mercredi 17 octobre 2012

Conjuguons La Pop #13 : Le Système Crapoutchik - Aussi Loin que je me souvienne (1969)

Le Système Crapoutchik , un nom bien étrange pour un groupe non? Si je vous dit qu'en plus il est dû à notre Dutronc national, ça a de quoi piquer votre curiosité j'imagine! En effet "Crapoutchik" était le surnom que Jacques avait donné à un de ses musiciens dont il n'arrivait pas à prononcer le nom: Gérard Kawczynski. Le Système Crapoutchik est en fait une émanation de la dream team qui accompagnait Dutronc pendant sa meilleure période (66-67) on y retrouve JP Alarcen, Alain Legovic (aka Alain Chamfort hé ouai!), le sus-nommé Gérard Kawczynski accompagné de Michel Pelay, Christian Padovan et enfin Claude Puterflam au chant.  Après quelques EPs et singles pour Vogue, le groupe signe sur le label de leur chanteur Flamophone et sort ce premier album Aussi Loin que je me souvienne, qui sera suivi par Flop (une compilation) et un album de reformation (discographie complète ici).

Si vous attendez d' Aussi loin que je me souvienne des chutes de studio de morceaux de Jacques Dutronc circa-66 vous risquez d'être un peu déçus, ce disque n'a tout simplement rien à voir avec la machine à tube beat qu'était Jacques au milieu des années 60. Aussi loin que je me souvienne est en effet un concept album, le premier français apparemment autour de la vie, l'album démarre en enfance et se clôt sur le thème de la vieillesse. Ainsi tous les âges sont passés en revue, des premiers émois amoureux ("premier amour"), en passant par la vie de famille ("les temps ont changé") et ainsi de suite. Le disque s'inscrit clairement dans ce que l'on appelait alors "la pop", la musique moderne des jeunes de la fin des 60s. 
Aussi Loin que je m'en souvienne a quelque chose à voir avec les premiers Martin Circus et bien entendu pas mal de groupes anglo-saxons sans les copier mais plutôt s'en inspirer pour créer sa propre voie . J'y entends les Beatles de "when i'm sixty four" ou les Kinks de Village Green, mais si vous vous attendez à ce que ça sonne exactement pareil vous pourriez être déçus. On y croise de la variété, de la pop, de la bossa, et même un morceau assez rock (l’étonnement musclé "un jour dans ma vie") dans un ensemble pourtant très cohérent.

La première chanson (après un très bon instrumental) risque de faire le tri entre les motivés et ceux qui ne le sont pas. "Quand je serai grand" est écrite du point de vue d'un enfant et chanté d'une voix de crécelle, le résultat est curieux, on n'est pas tout à fait à l'aise car impossible de savoir comment placer ce morceau par rapport à ce que l'on connait... Pourtant si on s'accroche on peut en saisir la douceur et la fragilité, les arrangements à l'économie sont vraiment jolis, ce titre donne le ton pour les autres: un espèce de disque de pop inclassable mais profondément original et personnel. Parfois on se rapproche plus des standards pop comme sur le très réussi "les lutins" et ses très belles harmonies pas si éloignées du CSN&Y mais le disque est vraiment une sorte d'anomalie, il est intemporel et unique. Parfois il se plante en beauté, mais à d'autre ça fonctionne et le charme opère. Aussi loin que je me souvienne atteint ainsi par instant des hauteurs rarement atteint en matière de pop française. Il faut par exemple écouter le superbe "une vie" , sur un rythme de bossa langoureux , les arrangements sont légèrement psychédéliques, fait avec beaucoup de tacts et de justesse, le rendu est saisissant. J'adore aussi "chagrin d'amour", le début à la guitare sèche est vraiment trop cool, et encore une fois les arrangements sont remarquables, les cuivres apportent une touche très particulière. Il s'enchaine parfaitement avec le très beau "les temps ont changés".

Aussi loin que je me souvienne est un disque pop aussi curieux qu'ambitieux, il ose être subtile voir ce que certains qualifient de mièvres. Le Système a cette capacité à laisser aller, se mettre à nu, ne pas chercher à faire à tout prix du bruit ou la musique la plus compliquée possible. Ils dépassent ça, essaient de faire leur truc pour un résultat s'approchant parfois du grandiose. L'ensemble dégage un charme et une singularité véritablement unique.

Je vous invite à lire la chronique rédigée par notre pote Alexandre sur son blog Somewhere there is music. Il y a aussi une biographie bien faite sur rock made in France. L'album a été (très bien) ré-édité par le label espagnol Wah Wah Records.


la réédition Wah Wah sur la platine!

mardi 16 octobre 2012

Conjuguons la Pop #12 : Interview Aline



A-t-on besoin de présenter Aline ? On les ADORE et on est super content d'avoir pu les interviewer ! Écoutez leur dernier EP (Je Bois et puis je danse) et aussi les précédents si vous les trouvez ! 
Merci à Romain d'avoir répondu à nos questions.

Peux-tu nous présenter Aline et ses membres ?
Aline c'est 5 musiciens, Arnaud à la guitare lead, Romain à la basse, Vincent à la batterie, Jérémy aux claviers et moi au chant et à la guitare rythmique.

Au départ, Aline était-il un projet solo ? Comment a-t-il évolué jusqu'à devenir un groupe?
Au départ oui c'est un projet solo, comme Dondolo d'ailleurs. J'ai monté un groupe car je ne voulais pas jouer sur scène seul, entouré de machins électroniques capricieux. Et puis Aline j'avais pensé ça comme un groupe dès le début, guitares, basse, batterie et deux trois arrangements de synthé par ci par là. J'ai donc demandé aux copains qui m’accompagnaient dans Dondolo si ils voulaient rempiler  pour ce nouveau projet. Ils ont tout de suite été d'accord. Je leur ai expliqué ce que je voulais en termes de son et d'esthétique, suivant un cahier des charges assez précis car nous n'avons pas tous le même background musicale. Dès lors qu'ils ont compris ou je voulais en venir je leur ai laissé  le champ libre pour composer, apporter des mélodies, des idées d'arrangements. 

Comment es-tu passé de Dondolo à Aline ? Quel était le but au départ d'Aline ?
Ça c'est fait un peu par dépit et aussi par envie de changement. J'ai tendance à me lasser très vite des choses. Je voulais donc repartir de zéro, revenir à mes fondamentaux, affiner mon propos, faire quelque chose de plus « racé » et de plus abouti qu'avec Dondolo. Au départ il n'y avait pas de but précis, c'est juste l'envie d'aller voir ailleurs, de faire autrement, de me surprendre, de retrouver du plaisir à composer de la musique. Je me suis fixé des contraintes, des règles, n'utiliser par exemple que très peu d'élément et toujours les mêmes ; une boite à rythmes, une guitare avec quelques pédales (fuzz, chorus, révèrbe) une vieille basse et un Solina string ensemble. L'idée était de laisser un maximum d'espace, de silence, d'air dans la musique, d'aller à l'épure, de privilégier les premières prises, l'émotion brute, d'être le plus frais et spontané possible une fois dans l'action. Le premier morceau ( Les copains) est arrivé un peu par hasard, une et là j'ai tout de suite compris ce que je devais faire de ce dispositif, j'ai eu comme une révélation, c'était une évidence.


Il y a une nette évolution du son entre l'EP sorti sur La Bulle Sonore et celui paru cette année ?
Les titres qui figurent sur le premier EP  ainsi que sur les divers supports parus à droite à gauche je les ai enregistré dans mon minuscule home studio, sans pression, j'ai fait exactement ce que je voulais faire, ce que je voulais entendre avec mes petits moyens et j'en suis plutôt très contents. Le résultat sonne bien évidemment Lo-fi et cheap mais le principal est là, la couleur, les effets utilisés, la place de la voix et des synthés, les arrangements, j'avais mis tout en place, un gros boulot de pré-prod finalement.  L'album lui a été enregistré en studio, le très beau studio de Jean Louis Pièrot à Clamart. Ça n'a donc rien a voir en terme de production pure,  mais les bases du son d'Aline étant déjà définies il a juste fallut rendre le tout plus « professionnel », plus « écoutable ». Jean Louis (réalisateur de l'album) et Philippe (mixeur et ingénieur du son) ont compris tout de suite ou je  voulais en venir, ils ont œuvré dans ce sens, avec finesse, en apportant leurs idées, leur savoir faire  sans jamais dénaturer l'essence de notre son.  Aline ça sonne donc comme du Young Michelin mais en beaucoup mieux !

Penses-tu sortir, un jour, d'autres disques sous le nom de Dondolo ?
Vraiment aucune idée, peut être quelques titres comme ça de façons sporadique, pour l'instant ce n'est pas ma priorité. Je ferai peut être quelque chose sous une nouvelle entité... J'aime bien repartir de zéro, j'aime les débuts, les premières fois, j'aime quand c'est tout neuf, tout frais, tout beau, j'aime l'espoir et l'excitation que cela procure.

Sous la pression d'une entreprise vous avez brutalement du changer de nom pour devenir Aline, cela n'a pas été trop difficile ?
On a été très tristes de devoir abandonner un nom que nous aimions beaucoup et qui nous allait bien. Je l'avais trouvé par hasard avant même de créer la musique et il a en fait beaucoup influencé l’esthétique générale du projet. Une phrase, un mot peuvent être à l'origine d'une chanson, là ces deux mots accolés furent carrément à l'origine d'un son, d'un groupe, d'une manière de s'habiller.
Une fois la claque reçue, le plus difficile a été de trouver quelque chose qui nous plairait autant, ça a pris 6 mois (j'ai encore des pleines listes de noms au cas ou ça intéresse quelqu'un...). On a choisi Aline pour la sonorité, et parce que c'est sensé être la ville natale des Young Michelin. Au finale on est bien avec Aline et cette mésaventure confère une histoire au groupe, un pré-histoire même. Il y aura les fanatiques de Young Michelin, les purs et dures, les « connaisseurs », ceux qui pourront frimer avec le EP orange et les autres, qui préféreront la seconde période, celle des gros tubes  commerciaux ahahaha !

Votre album va sortir début 2013, comment s'est passé l'enregistrement ? 
Notre album sort le 7 janvier. Nous l'avons enregistré l'automne dernier avec Jean Louis Pièrot et Philippe Balzé. L’enregistrement s'est déroulé sur un mois, mixage inclus, au studio REKO. Alors c'est évidemment assez frustrant de devoir attendre aussi longtemps avant qu'il ne soit rendu public mais bon c'est comme ça, ça fait trois ans qu'on attend, le plus dure est derrière nous ! Il est composé de la plupart des morceaux « historiques » de Young michelin/ Aline et de cinq nouveaux titres. Comme je te l'ai dit plus haut Jean Louis et nous partageons les mêmes influences et la même sensibilité, pas besoin de longs discours, on s'est tout de suite compris. Nous n'avons pas eu à nous battre ou à défendre nos positions trop violemment, ça c'est fait dans le calme et la sérénité. Amen.

Gagner le CQFD vous a-t-il amené une notoriété importante ? 
Notoriété importante non, mais notre nom a vraiment commencé à bien circuler à partir de ce moment là. Ça a permit à notre musique de sortir du petit cercle des initiés indie pop, de toucher plus de monde, d’intéresser d'autres sphères.

Sentez-vous un intérêt autour de la pop française en ce moment dans les médias ?
Oui. Difficile pour les média d'ignorer ce qui se passe aujourd’hui. Pas un jour sans qu'un article ne sorte sur cette «nouvelle scène Française ». C'est parfois bien senti et assez instructif et ça vire parfois au fourre tout un peu indigeste. En générale l'angle c'est le chant en français, ce qui paraît quand même assez surréaliste car on parle bien ici de groupes...français ! En fait si l'on regarde bien, les groupes et artistes « pop » français ont depuis toujours et dans la plus grande majorité des cas chanté en français, ça n'est que depuis une douzaine d'années que les groupes français chantent en anglais, depuis le succès à l'international de Daft Punk, Air, Phoenix et de toute la vague post-French touch. C'est donc plutôt pour moi un retour à la normale finalement.

De quels groupes actuels vous sentez-vous proche ? 
On aime bien les groupes de la nouvelle «  nouvelle vague » française parce qu'on a pas mal d'influences en communs je pense. On se sent aussi beaucoup d'affinités musicales avec des groupes comme  Motorama, Crystal Stilts, Veronica Falls ou Automelodi pour ne citer qu'eux. Personnellement j'aime aussi beaucoup John Maus, Molly Nilsson, quelques conneries d'Ariel pink, Palma Violets, même si ce que nous faisons pas n'a pas grand chose à voir.

Qu'est-ce qui vous rapproche et vous différencie selon toi ?
En ce qui concerne nos collègues de la nouvelle scène ? Je ne sais pas trop, on ne se connaît pas vraiment et je n'en ai jamais parlé avec aucun d'eux. Je pense, et ça n'engage que moi, que ce qui nous rapproche de fait c'est l'envie de mélanger nos influences anglo-saxonne à notre culture pop française. C'est aussi peut être un histoire de rejet : rejet d'une certaine chanson française à textes lénifiante, rejet d'une variété française plus du tout excitante depuis belle lurette, et puis un ras le bol de tout les clones de phœnix qu'on subit aussi depuis plusieurs années et du chant en anglais qui tourne à vide. Je crois qu'on a tous envie de quelque chose de neuf et frais, besoin de singularité, besoin d'esthétiques différentes plus marquées faites de partis pris forts et assumés. Nous sommes aussi pour la plus part des groupes de province. Après avec les mêmes influences, les mêmes dégoûts, les mêmes envies, nous arrivons avec des propositions complètements  différentes. Certains sonnent plus New wave, d'autres surf/yéyé, d'autres très électronique, cette différence c'est ce qui fait la richesse de « cette scène ». Elle est loin d'être uniforme.

Pensez-vous que l'on puisse parler d'une "scène" à ce stade ?
Pour moi une scène ça a plus à voir avec une ville, un territoire restreint. Manchester, Détroit, Rennes ou Bordeaux dans les années 80 par exemple. Une scène c'est fait de gens qui se connaissent tous plus ou moins, qui se fréquentent, échangent et vibrent à la même pulsation, la pulsation d'un lieux, d'une ville, d'une atmosphère, d'une conjoncture, qui se reconnaissent dans une histoire commune. Alors je ne sais pas si on peut parler de scène ici et maintenant. C'est plutôt un élan, un mouvement, quelque chose de plus globale.

Que représente pour vous le choix du français ?
Une évidence, je l'ai dit et je le répète je suis français, et quand on y pense c'est quand même assez naturel de s'exprimer dans sa propre langue. J'ai chanté en anglais notamment sur le deuxième album de Dondolo et je n'étais pas à l'aise, ni pour écrire ni pour chanter. Il y 'avait comme un filtre entre moi et mes propres mots, ente ma voix et mon âme. A moins d'être parfaitement bilingue, ce qui n'est pas mon cas, je ne vois pas comment on ne peut pas avoir le sentiment de tricher quand on chante dans une langue qui n'est pas la sienne.

Penses-tu que cette langue soit un frein à l'international et en France ? 
Je pense que chanter en français à l'international n'est pas un frein en soit, dans la sphère indie, dans un marché de niche. Nos premiers singles sont sortis sur des labels américains et anglais, ce sont les premiers à nous avoir compris, ils ont aimé sans rien comprendre de ce que je racontais dans mes chansons. Par contre ils ont tout suite capté l'essentiel, ils ont senti l'esprit, le souffle qui parcouraient ces morceaux. « L'international indie » est une grande famille qui sait reconnaître les siens et une bonne pop song reste une bonne pop song, quelle soit chanté en Portugais ou en Coréens.
Le son, la mélodie, le timbre de la voix et la façon de chanter, l'émotion qui se dégage d'une chanson la rend universelle. Ils n'auraient pas réagit de la même manière avec de la chanson à textes je crois. Après je doute qu'on puisse obtenir un succès de masse à l'international avec du chant en français. La c'est une autre histoire, vraiment.
En ce qui concerne la France et bien je crois que le public s'est habitué à ce que les artistes chantent en anglais, c'est une affaire entendue et ça n'offusque plus personne. Par contre chanter en français c'est devenu très exotique ! Quand on a commencé les gens se posaient des questions, ils trouvaient ça déplacé, ridicule ou au contraire complètement extraordinaire, c'est incroyable quand on y pense. Bon c'est en train de changer et maintenant pour être branché faut chanter en français. C'est pour ça que je vais me mettre à l'italien, c'est une très belle langue, parfaite pour la pop. Il faut toujours avoir une longueur d'avance ouarf ouarf !

Penses-tu qu'il y ai en France une sorte de défiance vis à vis des groupes nationaux ?
La France n'aime pas les groupes, elle aime les individualités et elle n'a jamais était très tendre avec les gens qui faisaient autre chose que de la variété ou de la chanson à textes. Elle a tendance à regarder ses artistes pop avec beaucoup de condescendance. Certains comme Daho ont réussi à s'en sortir en prenant un virage mainstream ( de qualité) mais pour un Daho, un Biolay combien de Gamine, de Désaxés laissés sur le carreau? Des gens sincères, doués, qui proposaient autre chose? J'aime la France, c'est un très beau pays, j'aime sa culture et j'aime bien les français mais il faut avouer que quand on fait de la pop ici c'est quand même ultra compliqué. Les personnes qui gueulent constamment contre les chanteurs de variétés et réclament des alternatives de qualité sont les premiers à clouer au pilori les nouveaux venus, à se foutre de leur gueule, à se moquer. C'est assez désespérant mais c'est un paramètre à prendre en compte. Du coup les maisons de disques et les média généralistes hésitent, ils sont frileux, ils attendent, ils observent avant de relayer les choses. Le truc qui marche bien dans notre pays c'est les bouffons, les rigolos, les amuseurs public, moi ça ne me dérange pas plus que ça, j'aime bien rigoler et puis ça paye de faire le fou fou dans le poste. La France c'est le pays de Baudelaire et de Proust mais aussi et surtout de Coluche et des Inconnus. Katerine, Tellier l'ont bien compris, heureusement qu'à coté de ça ils ont du talent. Les choses changent petit à petit grâce aux nouvelles générations, moins cynique, plus ouvertes, plus cultivés musicalement que leurs aînés et ça c'est très encourageant. Ils sont le sang neuf, achètent des disques et viennent aux concerts, on a pu largement le vérifier.

Est-ce difficile de faire des textes en français sans se référer à "chanson française" ?
Aline ce n'est pas de la chanson française, c'est même exactement l'inverse, c'est de la pop et la pop ça se chante et ça se danse comme disait Claude François. C'est primordial ça pour moi. C'est donc quelque part, dans la forme, plus prêt de la variété que de la chanson Française. Y a un coté ludique, jouissif dans une bonne chanson. Je jouis de la même manière en écoutant « salut les amoureux » de Joe Dassin » qu'en écoutant « There is a light that never goes out » des Smiths. Pourquoi ? Parce que se sont deux très bonnes chansons, pleine de larmes et d'espoir. Le propos, les mélodies sont simples, belles, c'est lumineux. Chacun peut y trouver sont compte, le pékin moyen comme l' Ayatollah indie pop de base. Moi j'aime le format chanson, y a que ça qui me fait vibrer.
Chez moi c'est la musique qui vient toujours en premier et elle dicte sa loi. Le tempo et la grille harmonique conditionnent l'écriture et le choix des mots. C'est là que ça devient vraiment difficile car arrive le moment ou il faut dire les choses. Qu'est ce qu'on veut dire? Comment va-t-on le dire ? Comment va-t-on faire rentrer ces mots dans cette musique pour arriver à un tout cohérent sans faire trop de concession au fond ? Fond et forme c'est l'éternel problème...C'est du design. Il faut que le résultat soit fluide, il faut que ça sonne, que ça groove, que le message et l'émotion passent en trois minutes trente. C'est un exercice de style passionnant qui ne doit jamais sentir le travail, le labeur, ça doit couler, paraître simple et spontané même si au finale c'est un boulot de dingue. Moi je ne sais pas trop comment je fais, c'est assez empirique, je suis un instinctif. Je sens quand ça fonctionne ou pas car je sais ce que je veux entendre. Dire tout avec trois fois rien, être synthétique, faire passer une idée, une émotion pure en très peu de mots. Quand j'écris par exemple « trop de flammes à rallumer, de nuages à rattraper, de jolies filles à embrasser, trop de fleurs à ramasser mais moi je suis fatigué » ça me suffit, j'ai dit ce que j'avais à dire rien besoin d'autre, c'est parfait pour moi. Ça paraît simple, peut être simpliste pour certain  mais c'est exactement là ou je veux aller, pas de gras, pas besoin de faire mon malin, aucune envie de paraître lettré, je le suis, j'ai pas besoin de le prouver, je ne suis pas là pour ça.  Aller à l'épure. C'est le plus dure.
Je fais souvent confiance au premier jet. En gros je sais ce que je veux dire, j'ai une trame, j'ai mon sujet, je mets mon casque, j'appuie sur rec et je chante en mélangeant vrais mots et yaourts et j'improvise jusqu'à ce que je trouve le « truc ». Après c'est du pas à pas, j'écris, je chante, je rature, je rechante, c'est une frénésie totale, je suis ailleurs, complètement immergé, presque en transe, il faut que ça devienne physique à un moment, il faut jouir, je suis gourmand. Si tout ce passe bien et que le morceau en vaut la peine, en deux heures le plus gros du travail est fait. Je peaufine ensuite tranquillement le lendemain. Il m'arrive d'écrire sans support musicale préalable, le résultat me plaît mais ce n'est pas une chanson, c'est un poème, un texte, un texte pour faire de la chanson française, le début d'une nouvelle etc etc... C'est autre chose.

Quels groupes français t'ont inspiré en matière d'écriture de textes ou du placement de la voix ?

Pour les textes et la voix, je ne sais pas, je ne me suis jamais vraiment posé la question. J'aime Christophe, c'est limpide, le traitement de sa voix me plaît beaucoup, Polnareff aussi, tiens. J'aime bien quand la voix plane au dessus des instrus. J'aime bien la révèrbe et j'aurais tendance à en abuser. J'aime la sensation de détachement que ça produit, chanter en haut d'un nuage et regarder le monde en bas, prendre du recul, rester en surface et prendre petit à petit de la hauteur de temps en temps pour n'avoir plus qu'un vision panoramique des choses. J'aime bien la voix de Robert Smith et dans un tout autre genre celle de Morrissey et de Ceasar du groupe The Wake. Ce ne sont pas des modèles mais j'aime les sensations qu'elles procurent. J'aime bien les voix « blanches » un peu neutres ou on ne sent pas trop l'affect. En terme d'écriture, je trouve que Souchon est un as dans son genre. Rien de superflu, des mots simple et qui sonnent juste, des images et des figurent de styles qui n'appartiennent qu'à lui, qui ne viennent jamais parasiter la musique, en plus il arrive à dire des choses assez profondes sans jamais faire chier l'auditeur avec le message de départ. Ses chansons ne nous imposent rien, elles nous laissent le choix. Sinon j'ai énormément de mal avec Jacques Brel, trop de pathos même si les textes sont très beaux.

Quelles sont plus généralement tes influences musicales et extra-musicales ?
Pour généraliser et éviter des listes ennuyeuse j'aurais tendance à dire que j'aime toute les chansons bien troussées et peu importe le style musicale et les arrangements. Quand l'émotion passe, tout passe. Mais bon j'ai quand même mes marottes, mes chouchous, des gens, des styles qui m'inspirent plus que d'autres. En musique c'est François de Roubaix, les Cure des débuts, les Smiths, la surf music, le Velvet Underground, Les Kinks, les Buzzcocks, les Undertones, les Pastels, Jesus and Mary Chain, The Wake, New Order, Shop assistants, les Byrds, Sarah records, l'Italo disco, The Fall, Alain Souchon, Christophe, Lotus Eater, Franck Black, Orange Juice... Mais aussi et surtout la musique des Watoo Watoo qui est une des plus grosses influences d'Aline (c'est signé Hubert ballay). Pour le reste j'ai une passion pour l'astrologie naturelle et je peux être inspiré par un film, un titre de film, une image, le temps qu'il fait dehors, la lumière de l’extérieur, un son, un instruments de musique, un livre, un mot, un personnage, un fais divers, un événement historique, les rêves que je fais, c'est sans limite.

Vos chansons sont-elles autobiographiques ?
Mes chansons ne racontent pas d' histoires, il n' y a pas de narration, il n'y a pas de début et il n'y a pas de fin. Elles sont juste le reflet des mes états d'âme à un moment particulier de mon existence. L'album est une succession d'impressions jetées spontanément puis mises en forme. Pour l'album d'Aline c'est une photographie de trois années d' introspection intense et douloureuse, de replis sur soi contraint et forcé. Trois années grises. Dépression blanche. Saturne en maître du chaos.
Chaque titre est un instantané des différentes phases traversées durant ce long tunnel; la peur, l’impuissance face aux événements, la tristesse, la colère, les souvenirs d'une vie meilleur, la détestation de soi, l'espoir d'une existence nouvelle qui fait tenir bon la barre. J'ai  transformé cette matière noire en quelque chose de « solaire » totalement dénué de pathos et d'emphase, j'espère... Onze morceaux de pop comme je les aime, tendus, nerveux, enlevés, clairs, légers  mais profonds. Onze morceaux de pop de facture « classique » pour pleurer en chantant à tue tête et atteindre le bout du tunnel. L’allégresse et la mélancolie y sont étroitement imbriquées. C'est l’énergie du désespoir ou la pulsion de vie l'emporte malgré tout. On sert les dents et on souffre en silence. De la pudeur, toujours.


On connaît peu Marseille pour sa scène rock, n'est-ce pas compliqué pour un groupe français  d'être basé dans cette ville ?
Comme aucun membre du groupe n'est originaire du sud, on a toujours un peu de mal à se faire à certaines choses, certaine façons d'être, certaines façons de faire Marseillaises. Mais il y a de très bons cotés à Marseille, il faut juste savoir lâcher prise. C'est compliqué pour tourner parce que c'est pas très bien placé. Le Sud-est n'est pas un territoire très « pop » donc pour jouer il faut bouger et bouger à cinq ça coûte cher. Après je ne sort pas beaucoup à Marseille, je ne suis plus très au fait de ce qui s'y passe. J'y vais prendre du bon temps, je vais voir les copains. On a la chance de bouger, d'être souvent en déplacement, donc ce n'est pas trop pesant au final.

As-tu quelques recommandations de groupes français à nous faire partager ?

En vrac: Les fils de joie, Gamine, les Freluquets, les Désaxés, les Olivensteins, les Dogs,  Antoine, Évariste, Marie et les garçons, Trisomie 21, les Calamités, Marc Desse, Alex Rossi, Kid Pharaon, Violette Nozière, à trois dans les WC, Welcome to Julian, Mathématique Moderne, Accident, Charles de goal, Deux, Moderne...la liste est longue j'en oublie plein !

écouter sur Youtube "Je bois et puis je danse" 
écouter sur Youtube "Deux Hirondelles" 
écouter sur Youtube "Teen Whistle"


ps: les superbes illustrations ligne claire sont signées Martin Etienne la photo Frank Loriou

lundi 15 octobre 2012

Conjuguons la Pop #11 : Larry Greco - Jette-là (1965)

Voici un disque que je suis très fier d'avoir (et probablement un des 10 ou 20 disques que j'ai payé le plus cher ah ah). Un pote américain qui cherchait aussi absolument à avoir "jette-là" en 45T  considère ce titre comme un des meilleurs morceaux français. Je lui donnerais bien raison, j'irais même plus loin peut être en faisant de cet EP de Larry Greco dans son intégralité un des meilleurs des 60s en France.

Larry Greco de son vrai nom Roger-Claude Degallier démarre avec ses potes les Mousquetaires au début des années 60 du coté de Genève. Ils obtiennent un certain succès avec Marylisa y compris en France. En 1965 il sort ces meilleurs disques: deux EPs à couper le souffle accompagné par l'orchestre avec Eddie Vartan. Ce dernier est le frère de Sylvie, la connexion avec la famille Vartan se fait aussi du coté de Johnny: on peut ainsi apercevoir les deux (Johnny et Larry) faisant un bœuf au dos de la pochette, Larry écrira également quelques chansons pour le monstre sacré du "rock" français. L'autre EP contient une reprise hyper cool de "You've got what i want" intitulée "comme au poker" empruntée aux Boys Blue (les Sorrows l'ont aussi interprétée). L'EP Jette-là contient aussi une reprise mais accompagnée, fait assez rare pour le signaler, de trois originaux.

Le disque s'ouvre sur une composition originale, un slow intitulé "Jette-là". La thématique de la chanson est un classique du rock: un garçon éconduit alors qu'il est fiancé, un de ses amis lui conseille de ne pas chercher à recoller les morceaux. Les mots sont simples mais viennent du cœur. C'est un slow donc, l'idée peut faire peur pourtant il ne faut pas. Jette-là a quelque chose du "House of the Rising Sun" des Animals ou "I put a spell on you" de Screamin' Jay Hawkins. Sur un tempo lent et bluesy la voix de Larry Greco prend toute son ampleur, il arrache les mots de ses tripes, se met sur le fil à chaque syllabe, vit ce qu'il raconte . Les arrangements sont superbes, l'orgue est hanté, le solo de saxophone est très réussi et le jeux de batterie particulièrement raffiné. Larry Greco prouve aussi à travers ce titre qu'il était un vrai "shooter" de la race des Eric Burdon ou Van Morrison période Them. "C'est fini, bien fini" explore les mêmes thématiques (amour perdu, amitié etc.) mais sur un tempo bien plus enlevé. L'instrumentation se structure autour d'un duo piano-cuivre détonnant et apportant une touche rhythm n blues à l'ensemble. On pense aussi au rock pré-Beatles de groupes comme les Lafayettes.  Le titre est très réussi, Larry y injecte la dose de violence et de hargne qu'il faut.
La face B s'ouvre sur l'excellente "Je m'en vais demain". Seule reprise du lot le titre est emprunté à la star italienne Adriano Celentano. Ciao Ragazzi est à l'origine un titre au tempo plutôt lent, la chanson est superbe et la reprise à la hauteur. Larry Greco l'accélère et lui donne une pulsation dansante, les cuivres achèvent le boulot pour un ensemble de très bonne qualité loin de l'affadissement en vigueur chez les yéyés habituellement. Je trouve le choix de la reprise pertinent avec le répertoire de Larry Greco, il y a chez certaines chansons de Celentano ce que je retrouve dans la voix du suisse, une certaine forme de violence et de sauvagerie. Tu l'as voulue clôt l'EP en beauté, la chanson explore encore la thématique de la déception amoureuse, le tempo est enlevé, il y a une guitare bien rock n roll, des cuivres rutilants, ça balance un max, super morceau!

Larry Greco est un des petits miracles du rock français des 60s, si sa carrière a été bref il a eu le temps de commettre quelques uns des plus intenses morceaux que nous ayons pu entendre dans nos contrées. Sa voix le place dans le registre des shooters et il tient largement la comparaison. Que ce soit dans un registre lent et presque lugubre comme sur jette-là ou plus dynamique comme tu l'as voulue Larry Greco assure terriblement bien, on peut regretter que ce talent n'ait pas été utilisé plus souvent à sa juste valeur. Si vous souhaitez plus d'infos n'hésitez pas à faire un tour sur le site Rétrojeunesse.


Larry Greco - Je m'en vais demain

dimanche 14 octobre 2012

Conjuguons La Pop #10 : Bengale - le dernier tramway (2012)

Derrière le pseudonyme Bengale se cache un ancien des excellents Pendentif (dont on compte aussi vous parler vu qu'on les adore). On a découvert l'intéressé par l'intermédiaire d'un des morceaux du jour de JD Beauvallet sur les Inrocks. Aujourd'hui il est également dans le tracklisting de la compilation "Éducation Française" à paraitre demain aux cotés de quelques autres de nos chouchous, à commencer par La Femme ou Granville. Si on se pose des questions sur la validité de la démarche d'une compilation qui se veut un instantané de la scène (ou plutôt un "écrin pour rassembler le meilleur de ces agités du local") mais faisant l'impasse sur quelques uns de ses plus fiers espoirs (Aline, Pendentif, Mustang, Cracbooms etc.) on ne peut pas nier que cette fenêtre est bienvenue pour les quelques groupes que nous soutenons présents comme Bengale.

Pour le moment de ce tigre bordelais nous avons eu l'occasion de n'écouter que les titres présents sur le bandcamp, mais un album serait déjà enregistré donc je suppose qu'on en aura plus à se mettre sous la dent très bientôt! Ocean Sun est pas mal , mais ne m’enthousiasme pas non plus, la faute à des chœurs féminins en anglais qui sont un peu too much pour le fan d'indie-pop et garage que je suis habituellement. Le Dernier Tramway est en revanche une belle réussite. Affichant une longueur respectable (pas loin de 5 minutes), le morceau est construit très subtilement, la production est également très jolie avec un bon équilibre entre les guitares et les synthétiseurs. Je pense qu'on peut parler d'indie-pop avec des petits cotés synth-pop 80s mais c'est fait avec beaucoup de délicatesse, c'est mignon comme tout, et incite à la rêverie. Bref cher Bengale on attend ton album! 


vendredi 12 octobre 2012

Conjuguons La Pop #09 : Les Calamités - à bride abattue (1984)

Les Calamités naissent au début des années 80 à Beaune, pas très loin de de Dijon quand Odile (Repolt), Isabelle (Petit) et Caroline (Augier) monte un groupe pour échapper à l'ennui. L'aventure se terminera en duo en 1988 avec un tube des ondes FM "le Vélomoteur" produit par Daniel Chenevez. Entre les deux: quelques titres sur des compilations ("calamités" sur Snapshots en 1983 et un "envers et contre tout" sur une cassette que je n'ai jamais pu entendre), un mini-lp, un EP puis le fameux tube. Pas mal pour une aventure qui a démarré sans se prendre la tête mais pas si étonnant à l'écoute des disques qui près de 30 ans après restent parmi les plus belles réussites de la pop française en particulier le mini-lp dont on vous parler aujourd'hui: à bride abattue sorti en 1984 sur le mythique label New Rose.

Si le grand public se souvient des Calamités pour Vélomoteur, jolie ritournelle pop pas si éloignée que ça de Crash des Primitives qui fit une belle incursion dans les charts en 1988 ce morceau tardif ne doit pas faire passer au second plan le reste de la discographie d'un des premiers (et meilleurs) "girls groups" (avec un garçon à la batterie) français. A bride abattue, à tombeau ouvert, et sans se poser de question: le titre annonce la couleur (rose et bleu pastel). Les Calamités ne tergiversent pas, elles foncent à toute allure. Elles ne sont pas les meilleures musiciennes du monde mais ce n'est pas l'important, l'essentiel est ailleurs, dans l'envie, la sincérité qui émane de ces 9 chansons. 

Le disque se compose de 5 chansons en anglais et 4 dans notre langue. Sur les 5 titres anglophones 4 sont des reprises. Le British Beat s'empare de la moitié des morceaux avec des reprises féminisées de "The Kids are all right" (The Who) et "with a boy like you" (Troggs). Les deux autres morceaux sont empruntés à Phil Upchurch (via les Shangri-Las très certainement) et aux Isley Brothers (teach me how to shimmy, écrite par le duo magique Leiber-Stoller). Ces 4 reprises souffrent à mon avis du défaut de la plupart des covers: elles sont chouettes, permettent d'en savoir plus sur les influences et le cheminement du groupe mais n'arrivent pas forcément à amener un vrai truc en plus par rapport aux originaux. Ainsi  "the kids are all right" est charmante mais je ne peux m'empêcher de penser à la version géniale des Who à chaque fois que je l'entends.  Le dernier morceau anglophone (behind your sunglasses) est un original avec la participation de Dominique Laboubée des Dogs à l'harmonica, il est assez cool.

 Les 4 chansons francophones sont géniales et font de ce disque un classique de la pop française, elles expriment à mon avis encore mieux la personnalité des Calamités ou en tout cas ce que je préfère chez elles. "Toutes les nuits" est un morceau énergique narrant l'histoire d'un somnambule. Les chœurs sont très réussis, le solo de guitare aussi, le morceau avait été choisi comme single de l'album et c'est un choix logique même si les trois autres titres sont tout aussi excitants et frais. "Nicolas" raconte l'histoire d'amour entre un garçon et ... sa guitare, détail que l'on apprend à la fin de la chanson. Le texte est très réussi laissant le doute subsister jusqu'au dénouement, c'est amusant sans être niais, fin sans être maniéré, léger sans être superficiel. Ce titre résume ce que j'adore chez les Calamités, cet art de l'équilibre pour faire à la fois quelque chose de très féminin sans tomber dans le cucu, c'est assumé mais pas dupe. "Le Supermarché" est encore une très jolie réussite, une chanson pop particulièrement addictive avec un solo de guitare très rockab' absolument délicieux. Et enfin il y a "malhabile" co-signée par la manageuse du groupe, encore une fois le texte est très drôle soutenu par une musique pop bien énergique et abrasive malgré ses "papapa" très girls group. On en regretterai presque de ne pas avoir un ou deux titres francophones en plus!

Une fois j'avais posté une vidéo des Calamités sur fb et un de mes contacts aux goûts sûrs avait laïké assorti d'un "les Shop Assistants" françaises" et effectivement il y a de ça chez les Calamités. Elles partagent avec la C86 ce même détachement pour le bien-joué et bien-produit assorti d'une envie irrésistible de faire de la musique pop. Tout comme chez les groupes C86 les Calamités arrivent à un subtile équilibre entre des mélodies sucrées mais joué avec une bonne dose de hargne et de papier de verre. Elles ont aussi à voir avec les Bangles américaines, notamment ce goût pour la pop 60s. Dans tous les cas l'esprit du punk ou du garage est bel et bien présent dans cette musique pop et c'est pour ça que l'on aime tant A Bride Abattue. 

Pour celles et ceux qui souhaiteraient encore d'avantage creuser je recommande le super site Calamiteux que j'ai pas mal consulté pour rédiger cette chronique. 


Les Calamités - Malhabile

jeudi 11 octobre 2012

Conjuguons La Pop #08: Les Gypsys - Prolétaire (1967)

Voilà un 45Tours qui me tient énormément à cœur, probablement un de mes disques français préférés des 60s, du vrai rock dans la langue de Jean Baptiste Poquelin. Je suis très fier aujourd'hui de pouvoir évoquer avec vous l'unique simple des excellents Gypsys.

Les Gypsys était une formation de la banlieue parisienne, ils se sont rencontrés dans un bar de Malakoff (92, c'est pas loin de chez moi!), et apparemment ils avaient un sacré niveau! Sur disque on entend d'ailleurs tout de suite que les mecs savent jouer et devaient envoyer la sauce sur scène où ils reprenaient par exemple les Sorrows. Leur unique 45Tours est sorti en 1967 sur le label néerlandais Relax (voir cette interview pour plus d'informations) et fut l'une des deux seules sorties françaises de cette maison de disques très importante chez les bataves: les géniaux Outsiders étaient chez eux par exemple. Cette aventure du  45 Tours fut semble-t-il compliquée pour le groupe qui n'a pas vraiment eu toutes ses chances niveau promotion avec un label pas vraiment actif derrière qui les a pas un laisser se débrouiller dans la nature... C'est dommage car ce disque est vraiment super et aurait mérité mieux (mais c'est malheureusement le cas de beaucoup de groupes dans l'histoire de la pop en France).

En face A les Gypsys signent un "Prolétaire" au texte abrasif. Ce midtempo avec une guitare particulièrement réussi explore la condition sociale des classes populaires avec des mots simples et effectifs. Peut être que parfois le texte a des petits cotés naïfs, ils sont cependant contrebalancés par la sincérité qui en émane. Les mecs n'essaient pas de s'inventer une conscience politique mais décrivent ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux: cette honnêteté vaut bien plus que des théories politiques.
"Je ne te pardonnerai pas" en B revient sur une thématique bien connue du rock n roll depuis ses origines: une fille, des soucis, se sentir tromper. Je suis à peu près sûr que le texte est proche de ce que l'on pourrait trouver chez des groupes anglais ou américains de la même époque, encore une fois les mecs ne trichent pas. Il ne cherchent pas à s'inventer une vie mais à décrire la leur. Le morceau est basé sur un riff bien méchant, une tournerie qui fonctionne très bien et permet aux musiciens de s'exprimer pleinement. Les cimes sont atteintes lors des soli de guitare particulièrement inspirés d'une dimension presque psychédélique (on est en 1967).

On est triste pour les Gypsys que ce 45T ne fut pas suivi d'autres. Aujourd'hui le pressage original se négocie à des prix à trois chiffres, pas illogique quand on sait la rareté et la qualité de ce simple. Heureusement pour les gens "normaux" Triptyc a eu la bonne idée de rééditer ce beau témoignage de la vitalité du rock français dans les 60s. Par ailleurs, allez jeter un œil sur le site du groupe, il est intéressant et honore la mémoire ce super groupe!


 

mercredi 10 octobre 2012

Conjuguons La Pop #07 : The Pipers / Marc Desse split 7' (2011)

Parfois on fait de chouettes découvertes chez son disquaire et c'est encore le cas cette fois ci avec ce split single entre The Pipers un américain, et Marc Desse un français (installé là bas?) sur un label US (Bleeding Gold Rcds) issu d'un blog (ça vous rappelle quelque chose?).

La Face A est consacrée à "Moonlight" la contribution de The Pipers, un morceau indie-pop à mi-chemin entre le son post-punk de Joy Division (la lead guitar a vraiment un coté Joy Division / New Order non?) et des choses plus milieu 80s. Le morceau est chouette et plutôt bien fait mais ne m'enthousiasme pas non plus à fond, disons que c'est très honnête mais assez seconde (joy) division (ah ah). C'est pas mal, à voir ce que ça donne sur d'autres morceaux, peut être que je ne suis tout simplement pas assez fan de ce genre de sonorités pour me laisser convaincre aussi facilement que dans des registres qui me seraient plus familiers.

Bien entendu si la B avait été du même bois, il est probable que j'aurais fait l'impasse sur ce disque et que je ne l'aurais pas acheté (même si cette A est pas mal). Sauf que le français Marc Desse, totalement inconnu de mes services, arrive avec "petite Anne" à bien plus me séduire et m'emporter. Ce morceau a une production un peu cheap dans les synthés et la rythmique mais loin de rendre l'ensemble  moche ça donne au contraire un charme bancal et touchant à cette très bonne ritournelle pop, une patine assez proche des premiers travaux d'Aline (alors connu sous le nom de YM) , notamment l'excellent EP qui était sorti chez La Bulle Sonore. Ce titre fonctionne très bien, il est vraiment super chouette, il respire de spontanéité. Du coup j'ai eu envie de creuser le reste de ce que l'on trouvait sur le bandcamp de l'intéressé. Sur (Romance) j'ai retrouvé cette ambiance lo-fi bricolée et des chansons  assez cool, en particulier les deux derniers morceaux.

Dans tous les cas, je vais essayer de suivre les aventures de Marc Desse de près car ce single est vraiment une très bonne surprise en matière d'indie-pop, on peut se le procurer dans un certain nombre de boutiques parisiennes (listées ici) et aussi sur internet chez notre mail-order favori Hands and Arms et via le bandcamp du label US.


mardi 9 octobre 2012

Conjuguons La Pop #06 : Interview Ponctuation


En février dernier, on vous a causé de l'EP "lèche-vitrine" des québécois Ponctuation que nous avions vraiment adoré. Ce sujet a été l'occasion d'aller interviewer les deux frangins par le biais de quelques e-mails, sur leur actualité et aussi leur rapport aux français. Achetez leur EP, il est hyper bien,  il est dispo à Paris chez Born Bad et bien entendu depuis leur bandcamp.

Quels sont vos influences ?
On ne s'inspire généralement plus d'un son ou d'une période que d'artistes en particulier. La musique des années 60's est évidemment incontournable pour nous mais également ce qui s'est fait à NYC et à Manchester entre 1977 et 1982.

Être frères change-t-il votre approche de la musique ?
Oui et non, il ya une sorte d'osmose et une authenticité inhérente à cela mais ultimement nous sommes deux personnes qui font de la musique ensemble. Une chose est certaine, on ne passe pas par quatre chemins pour se dire les... choses.

Le choix du français pour Ponctuation a-t-il été délibéré dès le départ ?
Oui, je ne pouvais plus entrevoir faire un groupe uniquement en anglais. Pour moi, l'authenticité est impérative pour faire de la bonne musique et la réalité est que nous sommes francophones. À quoi bon faire semblant d'être américain?

Avez vous rencontré des difficultés à utiliser cette langue ?
Comme tout bon franco, on est influencé par la scène rock anglophone. On s'est aussi demander s'il était vraiment possible de le faire en français. Par contre, une fois que l'on est arrivé à en faire une en français, on s'est rendu compte qu'il était en fait plus facile d'écrire ainsi puisque l'on est plus en mesure de juger de la qualité du texte.
    
La présence au Canada d'excellents groupes 60s francophones comme les Misérables, Lutins, Haunted vous a-t-elle aidés ?
On a beaucoup écouter la scène 60's Québécoise et Française également. Ça a certainement été un bon point de départ pour nous mais on a voulu aller plus loin. Notamment au niveau des textes, on s'influence plutôt d'auteurs Québécois contemporains. Stephane Lafleur du groupe Avec pas d'casque est un bon exemple.

Quel rapport entretiennent les groupes québécois avec la langue française ? 
Étant entouré d'anglophones en Amérique, les auteurs/compositeurs québécois sont peut-être plus sensibles au fait de défendre leur identité francophone dans leur musique qu'en France par exemple. Il y a malgré tout beaucoup de francophones ici qui ne conçoivent pas faire du rock en français. Certains penses que de chanter en français pourrait leur empêcher de jouer devant un publique Anglophone. Rien n'est plus faux. Chanter en français ne nous a pas empêcher de jouer aux États-Unis et dans le Canada anglais. Cela nous a même aidé à le faire.

Pensez-vous qu'il soit différent de celui que nous avons en France ?
Comme je disais plutôt, il ya la question de l'identité qui est différente ici mais malgré tout, j'imagine que ça doit se ressembler.

Comment la langue est-elle perçue au Canada dans la musique ? et à l'étranger ?
Ce que j'ai pu observer en jouant au Québec et ailleurs c'est que finalement, les gens veulent de la bonne musique fait de façon authentique. Peu importe dans quelle langue elle est chantée. Cessons d'agir en réaction constante à ce que font les américains. :)

Comment voyez-vous l'évolution de la scène québécoise ?
Je pense que l'on est à l'aube de quelque chose présentement. Il y a une effervescence actuellement autant à Québec qu'à Montréal et il me semble que pour la première fois, la scène anglophone et francophone se mélange. Les années 60 et les années 90 ont été très importante dans l'histoire de la musique Québécoise et quelque chose me dit que les années que nous vivons actuellement seront du même ordre.


Avez-vous  eu de bons retours sur votre EP "Lèche-Vitrine" ?
Oui vraiment. Les critiques ont été pas mal unanime, au dessus de nos attentes!

Comment l'avez-vous enregistré ?
Faute d'argent, nous l'avions enregistré nous même avec peu d'équipement dans la maison de nos parents.

Avez-vous des sorties de prévu ?
Nous sortons un split avec « Le monde dans le feu » sur flexi disque au mois de novembre et nous entrons en studio pour faire un album complet au mois d'octobre. Nous enregistrons sur ruban à Hotel2tango à Montréal, studio ou ont enregistrés notamment King Khan et les Spaceshits. On a vraiment hâte. L'album devrait sortir sur 12 pouces ce printemps.

D'autres projets ?
Pour ma part, (Guillaume) je joue maintenant de la basse dans Jesuslesfilles et je travail sur un autre projet avec Jean-Michel du groupe de Québec Leafer.

En France, nous connaissons assez mal la scène canadienne, quelques recommandations à nous faire? 
En vrac :
Jesuslesfilles
Le Kid et les Marinellis
Les Babalooneys
Cobrateens
Solids
Cousins
Leafer
Le monde dans le feu
Buddy Mcneil & the Magic Mirrors


dimanche 7 octobre 2012

Conjuguons La Pop #05: Mehdi Zannad - Fugue (2011)

J'ai découvert Mehdi Zannad à l'époque de son second album par l'intermédiaire de Tahiti 80 dont il assurait la première partie (à la flèche d'or!). A l'époque il jouait sous le nom de Fugu et avait sorti un très chouette disque de pop en anglais pour lequel on peut tracer une filiation avec les normands dans la défense d'une certaine idée de la musique. 6 ans après ce second album le revoilà avec un troisième album en l'espace de 17 ans d'activité discographique (premier 45 tours en 1994!), le second chez Third Side Records.

Petite nouveauté, Mehdi abandonne Fugu pour reprendre son nom, cependant le titre de l'album (Fugue) est un clin d’œil permettant une transition en douceur entre les deux. Ce choix n'a pourtant rien d'anodin, en plus de reprendre son vrai nom Mehdi a choisi de passer de l'anglais au français, une option courageuse et relativement risqué pour quelqu'un qui a construit sa carrière en proposant une pop anglophile raffinée, ce choix m'évoque en tout cas un besoin de ne plus se cacher et d'assumer encore d'avantage ce que l'on est. Adeptes de Fugu rassurez-vous: Mehdi n'a pas oublié ce que l'on aimait chez lui, on retrouve sa grâce mélodique inimitable.

Fugue est particulièrement ramassé et compact, 10 chansons seulement. L'album s'écoute d'une traite en moins d'une demi heure, comme si Mehdi avait souhaité aller à l'essentiel, l'essence même, ne pas s’embarrasser de fioritures pour ne pas noyer son propos mais au contraire le rendre le plus clair, le plus éclatant possible. La production assurée par Pédro et Xavier est élégante, elle ne fonce pas dans un modernisme à tout crin mais ne se contente pas non plus de délayer des recettes trop évidente. Elle fait preuve de quelques fantaisies bien venues (les synthétiseurs de "l'Aéroport") sans jamais tomber dans le caricatural. Fugue est un disque soigné dans les détails des chœurs jusqu'aux roulements de batteries. La voix de Mehdi peut surprendre en français notamment quand elle part dans les notes hautes ("écoute") mais une fois l'effet de surprise passé elle prend ses aises et glisse sur la musique. Les textes signés Serge Bozon sont plutôt réussis, ils oscillent entre l'excellent (la simplicité de "paresse" ou "l'aéroport") et le plus étrange (j'ai un peu de mal avec les textes sur "le tableau" ).

Parmi les temps forts de ce disque très équilibré et réussi je retiens particulièrement "l'aéroport"  "au revoir" "l'Allemagne" et "Paresse".  "L’Aéroport" est un des titres les plus accrocheurs du disque, il est évident et fonctionne très bien, de la production jusqu'aux paroles l'ensemble est cohérent, il aurait fait un très bon single à mon avis. "Au Revoir" ira directement au cœur (chœur ah ah) des fans de pop travaillée, les changements de rythmes sont super, et surtout il y a ce pont magnifique où la voix de Mehdi se démultiplie dans une cascade d'harmonies cristallines. "L’Allemagne" est un titre initialement conçu pour la BO du film de Serge Bozon "La France", dans cette version retravaillée il prend parfaitement place dans Fugue. L'album se clôt sur mon morceau favori "paresse". Cette chanson est brillante, un souffle épique la parcourt sans jamais la plomber, au contraire les arrangements orchestraux sont utilisés avec finesse et juste ce qu'il faut d'emphase pour porter l'ensemble vers un zénith pop. Mehdi y déroule une superbe composition, limpide et sans maniérisme, une superbe réussite et probablement une des meilleures façons de terminer un album, "paresse" est magnifique, le genre de chansons que l'on a envie de réécouter encore et encore.

Fugue est un disque qui aurait mérité l'année dernière de faire parler un peu plus de lui, Mehdi y a mis tout son cœur et son art, et nous a fait un superbe album qui tutoie plus d'une fois les sommets pop.


Mehdi Zannad - Paresse

On peut acheter ce super album en vinyle sur le site de Third Side.

samedi 6 octobre 2012

Conjuguons La Pop #04 : Interview avec Mehdi Zannad

A Requiem Pour un Twister on a adoré l'album de Mehdi "Fugue" et l'idée d'une interview était dans nos projets depuis pas mal de temps, l'idée du dossier "conjuguons la pop" était l'occasion idéale que nous attendions pour discuter avec Mehdi. Ce n'est bien sûr pas sa première participation à ce blog puisqu'il avait répondu à un de nos questionnaires il y a 5 ans, et puis plus récemment avait participé à notre dossier sur les compilations.

Salut Mehdi , pourrais-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?
J'ai sorti plusieurs disques en anglais sous le nom de Fugu : ça a commencé par une série de 45 tours sur des labels indépendants dans les années 90, puis un E.P et deux albums. Le troisième L.P. s'appelle "Fugue", il est sorti sous mon nom propre, pour marquer le coup, car c'est mon premier album en français.

Je sais que tu as une formation en architecture, penses-tu qu'il existe des similitudes avec la composition ?
Les chansons sont des objets, on peut les décrire par des termes qui les rendent palpables, physiques. Donc oui : l'inspiration est le premier élément ; viennent ensuite la structure et l'habillage.
En musique la production peut se construire dans le chaos ; en architecture, les enjeux financiers sont tels que rien n'est laissé au hasard dans la mise en œuvre.
Ce qui lie très fortement les deux disciplines est qu'en fin de processus, on doit retrouver l'idée première, le désir initial, même si on emprunte des chemins détournés et qu'on fait travailler des intervenants multiples.

Ta démarche artistique évoque celle de Todd Rundgren ou Emitt Rhodes, t'en sens-tu proche ? as-tu d'autres personnes que tu admires et qui t'inspirent ?
Ils ont cette faculté qui m'intéresse, à visualiser l'ensemble d'une chanson, à la produire, à l'arranger et à l'interpréter. Un peu comme un peintre, qui contrôle tout le processus. C'est le chemin le plus court pour arriver au public.

Je crois que malgré les filiations évidentes avec une certaine forme de pop, ta musique échappe au "pastiche" et aux citations trop délibérées, est-ce quelque chose qui te tient à cœur (de ne pas sonner à l'identique) ? 
Depuis le début c'est ma première exigence pour l'écriture : ne pas emprunter aux autres, donc ne pas remercier. C'est une question d'affirmation (à quoi bon écrire des chansons sinon ?) mais aussi de respect pour ce qui existe. Comme j'ai choisi la voie très empruntée de la pop, le moindre faux pas est traqué par les vrais fans de cette musique (dont je suis).
Ça me donne aussi l'impression, quand je trouve quelque chose, d'être un "happy few" qui a le droit de puiser dans une sorte de réserve secrète de mélodies inédites.
C'est différent pour la production : tout est permis, c'est une question de dosage. Cependant quand la chanson est bonne on "entend" les arrangements à l'avance.

Fugue est sorti depuis environ un an maintenant, quels retours as-tu eu sur ce disque ?
Plutôt bons à la sortie, malheureusement le single n'est pas passé en radio donc le cap de la confidentialité n'a pas été franchi. Par contre il y a un petit public très fan du disque, qui me cite régulièrement les paroles de Serge (Bozon, NDR).


Sur cet album comme sur le précédent tu as travaillé avec Xavier et Pédro de Tahiti 80, comment s'est faite la connexion au départ ?
On s'est connus à l'époque de Puzzle, mon premier album venait de sortir. Médéric m'avait écrit une lettre (ça se faisait encore à l'époque) dans laquelle il me demandait de chanter "Walk Away Renee" avec eux à la Boule Noire ; j'ai décliné, car n'étant jamais monté sur une scène de ma vie, j'étais terrorisé. A l'époque il y avait très peu de groupes français qui s'inspiraient des Left Banke et chantaient en anglais, ça nous a vite rapprochés.
Avez-vous travaillé sur ces deux disques de la même manière ?
Pour "As Found", on a tout fait dans un esprit "power pop" en un mois et demi, dans le même lieu (Tahitilab) et le mix était extérieur (Tony Lash) ; pour "Fugue", on a enregistré les bases ensemble, j'ai complété chez moi en demandant quelquefois des validations à Xavier et Pedro ; j'ai pu entrer dans le détail des arrangements, ce que je n'avais pas fait depuis "Fugu 1".

Tes deux premiers albums étaient en anglais, pour Fugue, tu adoptes le français, la transition a-t-elle était difficile entre les deux ?
Oui, c'était assez crispant, car j'avais les mêmes morceaux en anglais. A chaque texte je me demandais à quel moment j'allais craquer et si on atteindrait la durée d'un album entier ; heureusement, ça fonctionnait à l'épreuve du chant.
Il y a eu des difficultés pour "Au Revoir" et "Paresse", mais Serge ne s'est pas découragé et a proposé d'autres versions.

As-tu cherché l'inspiration pour le phrasé, le placement de voix chez d'autres artistes francophones ?
Non j'ai vraiment chanté comme je le fais en anglais, chaque syllabe dans sa case ; le phrasé s'est mis en place tout seul.

Tu avais déjà fait un titre en français sur ton premier album, avais tu essayé d'en faire d'autres à l'époque ?
Il y en avait un sur mon premier E.P aussi, c'était une façon de montrer mes origines, car mes disques étaient plus écoutés à l'étranger qu'en France.
"As Found", c'était vraiment un "produit" anglo-saxon, il fallait effacer toutes les traces non globales.

Comment s'est déroulé la collaboration avec Serges Bozon ?
Il a été surpris par ma demande, il ne se voyait pas parolier, mais j'ai voulu reproduire la magie de "l'Allemagne" sur un album entier.
Ce n'est pas trop dur de confier l'écriture des textes à quelqu'un d'autre ?
Pour le français, je préfère ne pas m'impliquer, je trouve la langue anti musicale, trop intellectuelle dans l'instant de l'écriture, la mélodie a tendance à s'infléchir pour faire place aux paroles, à chercher à faire sens.
Mais au moment de l'interprétation c'est différent, elle devient une matière malléable.
Vous aviez travaillé ensemble sur la France, comment vous vous êtes rencontrés ?
J'avais vu Mods qui m'avait beaucoup impressionné ; j'ai absolument voulu que Serge réalise le clip de "Here Today".
Est-ce lui qui t'a conduit au français ou était-ce une de tes envies ?
C'était une envie et le déclencheur a été la composition de chansons pour "la France" à partir des textes de Serge.
Tu as pris ton nom cette fois-ci, est-ce une volonté de ta part de te présenter le plus honnêtement possible ? le français fait-il partie de cette même démarche ?
Oui, c'est comme si j'enlevais le dernier rempart, d'où ma photo sur la pochette. Je n'ai écrit aucun des textes, mais bizarrement je suis persuadé que ce sont mes mots que je chante.

Il y a t il des gens avec qui tu rêverais de collaborer ?
Paul McCartney ; j'avais appris il y a 20 ans qu'il voulait ouvrir une école de musique, j'étais prêt à m'inscrire dans l'espoir de lui faire écouter mes chansons.
Écrire pour Françoise Hardy ou France Gall me plairait bien.

As-tu déjà composé / enregistré de nouveaux morceaux ?
Oui, j'ai commencé à enregistrer quelques titres.

Je sais que tu es un grand amateur de musique, quels sont tes dernières découvertes ?
En ce moment j'écoute Lawrence Arabia, Athanase Granson, les Humblebums (le premier groupe de Gerry Rafferty), Donnie & Joe Emerson, "the 1971 sessions" d'Alex Chilton, le dernier album de Brendan Benson.

On retrouve Mehdi demain avec une chronique de son dernier album, l'occasion de revenir sur ce superbe disque passé que trop inaperçu à notre avis.

Les deux photos sont de Mathieu Zazzo.

jeudi 4 octobre 2012

Conjuguons La Pop #03 : Dominique Walter - Les Petits Boudins (1967)



Dominique Walter avait tout du petit chanteur / interprête mi minet mi belle gueule propre sur lui vainqueur du concours de chant de Remo (ce qu'il fût). Mais c'est son nom qu'on voit sur la pochette de ce classique de beat made in France. Je ne sais pas si c'est sa maison de disque (Disc'Az) ou lui même, mais sur cet EP, il a su s'entourer du meilleure de la musique pop française de l'époque puisque le morceau titre n'est autre qu'une des meilleurs compositions de Serge Gainsbourg. Je ne vous apprends pas grand chose puisque ce morceau est un classique parmi les classiques, mais c'est certainement un des exemples les plus flagrants de conjugaison idéale du langage pop à la française mariant avec bonheur exigence de composition et surtout cette malice et espièglerie très française, ce truc qui vous fait danser un sourire en coin, les yeux posés sur une belle nana dont vous convointer les courbes. Le reste de l'EP n'est pas vraiment à la hauteur des Petits Boudins, mais on y trouve malgré tout une honorable reprise des Beatles dont les paroles signées Pierre Saka sont un peu ratées "Tu sais la mode ça se démode"... vive la rime de rappeur et une autre adaptation du même Saka d'un morceau italien, pas formidable mais l'orchestre et l'arrangement de cordes y sont assez en verve, elle mérite en tout cas de laisser le disque se finir.

Serge Gainsbourg a souvent eu une plume et des doigts d'or et c'est absolument le cas de ces petits boudins qui reste pour moi, l'un de ses morceaux que je préfère et ce n'est pas un hasard si notre blog tire son nom d'une chanson du bonhomme (on aimait bien le jeux de mots avec Twister le jeux, si vous n'aviez toujours pas compris pourquoi on utilisait des ronds vert - rouge - jaune et bleu, voici l'explication !).


Dominique Walter - Les Petits Boudins


Dominique Walter - Penny Lane

mardi 2 octobre 2012

Conjuguons La Pop #02 : Evariste - E=mc² (1967)



S'il y a bien un disque qui pourrait résumer l'esprit de ce blog, c'est bien cet EP d'Evariste, nous avons commencé à écrire ce blog avec l'objectif de faire re-découvrir ce genre de disque. Il est d'ailleurs surprenant que nous n'en aillons jamais parlé auparavant tant cet EP fait définitivement parti de l'indispensable panoplie des amateurs de French Beat que nous sommes et classique parmi les classiques des soirées sixties.

Après le succès d'Antoine, signé chez Vogue, les labels français se sont mis à la recherche de « leur antoine », Disc'Az fait fort en dégotant Evariste, un scientifique français expatrié aux Etats-Unis, docteur en physique théorique et ovni de la pop française. 

A l'exception peut-être de l'expérience Morricone-sque Dans La Lune sur la deuxième face, cet EP ne contient quasiment que des killers. Le plus connus est évidemment Connais-tu l'animal qui inventa le calcul intégral ? dialogue surréaliste et improbable entre un oiseau et Evariste sur fond de rythme voodoo répétitif et hoquetant qui n'est pas sans rappeler la folie théâtrale d'un Screamin Jay Hawkins (également grande influence d'Hector) au moment même où on re-découvre justement son répertoire (repris par Nina Simone et Alan Price Set notamment), esprit qu'on retrouvera d'ailleurs chez Arthur Brown l'anglais l'année suivante. L'une des grandes forces d'Evariste ce sont évidemment ses textes, d'une rare intelligence, bourrés de blagues et de jeux de mots. D'ailleurs, alors que je suis en train d'écouter le disque, les gens passent dans le couloir et rentre pour me demander qu'est ce que c'est que ce truc, avec Evariste, ce genre d'effet est garanti. Evariste Aux Fans devrait plaire aux amateurs de garage (et je sais qu'ils sont nombreux parmi nos lecteurs), la fuzz ne devrait pas y être indifférente, de même que les textes savoureux dont je vous donne un extrait :
Et mon corps a agi très très fort
Comme domaine d'opérateur sur ton corps
En moins d'une plombe, je suis devenu
Un espace vectoriel sur ton corps nu

Quant à Si J'ai Les Cheveux Longs, C'est Pour Pas M'Enrhumer, le morceau est certainement le plus à-la-Antoine (sans les problèmes) du disque et rappelle également un autre Antoine-like dont on parlera bientôt : Edouard.

Il est possible que la récente compilation (presque) intégrale du garçon ait fait un peu augmenter la cote des disques mais en cherchant un peu vous devriez pouvoir trouver ce disque autour d'une quinzaine - vingtaine d'euros.


Evariste - Connais-tu l'animal qui inventa le calcul intégral ?


Evariste - Evariste Aux Fans

lundi 1 octobre 2012

Conjuguons La Pop #01 : Introduction

Depuis 5 ans et demi que nous tenons ce blog, nous avons rarement eu l'occasion d'être aussi enthousiastes pour la scène française pop. Bien sûr, il s'est passé pas mal de choses depuis 2007, nombre d'excellents groupes, mais c'est seulement la seconde fois depuis que je m'intéresse sérieusement à la musique et que je ressens une sorte d'excitation et de fébrilité pour une scène française rock ou pop (on va éviter d'utiliser le sacrilège "pop rock" que je laisse à RTL2). 

Depuis un an et demi, deux ans, on a vu le premier EP d'Aline (alors connu sous le nom de Young Michelin), celui de Pendentif, de La Femme etc. Les concerts de La Femme auxquels on a pu assister nous ont donnés l'impression qu'il se passait un truc, une excitation sincère et spontanée, loin des buzz artificiels créés par une industrie mal en point... On a essayé d'être ici les témoins réguliers de ces groupes se moquant de sonner plus anglais que les anglais, ceux qui ont compris que tracer sa propre voie (voix) était peut être la seule façon de s'en sortir et de prouver à Lennon qu'il avait tord quand il disait "le rock français c'est comme le vin anglais". Citons ces groupes qui nous enchantent depuis quelques temps : Aline, Pendentif, Cracbooms, Mustang, La Femme, Lescop, Granville, etc.

Notre rapport avec le rock (ou la pop, peu importe) est compliqué, pour nous il s'agit de la musique des américains et des anglais, mais il ne faut pas se laisser aller à la fatalité en se disant que de toute façons les anglo-saxons seront toujours meilleurs que nous... Les groupes dont on va vous parler ne se laissent pas faire et contestent cet ordre, ils ont raison, car pour reprendre l'exemple des Beatles qui auraient pu penser que les anglais iraient marcher sur les terres des américains avant que ce petit groupe de Liverpool prenne le monde par surprise? On a en effet un peu tendance à oublier qu'avant 1963 le seul groupe anglais à avoir fait des vagues aux USA étaient les Tornados, une des formations instrumentales de Joe Meek pour son hit "novelty" Telstar ! Bien entendu il va être difficile pour nos petits français de conquérir l'Amérique et en particulier le grand public mais quand on voit un groupe comme les Limiñanas sortir des disques et tourner régulièrement là bas avec leurs morceaux en français et anglais on se dit qu'il n'est pas impossible de faire son (petit) trou.

Cette "nouvelle scène française" est protéiforme et vouloir en décrire les contours est complexe, ça rend cette effervescence encore plus intéressante car elle n'a pas encore atteint ses limites et laisse ouvert le champs des possibles. On est heureux que cet ensemble soit encore informel et spontané, du coup à RPUT on a voulu rendre compte de l'impulsion en consacrant un mois entier à la pop (et au rock) francophone. Bien sûr on ne serait pas totalement nous même si on ne construisait pas des ponts entre le passé et le présent ainsi qu'entre les pays (en particulier entre nos amis canadiens et nous même), et il nous a semblé intéressant de vous proposer un dossier sur la meilleure manière de conjuguer la pop en français. Nous espérons que ces articles durant un mois feront changer d'avis les plus sceptiques sur l'usage du français dans le contexte du rock et de la pop. On espère vous faire découvrir des nouvelles formations passionnantes et réhabiliter quelques groupes que nous adorons.


Marie & Les Garçons - Re-Bop

en photo : les géniaux Marie et les Garçons, à qui on a consacré un petit article il y a quelques temps.
J'en profite pour lancer un appel: quelqu'un ne veut pas rééditer ce super groupe en vinyle? En attendant on trouver l'ensemble de leur discographie en "mp3".

Comme vous le savez, depuis le début de notre blog, nous sommes très attachés aux groupes qui chantent en langue native et y compris le français, voici quelques articles qui ont participé à l'identité de notre site.
> Interview : Les Spadassins, Les Polacks.
> La rétrospective des EPs de Dutronc de 66 à 68 : Part 1, Part 2, Part 3
> Des Chroniques des grands de la pop sixties qui ont largement marqués notre éducation musicale tels que Eddy Mitchell - Vielle Fille / Sunny, Les Sunlights - C'est Fini, Nino Ferrer seul avec Tchouk Ou Tchouk ou avec les Gottamou, mais aussi les anti-yéyés : Hector, Les 5 Gentlemen, Les Problèmes, Stella... ou des OVNIS / raretés comme Benjamin ou Perkins !
Et pas seulement les sixties, les années 70 ont également été représentées par Marie et Les Garçons, Les Olivensteins, les années 80 avec Les Avions ou les Coronados et même les 90s avec les formidables Freluquets.

Retrouvez la plupart des ces articles en suivant les libellés French Rock / France / French Pop.

Comme vous le voyez, ce mois ça sera Vive La France sur Requiem Pour Un Twister, Molière dansera dans sa tombe ! Bisou bisou