts quelques années plus tôt. Parmi mes figures favorites (et mon panthéon pop personnel) apparaissent ainsi ELO, Roy Wood (Wizzard), Emitt Rhodes (ex Merry-Go-Round), Big Star, Badfinger, Raspberries et bien sûr Todd. Parlons-en tiens du père Rundgren...Membre éminent des Nazz, l'américain créa une des plus passionnantes discographies des années 70 autour de fantastiques classiques comme "A Wizard A True Star" ou "Something / Anything ?", son label édite également un petit groupe californien (de Los Angeles): Halfnelson. Cette formation est une affaire de frangins, elle comporte ainsi deux fratries: les Mael (Ron et Russell) bien sûr mais aussi les Mankey (Earle et Jim). Devenu Sparks, le groupe sort deux albums pour le label de Todd avant que les frères Mael ne décident d'aller s'installer à Londres, Earle resté à LA produira (parmi d'autres comme 20/20 ou les Paley Brothers) quelques années plus tard, en 1976, "Mondo Deco" l'unique album de The Quick (blog) dont la ressemblance avec Sparks est frappante ! Signés par le label Island, Ron et Russell remontent la formation avec des musiciens du cru. Ils sortent en 1974, leur troisième album et grand classique "Kimono My House". Le disque est produit par Muff Winwood ex-Spencer Davis Group (et frère de Stevie Winwood évidemment), l'intéressé enregistrera l'année suivante un disque culte de powerpop: l'unique album des Milk N Cookies. "This Town Ain't Big Enough For Both Of Us" est LE single extrait de l'album qui permet aux Sparks de percer. Deuxième des charts anglais (quinzième en France), la chanson est un énorme succès mérité tant le morceau est original et imparable. Les frères Mael déboulent en effet avec une pop baroque voir rococo altière et scintillante: le chant de Russell est théâtral et excessif quand la composition de Ron est tout en cassures et crescendos délirants. Sparks est ainsi un lien intangible entre la pop aux inflexions classiques de Left Banke et le rock lyrique de Queen, la formation évoque aussi la pop post-Beatles d'ELO ou le glam rock déviant de Roxy Music. Follement plus vrillé que Michael Brown et ses accolytes, plus élégant que les dégoulinants soli de Brian May: Sparks est cependant unique.

dimanche 23 mai 2010

Brinsley Schwarz - (what's so funny 'bout) peace, love & understanding (1974)

On continue aujourd'hui dans la nébuleuse Lowe/Edmunds, en effet Brinsley Schwarz est la formation du premier et ce disque sorti en 1974 est produit par le second! On s'étonnera quelque peu de ne pas voir ce groupe mentionné plus souvent, avec des disques de cette qualités et en ayant été aux avant postes du mouvement pub rock il mériterait de susciter plus d'intérêt. Néanmoins, pour revenir à nos moutons, Nick Lowe s'affirme sur "the new favorites of" comme un songwritter de premier rang. Les styles abordés sont variés sans sonnés forcés, plus comme une évidence. Avec bonheur on y trouve des bribes de country (trying to live my live without you), doo wop (small town , big city), soul (i like you, i don't love you) et plus original pour l'époque (on est en 74!) des morceaux qui sonnent comme des tubes inédit des 4 de Liverpool (la superbe composition "ugly things"). Le morceau que j'ai choisi me fait pensé aux Who, probablement surtout à cause de son riff cinglant de guitare d'entrée de jeux. La suite est tout aussi excellente (avec des harmonies super cool), et on ne s'étonnera pas trop de voir Elvis Costello reprendre ce très bon morceau quelques années plus tard.

Brinsley Schwarz - (what's so funny 'bout) peace, love and understanding

et bon je résiste pas à mettre également celle là:

Brinsley Schwarz - ugly things

jeudi 23 avril 2009

Big Star - september gurls (1974)

En 1974 il ne reste que quelques irréductibles groupes se bornant à ne pas faire du heavy-métal pour jeunes hommes en mal de baston, ou du prog qui parlent de trolls et de magiciens pour bizutés (et parfois on peut même mélanger les deux en même temps - le pire étant que ce n'est pas toujours si affreux que ça). Evidemment je suis de mauvaise fois, et assez réducteur, ceci dit dans le rock de la première moitié des 70s peu de formations cherchent à maintenir l'héritage des 60s, parmi elles on compte la première génération de combo "power pop" dont Big Star est sûrement l'un des plus fameux et les meilleurs. Cette formation a été créée par Alex Chilton après son départ des Box Tops avec qui il avait eu un énorme succès (the letter), elle sort d'abord un premier album en 1972, puis un deuxième en 1974 dont est extrait la mythique chanson "september gurls". Que dire dessus? Une guitare rickenbacker (encore héhé!) au son directement puisé chez les Beatles et les Byrds, et cette mélodie magnifique...bref Peut-on vraiment espérer plus d'une chanson pop que ce qui se trouve dans september gurls? pas grand chose non?

écouter september gurls (1974)

mardi 22 avril 2008

American Gypsy - angel eyes (1974)

American Gypsy est un groupe américain installé aux Pays Bas après avoir tourné près de deux ans en Europe et en particulier en Espagne. En 1974 sort le simple "angel eyes" un succès surprise pour le groupe qui dans la foulée enregistre un premier album. Le morceau qui les a fait connaitre est une petite tuerie de soul psychédélique à mi chemin entre les productions de Norman Whitfield (pour les Temptations) et Gil Scott Heron (pour la voix).

American Gypsy is an american band wich lived in the Netherlands after touring about two years in Europe including in Spain. In 1974 a first single with "angel eyes" was released, it became a succes so the band recorded just after a first album with the same title. Angel Eyes is a great psychedelic soul track wich reminds me Norman Whitfield productions (for the Temptations for exemple) and Gil Scott Heron (for the voice).

écouter / listen to angel eyes

dimanche 9 mars 2008

Jean-Pierre Castelain - Alberia (1974)


Album complètement débile de Jean-Pierre Castelain (guitariste des Fleurs De Pavot) et de quelques membres du Système Crapoutchik qui raconte la vie d'Albert, un type somme toute très moyen, qui, à la fin de sa vie, mange de la purée parce qu'il n'a plus de dents. Plus incroyable encore, il est née par moins 20 degrés et a travaillé aux PTT! Avec un tel concept (un album qui se fou littéralement des classes moyennes) le disque à fait un véritable flop bien qu'acclamé par la critique. Quelques thèmes sont encore d'actualité, par exemple "l'essence est chère, la voie est dure" ou encore "le français consomme beaucoup de salades" et d'autres beaucoup moins comme "les H.L.M c'est vraiment bien". Et oui! L'album date de 1974, et à cette époque, c'est la grande classe d'habiter dans une cité! Disque plutôt varié entre pop, rock et chanson française.

écouter La Communion
écouter Petit Homme Blues


samedi 29 septembre 2007

Raspberries - overnight sensation (hit record) (1974)

Alors que le début des 70's est traversé par le hard rock et le rock progressif, une poignée de formations anglaises et surtout américaines tel que Badfinger, les Flamin' Groovies, ou encore Big Star, se positionne dans une tradition plus pop, inspiré de la british invasion ou des Byrds auquelle on donnera le nom de Power Pop un terme qu'utilisait les Who pour évoquer la musique de leur début. Raspberries est sûrement l'une des formations les plus populaires et emblématique de ce genre, avec 4 albums au compteur et de nombreux tubes dont "go all the way"sur leur premier album. Overnight sensation est le morceau qui ouvre leur 4eme (et dernier) album intitulé starting over, un superbe titre de pop qui emprunte au meilleur de la pop 60's (beatles, beach boys etc.), avec un break génial imitant le son de la radio qui débouche sur une reprise illuminée d'harmonies, on s'en prend plein les oreilles pendant 5 minutes.

In the early seventies, Prog and Hard rock were the main rock styles, but a few bands from England (Badfinger) and overall USA (Big Star, Flamin' Groovies...) was stuck into the 60's sound of the british invasion (Who, Beatles, Small Faces) and pop (Byrds, Beach Boys...). This sound was called Power pop, and among the best and most popular band figure the Raspberries, a ohio combo wich did 4 albums. Overnight Sensation is a track from their last LP in 1974 Starting Over, it's an amazing slice of crafted pop with strong harmonies and an awesome break.

écouter / listen to overnight sensation (hit record)

mercredi 20 juin 2007

David Ruffin - I saw you when you met her (1974)

David Ruffin commence sa carrière dans le groupe motown des Temptations, sa voix fait merveille sur des tubes comme my girl, mais il prend la grosse tête, veut un hotel plus luxueux que les autres en tournée...Il quitte donc le groupe en 1968 et commence une carrière solo, si les tubes ne se font pas attendre au début, dès les années 70 c'est un gros passage à vide pour David Ruffin. C'est pendant cette période de vache maigre qu'il signe l'excellent disque me'n rock'n roll avec Norman Whitfield à la prod, ce dernier fait ici du très bon taff et il rend justice à tout le talent du chanteur, notamment sur le morceau d'ouverture I saw you when you met her.

écouter i saw you when you met her

David Ruffin was the lead singer of the Temptations, but he had too much ego, so he left the band in 1968. The first years he did some hits, but soon he failed to chart again. In 1974 Norman Whitfield produce his album me'n rock'n roll, an awesome job for a great voice! Just check the openning track I saw you when you met her.

listen to I saw you when you met her