mardi 6 juin 2017

Achats (très) récents #4

Les puces restent un de mes endroits préférés à Paris pour trouver des disques inhabituels, originaux. Je ne suis généralement pas assez courageux pour regarder les stands brocantes avec quelques bacs de disques non triés au milieu de choses diverses (vaisselles, bibelots, livres etc.), je me concentre donc sur les disquaires (ou les stands de disques) avec une préférence pour la zone autour de la rue Jules Valles qui comportent quelques figures comme le Yéti ou Copa Music. Je vais moins souvent dans la zone du Marché Dauphine (marché consacré à la collection) car j'y trouve les prix généralement un peu trop chers. 

Hier, j'étais donc aux Puces, je vous présente quelques unes de mes trouvailles chez Beatsqueeze, un de mes arrêts favoris à Clignancourt. Bien que la boutique soit plutôt réputée pour le hip hop, elle offre un choix vraiment intéressant en 60s/70s (notamment français) pour ceux qui aiment se faire surprendre et préfèrent trouver ce qu'ils ne cherchaient pas. Ajoutons que les proprios sont très cultivés (et curieux), comprennent mes goûts et sont réglos sur les prix: un très bon endroit !

Les Furys sont une formation québécoise (Montréal) auteurs de deux singles en 1965: Aide Moi et Michelle (qui comprend à nouveau Aide Moi en face B). Ils ont également sorti deux singles sous le nom de Joyce Germain and The Fabulous Furys en 1964, a priori deux fois le même couplage mais chanté en anglais puis en français ! Aide Moi, paru sur le label Trans-Canada, est une excellente composition originale aux inflexions beat/garage avec une touche r&b ! L'autre face ne présente en revanche aucun intérêt.


Continuons avec les Countdown Five un groupe américain (a priori du Texas) auteurs de six simples entre 1965 et 1969. Shaka Shaka Na Na est leur dernier et le seul à avoir bénéficié de pressage européen notamment en Suède, Italie ou Allemagne (sur Hansa, le pressage que j'ai). Groupe souvent présent sur les compilations garage (la liste), ce dernier simple ne fait pas exception à la règle bien qu'étant tardif: Shaka Shaka Na Na contient en effet quelques éléments typiquement garage (voix arrogante, guitare fuzz, orgue criard...) cependant impossible de ne pas noter la petite touche bubblegum (voir proto-glam si l'on veut ?) notamment grâce à une rythmique très puissante parfaite (et une ligne de basse très Cool Jerk des Capitols) pour danser ! Bref ce sera sûrement pas assez garage pour les puristes, pour ma part j'aime beaucoup!

 

Gérard Brent est un musicien français, auteur de quatre quarante-cinq tours entre 1964 et 1965. Il participe par la suite à l'aventure Chats Renaissances et les Visitors deux projets lié au fameux producteur JP Massiera. La Fille Qui Me Plait est une très bonne version du classique Hippy Hippy Shake dont on connaît souvent plus la reprise merseybeat par les Swinging Blue Jeans que l'original rock & roll de Chan Romero. Avec une instrumentation réussie (notamment un très bon orgue) signée Bernard Gérard (un habitué de ces colonnes), Gérard Brent signe une très bonne adaptation de ce classique du répertoire beat dans une version assez différente de l'original ou de la reprise de référence.

 
Finissons cet article sur The Mojo Men un groupe garage/folk-rock de San Francisco surtout connu pour leur classique Sit Down I Think I Love You (une reprise de Buffalo Springfield) que l'on peut notamment entendre sur la compilation Nuggets originale (voir mon article à ce sujet) ! Le groupe travaille avec le label Autumn dans lequel on retrouve les géniaux Beau Brummels et...Sly Stone en producteur avant qu'il ne monte sa Family ! L'intéressé enregistre d'ailleurs ce 45 tours. Si la face B ne présente pas d'intérêt majeur (un peu trop niais), Dance With Me est un très bon petit morceau garage-rock avec ce qu'il faut de niaque !


samedi 3 juin 2017

Achats Récents (ou pas) #3

Je continue d'explorer ma discothèque à la recherche de disques improbables, de bonnes faces b, de tentatives (parfois désespérées) de réhabiliter certains artistes.

Attaquons fort avec Les Charlots. On sait que les intéressés furent un jour un espoir du rock français (Les Problèmes) et que la malédiction du disque rigolo les frappa comme tant d'autres (Martin Circus au hasard)... Il y aurait un excellent papier à écrire sur le pêché originel du rock français: l'impossibilité d'être premier degrés et d'aborder la chose sérieusement, peut-être pas du coté des groupes mais au moins de celui du public. J'ai déjà abordé le sujet au moins à deux reprises: à propos d'Asphalt Jungle et d'Henri Cording qui constitue peut être la matrice des disques marrants français rock. Nombreux furent aussi les artistes français à souffrir de leur image d'amuseur, notamment Nino Ferrer. Les Charlots, eux semblent avoir vécu la chose avec philosophie et en profitèrent une décennie durant avec des titres aussi improbables qu'histoire merveilleuse ou j'ai oublié bon bouchoir (excellent au passage). Le Pauvre Mec face A du 45 tours n'a rien de mémorable, en revanche j'ai vraiment beaucoup aimé Saint-Rock , une très bonne surprise débusquée aux puces pour 50 centimes. Le morceau est peut-être un peu lent pour être joué en soirée, mais depuis l'introduction évoquant une messe jusqu'à la rythmique funky, voilà une chanson bien amenée, arrangée qui dépasse le stade de la blague novelty.


J'imagine que vous n'avez pas besoin de moi pour ramasser des Michel Polnareff à la pelle tous les week-end. Cependant si j'ai une préférence généralement pour la période EP de ce dernier, ce single mérite largement que l'on s'y arrête. Holidays n'est pas un de mes morceaux préférés de l'intéressé en revanche La Mouche est vraiment une super face B. Polnareff, particulièrement inspiré, dégaine, une pop ondulante aux couleurs acidulées, groovy, hyper bien arrangé, texte super cool. Ai-je besoin d'en dire plus pour vous dire que c'est un très bon morceau ? Bonne surprise: facile à trouver !


OK je pense aller loin en évoquant Dalida : promis c'est le seul de ma collection (par contre j'ai un disque d'Orlando dont je vous parlerai peut être un jour si vous êtes méchants) ! Il y a une cover assez improbable de shame and scandal in the family mais si j'ai pris le disque c'est surtout pour le flamenco qui est une reprise du morceau des Brincos ! Cela pourrait être catastrophique, ça ne l'est pas, le morceau est marrant et garde en partie l'énergie de l'original. Le texte est évidemment daté avec tous les clichés en vigueur sur le sang chaud des  ibériques (il y aurait de quoi remplir une rubrique avec les morceaux aux accents douteux de cette époque !). Je comprendrais que vous ne partagiez pas le petit plaisir coupable que procure ce disque, en tout cas je vous le signale. La version live ci-dessous est en réalité l'enregistrement studio.


Finissons notre troisième épisode avec un quatrième 45 tours. C'est un de moins que les deux premiers articles: non je ne manque pas d'idée, il est juste une heure du mat' et j'ai la flemme d'écrire un cinquième texte après celui ci. Bref terminons en beauté avec Les Amours de Journaux un chouette morceau d'Adamo. Aux arrangements l'unique Goraguer, un des meilleurs en France incontestablement ! On retrouve ainsi une instrumentation proche de l'excellente Intox de Jean Ferrat: sitar, cuivre, orgue...Peut être un poil en dessous d'Intox, Les Amours de Journaux est malgré tout une très sympathique chanson pop sur un 45T facile à trouver et pas cher, que demander de plus ?

jeudi 1 juin 2017

Achats Récents #2

Deuxième épisode de notre série, écrit en même temps que le premier... Ici l'accent a été mis sur les disques français (mais il y a un intrus !) et plutôt seventies.
TW aux âmes sensibles: les limites du bon goût sont parfois allégrement franchis.

Monty est une valeur sûre. Je prends presque systématiquement les EPs (quand c'est pas cher bien sûr) et on trouve souvent au moins un morceau à se mettre sous la dent. Sur cet EP rien du niveau d' Un verre de Whisky (blog) mais j'ai trouvé que L'incorruptible avait du charme et une instrumentation soignée (guitare wah-wah et cuivres rutilants). À 50 centimes ça se ramasse et ça vaut bien quelques lignes sur le blog pour vous le faire découvrir !


J'ai eu quelques scrupules à acheter un disque de Cloclo, je trouve que notre idole des (plus si) jeunes a souvent une voix chevrotante et des productions anémiques... Un morceau au nom alléchant signé par Gainsbourg, 50 centimes: on tente?  Hip Hip Hip Hurrah est une sympathique surprise, certes il y a toujours la voix de Claude François mais le reste tient plutôt la route. La composition pastiche quelque peu Get Ouf of My Life Woman d' Allan Toussaint mais avec une production anglaise: moins poisseux et sexuel, plus pop et léger. Le texte de Gainsbourg est assez chaud-cacao (et c'est encore plus drôle chanté par Cloclo !) et aurait du mal à passer aujourd'hui... Bref je ne sais pas si je recommande mais franchement à cinquante centimes je garde le disque sans avoir trop honte de moi.


Michel Fugain  a fait quelques 45T intéressants dans les sixties mais connaît un succès franc et massif au début des années soixante dix avec Le Big Bazar. Parmi les morceaux les plus emblématique Une Belle Histoire très jolie chanson de pop aux accents fleuris que certains d'entre vous ont forcément étudié au collège en musique (en tout cas ce fut mon cas ha ha). L'intérêt d'évoquer ce 45 Tours réside probablement plus dans la sympathique face B groovy Allez Bouge Toi compilée sur le troisième volume des French Cuts. Évidemment ce n'est pas du freakbeat ultra violent de folie mais ça se mange (voir se danse) sans faim à condition d'aimer le patchouli et les clochettes (ou les bretelles arc-en-ciel). 


Je n'ai pas de super infos à vous communiquer sur la mystérieuse April: elle a signée deux 45 Tours en 1971 et 1972. Le premier des deux Sweet Song Bird est aussi le moins rare, il contient une bonne face B: Help! de la pop funky avec des accents caribéens et une production (dirigée par Dominique Perrier - celui de Space Art?) soignée: cuivres, guitares wah-wah, rythmiques syncopées... Une chouette trouvaille !

Enfin finissons cette deuxième session par Nuova Equipe 84 une émanation tardive du groupe de pop psychédélique Equipe 84 dont j'ai tendance à prendre les disques en général (même s'ils ne sont pas tous biens). La face A Casa Mia est assez typique de ce que peut représenter la pop sans intérêt des années 70, pas franchement géniale... Heureusement la face B réserve une bonne surprise, un morceau principalement instrumentale (il y a des voix en chœurs mais pas de texte) Buffa aux accents psychédéliques et progressifs (avec un superbe effet de phasing). Le titre m'évoque ainsi Deliriana de Delirium, une autre face B que j'aime beaucoup. À ne pas payer cher bien sûr (je pense que je l'ai déjà payé trop cher en mettant 5€) mais une bonne addition à une collection de 45 tours européens groovy/étranges 70s !

mardi 30 mai 2017

Achats récents #1

J'ai la flemme d'écrire des articles argumentés et fouillés en terme d'informations mais très envie de vous faire découvrir quelques découvertes récentes ou anciennes mais dont le souvenir a été ravivé à l'occasion d'un achat... Voici donc une nouvelle rubrique qui ne dépassera probablement pas les quatre entrées mais au moins cela animera ce blog et vous donnera matière à creuser et chiner lors de vos prochaines sessions disquaires ou brocantes!

Commençons par l'un de mes chanteurs favoris de Blue Eyed Soul le gallois Tom Jones à l'organe vocal chaud et puissant. Au delà d'excellents tubes (It's Not Unusual par exemple), le britannique a également dissimulé de nombreux bons morceaux en face B de ses EPs. J'ai été ainsi très content de mettre la main sur ma deuxième copie (en meilleur état que la première a priori) de l'EP français de What's New Pussycat pour la somme particulièrement douloureuse de cinquante centimes. Il s'agit probablement l'un des premiers disques que j'avais acheté quand j'ai commencé à m'intéresser aux sixties, il y a quelques années déjà... Si le morceau phare de l'EP m'a toujours un peu gavé (pourtant j'adore Burt et Hal) impossible de résister l'excellente I've Got A Heart. La chanson a en effet tout ce qui me plaît dans la blue eyed soul : mélodie soignée, arrangements somptueux, tempo rapide et dansant, voix déchirante. Un super morceau de dj set !


Continuons notre tour du Royaume Uni avec le groupe bubblegum Dave Dee Dozy Beaky Mick & Tich dont vous connaissez forcément Hold Tight notamment à cause de la BO d'un Tarantino. Leur catalogue est inégal et je ne sais pas si je me lancerai dans l'achat au pif de leurs 45 tours cependant il y a quelques excellents morceaux à signaler parmi lesquels Shame présent sur l'EP français de Save Me (et également sur l'autre face du SP anglais pour ceux qui voudraient le morceau avec un meilleur son mais sans le visuel). Si les puristes seraient outrés de qualifier DDDBM&T (ce sont un peu les Monkees anglais) de freakbeat vous ne trouvez pas que cette chanson y ressemble fortement ? Morceau beat aux accents psychédéliques avec des montées puissantes, de la fuzz... Bref un excellent morceau quoi que peut être un peu difficile à jouer en soirée du fait de la production assez extrême.


Changeons de rive de l'Atlantique en nous déplaçant aux États Unis d'Amérique à la découvert de l'organiste Toussaint McCall. Les plus attentifs d'entre vous auront peut-être repéré que j'ai déjà évoqué le même morceau il y a presque quatre ans, pour les autres séance de rattrapage ! Shimmy est un des morceaux instrumentaux groovy à l'Hammond favoris ! Comment ne pas succomber au minimalisme du morceau ? Un batteur, un organiste et roule ma poule! ça dégaine sévère pour que tu transpires sur la piste. Je ne saurais dire si le disque est rare, je suppose que non, en tout cas il vaut pas très cher (dans les 5 à 10€) et à ce prix là comment se refuser un aussi bon morceau (à part d'avoir peur que tout le monde le joue ? mais qui le joue au juste ?). 


Avion pour l'Europe, direction le Portugal et plus précisément Porto en 1964. Os Tàrtaros est une formation instrumentale portugaise dans la mouvance des Shadows auteurs de trois 45 tours. L'EP est globalement honnête mais en dehors du morceau que je vais évoquer je n'ai pas trouvé ça non plus mémorable, disons dans la moyenne de ce que l'on trouve dans le genre mais plus en plus tardif (d'un ou deux ans, ne soyons pas mauvaise langue) et avec un son globalement plus amateur. Les défauts peuvent parfois se transformer en qualité, ici cela fonctionne notamment sur l'excellente Tartaria. Morceau le plus enlevé et sauvage des quatre, la production ajoute un je ne sais quoi garage des plus coolos ! Acheté au hasard pour 10€ (je suis taré) j'ai failli m'en vouloir avant de tomber sur le morceau. Pas indispensable (à moins d'être collectionneur de rock instrumental ou lusitanos)  mais le genre de curiosité que j'adore, aussi bien pour la dimension historique (il y a assez peu de disques portugais sixties) que le morceau en lui même qui trouvera certainement sa place dans un set un jour ou l'autre et constitue une belle addition à ma collec' !


Finissons cette première sélection par une curiosité typique des EP français des années soixante: une compilation de deux singles de... deux artistes différents. Le cas n'est pas courant mais il existe (je dois au moins en avoir un ou deux autres exemples en tête dont un 45T de Tommy James and the Shondells). Sur la face A nous trouvons ainsi le single de Mister Gamma Goochee lui même avec le bien nommé The Gamma Goochee: un très bon single novelty soul et funky dans la mouvance des nombreuses danses des années 60 notamment celles de James Brown (popcorn). Punchy et efficace, un excellent morceau de DJ set ! Autre face, autre ambiance avec le simple de Nooney Rickett (qui correspond en réalité à Nooney Rickett and The Nooney Rickett Four). Si le second morceau laisse penser qu'il s'agira à nouveau de musique soul et funky (une reprise de James Brown) force est de constater que Bye Bye Baby n'a pas grand chose à voir avec The Gamma Goochee ! Il s'agit en effet un très bel exemple de folk rock aux accents beat/garage, pas le genre de trucs à te démonter le cerveau avec une fuzz démoniaque mais plutôt à opter pour la douceur de jolies harmonies et d'une guitare égrenée à la Beau Brummels. Bref remercions les labels français pour leurs associations étranges, elles font parfois mon bonheur bien que le disque soit forcément difficile à classer !

  

samedi 8 avril 2017

Surprise: les Osmonds ont fait de bons morceaux !

J'ai super la flemme de faire l'historique des Osmonds un groupe de frangins qui chantent à la télé depuis les années cinquante et lancé comme réponse aux Jackson 5 au début des seventies... Il s'agit d'un groupe américain de pop bubblegum dans la pure tradition du genre (Monkees, Bay City Rollers etc.) généralement assez tiède et anodin. Il y a cependant quelques bons morceaux, j'en connais en au moins deux que je vais vous présenter aujourd'hui, peut être en existe-t-il d'autres ?

Le premier est certainement le plus connu et identifié des deux: Crazy Horses , un tube de 1972, extrait de l'album du même nom (un de leurs plus personnels). Le titre est une charge contre la pollution des voitures, une préoccupation encore nouvelle à l'époque mais déjà dans l'air du temps comme en témoignent certains films de science fiction contemporains comme Silent Running (1972) ou Soleil Vert (1973). La chanson ne fait pas dans la dentelle proposant un hard rock puissant, groovy et énergique. Si les cuivres rendent la chose un peu  plus acceptable, voilà une performance assez sauvage et remuante à sauver du bac à daube de votre disquaire !


Autre bonne surprise à sauver dans le répertoire de nos américains bien sous tout rapport: leur reprise de Fever. Et oui ! Encore une ! Impossible de se lasser de cette chanson non ? Sorti en 1974 sur l'album Love Me For A Reason et en Face B du 45T du même titre, les Osmonds amènent la chanson dans un registre funk teinté de soul psychédélique du plus bel effet. Certes la prestation vocale n'est pas nécessairement à la hauteur de ce qu'auraient pu faire un groupe Motown mais c'est quand même fort sympathique cette affaire ! Les arrangements sont très cool et bien fichus (guitare wah-wah, clavinet, flûte...). 

Les Osmonds s'inspirent, avec une certaine réussite de formations vocales noires comme les Chi-Lites, les Temptations (Papa Was A Rolling Stone)  ou encore les O'Jays (les premières notes de basse évoque For The Love Of Money). D'une certaine façon Fever actualise, avec l'apport du funk, la musique que jouaient les frères dans les années cinquante: le style Barbershop. En effet, au delà de l'instrumentation typée soixante-dix, la structuration des voix (baryton, ténor, soliste...) renvoie aux origines vocales du groupe, un point commun avec les groupes soul psychédélique qui s'ils s'éloignent du Doo Wop (genre lui même inspiré du Barbershop) n'en gardent pas moins une répartition des voix proche.


jeudi 6 avril 2017

Claude Nougaro "Docteur"

Claude Nougaro n'avait jamais eu d'articles sur ce blog, il est temps de remédier à cela ! Je ne connais pas assez la carrière du Toulousain pour me lancer dans un descriptif complet de celle-ci, cependant notons que le chanteur sort son premier 45T en 1958 (ou 1959), il a alors 29 (ou 30) ans. Sa carrière démarre réellement à partir de 1962 quand Nougaro collabore alors avec Jacques Canetti, un des directeurs artistiques les plus importants de la France des trente glorieuses. Sans citer tout le CV de l'intéressé mentionnons qu'il a travaillé par exemple avec Boris Vian, Serge Gainsbourg, Jacques Brel, Aznavour, il a aussi créé la salle les 3 Baudets...excusez du peu ! 

Nougaro est régulièrement accompagné dans les années soixante par Maurice Vander (le père adoptif de Christian Vander, leader de Magma). Celui-ci s'entoure de la crème du jazz français, parmi eux un de mes organistes français fétiches: Eddy Louiss. Bien qu'arrangé par Vander, le musicien d'ascendance martiniquaise n'est pas crédité sur ce 45T de Nougaro, pourtant le Hammond y est particulièrement bien représenté avec un savoir faire évident. Le chanteur toulousain développe le long de ces quatre morceaux, une formule entre jazz, pop et chanson avec d'excellentes instrumentations démontrant la qualité des musiciens français de l'époque. Les textes de Nougaro sont soignés et intéressants, en particulier sur le superbe À Bout de Souffle évoquant un braquage haletant à la Bonnie & Clyde. Pourtant, le Toulousain ne sacrifie jamais au sens les mélodies et le rythmes, il garde une diction fluide et musicale. Je ne saurais dire si cette justesse de ton est une constante de Nougaro, en tout cas c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup sur ce disque.  

L'autre temps fort du 45T est la reprise de Fever sous le nom de Docteur. Il existe de nombreuses reprises de cette chanson, devenu comme Louie Louie - dans un autre registre - un standard de la pop. J'ai un faible pour certaines versions (notamment la très beat des McCoys), Nougaro en fait une superbe interprétation. Sur un tempo modéré dansant, Nougaro est langoureux et sensuel, l'accompagnement musical est également fantastique: batterie jouée au balais, orgue hammond jazzy vif, percussions utilisées par touche... Docteur est un crescendo soyeux dans lequel Nougaro nous embringue jusqu'au dénouement.

mardi 4 avril 2017

Pour trois 45 Tours d'Aphrodite's Child de plus


Dans moins de quinze jours ce blog aura officiellement dix ans (16 avril 2007!), une décennie à défendre une certaine idée de la musique. Celle-ci a bien sûr évolué au cours du temps, pourtant l'intérêt pour les années soixante demeure une constante à travers les années. Fouiller dans les nombreux articles du premier mois d'existence de ce blog permet de constater - fait inquiétant - qu'il est tout à fait possible d'évoquer à nouveau les mêmes artistes dix ans plus tard... Par exemple, nous avions écrit sur les Grecques d'Aphrodite's Child avec l'excellente face B Magic Mirror parue en 1969 le 27 avril 2007 ! Dimanche dernier je rachetais une copie (propre) de Let Me Love Let Me Live et bien sûr j'ai eu envie d'en parler ici... Histoire de marquer le coup, ce ne sera pas un seul simple du groupe de barbus chevelus mais trois !


Revenons rapidement sur Aphrodite's Child en deux mots: trois Grecques dont deux très très très connus (Demis Roussos et Vangelis) se retrouvent à Paris en 1968, ils essayent d'aller en Angleterre mais faute d'essence ne continuent pas plus loin. Ils fuient la dictature des colonels (1967-1974). Ils enregistrent en France le slow Rain & Tears dans la mouvance de l'époque (influence classique que l'on retrouve chez Procol Harum ou les Moody Blues). Il scelle leur destin en devenant un énorme tube. Par conséquent le groupe se spécialise dans les slows mignons en 45 tours non sans glisser quelques curiosités étonnantes sur les autres faces... Et terminer sur un album très ambitieux en 1972: 666.

Le groupe a la particularité de ne pas avoir de guitare. Ainsi contrairement à ce que j'affirmais il y a dix ans, Magic Mirror ne comporte pas (ou peu probablement) de guitare fuzz, il y a bien plus à parier qu'il s'agisse d'un traitement de choc sur l'orgue hammond de Vangelis, ce dernier s'approchant ainsi de la sonorité criarde de la guitare... Il n'est pas rare dans l'histoire de voir des claviers électriques traitées avec les mêmes effets que la guitare, je pense par exemple à Tell the World We Not In des Peddlers (le son du vénérable orgue chahuté par une wah wah de saison). Cette formule minimaliste trouve son expression la plus pure dans certaines faces B (et même une A) du trio. Contrairement aux slows très arrangés (cordes dégoulinantes et tout le toutim), le groupe s'y montre plus expérimental et sauvage. Une facette des Aphrodite's Child qui a du surprendre plus d'un adolescent à l'époque...quoi qu'il existe de nombreux exemples de ces couplages slows / morceaux enlevés et énergiques (Majority One, Holly Guns, Rare Bird, Freddie Meyer, Santa-Maria etc.) !


Commençons par le plus anciens des morceaux de la sélection, une face A: Let Me Love Let Me Live de 1969 comme Magic Mirror. Sur une rythmique martelée évoquant d'autres tubes légèrement postérieurs (John Kongos, Hotlegs), le trio dégaine un morceau psychédélique d'excellente facture. Construite comme un mantra répété inlassablement, la chanson est illuminée par les interventions de claviers acides de Vangelis, l'ensemble constitue ainsi un très crédible morceau de rock audacieux et dynamique ! 


Funky Mary est la face B de It's Five o'Clock. Morceau étrange au son ultra-compressé, il est construit autour d'un breakbeat de batterie destructeur et de percussions sur lesquels les musiciens semblent improviser des paroles au grès de l'inspiration... Une mélodie de vibraphone allège un peu l'air poisseux et vicié dégagé par la masse sonore compacte. Aussi étrange qu'étonnant, pas forcément mon préféré des trois, mais toujours dingue de pouvoir tomber sur ce genre de morceau dans n'importe quel bac de 45T de France et Navarre... Contrairement à de nombreux autres morceaux du groupe, cette chanson ne semble pas avoir été samplé et pourtant quelle excellente matière première ! Peut être un peu difficile à manier tant le son est déjà survitaminé et violent.


Dernière entrée du jour: Air face b de Spring Summer Winter and Fall également paru en 1970. Pas beaucoup plus construite que Funky Mary le morceau comporte à nouveau une rythmique lourde et puissante travaillée d'une manière originale (avec un effet de phaser très réussi). Vangelis ne nous oublie pas non plus, il nous gratifie de saillis inspirées à l'orgue, parfaitement dans l'air du temps aux effluves psychédéliques. La voix de Demis s'éloigne également du chant pop traditionnel, il semble exhorter l'auditeur. L'ensemble est ainsi aussi délirant que sauvage, une face B comme je les aime, avec la bonne dose de folie propre à une décennie où l'on pouvait encore se permettre ce genre d'audace si l'on remplissait le cahier des charges sur l'autre face.

mardi 28 mars 2017

Police Control "Sentimental"

Fait exceptionnel je vais reparler d'un EP déjà évoqué ici il y a moins d'un an: le 4 titres de Police Control. Ce qui n'était en effet qu'un fichier numérique posté en catimini sur un bandcamp l'été dernier est devenu par la grâce de nos amis de Gone With The Weed (Marauder, Marbled Eye, Skategang, Sun Sick, Téléphérique...) et des Nantais de Juvenile Deliquent (Cathédrale, Rancune) un 45 Tours. 

Six mois ce sont ainsi écoulés depuis leur découverte un jour d'été. L'hiver loin de nous éloigner a, au contraire, confirmé, l'espoir suscité. Les 4 morceaux de Police Control sont tous des tubes et ils ont un super son. La musique de Police Control exprime ainsi la quintessence du genre powerpop: une subtile balance entre l'énergie foudroyante du punk (voir du hard rock) avec ce goût prononcé pour les mélodies pop fougueuses et enlevées. Le tout (bien) écrit en français s'il vous plaît ! À l'heure où la pop nationale prend parfois des chemins qui m'éloigne d'elle (la variété, la chanson) il est jouissif de voir un groupe arriver avec quatre titres aussi vifs que spontanés. Bloqué sur la touche répétition, pardonnez moi de citer Nick Lowe en guise de conclusion: Pure Pop For Now People.


vendredi 24 février 2017

Chook Race "Around the House"

Chook Race fut une de mes découvertes majeures en 2016. Après un premier album auto-édité, la formation australienne a en effet publié l'un des albums les plus cool de l'année sur l'un des labels les plus cool (Trouble In Mind, que l'on cite souvent !). En dix chansons, le trio de Melbourne développe une pop sémillante mais jamais niaise équilibre parfait entre mélodies pastel et guitares anguleuses. Si Chook Race convoque une certaine indie-pop britannique canal historique (C86), notamment dans sa manière d'être plus virulent qu'il n'y paraît (pas si twee que ça, plus punk aussi), de nombreuses inflexions évoquent quant à elles l'Océanie des compatriotes de Dick Diver et Twerps, ou des cousins néo-zélandais du Dunedin Sound (The Verlaines, The Bats etc.). Il ne serait pas hors de propos non plus de se remémorer le premier album des Pains of Being Pure at Heart dans cet art de croiser les vocalises de garçons et filles. Chook Race n'est cependant jamais dans la posture de l'hommage ou du pastiche amusant, trop frais, trop vital pour cela. Around the House brille par l'évidence de ses chansons: chacune d'entre elles est écrite avec justesse et comporte toujours un élément la rendant attachante. Quelques morceaux se dégagent pourtant et sonnent comme des futurs hymnes du genre, de ces chansons que l'on a envie d'écouter dix fois à la suite. En effet, comment ne pas être enthousiasmé par Hard To Clean le fantastique morceau d'ouverture, hymne élancé et volontaire ? At Your Door ou Pink and Grey sont quelques un des autres temps fort de ce disque génial que l'on espère suivi de nombreux autres et peut-être d'une petite tournée en France ? Ce serait chouette en tout cas !


mardi 21 février 2017

Once & Future Band "Once & Future Band"

Tame Impala aurait-il ouvert une boîte de pandore avec Lonerism (2012) ? Si nous avions assez vite classé le groupe australien comme figure de proue du renouveau psychédélique, il faut pourtant reconnaître que le classique de Kevin Parker a beaucoup œuvré à la réhabilitation de Todd Rundgren et plus généralement d'une pop voluptueuse et maximaliste typique de la féconde décennie soixante-dix. En 2016 le succès étonnant des Lemon Twigs confirme l'intérêt d'une partie du public pour une musique ambitieuse et une certaine pyrotechnique instrumentale. Autre signe des temps, la proposition artistique d'Aquaserge marquée par la pataphysique, le rock cérébral de Zappa et la virtuosité espiègle de la scène Canterbury rencontre de nombreux échos favorables. Si tous ces groupes ont peu en commun, les ingrédients semblent réunis pour une réhabilitation en grande pompe des maudites seventies ! Celles que l'on a aimé haïr étant plus jeunes pour leur emphase et leur démesure... 

Once & Future Band , un groupe d'Oakland contribue à sa manière, très personnelle, au mouvement. Leur premier album, sans titre, publié par Castle Face, est semblable à une créature hybride génétiquement modifiée réunissant nombre de traits saillants de la musique 70s. Pas la plus présentable: clinquante dans sa débauche de richesse, excessive dans sa virtuosité et sa maîtrise. À leur sujet, il sera possible de citer nombre de genres majeurs de la décennie: jazz-fusion (Mahavishnu Orchestra), rock progressif, pop (ELO, Steely Dan, Todd Rundgren, Sparks)... Pourtant ils ne ressemblent guères à l'un d'entre eux ! Once & Future Band est une pièce montée bourrée de chantilly et de sucre mais paradoxalement assez digeste. La formation californienne arrive en effet à créer un subtil équilibre entre pur plaisir et exigence (instrumental, écriture). Once & Future Band déploie par touche une vulgarité  agissant sur les neurotransmetteurs de plaisir du cerveau. Il écluse les poncifs et les détourne: basse au moog, soli de guitare baveux, accords enrichis ou ponts alambiqués, tout y passe, crème.  Une délectation que l'on accepte sans broncher tant il dégage de l'ensemble une sérénité: l'agréable sensation de laisser le volant à quelqu'un conduisant avec une habilité irréprochable, capable de flirter avec le danger sans jamais perdre son sang froid. 

La formation californienne a pour elle d'écrire des chansons vraiment impressionnantes, aussi évidentes que baroques. Once & Future Band est ainsi rarement pris à défaut, peut-être Hide & Seek marque-t-elle une légère baisse de régime, et encore... Juste un peu moins lumineuse que les autres. Dès l'inaugural How Does It Make You Feel ? nous sommes happés par l'ingéniosité contenue dans ces six minutes dont le lyrisme évoquerait presque Queen. Ultra casse-gueule et pourtant les Californiens arrivent à bâtir une véritable cathédrale sonore jouissive et tape à l’œil. La suite est du même tonneau, la face B étant particulièrement monumentale. S'ouvrant sur la vibrante Rolando aux accents jazz-funk, elle se conclue sur une note plus sombre sur la toute aussi ondulante Standing in the Wake of Violence. L'arpège synthétique vous restera longtemps en tête, il imprègne le cerveau comme la lumière une pellicule photographique. Magnetic Memory est un autre moment mémorable dont l'essence capte l'esprit de la musique soul sans toutefois totalement se conformer à ses canons.  Sept chansons seulement car  Once & Future Band prend son temps pour développer ses idées: entre 4 et 6 minutes. L'ensemble, malgré des durées généreuses, sonne heureusement compact donnant d'autant plus d'impact à ce premier album. 

Dans une interview, le groupe mentionnait l'importance du hip-hop dans leur conception de la musique. Si le genre n'est présent qu'occasionnellement en filigrane sa curiosité pour la musique rayonne largement ici. Il y a ici en effet une démarche proche de ces diggers qui piochent des samples dans d'obscurs disques: les influences sont utilisées littéralement mais détournées du contexte originel.  Elles prennent alors un sens nouveau apportant une couleur particulière à cet ambitieux disque de pop qui va, à n'en pas douter, avoir ses adeptes et ses détracteurs. 


dimanche 19 février 2017

Domenico Modugno "Questa E' La Facciata B"

Domenico Modugno est un chanteur populaire italien. Il s'est fait connaître à la fin des années cinquante. Il a, en effet, participé plusieurs fois au Festival de San Remo (le festival de la chanson le plus important avant que l'Eurovision ne le supplante) notamment en 1958 avec son fait d'arme le plus important à l'étranger: la chanson Nel blu dipinto di blu  plus connu sous le nom de Volare. En 1971, Domenico Modugno est donc un homme dans la force de l'âge (43 ans), il se permet de glisser une étonnante face B au plus classique (mais pas désagréable) Come Stai: Questa E' La Facciata B. Je pense que la traduction approximative doit être Ceci est la Face B. L'art de la Face B a souvent été évoqué dans ces pages... Quand on scrute les disques des années 60/70 on est en effet fasciné par la profusion de morceaux étranges, souvent excellents (Marc Aryan, Freddie Meyer), relégués sur l'autre coté. La face B semble en effet constitué à l'époque une respiration pour les musiciens (Teenage Fanclub) voir parfois une récréation (Crazy Elephant, Prock Harson, Santa-Maria). D'autres fois la face B est écrite dans la précipitation histoire d'y mettre quelque chose (Georges Raudi). De fait les groupes et musiciens ont souvent eu beaucoup de liberté ce qui, avec quelques années de recul, donnent des morceaux incroyables et plutôt fous. Questa E' La Facciata B est ainsi une de ces trouvailles que l'on chérit. Le morceau évoque une ambiance de répétition, quelque peu troublée par des effets d'écho sur la voix du vénérable chanteur. Le morceau peut démarré... Un riff de guitare musclé, une rythmique carrée, ça part dans tous les sens. Psychédélique. Mais avec un orchestre classique qui s'accorde ! Un morceau plus qu'étonnant. Peut-être Domenico Modugno a-t-il enregistré d'autres curiosités de ce style ? Ce serait chouette...

vendredi 17 février 2017

Marbled Eye "Marbled Eye"

Paru fin décembre, sur un label américain et les français de Gone With The Weed (Maraudeur, Police Control, etc.) la cassette 5 titres des américains de Marbled Eye est une très bonne surprise. Le groupe d'Oakland considère, semble-t-il, Marbled Eye (2016) comme une démo, pourtant à l'écoute de ce format court, nous ne pouvons qu'être impressionné par la qualité de la proposition. Projections post-punk ardentes sur une toile de guitares cinglantes, la formation américaine maîtrise l'art d'esquisser l'asphyxie (Primrose). Marbled Eye excelle dans les tempi modérés: à l'agression, le groupe préfère créer des tensions non résolues (Oddity). Si lignes de basse obsédantes (Corners) et voix menaçantes (Coated)  constituent l'essence de la musique des américains, celle-ci n'exclue pas une certaine luminosité, de celle qui émerge de nuits électrisées (Numb). La hargne et les climats amers de Marbled Eye cache en effet une propension à préférer la mélodie au bruit pur. Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.


mercredi 15 février 2017

Artefact "MAE"

Né quelque part en banlieue parisienne, peut-être du coté d'Ivry-sur-Seine où Eric Vennettilli et Maurice Dantec se rencontrent au Lycée, Artefact synthétise, comme de nombreuses autres formations (Modern Guy, Suicide Romeo, Casino Music...), une époque où tout était encore possible mais presque déjà foutue. 1979, le corps du punk est encore brûlant, mais son âme déjà évaporée, dispersée aux vents. Des centaines de jeunes inventent avec des moyens réduits le son du futur. Ils se se souviennent de leurs lectures d'adolescence: Norman Spinrad, Ballard ou K Dick (qui inspire le nom du groupe) et en imprègnent leur musique. Leur funk disloqué, leurs guitares dissonantes, la morgue de leur jeunesse résonnent ainsi avec les écrits hallucinés des auteurs américains ou anglais de la Nouvelle Vague de Science Fiction... Ils sont ainsi toute une génération à vénérer Rêve de Fer, Crash ou Ubik depuis Richard Pinhas (Heldon) en passant The Normal (Warm Leatherette) et Human League (Circus of Death)... MAE sera ainsi en quelque sorte l'hommage au genre d'Artefact, son texte évoque en effet les circonvolutions d'une époque hantée par la guerre froide et la technologie galopante... Loin de se laisser pourtant abattre, Artefact développe une disco robotique désarticulée, dont la sensualité affleure sous la violence des écrits... L'histoire ne durera que quelques années, le temps de publier, un album, un EP et un single (ainsi que de contribuer à l'EP de Gregor Davidow sous le nom de Spions Inc.) sur Celluloïd, mais elle fut si emblématique de ces années là. Dantec fera par la suite quelques apparitions dans la musique mais connu surtout une suite dans la littérature... dans la lignée de ces auteurs qu'il lisait entre deux cours au lycée. De son coté Vennettilli continuera quelques temps l'aventure musicale, montant même un groupe avec un ancien Casino Music (Eric Weber) et un membre de Marie et les Garçons (Erik Fitoussi) !

   

lundi 13 février 2017

Real Numbers "Wordless Wonder"

Il y a presque 4 ans nous évoquions les Real Numbers de Minneapolis sur ce blog avec leur excellent second EP 12 pouces Only Two Can Play (2013) sorti sur le label américain Three Dimensional Records (Mystery Date, Tuff Bananas etc.) co-géré par Eli Hansen, âme du groupe . Nous sommes ainsi heureux de les chroniquer à nouveau pour leur premier véritable album Wordless Wonder (2016) édité par l'un des labels les plus attachants du monde: Slumberland (The Pains of Being Pure at Heart, The Proper Ornaments, Violens, Big Troubles...).

Leur présence au catalogue du prestigieux label californien (installé à Oakland) n'a rien d'un hasard: la formation américaine a évolué doucement d'un punk teigneux vers une pop allègre. Le fil conducteur: un attachement aux Television Personalities, bien que leurs présences se fassent désormais moins sentir, ils restent influence en filigrane. Les esprits chafouins ne pourraient  d'ailleurs ne voir en Worldless Wonder (2016) qu'une ode à l'indie-pop C86 ou sa cousine américaine College. Pourtant il serait injuste de considérer les Real Numbers comme une simple bande de vils pasticheurs. Les guitares rickenbacker carillonnent et chantent comme des oiseaux par un beau matin (wordless wonder), les mélodies douces-amères sont interprétées avec une certaine retenue (sister's serving tray). L'ensemble dégage une énergie punk (new boy, just so far way) et une fraîcheur considérable. Les Real Numbers écrivent de chouettes chansons: vives, spontanées et sincères (failling out, only two can play) . Comment résister à l'appel de Frank Infatuation par exemple ? Voilà trois minutes et quatorze secondes de pur plaisir sans arrières pensées, des arpèges mémorables, des chœurs guillerets, quelques instants qu'il apparaît évident de répéter encore et encore. Wordless Wonder est un album attachant, trop honnête pour être branché, trop pétulant pour la prétention. Parfait pour nous, tant pis pour les autres.

samedi 11 février 2017

Eolika "Jāprot"

Trouver de la musique en ex-URSS dans la période 60s/70s n'est pas une mince affaire ! Autant certains pays (Pologne par exemple) semblèrent relativement (toute proportion gardée avec l'Ouest) ouverte sur les groupes de musique de jeunes, ce ne fut certainement pas le cas de l'Union Soviétique, particulièrement réfractaire à la pop occidentale qui abrutissait nous autres Européens. Mes recherches sur discogs ont néanmoins portés leurs fruits et je pense pouvoir vous parler de quelques découvertes ici à l'avenir...Notre première incursion est en compagnie d'un groupe letton de Riga: Eolika. La formation naquit en 1966 en faisant des reprises à plusieurs voix des Beach Boys, elle s'arrêta une première fois en 1972 suite au service militaire obligatoire de certains membres du groupe. Elle reprit par la suite et eut une carrière nettement plus conséquente à partir de la fin des années 70 et surtout dans les années 80. Dans la période qui nous intéresse le groupe letton n'a sorti que deux 7 pouces (je dis 7 pouces car ces derniers tournent en ...33 tours) dont un seul leur est entièrement dévolu, celui qui nous intéresse aujourd'hui. L'ensemble tire sur la variété mais a son charme, un morceau se dégage nettement du lot Jāprot un jerk groovy avec de jolis arrangements de voix. L'enregistrement est pas mal, les musiciens jouent plutôt pas mal et on est emporté par l'excellent solo d'orgue ! Bref une charmante curiosité qui démontre l'intérêt de creuser...y compris en ex-URSS ! C'est bien sûr sorti sur le label d'état Melodiya (Мелодия). À noter que l'on trouve un excellent morceau de pop psyché sur youtube de la formation qui n'a malheureusement jamais eu l'honneur d'être publié en vinyle.