Parmi les groupes français importants du début des années 70 figure Zoo auteur de trois albums entre 1969 et 1972. Ils ne sont peut être pas aussi connus que les Variations ou Martin Circus mais ont marqué l'histoire du rock français avec leur premier album.
Le groupe s'inscrit alors dans la mouvance de Blood Sweat & Tears et enregistre en 1969 un premier disque partagé entre reprises (par exemple la face A du simple que je vous présente You Sure Drive A Hard Bargain interprété par Albert King) et originaux, dont beaucoup de morceaux instrumentaux de superbe facture. Le label Barclay finit par publier l'album dans un relatif anonymat suite au succès d'un autre groupe dans cette veine rock teinté de cuivre: Chicago et son premier (et excellent) album Chicago Transit Authority. Évidemment le disque est un bide (le label ne sachant pas comment le vendre...), malgré tout le label publie quelques 45 tours extraits du disque (sans inédits). Deux sont publiés en France, un troisième semble n'avoir été édité qu'en Espagne (avec sa superbe pochette vert fluo) ! Il contient une des très bonnes compositions du groupe Ramses signé de Michel Bonnecarrère qui fondera par la suite Ophiucus (dont je pense vous reparler un jour aussi...). Le titre évoque à la lisère entre la soul de Booker T and the MGs et le rock progressif de formations comme Colosseum ou Spirit... Il associe ainsi à une cadence groovy de subtiles accords et arrangements amenant une couleur originale et bienvenue, bref une très belle composition qui ne se trouve en 45 tours que sur un simple espagnol (et sur le LP bien sûr).
Après le départ du chanteur Joël Daydé (oui celui de Mammy Blue) le groupe continue avec un nouveau chanteur et la suite sera couronné de d'avantage de succès mais a-t-elle la grâce de ce premier album ? Zoo se fera en particulier un nom en accompagnant le gratin de la variété française, souvent avec d'excellents résultats d'ailleurs (Nicoletta, Eddy Mitchell, Léo Ferré...), mais peut-être au détriment de la carrière du groupe en lui même ?
Ayant une fascination récente pour Henri Salvador (qui a déjà fait l'objet de deux autres articles cette année pour son disque avec Michel Legrand et Boris Vian et son classique dystopique de 1968 Bêta Gamma L'ordinateur) je continue avec un autre de ses très bons morceaux: Carnaby Street.
Sorti en 1967, il s'agit du seul vraiment bon morceau de l'EP, les trois autres chansons étant dans le registre parodique habituel de l'intéressé mais plutôt pas dans les réussites (car certaines des parodies s'avèrent à mon sens très bonnes). Pas d'accent créole ou de martien à signaler, juste la voix de crooner de Salvador qui s'en donne à cœur joie sur un excellent morceaux groovy 100% Swingin London, au texte (signé de l'un de ses deux grands complices Bernard Michel) léger et amusant. Le morceau n'a pas été enregistré de l'autre coté de la Manche mais en France avec en backing band l'excellent groupe de Jacques Denjean dont l'esprit était de s'inspirer des fameux Mar-Keys de Memphis. Jacques Denjean mérite donc aussi toute votre attention si jamais vous cherchez des disques français 60s en broc car certaines de ses productions propres sont très recherchées et à raison (par exemple la superbe Névrose à écouter sur youtube).
Si la libéralisation des ondes radios fut une des grandes mesures de Mitterrand, le monopole de l'état fut contesté des décennies auparavant, notamment par la station Europe 1 créé en 1955, l'une des plus célèbres radios périphériques avec par exemple RMC (Radio Monte Carlo) ou encore RTL (Radio Télé Luxembourg). Ainsi pour contourner l'interdiction, l'émetteur était installé en Sarre, une région allemande alors sous protectorat français.
Parmi les émissions populaires auprès des jeunes sur la station figure certainement Salut Les Copains aussi connu sous le nom de SLC. Cette émission destiné principalement aux adolescents fut un des grands vecteurs de la musique yéyé en France. Ses présentateurs Daniel Filipacchi et Frank Ténot imposèrent un ton moins compassé et plus direct, ils diffusèrent aussi tous les nouveaux tubes de Johnny, Sylvie mais aussi parfois de la pop britannique... Au milieu des années soixante, SLC perdit de son influence, en effet progressivement les goûts du public jeune évoluèrent et cherchèrent des artistes peut-être un peu plus incisifs et personnels. L'émergence de Dutronc ou Antoine en 1966 exprime cette tendance: répertoire original, musique agressive, textes mordants et ironiques... En 1969, en pleine vague Musique Pop elle disparaît dans un relatif anonymat...depuis elle est devenue l'un des symboles forts de l'innocence de l'époque et certains de ses génériques, notamment le cultissime Last Night du fantastique groupe instrumental (backing band de Stax) de Memphis les Mar-Keys, résonnent toutes les semaines dans de nombreux mariages à travers la France au moment du madison !
Une autre émission d'Europe 1 à destination des jeunes a tout pour retenir notre attention: Campus. Animé par le journaliste Michel Lancelot (décédé en 1984), elle exprime la quintessence des changements s'opérant entre 1968 et 1972 (ses années de diffusion), une période marquée par les révoltes étudiantes à travers le monde notamment le Printemps de Prague. Son ton plus mature transcendée par la contre-culture qui irrigue l'occident (beatniks et désormais hippie) séduisit les anciens auditeurs de SLC devenu de jeunes adultes, étudiants en fac pour certains d'entre eux. Les génériques de l'émissions sont particulièrement chouettes, on en recense trois, tous excellents (le premier d'entre eux avait d'ailleurs eu son article ici il y a presque dix ans et été cité une seconde fois il y a trois ans et demi...) et que je vais vous présenter.
Tiger de Brian Auger and The Trinity, paru en 1968, est un excellent morceaux groovy 60s porté par l'orgue hammond fiévreux d'un des plus doués représentant du genre anglais (Brian Auger), certainement plus percutant que son collègue Georgie Fame (que j'aime beaucoup par ailleurs). La performance vocale n'est pas fantastique (surtout si l'on compare
avec les sorties accompagnées de l'incroyable chanteuse
Julie Driscoll) mais le morceau fouraille suffisamment pour que ce
détail n'en soit qu'un...
Le morceau est produit par Giorgio Gomelsky, décédé en début d'année dans un relatif anonymat...Ce personnage de l'ombre fut pourtant clef dans la British Invasion. Peut-être pas aussi important que ne le furent Brian Epstein et Andrew Loog Oldham managers respectifs des Beatles et des Stones lors de leurs ascensions, le Suisse d'origine géorgienne fut pourtant un maillon essentiel de l'époque. Premier imprésario des Stones il dirigea, suite à leur perte, les Yardbirds. Il produisit pas mal de disques, notamment pour des petits français comme Johnny Hallyday.
Loin de s'arrêter après les sixties, l'intéressé embarqua en France à la fin de la décennie et fut impresario de Gong ou Magma. Il joua un rôle décisif dans la création d'un circuit de MJC pour les groupes progressifs de l'époque en France et enfin on le retrouvât à New York pote avec Bill Laswell alors en pleine création du groupe Material ! Bref, une figure de l'ombre dont le rôle essentiel pour la musique que nous aimons se devait d'être un peu plus mis en lumière et je suis content de pouvoir en dire un mot à l'occasion de cet article. Il fait un étonnant lien entre scène britannique sixties, rock progressif français et disco déviante new-yorkaise. Mais revenons-en à nos chers génériques de Campus !
La seconde saison de Campus se fit ainsi au son de Take One de The Golden Pot un 45 tours très apprécié des collectionneurs de jerks 60s. Instrumental frénétique marqué par le rythme et un orgue acide à souhait, le titre est enlevé et débridé. Discogs n'apporte que peu d'information sur le groupe dont voici l'unique sortie (il existe cependant un EP compilant les deux morceaux avec deux morceaux des Maledictus Sound, une rareté garantie !). La pochette fournit quelques informations sur le groupe mais elles pourraient être fausses... Enregistré le 25 avril 1969 au studio Regent New Sound (s'agit-il du même lieu que le Regent Sound Studio où les Stones firent leur premier album?) les deux morceaux sont signés par un certain Sean Garcia (organiste du groupe) et C. Payne, annoncé comme directeur musical. Sean Garcia serait-il Sylvain Garcia, un français dont les crédits dans la variété 70s française ne sont pas négligeables ? Une hypothèse à considérer ! À noter que la face B Motive sans être aussi folle que Take One se défend très bien dans le genre instrumental groovy nerveux et dansant !
Enfin finissons notre tour des génériques de Campus, par le dernier recensé d'entre eux qui accompagna l'émission en 1972 (mais extrait de l'album Devotion paru en 1970): Marbles de John McLaughling un guitariste britannique dont le parcours mérite le détour...
Si le public ne le découvrit véritablement qu'à partir de la fin des années soixante avec les premiers albums sous son nom (Extrapolation en 1969 paru sur le label de...Giorgio Gomelsky), l'intéressé avait déjà un CV conséquent. Ainsi nous aurions pu l’apercevoir en compagnie du gratin de la scène blues londonienne notamment Graham Bond, Alexis Korner, Georgie Fame ou... Brian Auger. Il n'enregistra pas ou peu avec ces artistes (à l'exception de Graham Bond et Bowie apparemment) mais ces années lui permirent certainement de développer son style unique. Ainsi McLaughlin put devenir une des figures essentielles du jazz-rock en participant notamment à de nombreux classiques de Miles Davis dans sa période électrique tel que Bitches Brew.
N'étant pas assez connaisseur du jazz-rock et de John McLaughlin je ne saurais vous dire en quoi Marbles est typique (ou non) de son style... En revanche le morceau entretien un dialogue intéressant avec ses deux prédécesseurs. Le début du morceau marqué par une séquence de batterie (jouée par Buddy Miles du Band of Gypsys d'Hendrix) où les toms sont mis en avant convoque take one. L'instrumentation conserve également une tonalité cohérente avec Tiger et Take One : l'orgue Hammond y tient une place de choix même si cette fois-ci la guitare se fait plus libre et psychédélique au confins du jazz et des musiques indiennes, une piste déjà prise quelques années plus tôt par les Byrds et leur monumental 8 miles High inspiré de Coltrane et Ravi Shankar. Marbles, paru en 1970, présente aussi quelques similitude avec un disque sorti un an plus tôt: le premier album sans titre de Santana et notamment le fantastique Soul Sacrifice (youtube) dans un registre plus mouvant et chatoyant peut-être...
Ainsi se clôt la saga Campus, une aventure radiophonique de 4 ans aux génériques mythiques et plus fantastiques les uns que les autres. Lequel est le meilleur d'entre eux ? Je vous laisse décider, en tout cas pour ma part je possède les trois en 45 tours.
Nous n'avons jamais évoqué à travers un article dédié David Bowie sur ce blog. Difficile d'écrire quelque chose d'intéressant et pertinent sur l'intéressé: beaucoup de grandes plumes ont analysé sa musique bien mieux que je ne pourrais le faire. Ainsi comme de nombreux autres monuments de la musique pop telle que nous la défendons ici, il fallait trouver un angle différent dans l'esprit du blog. Ainsi quoi de mieux que d'évoquer le Bowie méconnu du milieu des années 60 avant son lancement en orbite avec la sublime Space Oddity ?
Bowie enregistre en 1964 son premier single à 17 ans sous son véritable nom de famille: Davie Jones & The King Bees. La face A Liza Jane (youtube), signée de l'intéressé, est un sympathique morceau de R&B assez typique de l'époque proche de l'esprit des Animals mais peut-être pas aussi brutal et rocailleux que les géniaux prolos de Newcastle... Des premiers pas honorables mais néanmoins pas en première ligue de la très relevée British Beat. Toujours sous son véritable nom mais avec deux autres groupes, il enregistre deux singles pour Parlophone en 1965 (récemment compilé pour le RSD en 2013). Ces deux 45 Tours démontrent l'intérêt du britannique pour le mouvement mod, comme le suggère d'ailleurs la photo utilisée pour illustrer la réédition.
Le mouvement mod fut une école pour nombre de stars de la pop anglaise (Rod Stewart) et eu un rôle décisif sur une autre figure glam importante des 70s: Marc Bolan. Je ne pense pas que l'évolution de Bowie et Bolan de faces mods à créatures glam androgynes soit un hasard: bien que très différent dans l'apparence, les deux mouvements portent en eux des caractéristiques communes autour de l'esthétisme, la sape, la théâtralité et le besoin de se (re)créer soi même. Mais revenons en aux deux simples...
Typiques de leur époque, ils montrent cependant un Bowie déjà très doué. Avec les Manish Boys, Davy Jones écrite l'excellente Take my Tip . Elle évoque notamment Manfred Mann (youtube) dans le soin apporté à apporter à faire coïncider l'énergie du rock et le groove du jazz... L'autre single est un changement d'orientation assez radicale (mais dans l'air du temps) vis à vis des deux premières sorties. Ainsi, accompagné des Lower Third, Bowie donne dans la déflagration pop art / freakbeat avec You've got a habit of Leaving. Enregistré par Shel Talmy (un génie vénéré par tous les amateurs sérieux de rock 60s britannique) la chanson évoque ainsi logiquement d'autres projets ayant impliqué le producteur américain à commencer par les premiers singles des Who (comme le grandiose anyway, anyhow, anywhere) et bien sûr plus tard les fantastiques The Creation (youtube).
En 1966 Davy Jones devient David Bowie afin de ne pas être confondu avec le musicien des Monkees. Il tire son nom d'un pionnier américain (James Bowie) qui lui même a donné son patronyme à un célèbre couteau ! Il enregistre trois autres singles pour PYE (The Kinks) dans la mouvance R&B/mod, ils sont aussi, dans l'ensemble, de très bonne facture. Pour son premier album chez Deram Bowie change radicalement de style en s'orientant vers un style inspiré du Music Hall qui me laisse particulièrement indifférent et sans plus de succès que ses 6 singles précédents... Il faudra attendre 1969 pour que le chanteur s'envole en orbite avec une fantastique chanson amenée à devenir un de ses standards.
Le Rock et la France entretiennent depuis les origines une relation compliquée. Ce malentendu a peut-être été en partie entretenu par l'une des premières incursion hexagonale dans le genre: l'EP 4 titres d'Henry Cording and His Original Rock & Roll Boys en 1956.
Le Rock & Roll naît au milieu des années 50 après une période de gestation d'une quinzaine d'années. Il tire ses influences de la musique noire, notamment jazz, blues et R&B en y ajoutant de nombreux éléments de country (le son twangy, le chant...). Le nouveau style enflamme la jeunesse étasunienne en 1955 grâce au film Graine de Violence porté par le morceau Rock Around the Clock de Bill Halley. Suit en 1956 Hound Dog de Presley, le reste de l'histoire est bien connue ! Bien sûr les autres pays sont également touchés par la fièvre et de nombreux musiciens à travers le monde se mettent à faire du Rock & Roll...
En France les adultes Michel Legrand, Boris Vian et Henri Salvador sont parmi les premiers à enregistrer un disque dans le genre dès 1956. Il existe quelques précédents (dont le sincère Mac Kac) mais nos trois farceurs obtiennent avec cet enregistrement rapidement un certain succès. Musique destinée aux teenagers, le Rock fait donc une de ses premières incursions françaises à travers un pastiche réalisé par des gens un peu trop âgés pour réellement comprendre cette musique. Amatrice de jazz la bande voit en effet dans le Rock & Roll une petite mode passagère et quelque peu abrutissante... Ils abordent ainsi ce nouveau son comme une forme de jazz simplifié, une caractéristique qui se retrouve d'ailleurs dans les 4 morceaux d'un EP au fond pas si Rock que ça. N'assumant pas entièrement la plaisanterie, les trois se fendent de pseudos: Boris devient Vernon Sinclair (à relier à son pseudo de plume Vernon Sullivan), Michel Legrand est Mig Bike (un anagramme du surnom que lui donnait les américains: Big Mike) et enfin Salvador est Henry Cording en personne (jeu de mots avec recording le terme anglais pour enregistrement). La blague est complété par un texte de Vian au dos de la pochette mais signé par un mystérieux Jack K. Netty...inspiré du directeur artistique Jaques Canetti.
Bien que pastiches et donc humoristiques, les 4 morceaux sont très chouettes et agréables, ils ne sont pas tellement rock (plus une sorte de jazz binaire enjoué et rythmé) mais constituent un témoignage fascinant sur les débuts d'un rock français né sous le signe de la parodie...avant que Danyel Gérard et surtout Johnny Hallyday vers 1960 soient les premiers authentiques teenagers à rocker l'Hexagone ! Le mal était cependant en quelque sorte fait: le rock français devra lutter pour prouver qu'il a le droit d'exister. À ceux qui s'intéresseraient à cette fascinante période proto-rock français on recommandera la très réussie compilation Rock Rock Rock cher Born Bad, parfait complément de ce 45T d'Henry Cording.
Neil Christian, malgré une douzaine de singles, fut l'un des nombreux One Hit Wonders des années soixante. En effet, en 1966, il casse la baraque avec That's Nice un single blue eyed soul assez anodin évoquant un Tom Jones sous benzodiazépines pastichant Yakety Yak des Coasters... Si les anglais ont eu une face B tout aussi dispensable (bâillement) nous autres petits français avons eu la chance d'avoir le fantastique I Like It et ce, en exclue mondiale !Écrite par son producteur Miki Dallon et avec la possible (mais pas certaine) participation de Jimmy Page, la chanson a tout d'un classique freakbeat sauvage et nerveux. Elle évoque en effet d'autres salves écrites et produites par le futur fondateur du label Youngblood: Take a Heart et Let Me In des Sorrows ou You've Got What I want des Boys Blue (repris avec brio en France par Larry Greco). I like It a les mêmes qualités: une rythmique tribale et frénétique évoquant un train lancé à pleine vitesse, une performance vocale démente et ces guitares sous amphétamines totalement hors de contrôle !
Réflexes, entre 1983 et 1986, publia une trentaine de références principalement en 45 Tours. Le label, co-fondé par Patrice Fabien (ex-producteur pour CBS notamment d'Edith Nylon, Shakin' Street, WC3 ou Blessed Virgins), tenta d'imposer de nouveaux groupes tels que les Bandits, les Infidèles, les Ablettes ou les Désaxés (auteurs de la fameuse chanson tout ce que je veux que reprend Aline sur scène). Les visuels (très colorés voir fluo, beaucoup d'aérographe...) de l'ensemble des sorties dénotent de l'ambition du projet: une certaine modernité pop sans non plus trahir l'essence du style.
Parmi mes sorties préférées du label figure en très bonne place l'unique 45 tours des rafraichissants Tina et les Fairlanes. Si Panique à Orly,un honnête instrumental surf, est à juste titre relégué en face B, Un été sur la Plage est une petite merveille pop syncrétique mais typique de son époque. La chanson associe en effet une production 80s à une ambiance marquée par les années soixante. L'innocence des Girls groups et des chanteuses yéyés (France Gall période Avant La Bagarre etc.) rencontre ainsi les boites à rythmes et les synthétiseurs de Taxi Girl sans oublier une bonne dose de guitare surf (au son twangy plongé dans la reverb' évidemment) dans l'esprit de ce qu'avait pu faire Indochine sur L'aventurier. La sauce prend parfaitement et on ne peut être que séduit par l'efficacité et le charme légèrement suranné d'une chanson qui aurait certainement mérité mieux. Le tout évoque aussi peut-être le dernier 45 Tours des Calamités Le Vélomoteur...
Le groupe (mais en était-ce un ?) ne publia que ce simple (aussi repris sur une compilation du label) mais on retrouve par la suite la chanteuse au sein du trio Tina Cartier (avec un futur membre des Soucoupes Violentes) pour un simple et un mini LP, s'agit-il du nom du groupe ou du sien ? Mystère et boule de gomme !
À mon grand étonnement je n'ai jamais évoqué ici les Variations l'une des formations les plus mythiques du rock français ! Réparons cette injustice en évoquant l'un de leurs meilleurs simples Come Along paru en 1969...
Les Variations se forment en 1966 à Paris autour de Marc Tobaly (guitare), Joe Leb (chant), Jacky Bitton (batterie) et Jacques Grande (basse). Le groupe entretient une relation particulière avec le Maroc puisque Tobaly est originaire de Fez tandis que Jo et Jacky sont de Casablanca. Nous devons aussi au Maroc l'excellent groupe Golden Hands, dans une mouvance proche des Variations d'ailleurs. Le groupe tourne beaucoup en Europe et enregistre un premier 45 tours au Danemark en 1967 avec deux reprises Spicks & Specks écrite par Barry Gibb des Bee Gees et Mustang Sally popularisée par Wilson Pickett. Un disque désormais très recherché mais globalement un peu anecdotique à mon goût. Néanmoins le groupe n'abandonne pas et au réveillon 1968 le groupe donne une époustouflante prestation à la télévision française ! Le groupe rodé par de nombreux concerts affiche un magnétisme troublant notamment le duo Lebb/Tobaly évoquant une autre paire et pas des moindres: Jagger/Richards...
Remarqué par Pathé, le groupe peut enfin publier des disques en France, le premier d'entre eux est un classique immédiat Come Along. Le 45T est parfaitement dans l'air du temps, il évoque ainsi autant Cream que Led Zeppelin, c'est à dire ce court instant où le blues devient hard rock pour le bonheur des adolescents. Plus véloce et rock & roll que la bande à Plant et Page, les Variations y sont impériaux, ils maitrisent leur sujet avec une grâce unique. Cela fouraille sévère autour d'un riff simple et efficace, Lebb s'ébaudit en diable, Tobaly a les mains en feu tandis que Jacques et Jacky tiennent la cadence sans défaillir. Le groupe signe ainsi dès son second simple un instant classic du rock français.
La suite immédiate est tout aussi recommandée: les simples suivants démontent (Générations ou What's Happening...) de même que leur premier album Nador un classique incontestable du rock français. Le groupe va par la suite connaître une trajectoire étonnante en signant notamment sur le label américain Buddah Records et en étant interviewé par un certain Lester Bangs, mais ceci est une autre histoire, assez éloignée de Come Along !
Comme tout bon collectionneur qui se respecte j'ai tendance à être un peu complétiste sur les bords... Ainsi mon intérêt pour les Stilettos m'a-t-il fait acheté l'ensemble de leurs sorties... Celle que je vous présente aujourd'hui est un peu particulière, Les Bruits Défendus N°001 en plus d'être le dernier témoignage discographique des rockeurs bordelais est surtout un sampler 4 titres d'autant de groupes du cru: Stilettos, Scurs et Les Exemples pour la capitale d'Aquitaine et les Flamingos de la plus bretonne des villes de Loire Atlantique (LA, Ouest Coast pour les intimes...).
Édité en 1984 par ce qui semble être une émission radio (sur Radio Angora) géré par un certain Bruno Select, ce 45 tours est un témoignage intéressant sur le rock underground de ces années là, très complémentaire de la compilation Snapshot(s) paru un an plus tôt. Si les Stilettos sont ici en fin de carrière, avec d'ailleurs un titre plutôt moyen comparé au reste de leur excellente discographie, il s'agit probablement de la première apparition pour les trois autres groupes. Flamingos et Scurs œuvrent dans un garage anglophone de facture correcte mais pas suffisamment originale pour me séduire. Assez typique de l'époque (dans la mouvance Dogs, Flamin' Groovies...) ils sont peut être un peu desservi par la production assez sèche. Les Flamingos feront la même année un EP sur Surfin Bird (Ticket, Gamine...) tandis que les Scurs semblèrent plus populaires de l'autre coté des Pyrénées en éditant leur unique mini-album sur un label espagnol dont je pense reparler très bientôt pour un excellent groupe post-punk ibérique...
La vraie surprise du disque provient donc du dernier groupe: les Exemples. Derrière cette formation peu connue nous retrouvons les premiers pas d'une figure importante de l'underground français 80s: Thierry Duvigneau plus connu sous le nom de Kid Pharaon. Les Exemples publia cet unique single ainsi qu'un album ( Paris Londres ou Berlin) l'année suivante... Avant que Thierry Duvigneau se mette à l'anglais et abandonne notre chère langue. Un regret à l'écoute de la sublime Juste Une Dernière Fois ! Le titre exprime l'essence même de ce qui me plaît dans le rock français: l'énergie, la hargne, la morgue le tout en sachant garder son élégance et un certain raffinement... On pense ainsi aux Dogs (et oui encore), à Gamine période Shandy Street ...mais avec un peu plus sec et nerveux ! Un morceau fantastique et une vraie merveille du rock français underground 80s. Reste à savoir ce que vaut l'album, quelques morceaux (ici et là) sur youtube (et une vidéo sur FR3 !) mais difficile de se faire une idée précise à leur écoute. Vous trouverez plus d'infos sur Rock Made In France et dans les disques rayés de François Gorin.
Les Beau Brummels sont souvent considérés comme un groupe américain relativement mineur des années soixante. Bien sûr le groupe n'évolue pas dans les mêmes sphères que Jefferson Airplane ou The Velvet Underground mais pourtant ils ne furent pas loin de décrocher la timbale folk-rock autour de 1965, se faisant souffler la place de peu par d'autres Californiens: The Byrds.
L'histoire a cela d'injuste qu'elle retient d'avantage le nom des vainqueurs pour mieux plonger dans l'oubli le nom des perdants et des outsiders. Les Beau Brummels de San Francisco furent comme leurs collègues de Los Angeles parmi les premiers à comprendre sur le continent américain les Beatles et à les dépasser d'une certaine façon. Plus que des pastiches, les deux formations californienne s'approprièrent le langage pop que créaient les Liverpuldiens pour mieux y intégrer leur propre référentiel (folk). Si Laugh Laugh (lien), excellente chanson beatlesienne mais avec une authentique touche américaine, sortit avant Mr Tambourine Man, les Byrds surent enflammer les esprits et furent très logiquement le GRAND groupe folk-rock malgré ne pas avoir été tout à fait les premiers...
The Beau Brummels firent une carrière raisonnable avec plusieurs albums à la clef (dont les très estimés Triangle et Bradley's Barn par les connaisseurs). Leurs premiers disques sont ainsi gorgés de petites merveilles pop aux harmonies vocales soignées et aux structures d'accords toujours un peu plus délicates et ambitieuses que la concurrence (Just A Little par exemple)... Parmi mes morceaux préférés du groupe figure certainement Don't Talk To Strangers (produite par...Sly Stone) je dois reconnaître qu'il est aussi probablement l'un des plus jangly mais comment ne pas adorer cette voix suave et élégante, ces harmonies absolument parfaites procurant de tels frissons quand elles sont à l'unisson ?
Police Control est un des nombreux projets impliquant Mathis (ex-Jolis, mais aussi Skategang, Jeanne et Olivier etc.) cette fois ci en duo guitare/batterie. On connaît les appétences de l'intéressé pour la powerpop, ce projet confirme à quel point il est une des personnes qui comprend le mieux cette musique en France avec quelques autres Marseillais (feu les Departure Kids entre autre).
Réduire Police Control à maîtriser les codes d'un genre qui en déborde parfois (à en devenir chiant) n'est cependant pas rendre justice à l'incroyable qualité de ces 4 titres publiés en catimini cet été sur bandcamp... Nous sommes mi-août, on voit un lien partagé par un pote sur un célèbre réseau sociaux que l'on finit par écouter nonchalamment et dès les premières secondes de sentimental on sait que l'on tient un truc.
J'ai adoré Police Control dès que je les ai vu sur scène, leur fraîcheur incomparable, la simplicité de la formule (dans l'esprit de Bikini Gorge), la qualité des chansons, le choix courageux (dans ce genre de musique) du français... La démo "à l'arrache" avait le mérite de fixer les idées mais ne donnait pas la mesure et l'ampleur nécessaire aux chansons du groupe. C'est désormais chose faite, Maxime (ex-Youth Avoiders, de Skategang, Rixe...et producteur du second EP de Rendez Vous) a su saisir l'essence du duo avec justesse: batterie minimale mais très efficace, jeu de guitare pop et musclé...
4 chansons et 4 tubes, chaque morceau brille par la qualité de son écriture, son énergie, sa vivacité...Tout simplement un des trucs les plus excitants et cool que j'ai entendu en 2016. Morceaux uptempo punk ou plus lourd et powerpop: le groupe gagne à chaque fois. Seul regret: l'EP est trop court, du coup je me le passe généralement trois fois de suite...
Police Control est un antidote fantastique à toute forme de défaitisme, reste plus qu'à voir ces morceaux (et d'autres ensuite!) publiés en vinyle, il semblerait que nos amis de Gone With The Weed y pensent et ce serait une excellente nouvelle, je serai parmi les premiers à l'acheter bien sûr !
Dans mon panthéon personnel du hard rock et heavy psych français figure sans conteste possible: Doc Daïl et principalement pour un morceau, pur chef d’œuvre d'électricité incandescente Aere Perennius en face B de leur premier single, le plus recherché (il se négocie dans les 25€ pour une copie VG+) des trois non sans raison...Il fut compilé il y a une dizaine d'année sur le bootleg Têtes Lourdes, peut être l'unique compilation s'intéressant à la France sur cette période fascinante...
Le groupe, originaire de Toulouse , publie trois simples entre 1969 et 1971. Le line up change, le seul membre permanent étant...Ticky Holgado ! Parmi les musiciens ayant participé à l'aventure figurent notamment Claude Olmos (ex-5 Gentlemen, Cœur Magique, Alice, Alan Jack Civilization etc.), Joël Rive (ex-Les Boots) et bien sûr Simon Boissezon (Alice), compositeur de la chanson qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui. Si vous souhaitez le détail des membres, je vous recommande bien sûr de regarder l'excellent site France Heavy Rock, très complet à ce sujet. Ticky, dont le surnom a été trouvé à l'époque du groupe, a ainsi connu une première vie, dans la musique avant son énorme succès au cinéma. Doc Daïl fut sa première expérience mais pas la dernières (des disques en solo ou des tentatives novelty gauloises bien 70s sous le nom de Léon etc.). Aucune ne lui permit une carrière de musicien professionnel stable. Il s'imposa cependant d'avantage dans un rôle de l'ombre devenant notamment manager du groupe pop Martin Circus...
Le 45 tours s'ouvre sur Sad Harold (lien) un blues rugueux et déglingué dans un esprit assez proche de Captain Beefheart ou des anglais du Edgar Broughton Band (voir leur reprise d'Apache). Le morceau dénote les évidentes qualités du groupe: la voix expressive de Ticky, la guitare poisseuse et distordue... avant qu' Aere Perennius ne vienne effectivement vous chambouler pour l'éternité ! Le morceau majoritairement instrumental, si l'on exclue la courte déclamation en latin (ou quelque chose s'en approchant vaguement), vous prend à la gorge à travers une véritable orgie de guitares fuzz violentées par des wah wah, du feedback à gogo, une ligne de basse menaçante comme un classique post-punk et un jeu de batterie frénétique et animal... Le morceau est stratosphérique, sauvage, sale, méchant et absolument dément, de quoi vous en faire perdre votre latin ! Et éventuellement renoncé au catholicisme pour mieux embrasser Hendrix et la fée électricité...
La suite du groupe est forcément un peu décevante. Le dernier 45t (le seul en français) est moyen et oubliable: paru en 1971, dans une mouvance pop voir variété mais sans forcément de chansons mémorables. Le second simple publié l'année précédente est lui recommandé, sans être aussi foufou que le premier Stone Me (lien) est un excellent titre de hard rock bluesy poussé par une rythmique musclé, on se rapproche ainsi peut être un peu plus des excellents Variations, une des références absolues de l'époque dans l'hexagone.
Cet été pas de canicules spectaculaires mais les dernières semaines n'en furent pas moins meurtrières pour une catégorie qui nous particulièrement à cœur sur ce blog: les labels de pop. Il y a quelques jours nous vous annoncions la fin de Fortuna Pop! label britannique emblématique indie-pop, désormais nous pouvons aussi compter parmi les disparus The Great Pop Supplement.
GPS (pour les intimes) était une structure à bien des égards uniques: petits pressages, artworks très soignés (avec généralement des découpes très complexes dans les pochettes, des effets d'optique...), pas de distributeur... Le catalogue était d'une classe folle et regroupait tout ce que nous aimons ici, du shoegaze de Lucid Dream en passant par la pop byrdsienne des See See (et Hanging Stars ), les volutes psychédéliques (Violet Woods) ou l'indie-pop romantique et élégante (le très bel album de By The Sea). Un véritable label of love (pour pasticher l'expression Labour of Love) conçu et géré par le seul Dom Martin, l'intéressé se chargeait ainsi de distribuer en direct avec les disquaires ses sorties, les rendant parfois difficile à débusquer, heureusement pour nous autres parisiens disponibles chez Pop Culture, toujours à un prix relativement raisonnable.
Great Pop Supplement était donc à bien y regarder unique: aucune envie de vendre des palettes de disques, juste sortir de la très bonne musique magnifiée par de très beaux objets le tout à des prix assez démocratiques. L'attitude était rafraichissante en 2016, dans un contexte d'inflation des prix et de créations d'éditions limités particulièrement chères y compris par des labels indépendants. GPS était un label de passionné de pop pour les passionnés de pop, conçu comme un fantasme de fan, une structure humble mais ambitieuse et classe, le genre de labels que l'on a envie de chérir et placer pas très loin dans notre panthéon personnel de Sarah Records ou Creation, ce mélange de super musique, d'attitudes DIY sans en faire des caisses, de volonté de défendre une certaine idée de la pop...
Dom gère également deux autres labels (Deep Distance et Polytechnic Youth), ces derniers sont maintenus et continueront de sortir des disques. Consacrés à la musique électronique (kraut/cosmic/berlin school pour le premier, plus synth-pop/expé/punk pour le second), l'arrêt de GPS la branche pop interpelle d'autant plus. J'imagine ainsi que ce n'est pas une question d'argent mais plus de lassitude. Par rapport à quoi ? la pop en générale ? la pop en ce moment ? J'ignore la réponse, peut-être aussi tout simplement l'impression d'avoir tout dit sur le sujet... Cette interrogation résonne étrangement en moi néanmoins.
Je suis triste qu'un label aussi élégant et qualitatif que Great Pop Supplement s'arrête, j'espère que sa disparition sera remplacé par d'autres labels de pop à guitares tenus par des passionnés, j'en doute un peu mais j'espère sincèrement me tromper. En tout cas merci Dom pour ces super disques ! On se quitte d'ailleurs sur un de mes groupes favoris du catalogue: By The Sea.
Les Dogs, au cours de leur longue et tumultueuse histoire,illustrent peut-être mieux qu'aucune autre formation la singularité d'être un groupe de rock français. Ainsi, sont-ils peut-être l'une des figures emblématiques d'une scène
underground nationale dans les années 80.
Dans les années 80 la vague punk originelle (celle de76/77) appartient déjà au passé. Certes les crêtes et les perfectos sont toujours de sortie dans les puces de Camden mais ils font désormais plus parti d'un folklore que des forces vives de la musique. Le mainstream, après avoir été bousculé par ces morveux accoutrés bien étrangement, a absorbé la révolte et l'a recrachée dans une musique bien plus tolérable pour le grand public. Il en est de même pour le revival mod: les jeunes personnes élégantes et arrogantes ont grandi, les groupes se séparent presque tous, le dernier album des Jam paru en 1982 semble ainsi marqué la fin d'une époque soldée par la victoire de MTV. Les années 80 sont une décennie où le synthétiseur et les clips (les images) sont hégémoniques. Bien sûr ces outils peuvent produire des choses fantastiques mais ils n'en démodent pas moins instantanément le rock, bien souvent pour le pire. Celui-ci pour la première fois de sa courte existence n'est plus sous la lumière des projecteurs. Il s'en accommode et 1983 marque ainsi au niveau mondial, l'émergence d'un underground qui prend diverses formes pendant la décennie: Paisley Underground (Rain Parade, Bangles, 3 O'Clock, Dream Syndicate), indie-pop (Pastels, Television Personalities...), garage revival (The Crawdaddys, The Miracle Workers...), College Rock (Replacements), Hardcore (Black Flag) etc. Deux figures tutélaires s'imposent aux États Unis et en Angleterre: REM et The Smiths. Ces deux groupes ont de nombreux points communs, enfants du punk ils n'en sont pas moins plus traditionalistes et revendiquent un héritage, notamment des années 60 (Byrds, Velvet...).
La France n'est pas à l'écart et bien que plus âgés, les Dogs sont peut-être l'équivalent français de ces formations. Les normands n'ont pas le même background ni le même son mais pourtant ils viennent aussi de cette culture sixties et s'imposent comme l'un des groupes de référence de l'époque. L'histoire des Dogs croisent ainsi de nombreuses autres: Olivensteins, Snipers, Calamités... Leur parcours raconte également en creux une décennie d'évolution du rock français de la fin des années 70 à la fin des années 80, du mirage du succès à leur retour à l'activisme. Une France rock underground qui vénère les Flamin' Groovies, les Cramps, les Real Kids, les groupes Pub Rock anglais ou de rock australien et les voient jouer dans de petites salles. La scène locale se développe fortement, elle est soutenue par des fanzines (Nineteen en tête) et quelques labels (New Rose, Closer). Tous sont amoureux des Nuggets, beaucoup admirent Alex Chilton, Stiv Bators ou Johnny Thunders....
Jusqu'au décès de leur leader, Dominique Laboubée, en 2002, les Dogs n'ont eu de cesse de jouer, soit presque trois décennies (le groupe s'était formé en 1973) ! L'essentiel de leur discographie se fait cependant sur une dizaine d'années s’étalant entre la fin des années 70 les années 80 durant lesquelles ils suivent de près l'évolution du rock. Les Dogs, après des débuts sur le label de Rouen Mélodies Massacre (du nom du magasin situé... dans la rue Massacre), sont repérés par Philips. Le label, comme tous les gros de la place, cherche son "groupe punk", ils signent les normands et leur font enregistrer deux albums Different (1978) et Walking Shadows (1980). Les ventes étant insuffisantes selon les pontes, le groupe est relâché dans la nature avant d'être signé chez Epic. Chez ces derniers les Dogs enregistrent Too Much Class (1982), Legendary Lovers (1983), Shout (1985) et More More More (1986) avant d'être à nouveau débarqués pour les mêmes raisons...Une histoire terriblement banale que beaucoup de groupes français connaissent encore aujourd'hui (Mustang en tête).
Les Dogs ont gagné leur statut de groupe culte français à la dure, ils n'ont jamais renoncé et ont toujours défendu une idée du rock pur et proche de ses racines. Si les disques ou les concerts ne sont pas toujours égaux et géniaux (les 4 premiers albums sont cependant des classiques), la pugnacité du groupe et sa volonté d'exister en font une sorte de figure ultime du rock, un rock humain et humble, porté par la foi et la passion dans l'électricité. Cette authenticité les Dogs la cultivaient aussi en chantant en anglais (assez approximatif), un choix délibéré de coller le plus possible à l'essence de cette musique y compris son idiome. Ainsi ce fut systématiquement les maisons de disque qui poussèrent les Dogs à s'essayer au français, le besoin d'avoir des singles diffusables en radio. À la fin des années 2000, le choix de l'anglais ne fut plus un frein pour obtenir un succès conséquent souvent pour le pire (par exemple les tièdes Pony Pony Run Run ou Cats on Trees), inversant même le rapport de force (le français devenant la position des outsiders), jusque là l'anglais était proscrit pour les petits français...
Les Dogs n'enregistrèrent, à ma connaissance, que 4 morceaux dans notre langue, deux pour chaque gros labels: Philips (1980) et Epic (1984). Pour pousser Walking Shadows la maison de disque incite les normands à enregistrer un simple promotionnel avec les morceaux Cette Ville est un Enfer et Trouble Fête. Epic en fait de même à l'époque de Legendary Lovers avec une version en français de Secrets et l'inédit Mon Coeur Bat Encore. Si le groupe rechignait à utiliser le français (la peur de perdre une partie de leur essence?) ces quatre chansons constituent pourtant parmi mes préférées du groupe et démontre le savoir faire de la formation y compris en français (pour le faire sonner naturellement et fluide).
Cette Ville Est Un Enfer (1980)est un de mes morceaux de rock français favoris, autour d'une ligne de basse menaçante, sinueuse et d'une mélodie économe de guitare, les Dogs se rapprochent de l'esprit et du son du post-punk, la chanson est ainsi sombre, la tonalité cafardeuse mais non sans quelques giclées de lumière. La face B Trouble Fête s'approche du punk, elle est rentre-dedans et agressive, elle est aussi plus classique mais portée par un texte d'Eric Tandy. La diction se rapproche d'ailleurs de celle des Olivensteins ou des Rythmeurs. C'est un bon morceau mais probablement celui que j'aime le moins des 4.
Secrets (1984) est une version en français du morceau du même nom, extrait de l'album Legendary Lovers produit par Vic Maile, un ingénieur anglais expérimenté qui a notamment travaillé avec de nombreux groupes pub rock (Dr Feelgood, Eddie and the Hot Rods, Pirates, Inmates) mais aussi de punk (Vibrators, 999, Lurkers) et quelques autres formations cohérentes avec les genres susnommés (Motorhead et les Godfathers). Si le CV de l'intéressé laisse à présager du muscle et de la sueur, Secrets (version française) est pourtant une chanson délicate, son rythme nonchalant et légèrement sautillant évoque le galop d'un cheval et les grands espaces américains, le chant légèrement maniéré de Laboubée rend justice à l'excellent (et juste) texte français (écrit ou co-écrit par Tony Truand?). Secrets serait-il le trésor caché de l'indie-pop française? Certes le groupe n'est pas habituellement relié au genre mais quand on voit la parenté entre Vélomoteur (1987) des Calamités et Crash (1988) des Primitives, est-ce si idiot de voir en Secrets un autre exemple français ?
Mon Cœur Bat Encore est l'ultime tentative des Dogs de se frotter à notre langue et quelle réussite ! Un super morceau rythmé et enjoué que l'on a envie de reprendre à tue-tête en dansant frénétiquement. Il évoque A Millions Miles Away des Plimsouls, Natasha des Roxette ou encore What I Like About You des Romantics, soit une certaine idée de la fête, de l'optimisme, de l'envie d'aller de l'avant... Peut-être le texte est-il en lien avec l'état d'esprit du groupe à l'époque? L'envie d'encore y croire.
Par la suite le groupe ne fit plus d'autres tentatives en français, il continua à creuser le même sillon inlassablement et ce, jusqu'à la fin, tels des missionnaires ne sachant rien faire d'autre. Le parcours des Dogs, en plus d'être exemplaire, n'est que trop symptomatique du rock en France, celui qui préfère Téléphone à Bijou, Trust à Edith Nylon etc. Ainsi le rock français en plus d'être tiraillé entre le besoin de se rapprocher de l'idiome et celui de s'en émanciper est-il confronté à l'absence totale de compréhension de la part des grandes maisons de disques et de la plupart des très grands médias (trop agressif, pas assez sérieux, trop adolescent, pas assez intelligent...). Quelle meilleure conclusion par conséquent que Mon Cœur Bat Encore ? Un message d'une folle actualité en 2016 en France quant au rock et à sa perception.
Il y a une dizaine de jours Sean Price annonçait la fin de Fortuna Pop! lors du festival Indietracks (qui est un peu à l'indie-pop ce qu'est le Psych Fest d'Austin à la scène psychédélique actuelle). Cette nouvelle met fin à plus de 20 années d'activisme pop (le label avait été créé en 1995). Au delà de la tristesse d'apprendre la disparition d'un label, c'est aussi un pan de l'indie-pop - et pas le plus obtus - qui disparaît. Le catalogue du label en est une excellente illustration, des figures cultes comme Comet Gain (toujours impeccable), Tender Trap (avec l'unique Amelia Fletcher) ou Peter Astor (Weather Prophets, The Loft) y fréquentent la jeune garde Let's Wrestle, The Proper Ornaments, September Girls ou Joanna Gruesome.
La structure fonctionnait souvent en binôme avec un autre de nos labels fétiches: Slumberland. Ainsi en plus de certains des groupes susmentionnés, les deux figures unirent leur force pour nombre d'excellents disques: The Pains Of Being Pure at Heart, Crystal Stilts, Allo Darlin'... Cette association était loin d'être anodine, l'axe ainsi constitué proposait en effet une indie-pop ouverte, vivante et mouvante et surtout un catalogue régulièrement exceptionnel. Fortuna Pop! était ainsi un de nos labels indie-pop britanniques fétiches au coté d'Odd Box, Fire Records ou Soft Power.
Histoire de rendre un modeste hommage à Fortuna Pop! voici une sélection hautement subjective de quatre disques que j'ai adorés et m'ont particulièrement marqué sur le label anglais.
Let's Wrestle - Let's Wrestle (2014)
Let's Wrestle fut un jour un espoir de la pop britannique, leur premier album paru en 2009 leur permit de signer chez Merge en 2011 un excellent Nursing Home. Six ans plus tard, ce disque de pop slacker conserve toute sa fraîcheur mais ne prépare en rien à son successeur sorti en 2014: Let's Wrestle.
Le groupe, après avoir connu des fastes, semblait quelque peu déclinant. Le disque est ainsi imprégné d'une mélancolie diffuse et de nostalgie. Wesley Patrick Gonzalez s'y révèlent être un fabuleux songwriter, saisissant avec justesse et délicatesse les tourments de son époque. Par la force des choses, le dernier album de Let's Wreste fut aussi mon favori en 2014.
The Pains Of Being Pure At Heart - The Pains of Being Pure At Heart (2008)
Huit ans plus tard, le premier album des Pains Of Being Pure at Heart est certainement déjà culte. À la fois classique (dans ses influences et sa forme) et très frais (l'innocence et l'enthousiasme qui émanent du groupe), l'album est un enchaînement de tubes qui n'ont pas pris une ride. Le succès du disque fut bien au delà des cercles indie-pop, il donna certainement un gros coup de fouet à Fortuna Pop! et Slumberland. Le groupe n'a, selon moi, jamais réussi à dépasser ce premier jet sur la longueur mais peu importe: ce disque est fantastique.
The Proper Ornaments - Wooden Head (2014)
Je crois que c'est un secret pour personne que nous adorons Proper Ornaments sur ce blog et ce, depuis bien longtemps. Ainsi leur seconde sortie figurait dans notre top singles de 2011. Honnêtement au moment de la parution de Waiting For the Summer (2013), j'eus l'impression que cette compilation était plus un bilan définitif qu'un inventaire en court.
La suite m'a heureusement donné tord, l'année suivante Fortuna Pop! publiait en effet le premier (réel) album du groupe, l'excellent Wooden Head. Pas d'effet de surprise mais une confirmation du talent immense du duo formé par James Hoare (au départ bien sûr dans les géniaux et malheureusement séparés Veronica Falls) et Max Claps. Si aujourd'hui le projet semble moins populaire que l'autre formation de James (Ultimate Painting) malgré de nombreux points communs (le Velvet en filigrane) et quelques différences (moins garage, plus pop) elle n'en demeure pas moins tout aussi réjouissante et excitante. J'espère ainsi que le groupe donnera une suite (en LP, puisqu'en 45T c'est déjà le cas) à ce disque.
Joanna Gruesome - Weird Sister (2013)
Les deux disques de Joanna Gruesome sont excellents et je pense les aimer tout autant l'un que l'autre. Par certains aspects (réducteurs) les gallois pourraient être une version survitaminé et sous stéroïde de Veronica Falls. Là ou les anglais sont délicats et toujours de bon goût, Joanna Gruesome donne l'impression de volontairement essayer de briser certains codes de l'indie-pop et de redonner au genre un peu de son abrasion qui fait le charme de nombreuses formations des origines (par exemple les Pastels). Il y a donc dans la musique de Joanna Gruesome, une combinaison unique de mélodies indie-pop et de puissance sonique (impossible de nier une certaine influence presque hardcore ou post-hardcore chez eux!). Bref Joanna Gruesome est un groupe à bien des égards jouissifs par son manque de respect aux règles d'un genre qui a bien besoin qu'on le bouscule.