samedi 27 octobre 2012

Conjuguons la Pop #23: Interview avec Philippe Lavergne des Freluquets 1/2


J'avais découvert un peu par hasard les Freluquets en me baladant dans les méandres du net (la chronique du premier album). Quel dommage qu'un aussi beau groupe indie-pop français soit à ce point ignorer de nos jours, à RPUT on voulait leur rendre hommage et on s'est dit qu'interviewer Philippe Lavergne de la formation serait vraiment trop cool. On a eu de la chance il a accepté et c'est une fierté pour nous de pouvoir aujourd'hui vous en faire profiter, on espère que ça aidera à faire découvrir ce super groupe.

Salut Philippe, comment es-tu tombé dans la musique pop ?
Mes parents, qui se sont rencontrés dans un magasin de disques à Paris, avaient beaucoup de 45 tours à la maison (Beatles, Beach Boys, Rare Bird, Cat Stevens, etc.), les hits de l’époque surtout donc j’ai toujours baigné dans la pop (on écoutait aussi beaucoup la radio, RMC en particulier, quand ils y passaient encore de la musique) et à mon avis, pour qu’une chanson soit réussie il faut que l’on puisse en retenir la mélodie. 

Quel(s) groupe(s) t'a (ont) donné envie de faire de la musique ?
J’ai eu  la chance d’avoir des frères qui achetaient beaucoup de disques (notamment des imports d’Angleterre) à la fin des 70’s et au début des 80’s et qui lisaient le NME donc nous étions au courant de ce qui se faisait de bien dans ces années.
The Jam me faisaient rêver mais me paraissaient inaccessibles (trop forts !), j’aimais beaucoup The Clash aussi mais ce sont The Chords, dont je suis un grand fan, qui m’ont poussé à prendre la Fender Musicmaster de mon frère Christophe et former un groupe. Leur énergie, quatre musiciens (le nombre de membres parfait à mon avis), les mélodies (encore !), la Rickenbacker 330 du chanteur Billy Hassett, un batteur fantastique, les photos du verso de l’album (« So Far Away »), un disque qui a bien vieilli en plus, tout ça m’a séduit, au grand dam de mon frère Christophe d’ailleurs qui les aborait.

As-tu eu d'autres groupes avant les Freluquets ?
Des groupes de lycée (Spasme, Vision Flash, Parade) dans lesquels je jouais de la batterie puis Furythme où je tenais le rôle de leader pour la première fois, à la guitare et au chant. Je voulais écrire et être sur le devant de la scène ! J’avais 19-20 ans. Mon tout premier enregistrement (un album autoproduit enregistré en 4 pistes, sorti en K7) date de cette époque. Ce sont sur ses cendres que sont nés les Freluquets.

Qu'est-ce qui t'a poussé à monter les Freluquets ?
La 4e (!) formation de Furythme commençait à connaître de nouveaux problèmes de personnel (guitariste démissionnaire, batteur « hédoniste ») donc on a décidé qu’il fallait tout changer.

Comment se sont formés les Freluquets ?
Je suis parti en vacances à Bristol en Angleterre en 1986 et ce fut la révélation ! En assistant aux concerts de Tallulah Gosh, Razorcuts, Mighty Mighty, Chesterfields, entre autres, en me rendant plusieurs fois par semaine chez le génial disquaire Revolver, et en enregistrant sur cassettes la collection de singles impeccable des amis qui m’accueillaient j’ai trouvé l’inspiration. Je retrouvais chez ces groupes plusieurs choses que j’aimais : l’essence véritable du punk (DIY), une certaine innocence en plus, une esthétique (mélange des mods et des punks, on pouvait aimer The Jam et The Clash), une insouciance peut-être, en tout cas une absence de cynisme bienvenue. Et avec des chefs de file comme Orange Juice, Hurrah !, The Smiths, ou Jesus And The Mary Chain, ce mouvement ne pouvait que me plaire….
A mon retour en France, comme on ne trouvait pas de second guitariste, ma copine de l’époque a appris toute seule le clavier pour intégrer le groupe, et on a cherché un chanteur pour que je puisse me concentrer sur la guitare. Le seul que l’on ait vraiment auditionné, Luc Miquel, un collègue de travail, fut le bon. Il correspondait tout à fait à ce que l’on essayait d’être : un groupe pop, avec de l’humour et de l’énergie. On a galéré pour le nom et c’est une autre collègue de bureau qui sans le savoir (et en m’insultant) a trouvé celui que nous cherchions depuis des semaines : les Freluquets.

Vous venez de Perpignan, comment était perçue l'indie-pop là-bas, et ailleurs?
A l’époque Perpignan était une ville essentiellement rock, quasiment rétrograde dans son attitude vis-à-vis de la musique. C’est le sud, on est loin de la capitale et des modes (mais c’est la capitale des mods). J’ai d’ailleurs formé les goûts musicaux de la plupart des membres du groupe avec moultes compilations-cassettes, pour qu’ils s’imprègnent de l’esprit de ce que je cherchais à créer. Donc l’indie-pop n’était appréciée que par une poignée de clients du disquaire Lolita (qui sortira notre 45 tours) chez qui l’on pouvait se procurer les imports, britanniques surtout, de Danceteria. Perpignan donc ne nous trouvait pas assez « rock » mais Toulouse, avec sa population étudiante, était plus réceptive.

Chanter en français était-il un objectif dès le départ ?
Tout à fait. Je ne voyais pas l’intérêt de chanter en anglais alors que nous étions (et sommes encore) français. Nous n’aurions pas pu traduire notre humour et nos préoccupations dans la langue de Shakespeare. En plus nous n’avions ni le niveau ni l’accent pour ça ! Et personne en France ne chantait ce que nous voulions entendre (à part Gamine un peu plus tard), donc autant le faire nous-mêmes. J’ai quand même écrit ma première chanson en anglais « Love Story » deux ans après la création des Freluquets, en partie parce que jétais sorti avec une Anglaise (Cathy Williams, si tu lis ces lignes…), et parce que j’essayais de m’inspirer de « Frans Hals » de McCarthy. Par contre sur scène on reprenait « Felicity » d’Orange Juice, « Unionize » des Redskins, « The Model » de Kraftwerk, « Police On My Back » des Equals, « Daddy Cool » de Boney M et « Boy About Town » des Jam.

Qu'apporte, selon toi, le français à une formation comme la vôtre ?
C’était essentiel. Encore une fois nous n’aurions pas pu nous exprimer ou faire passer quoi que ce soit de vrai, d’honnête (ce qui était super important pour nous) dans une langue que nous ne maîtrisions pas. Les textes étaient souvent le fruit de conversations que l’on avait entre nous ou avec nos amis, d’idées que nous échangions, de séries ou de films que nous regardions donc étroitement et logiquement liés à notre langue.

Etais-tu chargé d'écrire les textes? Chez qui puisais-tu ton inspiration ?
N’importe qui dans le groupe pouvait écrire, il fallait juste que les textes plaisent à tous et qu’ils soient bien écrits. Comme je composais tous les morceaux j’écrivais plus que les autres mais les textes de Luc et de Cécile étaient également bien accueillis et jétais bien content qu’ils s’y collent aussi.
Paradoxalement mon inspiration ne venait pas du tout de chanteurs ou de groupes français mais de gens comme John O’Neill, Pete Shelley, Paul Weller, Edwyn Collins, Malcolm Eden, tous britanniques. Ils me « parlaient » davantage que n’importe lequel des musiciens français, toute génération confondue. Même si j’aimais Bijou, les titres en français des Dogs et Warum Joe.

Comment s'est passé l'enregistrement de votre premier 45 tours "De Nos Jours" en 1987 ?
Nous avons remporté un tremplin rock co-organisé par le disquaire Lolita et la défunte radio locale RMS (chez qui j’avais une émission hebdomadaire) dont le premier prix était l’enregistrement et la fabrication d’un 45 tours. Nous sommes allés à Toulouse au studio Condorcet, si mes souvenirs sont bons, pour y enregistrer pendant 2 jours. On nous a mis dans un petit studio avec un 12 pistes digital Akai et un assistant mais comme on n’y connaissait pas grand’ chose c’était génial et l’ingénieur s’est avéré très réceptif et ouvert. Donc que de bons souvenirs même si l’on a bu le pire vin de notre vie dans le resto routier en face du studio.

Quels ont été les retours sur ce disque à l'époque en France, à l'étranger ?
Le retour principal en France fut la bonne chronique dans les Inrocks bien entendu, et dans les fanzines comme In The Rain qui nous apportèrent des « fans » dans des régions où nous n’avions pas encore mis les pieds. Par contre aucune idée d’éventuels retours à l’étranger, à part une approche furtive et infructueuse d’un label espagnol. L’internationale indie-pop n’était pas encore née malheureusement.


3 ans s'écoulent entre le 45 tours et le premier album La Débauche (1990), que s'est-il passé pendant ce laps de temps ?
Virgin nous a fait venir à Paris pour discuter et on devait faire la 1re partie de Black (« It’s A Wonderful Life ») au Casino de Paris  mais cela n’a rien donné. Ensuite notre batteur Rodolphe est parti s’y installer et cela a ralenti le groupe. Je n’imaginais pas les Freluquets sans lui donc on devait lui payer l’avion pour qu’il nous rejoigne à chaque concert et les autres membres du groupe en ont pris ombrage. Je traversais en plus une période de doute et de frustration : on avait fait le tour dans le sud et on ne jouait nulle part ailleurs, j’avais l’impression que j’étais le seul à progresser et mon entourage me poussait à virer Luc, notre chanteur au comportement de plus en plus « rock ‘n’ roll ». Le remplaçant de Rodolphe n’était pas à la hauteur et après la première partie de Julian Cope (avec Mike Joyce des Smiths) à côté de Toulouse le 11 novembre 1988, j’ai décidé de rejoindre Rodolphe à Paris et de reformer le groupe là-bas. Entre-temps nous avions travaillé sur des démos et encore gagné l’enregistrement d’un 45 tours (que les Inrocks ont moins aimé cette fois) lors d’un tremplin à Toulouse en 1988 mais le disque n’est jamais sorti. Les bandes et la pochette ont disparu à tout jamais.

Vous avez dû repartir de zéro à Paris ?
Avant que je n’arrive à Paris Rodolphe avait déjà trouvé un bassiste, Patrice Rul, et un chanteur ténébreux, Stoyan C. On voulait surfer sur le succès d’estime de « De Nos Jours » et on a donc eu la mauvaise idée de garder les Freluquets comme nom de groupe alors que l’esprit et les aspirations n’étaient plus les mêmes. Sans parler des 3 membres que l’on avait abandonnés à Perpignan ! On ne jouait d’ailleurs que deux chansons du précédent répertoire : « Du Sable Dans Mes Chaussures » (sur « Discorama ») et « Love Story » (sur « La Débauche »). On a répété pendant des mois plusieurs fois par semaine pour créer de nouveaux titres, avec les textes de Stoyan principalement. Rodolphe insista pour que je ne sois plus le seul « patron ». En bon démocrate j’ai assez facilement accepté (un certain temps…). Pendant les premiers temps je squattais à droite à gauche chez des amis, j’étais au chômage et sans argent, il faisait froid, j’étais loin de ce que les Anglo-Saxons appellent ma « comfort zone ». Mais c’était Paris !

La perception de votre musique autour de vous (concerts, etc.) était-elle différente de celle de Perpignan ? 
 Complètement ! A Perpignan notre public nous connaissait bien puisque nous étions de la même ville et que nous fréquentions les mêmes endroits. Les concerts dans le sud étaient de vraies fêtes après lesquelles souvent on buvait et on riait beaucoup. Notre « following » s’appelait d’ailleurs le Tequila Sporting Club.
A Paris ou en Bretagne où l’on a beaucoup joué, le côté festif propre à notre esprit sudiste a disparu au profit d’une meilleure maîtrise musicale et les textes de Stoyan étaient bien plus introspectifs que ceux que l’on pouvait écrire auparavant. L’attitude a donc bien changé à tous les niveaux.

Comment avez-vous signé chez Rosebud ? 
Dès que Rodolphe, Stoyan, Patrice et moi avons eu assez de morceaux nous les avons enregistrés en 8 pistes et grâce au fanzine In The Rain qui nous aimait bien nous sommes entrés en contact avec Alan Gac qui nous a signés très vite. On a dû être la 2e signature de Rosebud je pense. On s‘était mis entre-temps à la recherche d’un guitariste lead pour étoffer notre son et Denis Colson est arrivé. L’album a suivi assez vite.

Parle-nous de l'enregistrement de "La Débauche"
Pas un super souvenir car il a été baclé et je trouve toujours le son pourri : 4 sessions de 8 heures dont la moitié passée à enregistrer la batterie ! Rodolphe nous faisait une petite crise de manque de motivation dont il avait le secret (cela se reproduira avec « Discorama »). 
Petit budget, petit studio, ingé son pas motivé car cela se passait entre Noël et le jour de l’an, formation qui se cherche encore, pas assez de chansons pour ne choisir que les meilleures, bref pas les conditions idéales. 
J’espérais autre chose, cela ne correspondait pas à mes rêves. J’aime encore la plupart des chansons quand même et les Inrocks l’ont inclus dans leur liste des classiques français des 90’s donc il y a du positif malgré tout.

Quelles ont été les évolutions musicales importantes entre le 45 T et l'album selon toi ? 
L’implication de Rodolphe dans la composition de certains morceaux et l’apport de Denis et sa Gibson 335. C’était le Maurice Deebank français tout simplement et c’étaient nous qui l’avions ! Ensuite, la petite guéguerre d’égos qui s’est vite déclarée dans le groupe entre les guitaristes : même si nous aimions tous deux la pop et des musiciens comme Tim Gane et Jeremy Kelly (Lotus Eaters, Wild Swans), nous étions souvent en désaccord (surtout lui). Cela s’est ressenti dans les compositions. Stoyan avait sa propre approche/démarche également donc on n’allait pas tous forcément dans la même direction, alors que la formation perpignanaise était beaucoup plus unie.

Quelles ont été les réactions à la sortie ? 
Plutôt bonnes puisque les ventes ont été honnêtes pour un groupe de notre niveau. L’album a été chroniqué positivement à peu près partout et encore une fois l’appui des Inrocks et de Bernard Lenoir qui joua en avant-première le flexi du morceau « La Débauche » a été déterminant dans notre petite carrière. Lenoir nous invita souvent dans son émission par la suite et nous enregistrâmes deux sessions pour lui (une pour Europe 1, l’autre pour France Inter). Best ne voyait pas trop où l’on voulait en venir mais au moins ils en ont parlé… Il y avait une nouvelle vague de groupes français au même moment (voir la compil « Contresens » initiée par les Inrocks) et on s’est laissé porter par elle. Je pense encore aujourd’hui que nous étions les plus intéressants du lot.


Les Freluquets - Les Portes

La suite demain mes chers amis !

vendredi 26 octobre 2012

Conjuguons la Pop #22 : interview avec Cracbooms


En ce vendredi 26 octobre nous recevons Cracbooms d'Aurillac. On a aimé leur EP et en live on les a carrément adoré, on espère vite entendre de nouveaux enregistrements! En attendant on les reçoit sur le blog dans le cadre de notre dossier consacrer à la meilleure façon de conjuguer français et musique pop.

Pouvez-vous nous présenter Cracbooms ?
Cracbooms c’est de la pop en français, musicalement inspirée par des sons indés américains ou britanniques. On aime aussi beaucoup ajouter une touche de musiques plus africaines ou caribéennes.
 
Comment est née la formation ? 
En 2008 à la suite d’une soirée arrosée où nous avions décidé d’arrêter le groupe dans lequel nous jouions tous. Je crois qu’il y avait beaucoup de Berger Blanc.
 
Votre nom est-il une référence à Jacques Dutronc ?
Oui c’est exact. On ne revendique pas Jacques Dutronc comme notre principale référence, mais le soir où le nom du groupe a été décidé nous écoutions «Les Playboys ». Nous avions aussi conclu qu’un groupe indé se doit d’avoir un nom super long est impossible à prononcer. Mais « The Crac Boom Hue », c’était un peu trop.
 
Présentez nous les membres de Cracbooms
Clément Warlier est chanteur guitariste. C’est lui l’auteur de nos paroles. Thibaut Plantecoste est le bassiste, Benoît Puechbroussou le batteur, et moi, Jérôme Laporte le guitariste. On est tous copains depuis très longtemps. Les répétitions sont maintenant devenues une excuse pour manger des pizzas et boire des bières ensemble.
 
Êtes-vous dans d'autres formations en parallèle ?
Rien de notable. On a tous des formations imaginaires qui s’appellent « Bato chinois », « Panda », « Vaggues » et « Enjoliveur ». Actuellement on se consacre tous à 100% sur les Cracbooms.

Vous avez sorti votre premier EP en 2011 après un split single en 2010
 
Comment avez vous enregistré ces 4 titres ?
On a enregistré dans notre studio de répétition à Aurillac en deux jours avec notre ami ingénieur du son Paul Sepchat. Il a fait le mixage dans sa chambre la semaine suivante. C’était en août 2011. Ce n’était pas un super été pour nous tous alors nous avions eu pas mal de temps pour préparer ces quatre chansons.
 
Quels ont été les retours sur ce disque ?
Plutôt très bons. A part quelques exceptions de personnes qui haïssent par pur principe et quelques autres qui nous ignore sans raison. Nous étions très contents et confiants pour cet EP, mais les retours ont dépassés nos espérances. Nous sommes très fiers d’avoir eu les honneurs de la revue Magic RPM, de personnes comme Christophe Basterra et de blogs comme Gonzaï. Nous avons touché beaucoup de gens grâce à Internet et il faut remercier les premiers petits blogs qui ont parlé de nous, ce qui a entrainé un vrai effet boule de neige.
 
Le sortir en vinyle représente-t-il quelque chose de particulier pour vous ?
Oui. Pour nous c’est vraiment un objet qui symbolise la musique qu’on aime. C’est le lien le plus direct entre les vieux groupes que nous adorons et la musique que nous aimons aujourd’hui.
 
Sur le split vous chantiez en anglais, comment s'est faite la transition avec le français ?
La transition a été très rapide. Lors de l’été 2010 nous avons arrêté des jouez nos vieilles chansons en anglais pour seulement se concentrer sur celles en français.
 
Qu'est-ce qui vous a poussé à changer ?
Au départ c’est Clément qui avait eu le besoin d’écrire des textes en français. Peut-être avait-il passé beaucoup de temps avec Jean Felzine des Mustang à cette époque. Un jour il nous a montré deux chansons en répétition. Nous les avions essayé en étant très sur la défensive. Mais il est apparu très vite que c’était une évidence de continuer en français.
 
Selon vous, qu'apporte le français ? 
Beaucoup. Déjà un vrai sens et une ambiance à nos chansons. Et puis le fait de jouer des chansons dans notre langue maternelle nous permet de vraiment les posséder, de se dire que ce sont nos morceaux, et de les jouer avec leurs qualités et leurs défauts. Je pense que si un jour nous travaillons sur d’autres projets, ils ne peuvent qu’être en français.
 
Comment écrivez-vous les textes ?
C’est Clément qui les chante et les écrit. Il le fait seul en s’isolant du groupe. Quand il nous les présente nous donnons notre avis, et très rarement nous changeons un ou deux mots. Je crois que nous sommes les premiers fans de son écriture et nous le suivons unanimement.
 
L'EP est-il représentatif de vos sets sur scène ?
Question difficile ! Dans toutes les rencontres faites après les concerts, certaines personnes pensaient voir quelque chose de plus « noisy » et d’autres sont étonnés que ça le soit autant ! Je pense que c’est dans notre nature de jouer fort, vite et sans fioriture. Mais nous prenons toujours soin de garder le sens premier de chacune de nos chansons. Par exemple nous jouons « @soleil » avec le plus de douceur possible et nous enchaînons avec une version très bruyante de « Bato Chinois ». Le mieux c’est de venir nous voir pour vous faire un avis !
 
Vous venez d'Aurillac, comment y est la scène ? Des groupes à  nous faire découvrir ?
A Aurillac nous avons la chance d’avoir un super studio de répétition gérer par une super asso appelée « Love Mi tendeur ». Il y a quelques années plein de petits groupes s’étaient formés mais cela s’est bien calmé aujourd’hui. Il faut dire que c’est plutôt un handicap qu’autre chose de venir d’Aurillac quand on voit le peu de considération que portent nos élus locaux à la musique indé. On a un studio mais pas plus. Par contre il y a des gens qui se bougent vraiment comme les quadragénaires du collectif « Le Mange Disque » qui éditent un fanzine, ont une émission radio et organisent des soirées vinyles où la bière coule à flot. Il y a aussi un mec épatant qui s’appelle Géraud Bastar et qui est impressionnant à voir en live.
 
Vous êtes proches de Mustang, il y a-t-il un esprit propre au centre de la France ?
Je ne pense pas. Si nous sommes proches de Mustang c’est parce que nous avons pas mal trainé ensemble avant qu’ils ne signent chez Sony. Je crois qu’à l’époque ce qui nous a rapproché c’est que nous étions un peu à part de la scène clermontoise très portée sur le rock garage pur et dur, limite sectaire et la folk.
 
Vous sentez-vous proches d'autres formations (françaises ou non) humainement ou artistiquement ?
On adore Pendentif aussi bien humainement qu’artistiquement. Je crois qu’on a une vision assez similaire de la musique et de tout ce qui se passe en ce moment pour nos deux groupes. Artistiquement on aime beaucoup ce que fait François and the Atlas Mountains, le dernier album et tout ce qu’il a fait avant. Petit Fantôme tourne aussi en boucle chez nous. Lors de nos concerts nous avons rencontrés des gens supers comme les All Cannibals de Caen et dernièrement les nancéiens de Capture qui nous ont mis une bonne claque en live.
 
Vos projets ? 
Etre sur la compilation « Éducation française volume 2 » et faire le coming next du grand journal. En vrai nous sommes en train de composer pleins de belles chansons. Nous nous concentrons vraiment à faire quelque chose de parfait. On a vraiment envie de les enregistrer, de les sortir rapidement et de les jouer sur scène.
 
Vos prochaines dates de concert ?
Le 9 novembre à l’OPA Paris. Et normalement deux dates surprises à Clermont et Paris début décembre pour promouvoir un disque de Noël édité par la Coopérative de Mai où nous reprenons « Bons Baisers de Fort de France » de la Compagnie Créole. Pas plus de concerts pour le moment car nous voulons vraiment peaufiner les nouvelles chansons. On reprendra début 2013.

On peut acheter leur 45 Tours sur Bandcamp, et allez les voir en live !



jeudi 25 octobre 2012

Conjuguons La Pop #21 : Edouard - Les Hallucinations EP (1966)

Second 45T de la journée sixties et francophone: le très chevelu Edouard !

De son vrai nom Jean Michel Rivat, l'intéressé est par la suite parolier de Joe Dassin mais avant cela il commet sous le nom d'Edouard une parodie terribles des Elucubrations d'Antoine qui lui valu un procès d'ailleurs. 

Les hallucinations d'Edouard est une parodie du fameux titre d'Antoine. Ce dernier a créé un vrai séisme dans la musique et engendré une belle descendance de pastiches comme celui-ci ou de mecs lancés plus ou moins pour surfer sur l'état d'esprit (comme Evariste). Le titre est irrésistible, à la fois drôle et rythmé, il est au moins aussi cool que le titre qui l'a inspiré voir d'avantage. La face A est complétée par le très folky (y compris jusqu'à l'harmonica) "tu pleures alors je reste" , le titre que j'aime le moins des 4 mais il est pas si mal que ça (et toujours mieux que la plupart des yéyés !). 
"My name is Edouard" est une sorte de réponse à Michelle des Beatles, c'est encore une fois très drôle et particulièrement groovy, notamment grâce à d'excellents arrangements (l'orgue est vraiment super). Ce morceau est top! La face B se clôt sur l'excellent "qu'est-ce qui tourne en rond chez moi", une autre parodie d'Antoine (d'un autre titre de l'EP "les élucubrations"). Les textes sont encore une fois à mourir de rire et la musique super! C'est rythmé avec une bonne gratte et encore une fois une super partie d'orgue. Cette face B est un sans-faute!

Bref Edouard fait certes dans la parodie et le disque humoristique mais avec une qualité que peu de 45T novelty peuvent se targuer. C'est peut être pour ça que cette pièce est assez apprécié des collectionneurs sans non plus atteindre des côtes vertigineuses (mais bon ils vous en coûtera une quinzaine d'euros tout de même si jamais vous étiez tentés). Ah oui, et le titre que je vous ai mis en écoute est compilé sur la très bonne Gentlemen de Paris tout comme le Larry Greco de l'autre jour, youpee ! La vidéo est super drôle aussi (youtube).


Edouard - My name is Edouard


Conjuguons la Pop #20 : Les Lutins - Laissez nous vivre (1966)

Aujourd'hui sur RPUT on a décidé de mettre les bouchées doubles avec deux excellents 45 tours francophones sixties. Premier épisode les Lutins.

On a déjà eu l'occasion parler de cet excellent groupe québécois ici même il y a quelques temps mais pour les absents voilà ce qu'on peut dire d'eux. Les Lutins étaient des teenagers québécois (le chanteur avait environ 16 ans au moment de l'enregistrement de cette galette!) originaires de la ville de St Hyacinthe considérée comme la Liverpool québécoise, en effet cette cité portuaire accueillait nombres de formations de beat parmi lesquelles Les Hou-Lops, les Sultans, etc. Les Lutins ont obtenu un succès populaire non négligeable au Québec: bonne nouvelle pour nous les 45 Tours sont souvent très abordables, notamment leurs classiques "Je Cherche" ou celui qui nous intéresse aujourd'hui "Laissez-nous Vivre" sortis sur le label Carrousel.

La face B "Dany" n'est pas franchement bandante, elle est assez gnangnan et a été écrite par leur producteur, en revanche "Laissez nous Vivre" un original du groupe est de leurs meilleurs morceaux aux cotés des "Petit Joe" ou "Girl". La chanson démarre en trombe sur un riff bien vicelard, déboule cette voix d'un ado qui crache ses tripes dans le micro.Comme les Gypsys les Lutins écrivent ce qu'ils connaissent et vivent, ils sont sincères et honnêtes et transpirent de l'esprit de la musique rock n roll (ou beat, garage, appelez ça comme vous voulez). Les textes me semblent moins proches d'un Dutronc adolescent comme sur "Je cherche". Le refrain est un poil gnangnan mais le riff du couplet est tellement bon que l'on oublie vite ce petit détail.

Les Lutins sont une des belles formations de garage québécois 60s au coté de groupes comme les Haunted ou les Misérables, une scène que je ferai bien de creuser un peu plus un jour!


Les Lutins - Laissez-Nous Vivre



mercredi 24 octobre 2012

Conjuguons la Pop #19 : interview avec Alex des Guillotines


Les Guillotines ont sorti un single sur mon label il y a un an, ils enregistrent ces temps ci de nouveaux morceaux. Ils défendent un garage-rock en français depuis 6 ans et sont en quelques sortes des cousins de Ponctuation ou du Kid & les Marinellis. J'ai le plaisir d'avoir pu discuter avec l'un des deux guitaristes chanteurs: Alexandre.

Salut Alex, peux-tu nous présenter le groupe ?
Salut Alex ! Les Guillotines c’est Marion à la batterie, Samy à la basse, ainsi que Yves à la guitare et au chant, et moi-même, au chant et à la guitare.
Yves et moi, on s’est rencontré à la sortie du lycée ; on voulait tous deux former un groupe de garage-punk, du coup, j’ai pris la basse. Quelques semaines plus tard, on s’est rendu compte que ça fonctionnait mieux avec deux guitaristes/chanteurs, j’ai alors repris la guitare.
Le fait de devenir un quatuor nous a amené à affiner notre son, délaissant l’approche Punk, pour se diriger, petit à petit, vers quelque chose de plus Pop.

Depuis quand existez-vous ?
La première mouture du groupe s’est formée en 2006, avant que Samy ne nous rejoigne en 2009, et Marion est aux fûts depuis Janvier 2012.
Apparemment, nous fonctionnons par cycles de 3 ans.

Vos premières compositions étaient-elles déjà en français ?
Oui, dès le départ, Yves et moi avions l’ambition d’écrire dans notre langue maternelle.

Comment écris-tu dans notre langue ?
Je n’aime pas raconter des histoires ; j’aime insinuer des images directement dans la tête des gens.
Mon délire, c’est que chacun puisse s’approprier  ces « éclairs », selon sa propre expérience.
Souvenirs d’enfance, échecs, doutes ou certitudes.
J’assemble des vignettes autour d’un thème, en essayant d’y mettre ce qu’il faut de personnel, dissimulé sous l’universalité de notre condition.
J’essaye d’écrire, comme d’autres font des puzzles.

Qu’est-ce qui t’inspire pour les textes ?
Je me sers de l’écriture pour mettre un point final aux idées fixes qui peuvent stagner dans ma tête…

Ton style est-il différent de celui d’Yves ?
Yves a un style beaucoup plus verbal que le mien : il utilise plus de mots.
Il aime employer un lexique léché, voir même parfois tombé en désuétude ; ce qui donne à ses textes/chansons, une certaine dimension nostalgique.
J’aime penser que chaque personne à son style d’écriture, conscient ou non, qui est quelque part le miroir de sa psyché.

Ecris-tu d’abord les textes ou la musique ? Comment s’articulent les deux ?
Je pars toujours d’un squelette de quelques phrases et d’une suite d’accord ; j’enrichis ensuite cette base, avec d’autres parties (refrain, pont, outro …).
Une fois que j’ai le plan du morceau, je finalise le texte.

Comment places-tu ta voix, as-tu des sources d’inspiration pour t’aider à chanter en français ?
Pas spécialement, bien que j’apprécie de nombreux groupes ou chanteurs francophones, j’ai plutôt tendance à m’inspirer des anglophones, la façon dont ils mâchent les mots, ou les étirent : ils n’hésitent pas a maltraiter la langue, pour le bien de la mélodie.
J’aime particulièrement les arrangements vocaux des Pixies.

Penses-tu que le français soit compatible avec le rock en général ?
C’est évident ! Il y a eu, et il y a encore, de nombreux groupes qui chantent en français.
En fait, tout est une question de mode(s) : dans les années 60, les chanteurs Yéyé adaptaient des standards anglophones, dans les années 80, la majorité des groupes de rock alternatif chantaient dans notre langue.
Mais depuis les années 90 et le début de la French Touch, la tendance est à l’anglais.
A coté de ça, au Québec, beaucoup d’artistes emploient le Français.

Fais-tu une différence (écriture, composition, production …) entre les chansons que tu destines aux Guillotines, et les autres ?
J’écris toutes mes chansons de la même manière, même si le résultat final est différent.
Seul, j’aime m’entourer de machines en tous genres : synthétiseurs analogiques, boites a rythme, sampleurs …
Je ne vois pas l’intérêt de défendre un autre projet, si c’est pour faire la même chose.

Comment une de tes compositions devient une chanson des Guillotines ?
En l’abandonnant au collectif.
Aucun d’entre nous ne pourrais composer une chanson des Guillotines, seul.

Considères-tu les Guillotines comme un groupe de Garage Rock ?
Je dirais plutôt que nous sommes un groupe de Pop, d’obédience Garage.

Avez-vous l’impression de faire parti d’une scène ?
J’ai plutôt l’impression de faire parti d’une secte !

De quels groupes vous sentez vous proches ?
De tous les groupes qui font de la musique référencée, mais originale, en Français.
Ca me fait plaisir de voir que des groupes comme Aline ou La Femme existent : ils font ce qu’ils ont envie de faire, et ils le font bien.
Nous sommes bien sûr aussi à l’écoute de ce qui se passe ailleurs, et Wavves, The Growlers ou encore les Triptides ont sortis des disques qui tournent pas mal sur nos platines.

Penses-tu que le français influence l’opinion que les gens ont de vous ?
Je l’espère ! C’est un choix artistique majeur, ça définit notre son, au moins autant que notre formation musicale.

Crois-tu que le français soit un frein pour être écouté à l’étranger ?
Je ne pense pas : j’ai déjà écouté du Punk Polonais, par curiosité, ou encore du Rock Brésilien, par exotisme.
On écoute de la musique pour les émotions qu’elle véhicule, pas foncièrement pour la langue employée, même si la compréhension du texte amène une profondeur supplémentaire.

Avec Les Guillotines, vous avez sorti un 45T il y a un an, peux-tu nous le présenter ?
« L’Aube/L’Absinthe » est sortie en septembre 2011, via le label Croque Macadam ; nous avions fait le choix de mettre une balade Pop en Face A, et une chanson plus frontalement Garage, en face B.
 
Avez-vous eu de bons retours dessus ?
Oui ! Sans vraiment nous y attendre, nous avons eu le droit à quelques lignes dans Magic et Rock’n’Folk, et à plusieurs articles sur la blogosphère.
Notre seul regret, c’est de ne pas avoir été pris pour cible par des « haters ».

Peut-on espérer une suite à ce premier simple ?
Nous enregistrons actuellement une dizaine de chansons, pour les proposer à des labels dans le courant de l’année 2013 ; l’objectif est de sortir plusieurs 45T, avant de retourner en studio, probablement pour enregistrer un format plus long.

Vos prochaines dates de concerts ?
Nous jouerons le 29 octobre à l’Espace B, avec les italiens The Barbacans, ainsi que No Whisky for Callahan, puis le 30 novembre avec The Kumari et les Daltons.
Nous espérons vous y retrouver, et avoir l’occasion de présenter de nouvelles chansons !

On peut acheter le 45 Tours sur Bigcartel et aussi bandcamp


L'illustration est de Marion Brunetto (son blog) également batteuse du groupe.

mardi 23 octobre 2012

Conjuguons la Pop #18: Nino Ferrer - Enregistrement Public (1966)

Le hasard fait bien les choses, en rangeant mon bureau pour retrouver un truc je suis retombé sur la réédition cd d' Enregistrement Public de Nino Ferrer, l'occasion était trop belle pour ne pas la saisir: Nino est dans notre dossier Conjuguons la pop!

Que dire sur Nino? Oui je l'appelle Nino même si je ne le connais pas, et que je n'ai même pas eu conscience de sa mort quand il s'est suicidé en 1998. Je l'ai découvert bien plus tardivement en fait, quand mon intérêt pour les 60s en France a été décuplé par diverses sources (la Nuggets 2, le livre Antiyéyé), et depuis il fait parti de mes chouchous de cette époque au coté de Dutronc ou Polnareff. Nino Ferrer s'est semble-t-il toute sa vie senti incompris, en tout cas artistiquement parlant. Quand il écrivait des chansons aux textes subtiles, parfois acides et souvent remplis de non-sens (il faut écouter les textes fabuleux de Madame Robert par exemple) le grand public l'a associé à des hits novelty comme Mirza ou le Téléfon , pas nécessairement représentatifs de son répertoire. La blague s'est reproduite diverses fois, y compris dans les 70s quand Métronomie fait un bide mais qu'un single extrait de l'album (la maison près de la fontaine) devient un énorme succès. La grande méprise autour de Nino Ferrer est de la prendre pour un chanteur de variété rigolo alors que ce mec avait un amour profond pour la musique et aurait aimé être pris un peu plus au sérieux (et à juste titre, certains textes très premier degrés peuvent être particulièrement touchants).

Avant son virage progressif et rock des années soixante-dix Nino Ferrer était un gros fan de soul américaine, sa musique dans les 60s transpire souvent du son Stax (en particulier Otis Redding et Booker T and the MGs), du Rhythm n blues de Ray Charles ou James Brown. Cette facette est largement représentée dans Enregistrement Public. L'erreur serait de considérer ce disque comme de la variété, non Nino fait de la blue eyed soul et avec un talent stellaire. La formation faire la part belle aux cuivres et à l'orgue hammond inspiré de Bernard Estardy "le Baron" bien groovy et jazzy, on est jamais loin de Jimmy Smith ou Georgie Fame. Si ce live est probablement un faux comme de nombreux enregistrements publics de l'époque (enregistré en studio avec des rajouts de bruits de foule pour donner l'impression du direct) les musiciens se donnent à fond, la tension est presque palpable. Nino dirige les débats avec grâce et vigueur. Lui qui était si élégant (et en un sens il est tout autant mod que ne peut l'être Dutronc!) emporte tout sur son passage. Je veux être un noir est un aveux de sa part: il aurait aimé pouvoir chanter comme Ray Charles ou James Brown, cependant s'il n'a pas le coffre de ses idoles Nino n'en a pas moins une voix incroyable, on le sent sur le fil, profondément honnête, terriblement intense! Non Nino tu n'étais pas un noir mais tu avais saisi l'âme de la soul et tu es un de ceux qui l'a le mieux adaptée à sa culture de part le monde. Nino Ferrer se place très facilement parmi les meilleurs chanteurs blancs de son époque dans la catégorie des Eric Burdon, Reg King ou Steve Marriott. Des mecs capables de retranscrire l'intensité de la soul sans la copier de trop près.

Cet album est presque un sans-faute et s'écoute très bien d'une traite (deux pour les puristes: on doit retourner le disque entre les deux faces), c'est assez rare dans le paysage français 60s où les LP étaient souvent des compilations d'EP agrémentés de fillers histoire de combler les interstices. Il y a de nombreux moments de pure grâce. Il faut écouter par exemple "Pour oublier qu'on s'est aimé", à mon avis la meilleure version de cette chanson (il en existe trois: une antérieure avant son succès populaire, et une au début des 70s). Ce morceau est sincère, il est intense, le texte est très direct, pas d'ironie, pas de non-sens ici, juste Nino qui balance des mots de ses tripes. Il y a quelques reprises notamment le fameux Les Cornichons (l'original est instrumental de James Booker: Big Nick) ou une superbe version de It's Man's Man's Man's World de James Brown ( si tu m'aimes encore ), on est loin des insipides yéyés: Nino prend la chanson à bras le corps et se l'approprie. On trouve de nombreux classiques du répertoire du franco-italien sur cet LP: Mirza, Les Cornichons, La Bande à Ferrer, Oh Hé Hein Bon, Mme Robert etc.

Enregistrement Public est un vrai concentré du Nino Ferrer 60s et une merveilleuse introduction à ceux qui souhaiteraient se lancer dans la discographie d'un des chanteurs les plus mésestimés de France de ces 50 dernières années. Il démontre la possibilité de s'approcher de l'esprit de la musique Soul en français dans la langue. L'intensité que met Nino dans sa musique devrait inspirer plus d'un revivaliste soul qui s'attache parfois d'avantage à soigner les détails et l'apparence plutôt que se mettre en danger en chantant comme si plus rien d'autre ne comptait, comme si c'était la seule chose qui avait une vraie importance, et c'était le cas pour Nino Ferrer.

L'album a été réédité en vinyle et il est disponible pour une modeste somme en cd.


Nino Ferrer -  Pour oublier qu'on s'est aimé

lundi 22 octobre 2012

Conjuguons la Pop #17 : Gamine - EP (1983)

Voici un article qui me tient particulièrement à cœur, défendre l'un des meilleurs groupes français de pop des 80s: Gamine de Bordeaux. 

Le groupe se forme au début des années 80 dans la foulée des formations en ST (Strychnine, Stilletos, Stalag, Standards, Stagiaires etc.) et s'en démarque en adoptant le nom de Gamine, peut être aussi pour accentuer leur dimension plus pop. Félix Visconti et Paco Rodriguez constituent l'ossature du groupe pendant toute son existence. Entre 1982 et 1984 le groupe sort diverses singles et EP sur des labels indépendants comme Surfin Bird ou Snapshot avant de signer en major et d'obtenir un succès critique et public avec l'album Voilà les Anges en 1988 (toujours pas réédité à ce jour). L'association bordelaise Art Pop a eu la bonne idée de compiler l'ensemble des morceaux de la "période indé" du groupe avec quelques inédit sur CD (Gamine - revisité 1980-86). 

1982 Gamine auto-édite son premier 45 Tours, le simple "Filles du soir" accompagné de "Simon Templar" (le héro d'une des meilleures séries de la terre!). En A le groupe démontre un certain savoir pop même si le résultat n'est pas aussi évident et limpide que la suite de leur discographie. Le titre en b est curieux, il est largement influencé par le dub (jusque dans le choix d'un harmonica et de petits sons de synthétiseurs en arrière plan), l'un des inédits ("couloir") a cette même tonalité. Peut être une question d'époque? On retrouve le même feeling pour la musique jamaïcaine dans certains titres des Fils de Joie ("adieu Paris" en particulier) et pourquoi pas aussi sur les trois premiers albums de Joe Jackson. Sur ce simple le groupe affiche de bonnes dispositions mais on le sent qui se cherche encore, cependant, dès l'année suivante va émerger le Gamine qui marquera les esprits 5 ans plus tard avec leur premier album. 

En 1983 le groupe participe en effet à l'excellente compilation Snapshot(s) au coté des Calamités, Stilettos, Standards, Coronados, Rythmeurs et quelques autres francs tireurs venus de toute la province (le seul groupe francilien étant les susnommés Coronados). La même année sort leur premier EP produit - comme la compilation - par l'anglais Robin Wills des Barracudas (qui la même année travaille sur le premier Sting Rays) un autre adepte du folk-rock (par exemple "dealing with today" sur Endeavour to Persevere). Gamine se révèle à travers ces deux disques: un groupe pop avec des guitares claires et limpides comme du cristal. 

Gamine, le morceau titre ouvre la face A, il est amusant de noter que les excellentes Calamités avait aussi un morceau titre et que les deux se retrouvent sur la compilation Snapshot(s). Les guitares carillonnent, l'esprit du folk-rock transpire de cette chanson mais avec une classe toute personnelle, un super titre pour ouvrir l'EP même si la suite est encore meilleure. La pluie poursuit le travail démarré avec Gamine en y ajoutant une petite coloration psychédélique notamment à travers un pont réussi, les guitares y sont encore une fois superbe...
On retourne le disque, on pose le saphir sur le sillon et démarre "je veux rester sur la plage", définitivement un de mes deux morceaux préférés de l'EP. Un super titre à l'ambiance rock n roll pas très éloigné de ce que pouvait faire les Calamités, voir les Coronados en plus pop. Le texte est trop cool et le morceau défonce sérieusement. Pas forcément le plus "typique" du son Gamine mais un des plus réjouissant et somme toute cohérent avec la couleur générale du groupe (le "twang" n'est jamais loin du "jangly" après tout ). "Elle tue" est toute aussi enlevée que la précédente, un des morceaux les plus énergiques du groupe à ma connaissance, il est super réussi également. On termine sur "Shandy Street" l'un des chefs d'oeuvre présent sur la compilation "Revisité". Voilà les Gamine folk-rock, les guitares sont jangly au possible, la chanson est géniale! Le rythme est uptempo, les harmonies très soignées, la production limpide met parfaitement en valeur ces guitares (pas d'abus du son de batterie "80s" à signaler, héhé), bref je suis fan.

En 1984 Gamine poursuit son chemin en indé avec deux sorties supplémentaires, le superbe single "Julie Julie" / "Sans effet" et l'EP "Harley Davidson" (oui une reprise de la chanson écrite par Gainsbourg) qui contient deux excellents titres originaux "Paris Paris" et "Bleu pâle". Ensuite le groupe réapparait en 1987 avec le single "le voyage" annonciateur du LP , mais ceci est une autre histoire ... Que l'on aimerait voir rééditée !

Pour compléter un peu ce que l'on trouve sur "Revisité" il y a deux titres démos (une cover des Stones ok, et l'original "couloirs"), et diverses morceaux issus de compilations notamment une excellente reprise du Zebra Club des Bongos, groupe contemporain pas si éloigné dans ses intentions de nos bordelais. 

Plus d'informations par ici.
Achat du CD via la page facebook de l'association



Gamine - Shandy Street

samedi 20 octobre 2012

Conjuguons la Pop #16 : Interview Jesuslesfilles


Nous sommes heureux de pouvoir vous présenter le troisième et dernier groupe québécois que nous avons interviewé pour ce dossier Conjuguons La Pop. Après deux formations de garage-rock super cool (Ponctuation et Le Kid et les Marinellis) on accueille les excellents Jesuslesfilles pratiquant une noisy pop d'inspiration 90s mais pas revivaliste pour autant, un super groupe avec un son unique dans l'univers francophone.

Pouvez vous nous présenter le groupe ?
Dans Jesuslesfilles, il y a une fille et quatre garçons (Azure au chant, Martin au chant et à la guitare, Philippe à l’autre guitare, Guillaume à la basse et Benoit aux tambours). On a/a eu d'autres groupes (Les Vautours, Le monde dans le feu, Ponctuation), et/donc ce projet-là a commencé avec l’intention d’essayer autre chose que le rock garage : c’est un fond qui reste, mais qui a saumuré en masse dans les années 90. Mais on fait pas de grunge.
 
Certains membres de votre groupe jouent-ils dans d'autres formations ?
Martin joue dans Silver Dapple (fuzz pop 90s), Benoit dans Le monde dans le feu (électro-punk karaoké) et Guillaume dans Ponctuation (rock garage de frères)
 
Comment est venu le nom Jesuslesfilles ?
Y avait une toune qu’on jouait au début qui s’appelait Je suis les filles, pis Benoit a mal lu le nom à un moment donné qu’on cherchait un nom de band, pis on a trouvé ça ben brillant sur le coup.


Vous avez sorti Une Belle Table en 2010.

Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
Avec nos cennes bien indépendantes, pas de subventions, pis Joe des Breastfeeders, en plusieurs sessions plutôt décontractées. On a tracké du drum pendant deux jours de temps dans le studio des Breastfeeders, pis les guitares, la basse et les voix à temps perdu les soirées et weekends. Le mix a été fait par Jean-Michel Coutu, assisté de Martin. Je veux dire, y a pas d’anecdote.
 
Quels retours avez vous eu sur le disque ?
Des ben bons : La Presse, l’un des plus grands quotidiens du Québec, nous a mentionné dans sa revue de fin d’année (pas pire pour un disque indé), on a aussi été remarqués aux États-Unis (Brooklyn Vegan entre autres), on a été nommé pour le Bucky award de « Best reason to learn French » par CBC Radio 3, et Bang Bang, l’un des principaux médias alternatifs du Québec, demandait, dans sa revue de fin d’année aussi, si « le jeune groupe rock [taillera] sa place dans les annales de la scène locale, aux côtés des Breastfeeders, Navet Confit et autres Wd-40 ? »


 
 Est-il sorti uniquement en digital ?
Non, en CD-R aussi, avec une pochette sérigraphiée qu’on pliait en digipak à la main. On voudrait ne plus jamais faire ça, c’était une tâche du tabarnac.

  
En Mai 2011 vous sortez une split-cassette avec les Peelies. 

Comment s'est faite la rencontre avec les Peelies ?
Dans les escaliers extérieurs de L’Esco (l’immanquable bar rock garage montréalais), Martin fumait une cigarette et Marie-Andrée des Peelies lui en a demandé une et ils se sont dits qu’on devait faire des choses. On a fait un show thématique déguisé sur la fête mexicaine des morts. Pis un split parce que ça adonnait qu’on s’aimait bien.
 
Un mot sur le choix du support (cassette) ?
Joli choix de couleurs, pas cher, c’est le fun peser sur play sur un lecteur cassette
 
Vous chantez en français, était-ce une volonté délibéré dès la naissance du groupe ?
C’est pour être élitiste, pour faire chier les autres francophones qui chantent en anglais ? On se sent bête de chanter en anglais. C’est une langue qu’on parle couramment mais on ne la maîtrise pas comme on maîtrise le français. Et on aime les Wampas. Toi aussi.
 
Un mot sur le chant fille-garçon que l'on retrouve sur la plupart de vos morceaux ?
On peut jouer avec les textures, et ça fait beau.
 
Vos textes sont assez surréalistes, quelles sont vos inspirations en matière d'écriture ?
Les objets en particulier, quelqu’un, mais de moins en moins les filles. C’est pas très surréaliste; post-romantique, peut-être. Ben post.
 
Avez-vous également cherché l'inspiration dans d'autres groupes francophones pour le placement de la voix ?
Le vieux Wampas, un peu, c’est resté, sinon, c’est pour coller à la mélodie, on travaille avec les intonations.
 
Quelles sont vos influences au niveau musical ? 
Le vieux Wampas, The Vaselines, Ty Segall, The Pixies

 
 
À quoi ressemble la scène indépendante au Québec ?
Il y a eu une scène rock garage assez marquée il y a 8-10 ans (Breastfeeders, Caféïne, Demon’s Claws, …), ça nous a marqués. Depuis 2006, à cause de Malajube et Arcade Fire, il y a beaucoup trop d’indie-pop, mais pas de scène indie-pop parce que ces gens-là sont introvertis et adressent leurs sentiments. Depuis 2-3 ans, il y a une scène folk/folk sale assez vivante et festive, aussi, avec Bernard Adamus, Canailles, Lisa Leblanc, Dany Placard, Keith Kouna et d’autres. Sinon, c’est bigarré en genres, et en langues aussi : franco et anglo, deux scènes qui aimeraient communiquer davantage et qui, malgré la volonté sporadique, ont plus ou moins de succès à le faire.
Au fait, vous savez qu’aux Francofolies de Montréal, on chante en français pour vrai ?
 
Quelles sont ses spécificités par rapport à la scène indé canadienne ?
Il y a un son rock/country-rock/indie-rock canadien qui rejoint quelques francophones par procuration, mais c’est aussi endormant que l’indie-pop québécois.
 
Comment y est perçu le français ?
En dehors de Malajube et Karkwa, la majorité des mélomanes canadiens-anglais ne connaissent pas de musique francophone. Pas qu’il n’y ait pas d’ouverture, juste pas de curiosité. Mais l’ouverture est là : on a joué à Toronto et Halifax devant des anglophones et ça a levé (comme ça peut lever au Canada anglais).
 
Et avez-vous de bons retours du coté anglophone du continent nord-américain ?
On a joué 3 fois à New York, devant une centaine de personnes à chaque fois, c’était cool. Et comme on disait, on a eu une mention sur Brooklyn Vegan pour notre album Une belle table, entre autres blogues anglos. C’est notable. Ceci dit, on a quelques fans plutôt fervents en Angleterre. Et on joue à Iceland Airwaves à la fin du mois, et on sait qu’on y est attendus.
 
Quels sont vos projets ?
Iceland Airwaves à la fin du mois, et après on prend une pause pour composer le deuxième album. Ça fait un an qu’on dit qu’on prend une pause pour composer le deuxième album, en fait. C’est un projet, ça.
 
En France, nous ne connaissons pas très bien la scène québécoise, quelques recommandations à nous faire ?
Vous connaissez Duchess Says. Y a aussi le rock garage de Ponctuation, le sludge-synth-punk de Meta Gruau, la fuzzy pop de Silver Dapple, l’indie-rock de Parlovr (ça peut être bon, l’indie-rock ; Parlovr c’est un bon exemple), le garunge de Solids, la folk sale et festive de Canailles, pis tous les bands ici  Forchristsake est un mini-label opéré par Martin et Jean-Michel, le gars qui a mixé notre premier album. 


 

vendredi 19 octobre 2012

Conjuguons la Pop #15 : Interview Superets


Aujourd'hui on accueille les Superets, une excellente formation de Rennes qui mêlent électronique, surf, musique 80s à des textes en français ! Des mecs bien cool dont on vous recommande chaudement le premier simple à paraître le 22 octobre (digital) et dans la foulée en vinyle.

Qui sont les Superets ?
Pour reprendre une parole de journaliste, juste et précise : Les Superets sont de jeunes gens modernes qui donnent dans un twist entre eighties növö et surf music boostée à l’électro, à mi-chemin entre candeur yéyé des sixties en frenchy dans le texte et humour au dix-septième degré.
L'article était titré « Saint-Tropez Növö », ce qui nous va assez bien je trouve.

Comment s'est formé le groupe ?
4 loustics qui se connaissent et n'ont pas assez de thunes pour passer leur temps libre dans des cafés.
La grande classique de l'ennui couplé à l'amour de la musique. Mais on a vraiment ce coté Sex Pistols : Hugo par exemple n'avait jamais touché un synthé de sa vie avant les Superets.

Vous jouez (jouiez) dans d'autres groupes à coté ?
Oh oui. Quand ado tu apprends un instrument c'est souvent pour draguer les chicks... Mais quand tu te rends compte en jouant de la batterie ou du synthétiseur que les filles n'ont d'yeux que pour la guitare, former un groupe reste la dernière option.
On y est tous allé de nos groupes de lycée, et certains d'entre nous faisaient des bruits électroniques dans un groupe susnommé Asian Porn Stars.

ça ressemble à quoi Superets sur scène ?
Un dresscode d'apparat, façon défilé sur les champs, des câbles et des machines de par et d'autres du plateau, 4 mecs en sortie d'échauffement. On aime le coté rock'n'roll, pas de fioritures, pas de visuel ou de décor. Cela dit, si on monte sur les planches, on n'en descend pas avant d'avoir fait le travail. On est pas des clowns, mais on mouille le maillot.

Vous êtes du sud (Montauban) et de l'ouest (Rennes), pas trop difficile de s'organiser ?
A vrai dire, on est surtout Rennais. Dans le genre produit local, on est pas mal : Seul un quart du groupe n'est pas né au bastion. Sinon on aime Toulouse (et Montauban) parce qu'on y a vécu pour certains d'entre nous et parce que c'est une antithèse de Rennes. On a un pied a terre aux deux endroits, alors on fait des aller retours. Du 50/50. On pourrait demander la double nationalité.
Cela dit, on le dit fièrement : Superets est un groupe Rennais.

Quelles sont vos influences ?
On peut évoquer le triptyque central : Surf-music – Synth Wave – Yéyé. C'est le postulat de base. Il y a ces guitares puisées chez les Marketts, Dick Dale ou Ventures, les textures électroniques chourées à Jacno, Pierre Henry ou Telex et évidemment le goût des mots et des sixties de Gainsbourg, Dutronc, Coutin...
Mais comme on est assez musicophages, on a digéré pas mal d'autres courants. On aime beaucoup l'electro, qu'il soit techno ou big beat, le shoegaze ou encore le hip-hop. Je crois que ça s'entend : Il y a forcément au fil de nos chansons un instant, un détail qui trahirait une influence moins évidente.

De quels groupes actuels vous sentez-vous proche ?
Humainement et musicalement, les premiers avec qui on a eu des atomes crochus c'est La Femme. On nous a souvent comparé à eux d'ailleurs, et du fait que c'était nos potes, ça nous a poussé à aller chercher notre différence. On a partagé la scène une fois dans un rade et c'était excellent.
A Rennes on répète dans un lieu bientôt mythique ou l'on partage les créneaux avec O Safari, Wankin Noodles, Success, Juveniles, Popopopops et bien d'autres. Des groupes bien différents.
Puis il y a un bar, le Melody Maker, ou trainent les musiciens en after work. On y a beaucoup parlé synthé et moustache avec Juveniles. Mais on y croise aussi Mermonte, Splash Wave, Bumblebees.
Nous on se sent proche de notre scène locale.
Outre le coté humain, il est évident qu'on se retrouve dans cette vague française avec des gens comme Lescop, Pendentif (que l'on a rencontré, ils sont excellents), Granville, Lafayette et autres.
A l'international il y a Django Django dont le postulat nous ressemble. C'est différent, c'est pas le même niveau mais je pense qu'on boirait des bières avec plaisir. Peut être même trop.

Avez l'impression de faire partie d'une scène ?
On ne peut pas nier cette conjoncture du retour du français dans les textes. Ni ce goût du mélange des époques. Mais j'ai du mal à taxer ça de nouvelle scène française : quelque chose se profile mais n'est pas encore à maturité.
Pour le moment, ça reste une bonne idée marketing de faire penser qu'on fait tous parti d'un mouvement... Mais un vrai mouvement, une vraie scène, se s'appuie pas strictement sur des vagues idées esthétiques qui rapprochent telles ou telles formations.
Les Anti-Yéyés tout comme les Jeunes Gens Modernes c'est presque un état d'esprit, une manière de penser.

Le mélange entre électrique et électronique était-il une volonté du groupe dès le départ ?
Oui et non. L'idée des Superets c'était d'abord de faire un groupe de musique yéyé. Cela dit, avec nos ordinateurs nous habillions un peu nos chansons avec quelques synthétiseurs discrets. On a eu un coup de chance inouï puisqu'un voisin nous a légué un synthétiseur Korg Ms20, un monstre sacré. Comme c'est une machine qui ne peut jouer que des basses, des mélodies ou des bruits, son arrivée à changé la place des machines dans le groupe et donc notre plan sonore. Ca met souvent en branle tout le travail accompli, parce qu'une chanson c'est une histoire de compromis, et pas un amas de mélodies : Ces machines ne devait pas forcément s'ajouter mais parfois remplacer ou compléter.
Je crois qu'aujourd'hui on est toujours plus content de ce choix de l'électronique, la création du son, de la texture, c'est notre terrain de jeu préféré.

Et le chant en français ?
On a jamais pensé chanter en anglais, mais l'éternel débat sur « quelle est la langue la plus légitime pour un groupe français » ne nous intéresse pas. C'était même pas un choix, c'était juste comme ça et pas autrement.
Rentrent surement en ligne de mire les influences, l'attrait pour la littérature, le niveau en anglais insuffisant pour écrire quelque chose d’intéressant.
On est fier de notre parti pris et surtout on aime vraiment le son de cette langue dans cette musique, mais on est pas réactionnaires : On ne jugera jamais la musique des autres sur le choix ou non du français.


Que penses tu que cela vous apporte de chanter en français ?
Même si ça revient en masse, c'est très encore très original. Les sonorités et l'approche des couplets et des refrains, de la manière de chanter, tout est différent.
Déjà on identifie tout de suite le propos de ta chanson, contrairement à l'anglais, ce qui change la donne complètement : Fini les punchlines à la « come on » et les refrains catchy sans aucun sens. À contrario on peut tout de suite se créer un univers et une écriture, codifier ou référencer le texte. Par exemple, La Femme à cet univers très urbain et froid tandis que Pendentif aborde des thèmes plus ensoleillés, des romances.
Quand on y réfléchi, c'est partie intégrante de leur musique.
On a pas besoin d'écrire un pamphlet, les mots doivent simplement sonner et faire ressentir quelque chose ou donner un ton, une atmosphère : C'est une plus-value au sex-appeal du groupe.

Est-il plus difficile de faire sonner le français que l'anglais ?
Non, a partir du moment ou l'on n'espère pas le faire sonner comme de l'anglais. Comme je le disais, c'est une autre musique, d'autres sonorités. Si on chante le français comme de l'anglais, ne serait ce que pour l'articulation ça pose problème.
Je ne peux pas donner de cours d'écriture, surtout que j'écris de la pop et pas de la littérature, mais je pense que je français est à la portée de qui veut le chanter.
Ce qui est étrange, c'est qu'on peut presque chanter n'importe quoi, tant qu'on l'assume, tant qu'on le fait avec style.
Ce pourquoi l'anglais nous paraît plus sonner que le français, c'est surtout qu'on ne l'identifie pas de la même manière.

Comment composez vous ?
Les chansons sont souvent composées par Léo puis elle repasse dans les mains du groupe. Le brainstorming qui s'en suit est important, ça permet de fluidifier le morceau, peaufiner des structures et revoir certains arrangements. A l'exception, certains morceaux vont être composés de manière commune : On va s'asseoir dans le home studio et bidouiller pendant des heures, maquetter au fur et à mesure, comme un puzzle. On a pas de schéma particulier. On a énormément de petits morceaux de musique, très peu arrivent à maturité.


Vous sortez un premier EP en vinyle et digital.
C'est le passage obligé pour concrétiser tout le travail d'un groupe. On a surtout pu travailler avec Sebastien Lorho qui est l'un des meilleurs à Rennes, il a su capter les références et modeler l'EP en conséquence. Il à contribué à donner une direction complètement à l'opposé de ce qu'on avait dans la tête. C'est ce qui est intéressant dans le travail de studio c'est que de notre coté on arrive avec des idées, mais la volonté de tout mettre en branle, lui arrive, écoute, et donne sa vision. On est arrivé à un truc très typé, coloré, une batterie très vintage, des synthés bruts, les guitares plus trash que prévues...
Et derrière, c'est Croque Macadam qui réceptionne. Petit label qui n'édite qu'en vinyle, on peut difficilement minimiser son impact, parce que sortir un vinyle se sont des frais et de l'organisation. Je sais pas si on aurait pu se permettre ça seuls dans notre coin.
On est assez fier du résultat, parce que du choix des chansons jusqu'au choix du visuel, tout était une prise de risque qui fini par avoir de la gueule.

Que pensez-vous du format vinyle ?
Le vinyle c'est le dernier support physique à avoir vocation à exister. Il en faut un, parce qu'aussi bête que ça en ai l'air, aux yeux des gens ta musique n'existe vraiment que si elle est éditée sur un support physique. Même dans la sphère professionnelle d'ailleurs.
Et le vinyle c'est grand, c'est cartonné, c'est beau, ça peut faire dessous de plat. C'est un bel objet qui craque quand tu bouges la tête de lecture. Y'a un rituel, on peut en être fétichiste.
Le cd c'est plus lisse et moins joli. Ca aurait pu être pas mal si ils avaient tous étés cartonnés, mais la boite en plastique c'est une horreur.
Et le support physique c'est le sauveur de l'album. Un album en mp3 ça n'existe pas, on écoute plus que le single puis on passe à autre chose.

Comment avez vous choisi les morceaux ?
On était limité à deux morceaux, alors comme c'était le premier on voulait montrer l'étendu du groupe. Il fallait qu'on montre d'un coté l'aspect pop et festif, avec du texte et le second degré, l'amour était la plus indiquée. D'un autre coté, il fallait qu'on entrevoie un univers plus personnel, aérien et métaphorique avec Parachute. Tout bonnement le ying et le yang, la chanson qui tabasse et celle qui apaise.

Comment ont-ils été enregistré ?
Pour faire simple on a joué par dessus nos maquettes. On avait préparé des versions home-made des chansons et au fur et à mesure des prises on enlevait les éléments pour en arriver au morceau final. On avait aussi enregistré les claviers au préalable pour gagner du temps, puisqu'on avait que deux jours, mixage compris. En terme de réalisation, on a beaucoup utilisé de matériel analogique, mais nous ne sommes pas restés fermés aux technologies numériques, on a combiné toutes ces possibilités.
Tout est très instantané dans l'EP, et ça se sent.

Un mot sur la couverture ?
C'est notre amie Pauline Henric qui a réalisé la cover. On adore son travail et on a tout de suite pensé à elle. C'est fait main, dessiné et scanné. On voulait ni y apparaître, ni se retrouver avec un logo réalisé en 3 coups de photoshop. Les pérégrinations de l'âme d'un artiste, ça nous paraît plus cool, surtout si tout est fait sur un coin de papier. Du coup c'est original et décalé, un brin kitch et plutôt coloré.
Si on en a l'occasion, on fera à nouveau appel à elle.

Quels sont vos projets ?
On pensait qu'il ne se passerait pas grand chose en novembre, que ça serait une période creuse avec la sortie du 45t, mais en fait on nous demande pas mal de jouer. On va monter à Paris une première fois, parce que certaines personnes nous y attendent au tournant. A coté de ça, on va tourner un clip, on a d'ors et déjà maquetté en prévision d'un autre EP ou quelque chose comme ça. Et puis il va falloir faire la promo du vinyle aussi. Parce qu'il nous faut des thunes. Plein de thunes.




jeudi 18 octobre 2012

Conjuguons la Pop #14 : Interview avec le Kid et les Marinellis


Au moment où je vous écris je découvre seulement l'album du Kid et les Marinellis après leur super single sorti en 2009. On est heureux d'avoir pu interviewer ces mecs dans notre dossier conjuguons la pop, les premiers morceaux que j'entends à l'instant sont vraiment très bons et à la hauteur des deux titres que nous avions évoqué il y a quelques temps. Je veux ce disque !

Pouvez-vous nous présenter Le Kid et les Marinellis ?
Boîte de Pandore au couvercle égaré, contingent pentacéphale, le bastion Marinelli étonnera toujours par son habileté à insulter le contentieux moral bourgeois: le bon sens. Une bête à chasser en troupeau, il va sans dire. Cedric, J-F,Rülf,Olivier, Ben 

Comment est né le groupe ? Êtes-vous dans d'autres formations en parallèle ?
Nous sommes des amis de longue date, pour les autres formations, JET 5 et Shortpants Romance

Le Kid je crois savoir que tu es fan de Dutronc non ? La "Françoise" de "T'es pas d'ici" est-elle une référence au français ? 
Françoise est vraiment la Françoise Hardy ! Mais pour le Fan, je suis plus « FAN » de Antoine que de Dutronc.

Écoutez vous également des groupes francophones canadien des sixties comme les Misérables ?
Les groupes comme Les Misérables, Les Lutins, Les Sinners, etc. font partie d’un culte qui est probablement beaucoup plus grand à l’étranger qu’au Québec. La preuve a été faite dans le passé par le biais de copies pirates de ces albums sur des labels européens.
En fait, mis à part Les Sinners qui furent immortalisés au cinéma par Jacques Godbout, le reste des groupes québécois plus « garage » (notons aussi au passage Les Sextants, Les Atomes, Les Loups, etc.) de cette époque demeure très obscure et n’intéresse que le bout de l’ongle d’une minorité de soi-disant « amateurs » de garage qui préfère généralement le confort des références faciles dont elle est gavée. Il faut également mentionner en parlant des Sinners qu’Arthur, leur guitariste vedette (ex-Jaguars ayant également joué avec Robert Charlebois), est toujours actif, ce qui leur confère un peu de mine dans le crayon.

Quelles sont vos autres influences ?
Rolling Stones, Demons Claws, Antoine...et plus

Le choix du français a-t-il été délibéré dès le départ ?
Oui, la langue que nous parlons.

Avez-vous rencontré des difficulté à utiliser cette langue ?
Non

Quel rapport entretiennent les groupes québécois avec la langue française ?
Il y a un malaise ambiant, c’est palpable. Langue du rock, langue pas-rock, langue de bois, langue dans la poche, rock n’ roll et pauvreté… qui sait ? Cette obsession de se dire que ça ne se fait pas, du rock n’ roll dans sa propre langue, si elle n’est pas l’Anglais à tout le moins, c’est un complexe qui donne une belle couleur à l’expression « la sacralisation de l’écrasement ».

Pensez-vous qu'il soit différent de celui que nous avons en France ?
Ce serait matière à réflexion, mais la dynamique géographique et politique dans laquelle nous évoluons a une incidence certaine. Couplez le tout au manque d’intérêt que notre génération a envers la culture québécoise (cinéma, musique, arts, etc.), c’est pas mal une recette gagnante pour passer à autre chose. Si tu veux une analogie facile, dis-toi que 70% des québécois n’ont probablement pas vu plus de 3 films parmi les 10 plus importants de notre répertoire cinématographique, et que pire encore, sur ces 10 films, il est probable que près de la moitié n’ait même été sous-titrée afin d’être disponible ailleurs dans le monde.

Comment la langue est perçu au Canada dans la musique ? et à l'étranger ? 
Il serait trop facile de dire que les anglo-saxons n’ont rien à cirer du fait français et de nos quelques arpents de neige. Ce qui fait la beauté des communautés musicales communément appelées « sous-cultures » c’est qu’on s’y retrouve par choix et qu’on y reste par goût et par intérêt. Ceux qui choisissent de venir nous voir, d’acheter les disques et les autres babioles sont là parce qu’ils peuvent partager une certaine vision de ce que l’on fait, et cela transcende bien souvent les questions linguistiques. Si c’est le premier pas vers une affirmation de l’existence d’une culture distincte, vivante et apte au dialogue, c’est déjà très bien.
  
Comment voyez vous l'évolution de la scène garage canadienne ?
Nous la voyons de loin… avec des jumelles que l’on jettera bientôt afin de ne plus prendre la mauvaise habitude d’épier le voisin. « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.

De quels groupes vous sentez-vous proche ?
UBT et Man Legs


Votre premier single est sorti en 2009 votre album sort cette année, que s'est-il passé entre temps?
Des changements, le band a changé les 2 guitaristes .. on a enregistré

Comment s'est fait le rapprochement avec P Trash ?
Un simple E-mail, il nous connaissait déjà, il avait acheté un grand nombre de 45tours

Vos projets ?
Sortir un autre 45 tours, enregistrer pour un prochain album et oui surement une tournée européenne !

En France nous connaissons assez mal la scène canadienne, quelques recommandations à nous faire ?
Allez vers ce qui vous semble le plus niché, laissez les comparaisons de côté, si quelqu’un vous parle du « son montréalais », ne lui adressez plus la parole en premier.



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