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dimanche 3 juillet 2016

Plus vraiment Soft mais plus Machine que jamais

Les algorithmes sont aussi fascinants qu'agaçants: ils peuvent vous glisser d'affreuses peaux de bananes sur la route sinueuse de la découverte mais sont aussi capables de vous surprendre ponctuellement. Je consulte ainsi de temps en temps les playlists de Spotify, à ce jour je n'y ai fait aucune réelle découverte mais j'ai pu apprécier que ce satané ordinateur était capable d'identifier une partie de mes goûts avec une précision étonnante. Citons en vrac dans celle de cette semaine: The dBs (blog), Todd Rundgren, Make Up, Ultimate Painting, Miracle Religion (avec mon morceau préféré all the best) etc. Pointu et cool !

Les algorithmes se plantent aussi parfois sévèrement, ainsi Spotify est-il convaincu que j'aime les tubes de variété parce que j'écoute certains titres (précis) de chanteurs français, ils me proposent ainsi un hit disco de Dalida, supposant qu'ayant écouté Monty, Johnny ou Nino cela devrait être ma came. Les algorithmes n'arrivent donc pas ici à identifier mon comportement d'écoute car il est probablement noyé dans une masse d'informations ne faisant pas la subtile distinction que j'opère. Pour prendre un exemple un peu analogue, il suffit de regarder la liste des recommandations pour les Beatles sur last fm , les choix se portent naturellement sur des groupes très écoutés comme les Beatles plutôt que sur des groupes ressemblant aux liverpuldiens comme pourraient l'être les Searchers, Gerry and the Pacemakers etc. Ainsi les Hollies apparaissent-ils après Led Zeppelin.

Soyons honnête, je ne pense pas les algorithmes d'aujourd'hui pas capable de précéder le travail humain d'analyse et de rapprochement, c'est à dire le conseil du disquaire, le partage entre passionnés, les chroniques de disques, les compilations, les playlists etc. cependant la qualité des recommandations bénéficient aujourd'hui d'une acuité surprenante voir troublante. Le développement de l'intelligence artificielle n'en est ainsi qu'à ses débuts et le deep learning laisse entrevoir un futur peut-être dirigé par Bêta Gamma l'Ordinateur... Il risque en tout cas d'améliorer la qualité des recommandations, peut-être en analysant directement la musique (accords, instruments, tempo...).

Revenons-en à nos moutons... Cette longue digression m'amène à une excellente découverte effectuée grâce à un algorithme et aux écoutes d'autres internautes sur youtube: Soft Space de Soft Machine. Le morceau s'en effet naturellement enchainé à une de mes écoutes récentes: Chaos de Quartz. Je ne sais pas si les deux titres sont dans la même veine, il est évident en tout cas que Soft Space des britanniques est exactement dans ce que j'ai envie d'écouter (électronique, planant, abstrait, voir cosmique...) et une très belle découverte ! Le morceau est une rencontre fantasmée entre Moroder (l'influence d'I Feel Love sur la basse me semble évidente) et des séquences songeuses et mouvantes de Tangerine Dream période Phaedra avec un soupçon de Terry Riley peut-être... Autant dire que la chose a de quoi m'émoustiller mais en revanche elle énerve profondément les amateurs de Soft Machine. En effet à l'époque d'Alive and Well (l'album sur lequel figure ce morceau également publié en single - coupé en deux parties assez harmonieusement), le groupe britannique ne ressemble guère à la formation majeure de l'école de Canterbury qu'elle était une décennie plus tôt. Il ne reste aucun membre de la formation originale, Karl Jenkins en est le leader mais il n'est évidemment pas aussi apprécié que Wyatt, Ayers, Allen, Hopper ou Ratledge... Pour ne rien arranger à son cas, le Karl a commis une bien vilaine chose dans les années 90. Mais voilà, que ce ne soit pas le Soft Machine original ou que Karl se soit perdu en chemin importent au fond peu. Soft Space est un super morceau électronique, hallucinant pour 1978 et d'une modernité que n'a pas forcément tout le répertoire plus jazz rock du groupe ! Concluons sur une boutade: pensez vous qu'un algorithme va désormais associer Monty et Soft Machine ?

samedi 11 juin 2016

Quartz: à l'heure de la disco cosmique

L'autre jour, j'étais chez mon vendeur préféré aux puces, je regardais machinalement le bac soul/funk/disco et mes yeux se sont posés sur cet album de Quartz. La pochette a tout de suite captivé mon imaginaire, une pointe de science fiction, l'arrière plan solaire contrebalancé par la froideur et la géométrie du quartz: je savais avant même d'écouter la moindre note qu'il s'agirait de disco cosmique française ! Les enfants au milieu de colossaux cristaux évoquent très certainement l'un des succès de l'année 1978, également la date de publication de ce premier album, Superman et plus particulièrement la planète d'origine de Clark Kent: Krypton (trailer).

Quartz semble être en particulier l'alias de Saint-Preux, un compositeur d'inspiration classique ayant eu un énorme à la fin des années 60 avec "Concerto pour une voix" (pour les curieux: wikipedia et youtube). La plupart des morceaux de l'album sont également co-signés par Max Gazzola, peut-être un peu plus expérimenté en matière de disco puisqu'il a écrit pour The Ritchie Family (discogs). Notons aussi la participation de Patrick Langlade, probablement le frère de Saint-Preux... Un des morceaux de Quartz est une réadaptation d'un thème du second mouvement de Symphonie pour la Pologne (information trouvée ici) du compositeur contemporain. Le projet sort deux albums en 1978 et 1979, soit en plein dans la vague Space, Space Art ou Moon Birds.
Un morceau a particulièrement retenu mon attention "Chaos", après quelques écoutes de l'ensemble du LP c'est de loin le morceau que je préfère... Les autres ont un peu trop subit à mon goût les épreuves du temps et ont quelques traits qui me les rendent moins attachants (des voix redoutablement eurodisco etc.). Pourtant, à l'époque, "Chaos" ne fut pas publié en maxi et "Beyond the Clouds" eut ainsi les faveurs des djs de Détroit (la preuve), ceux-là même qui par leurs audacieux mélanges contribuèrent quelques années plus tard à influencer inconsciemment l'esprit des kids du Belleville Three...La Techno des origines a en effet plus que quelques instruments en commun avec beaucoup de musique électronique européenne de la fin des années 70: une forte appétence pour le futur. "Chaos" fut en revanche choisi par les compilateurs de Cosmic Machine en 2013, je les rejoins totalement dans ce choix: le morceau a une modernité unique. Réduit à l'essentiel à travers une basse mécanique et synthétique, une rythmique discoïde puissante, quelques traits mélodiques et enfin cette sublime section de string machines, "Chaos" est d'une redoutable élégance: il fait beaucoup avec peu... À cinq euros, le LP est bien sûr reparti chez moi !

vendredi 18 mai 2007

Deviants - Ptooff ! (1967)

La pochette de Ptooff !, plutôt bordélique, mais surtout très pop art attire l'oeil. Quoi de mieux pour illustrer un chef d'oeuvre anglais des années 60? A l'origine des Deviants, il y a en fait les Social Deviants, un nom plutôt évocateur. Le groupe se compose du chanteur Mick Farren, du guitariste Sid Bishop et du batteur Russel Hunter. Avant d'être activiste musical, le leader du groupe est journaliste pour des journaux de l'alternative à la fois politique, sociale, sexuelle et bien sûr musicale. La formation est anarchiste, et naturellement psychédélique.

Ptooff ! (quel drôle de nom), est le premier album du groupe (et à mon avis le meilleur sur les trois). C'est un disque basé sur un rock agressif, travaillé, et bien poudré. Le début du voyage débute par I'm Coming Home, un son très fuzz avec une grosse distorsion et se termine par le délire paranoïaque de Deviation Street. Au milieu, on trouve un passage folk, ethnique, et même cosmique. Bref, un régal pour les oreilles. Le groupe utilise de nombreux bruitages, parmi lesquels des mitraillettes, des sirènes et des voitures (le côté moderne de l'album?).
D'une richesse incroyable, Ptooff ! peut se résumer par la distorsion, la liberté, l'énergie, sans oublier le sexe. Je recommande ce disque (un classique du genre), particulièrement en vinyle notamment parce qu'il contient un très beau poster pop art. Bon, ce poster formant la pochette en général on préfère ne pas l'utiliser. Si vous aimez les Fugs, Captain Beefheart, ou la musique psychédélique en général, vous devriez apprécier cet album. En 1971, le groupe se transforme en Pink Fairies (avec Twink en plus).