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samedi 5 novembre 2016

Henry Cording: les débuts difficiles du Rock en France

Le Rock et la France entretiennent depuis les origines une relation compliquée. Ce malentendu a peut-être été en partie entretenu par l'une des premières incursion hexagonale dans le genre: l'EP 4 titres d'Henry Cording and His Original Rock & Roll Boys en 1956.

Le Rock & Roll naît au milieu des années 50 après une période de gestation d'une quinzaine d'années. Il tire ses influences de la musique noire, notamment jazz, blues et R&B en y ajoutant de nombreux éléments de country (le son twangy, le chant...). Le nouveau style enflamme la jeunesse étasunienne en 1955 grâce au film Graine de Violence porté par le morceau Rock Around the Clock de Bill Halley. Suit en 1956 Hound Dog de Presley, le reste de l'histoire est bien connue ! Bien sûr les autres pays sont également touchés par la fièvre et de nombreux musiciens à travers le monde se mettent à faire du Rock & Roll...

En France les adultes Michel Legrand, Boris Vian et Henri Salvador sont parmi les premiers à enregistrer un disque dans le genre dès 1956. Il existe quelques précédents (dont le sincère Mac Kac) mais nos trois farceurs obtiennent avec cet enregistrement rapidement un certain succès. Musique destinée aux teenagers, le Rock fait donc une de ses premières incursions françaises à travers un pastiche réalisé par des gens un peu trop âgés pour réellement comprendre cette musique. Amatrice de jazz la bande voit en effet dans le Rock & Roll une petite mode passagère et quelque peu abrutissante... Ils abordent ainsi ce nouveau son comme une forme de jazz simplifié, une caractéristique qui se retrouve d'ailleurs dans les 4 morceaux  d'un EP au fond pas si Rock que ça. N'assumant pas entièrement la plaisanterie, les trois se fendent de pseudos: Boris devient Vernon Sinclair (à relier à son pseudo de plume Vernon Sullivan), Michel Legrand est Mig Bike (un anagramme du surnom que lui donnait les américains: Big Mike) et enfin Salvador est Henry Cording en personne (jeu de mots avec recording le terme anglais pour enregistrement). La blague est complété par un texte de Vian au dos de la pochette mais signé par un mystérieux  Jack K. Netty...inspiré du directeur artistique Jaques Canetti.

Bien que pastiches et donc humoristiques, les 4 morceaux sont très chouettes et agréables, ils ne sont pas tellement rock (plus une sorte de jazz binaire enjoué et rythmé) mais constituent un témoignage fascinant sur les débuts d'un rock français né sous le signe de la parodie...avant que Danyel Gérard et surtout Johnny Hallyday vers 1960 soient les premiers authentiques teenagers à rocker l'Hexagone ! Le mal était cependant en quelque sorte fait: le rock français devra lutter pour prouver qu'il a le droit d'exister. À ceux qui s'intéresseraient à cette fascinante période proto-rock français on recommandera la très réussie compilation Rock Rock Rock cher Born Bad, parfait complément de ce 45T d'Henry Cording.


lundi 11 avril 2016

Jan and Dean: Heart and Soul

Jan and Dean sont surtout connus des aficionados pour leur surf music, cependant actifs depuis les années 50, le duo enregistra aussi quelques classiques doo wop parmi lesquels la géniale "Heart and Soul". 

Cette chanson, peut-être aujourd'hui d'avantage associée au début des années 60, est pourtant bien plus ancienne: elle date de 1938 !  Composée par Hoagy Carmichael (également auteur du standard "Georgia On My Mind") et écrite par Frank Loesser, elle connu de nombreuses interprétations à l'époque, la plus célèbre étant celle de l'orchestre de Larry Clinton accompagné de la chanteuse Bea Wain (youtube). L'intérêt pour la chanson réapparait en 1961 quand les Cleftones, un groupe de R&B - Doo Wop reprend le standard sur un rythme moderne et légèrement chaloupé (youtube), leur version devient rapidement un standard du genre et se retrouvera d'ailleurs sur la superbe BO d'American Graffiti dont la sélection est vraiment excellente (wikipedia). Jan and Dean décident à leur tour de reprendre le morceau et de surfer (ahah) sur le succès des Cleftones. Liberty ne veut pas sortir leur version et le duo échoue (ahah) sur Challenge: le label fera une bonne affaire compte tenu du nombre de tubes que vont faire les intéressés ! 

Jan & Dean interprètent probablement ma version préférée de ce classique. Dans la pure tradition doo wop les deux bougres s'en donnent à coeur joie dans les pam pam pam doo doo si typique de l'époque et des groupes vocaux mais qui garde une fraicheur et une innocence incomparable y compris en 2016. L'arrangement est également très réussi, il joue sur des enchaînement rapide-lent donnant beaucoup de relief à la chanson. 


jeudi 18 mars 2010

Alex Chilton - Bangkok (1978)


Cela faisait déjà une paye que j'avais dans l'idée de me fendre de quelques lignes sur Alex Chilton, d'évoquer en ces lieux le morceau « Bangkok », surtout. Car si je ne pouvais que me réjouir du regain d'intérêt suscité par Big Star depuis la sortie du coffret Keep an Eye on the Sky l'an dernier, l'impasse faite sur le reste de sa carrière me chagrinait un peu. Le vaste monde des amateurs de rock à la petite semaine, les dilettantes de la chose, les passionnés à-demi se pâmaient soudainement, redécouvraient Big Star comme on réinvente la Guinness tiède. Et ce fut parti pour une réévaluation historique aux allures de canonisation : on n'en finissait plus de s'extasier sur ce « trésor caché » qui ne l'a jamais été, finalement, que pour ceux qui n'avait pas pris la peine d'y regarder ou plutôt d'y entendre – probablement trop occupés à bavasser sur la next big thing du moment et autres soufflés montés à la levure de buzz . Big Star, comme tous les groupes copieusement ignorés de leur vivant, avait déjà été plus d'une fois l'objet de ce genre d'exhumation médiatique : à la fin des 70's avec l'émergence de ce qu'on appela power-pop (mot-valise bien commode désignant, précisément, tout groupe influencé de près ou de loin par la Grosse Etoile), puis dans les années 80, sous l'impulsion des Replacements et de R.E.M, et enfin dans les 90's avec des formations comme les Posies et Teenage Fanclub qu'on peut considérer, malgré toute la tendresse qu'on peut leur porter, comme des notes en bas de pages du Grand Livre tripartite (#1, Radio City, Third/Sister Lovers) rédigé par Chilton et ses apôtres.

Mais foin de considérations historiques ou de règlements de comptes d'alcôves : Alex Chilton est mort à 59 ans, mercredi 17 mars, d'un arrêt cardiaque. « Foudroyé en pleine gloire », serait-on tenté d'ironiser... Lui l'éternel poissard, archétype du beautiful loser, divinité tutélaire de la petite corporation des rocks-critics qui exige d'avoir son quota de martyrs, ses pouilleux stipendiés, ses maudits officiels pour justifier sa minuscule existence. Je laisse à d'autres l'évocation des heures ô combien glorieuses des Box Tops, avec lesquels Chilton a connu la gloire à 16 ans, de la vallée de larmes qu'est Third/ Sister Lovers, à faire passer le Berlin de Lou Reed pour une opérette d'Offenbach.

Bangkok, donc, single sorti en 1978. Chilton, tellement sous influence qu'il n'est plus que le spectre de l'ectoplasme de son fantôme, peine à se remettre de l'échec prévisible de Third/Sister Lovers fraîchement sorti après une paire d'années à prendre la poussière sur une étagère. En face B, une reprise du classique des Seeds, Can't Seem To Make You Mine. Un an plus tard, il produira Human Fly, The Way I Walk, Domino, puis le Songs The Lord Taught Us des Cramps. Mais en 1978, c'est « Bangkok » et tout ce qu'on nommera plus tard de l'affreux mot de psychobilly est déjà là. Cette façon de tordre le rockab' pour en réanimer le cadavre. Ce son ramassé, cette morgue, ces hoquetements-halètements, le tranchant des guitares couplé à la réverb' tous azimuts. Tout ce qui fait le rockab', mais passé au tamis punk, mis cul par-dessus tête et dézingué de l'intérieur, en 2 minutes et 2 secondes.

Alex Chilton - Bangkok

vendredi 6 novembre 2009

Flamin Groovies - headin' for the Texas border (1970)

The Flamin' Groovies sont une des formations mythiques des 70s, leur morceau "shake some action" sorti en 76 est un des classiques ultimes de la power pop, mais ici nous allons un peu plus nous attarder sur leur première période, à la fin des années 60 début des années 70 avec à la clef trois disques incontournable: Supersnazz (excellent), Teenage Head (un classique mais pas trop ma tasse) et ce Flamingo sorti entre les deux sus-mentionnés, probablement le plus énergique du lot. C'est particulièrement manifeste dans le titre "headin' for the Texas border", un peu comme les Yardbirds en leur temps, les Flamin prennent un riff simple mais ultra efficace et le font s'étirer sur 5 minutes totalement jouissive, avec des séquences de "rave up" orgasmiques! Ce morceau est un concentré de testostérone et de rock n roll à 200 km, c'est simple, mais tellement bon, alors maintenant c'est plus la peine de se chercher d'excuse pour sauter dans tous les sens comme un fou!

The Flamin' Groovies, did with "shake some action" one of the best power pop cut ever, but they were great also in their early day, especially in the 3 lps: supersnazz, flamingo and teenage head. The second one especially is a sum up of what rock n roll could be, and i like especially "headin' for the texas border" built around a simple but efficient riff, and then it's just 5 minutes of rock n roll lust!

the Flamin' Groovies - headin' up for the Texas border