À mon grand étonnement je n'ai jamais évoqué ici les Variations l'une des formations les plus mythiques du rock français ! Réparons cette injustice en évoquant l'un de leurs meilleurs simples Come Along paru en 1969...
Les Variations se forment en 1966 à Paris autour de Marc Tobaly (guitare), Joe Leb (chant), Jacky Bitton (batterie) et Jacques Grande (basse). Le groupe entretient une relation particulière avec le Maroc puisque Tobaly est originaire de Fez tandis que Jo et Jacky sont de Casablanca. Nous devons aussi au Maroc l'excellent groupe Golden Hands, dans une mouvance proche des Variations d'ailleurs. Le groupe tourne beaucoup en Europe et enregistre un premier 45 tours au Danemark en 1967 avec deux reprises Spicks & Specks écrite par Barry Gibb des Bee Gees et Mustang Sally popularisée par Wilson Pickett. Un disque désormais très recherché mais globalement un peu anecdotique à mon goût. Néanmoins le groupe n'abandonne pas et au réveillon 1968 le groupe donne une époustouflante prestation à la télévision française ! Le groupe rodé par de nombreux concerts affiche un magnétisme troublant notamment le duo Lebb/Tobaly évoquant une autre paire et pas des moindres: Jagger/Richards...
Remarqué par Pathé, le groupe peut enfin publier des disques en France, le premier d'entre eux est un classique immédiat Come Along. Le 45T est parfaitement dans l'air du temps, il évoque ainsi autant Cream que Led Zeppelin, c'est à dire ce court instant où le blues devient hard rock pour le bonheur des adolescents. Plus véloce et rock & roll que la bande à Plant et Page, les Variations y sont impériaux, ils maitrisent leur sujet avec une grâce unique. Cela fouraille sévère autour d'un riff simple et efficace, Lebb s'ébaudit en diable, Tobaly a les mains en feu tandis que Jacques et Jacky tiennent la cadence sans défaillir. Le groupe signe ainsi dès son second simple un instant classic du rock français.
La suite immédiate est tout aussi recommandée: les simples suivants démontent (Générations ou What's Happening...) de même que leur premier album Nador un classique incontestable du rock français. Le groupe va par la suite connaître une trajectoire étonnante en signant notamment sur le label américain Buddah Records et en étant interviewé par un certain Lester Bangs, mais ceci est une autre histoire, assez éloignée de Come Along !
Comme tout bon collectionneur qui se respecte j'ai tendance à être un peu complétiste sur les bords... Ainsi mon intérêt pour les Stilettos m'a-t-il fait acheté l'ensemble de leurs sorties... Celle que je vous présente aujourd'hui est un peu particulière, Les Bruits Défendus N°001 en plus d'être le dernier témoignage discographique des rockeurs bordelais est surtout un sampler 4 titres d'autant de groupes du cru: Stilettos, Scurs et Les Exemples pour la capitale d'Aquitaine et les Flamingos de la plus bretonne des villes de Loire Atlantique (LA, Ouest Coast pour les intimes...).
Édité en 1984 par ce qui semble être une émission radio (sur Radio Angora) géré par un certain Bruno Select, ce 45 tours est un témoignage intéressant sur le rock underground de ces années là, très complémentaire de la compilation Snapshot(s) paru un an plus tôt. Si les Stilettos sont ici en fin de carrière, avec d'ailleurs un titre plutôt moyen comparé au reste de leur excellente discographie, il s'agit probablement de la première apparition pour les trois autres groupes. Flamingos et Scurs œuvrent dans un garage anglophone de facture correcte mais pas suffisamment originale pour me séduire. Assez typique de l'époque (dans la mouvance Dogs, Flamin' Groovies...) ils sont peut être un peu desservi par la production assez sèche. Les Flamingos feront la même année un EP sur Surfin Bird (Ticket, Gamine...) tandis que les Scurs semblèrent plus populaires de l'autre coté des Pyrénées en éditant leur unique mini-album sur un label espagnol dont je pense reparler très bientôt pour un excellent groupe post-punk ibérique...
La vraie surprise du disque provient donc du dernier groupe: les Exemples. Derrière cette formation peu connue nous retrouvons les premiers pas d'une figure importante de l'underground français 80s: Thierry Duvigneau plus connu sous le nom de Kid Pharaon. Les Exemples publia cet unique single ainsi qu'un album ( Paris Londres ou Berlin) l'année suivante... Avant que Thierry Duvigneau se mette à l'anglais et abandonne notre chère langue. Un regret à l'écoute de la sublime Juste Une Dernière Fois ! Le titre exprime l'essence même de ce qui me plaît dans le rock français: l'énergie, la hargne, la morgue le tout en sachant garder son élégance et un certain raffinement... On pense ainsi aux Dogs (et oui encore), à Gamine période Shandy Street ...mais avec un peu plus sec et nerveux ! Un morceau fantastique et une vraie merveille du rock français underground 80s. Reste à savoir ce que vaut l'album, quelques morceaux (ici et là) sur youtube (et une vidéo sur FR3 !) mais difficile de se faire une idée précise à leur écoute. Vous trouverez plus d'infos sur Rock Made In France et dans les disques rayés de François Gorin.
Les Beau Brummels sont souvent considérés comme un groupe américain relativement mineur des années soixante. Bien sûr le groupe n'évolue pas dans les mêmes sphères que Jefferson Airplane ou The Velvet Underground mais pourtant ils ne furent pas loin de décrocher la timbale folk-rock autour de 1965, se faisant souffler la place de peu par d'autres Californiens: The Byrds.
L'histoire a cela d'injuste qu'elle retient d'avantage le nom des vainqueurs pour mieux plonger dans l'oubli le nom des perdants et des outsiders. Les Beau Brummels de San Francisco furent comme leurs collègues de Los Angeles parmi les premiers à comprendre sur le continent américain les Beatles et à les dépasser d'une certaine façon. Plus que des pastiches, les deux formations californienne s'approprièrent le langage pop que créaient les Liverpuldiens pour mieux y intégrer leur propre référentiel (folk). Si Laugh Laugh (lien), excellente chanson beatlesienne mais avec une authentique touche américaine, sortit avant Mr Tambourine Man, les Byrds surent enflammer les esprits et furent très logiquement le GRAND groupe folk-rock malgré ne pas avoir été tout à fait les premiers...
The Beau Brummels firent une carrière raisonnable avec plusieurs albums à la clef (dont les très estimés Triangle et Bradley's Barn par les connaisseurs). Leurs premiers disques sont ainsi gorgés de petites merveilles pop aux harmonies vocales soignées et aux structures d'accords toujours un peu plus délicates et ambitieuses que la concurrence (Just A Little par exemple)... Parmi mes morceaux préférés du groupe figure certainement Don't Talk To Strangers (produite par...Sly Stone) je dois reconnaître qu'il est aussi probablement l'un des plus jangly mais comment ne pas adorer cette voix suave et élégante, ces harmonies absolument parfaites procurant de tels frissons quand elles sont à l'unisson ?
Police Control est un des nombreux projets impliquant Mathis (ex-Jolis, mais aussi Skategang, Jeanne et Olivier etc.) cette fois ci en duo guitare/batterie. On connaît les appétences de l'intéressé pour la powerpop, ce projet confirme à quel point il est une des personnes qui comprend le mieux cette musique en France avec quelques autres Marseillais (feu les Departure Kids entre autre).
Réduire Police Control à maîtriser les codes d'un genre qui en déborde parfois (à en devenir chiant) n'est cependant pas rendre justice à l'incroyable qualité de ces 4 titres publiés en catimini cet été sur bandcamp... Nous sommes mi-août, on voit un lien partagé par un pote sur un célèbre réseau sociaux que l'on finit par écouter nonchalamment et dès les premières secondes de sentimental on sait que l'on tient un truc.
J'ai adoré Police Control dès que je les ai vu sur scène, leur fraîcheur incomparable, la simplicité de la formule (dans l'esprit de Bikini Gorge), la qualité des chansons, le choix courageux (dans ce genre de musique) du français... La démo "à l'arrache" avait le mérite de fixer les idées mais ne donnait pas la mesure et l'ampleur nécessaire aux chansons du groupe. C'est désormais chose faite, Maxime (ex-Youth Avoiders, de Skategang, Rixe...et producteur du second EP de Rendez Vous) a su saisir l'essence du duo avec justesse: batterie minimale mais très efficace, jeu de guitare pop et musclé...
4 chansons et 4 tubes, chaque morceau brille par la qualité de son écriture, son énergie, sa vivacité...Tout simplement un des trucs les plus excitants et cool que j'ai entendu en 2016. Morceaux uptempo punk ou plus lourd et powerpop: le groupe gagne à chaque fois. Seul regret: l'EP est trop court, du coup je me le passe généralement trois fois de suite...
Police Control est un antidote fantastique à toute forme de défaitisme, reste plus qu'à voir ces morceaux (et d'autres ensuite!) publiés en vinyle, il semblerait que nos amis de Gone With The Weed y pensent et ce serait une excellente nouvelle, je serai parmi les premiers à l'acheter bien sûr !
Dans mon panthéon personnel du hard rock et heavy psych français figure sans conteste possible: Doc Daïl et principalement pour un morceau, pur chef d’œuvre d'électricité incandescente Aere Perennius en face B de leur premier single, le plus recherché (il se négocie dans les 25€ pour une copie VG+) des trois non sans raison...Il fut compilé il y a une dizaine d'année sur le bootleg Têtes Lourdes, peut être l'unique compilation s'intéressant à la France sur cette période fascinante...
Le groupe, originaire de Toulouse , publie trois simples entre 1969 et 1971. Le line up change, le seul membre permanent étant...Ticky Holgado ! Parmi les musiciens ayant participé à l'aventure figurent notamment Claude Olmos (ex-5 Gentlemen, Cœur Magique, Alice, Alan Jack Civilization etc.), Joël Rive (ex-Les Boots) et bien sûr Simon Boissezon (Alice), compositeur de la chanson qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui. Si vous souhaitez le détail des membres, je vous recommande bien sûr de regarder l'excellent site France Heavy Rock, très complet à ce sujet. Ticky, dont le surnom a été trouvé à l'époque du groupe, a ainsi connu une première vie, dans la musique avant son énorme succès au cinéma. Doc Daïl fut sa première expérience mais pas la dernières (des disques en solo ou des tentatives novelty gauloises bien 70s sous le nom de Léon etc.). Aucune ne lui permit une carrière de musicien professionnel stable. Il s'imposa cependant d'avantage dans un rôle de l'ombre devenant notamment manager du groupe pop Martin Circus...
Le 45 tours s'ouvre sur Sad Harold (lien) un blues rugueux et déglingué dans un esprit assez proche de Captain Beefheart ou des anglais du Edgar Broughton Band (voir leur reprise d'Apache). Le morceau dénote les évidentes qualités du groupe: la voix expressive de Ticky, la guitare poisseuse et distordue... avant qu' Aere Perennius ne vienne effectivement vous chambouler pour l'éternité ! Le morceau majoritairement instrumental, si l'on exclue la courte déclamation en latin (ou quelque chose s'en approchant vaguement), vous prend à la gorge à travers une véritable orgie de guitares fuzz violentées par des wah wah, du feedback à gogo, une ligne de basse menaçante comme un classique post-punk et un jeu de batterie frénétique et animal... Le morceau est stratosphérique, sauvage, sale, méchant et absolument dément, de quoi vous en faire perdre votre latin ! Et éventuellement renoncé au catholicisme pour mieux embrasser Hendrix et la fée électricité...
La suite du groupe est forcément un peu décevante. Le dernier 45t (le seul en français) est moyen et oubliable: paru en 1971, dans une mouvance pop voir variété mais sans forcément de chansons mémorables. Le second simple publié l'année précédente est lui recommandé, sans être aussi foufou que le premier Stone Me (lien) est un excellent titre de hard rock bluesy poussé par une rythmique musclé, on se rapproche ainsi peut être un peu plus des excellents Variations, une des références absolues de l'époque dans l'hexagone.
Cet été pas de canicules spectaculaires mais les dernières semaines n'en furent pas moins meurtrières pour une catégorie qui nous particulièrement à cœur sur ce blog: les labels de pop. Il y a quelques jours nous vous annoncions la fin de Fortuna Pop! label britannique emblématique indie-pop, désormais nous pouvons aussi compter parmi les disparus The Great Pop Supplement.
GPS (pour les intimes) était une structure à bien des égards uniques: petits pressages, artworks très soignés (avec généralement des découpes très complexes dans les pochettes, des effets d'optique...), pas de distributeur... Le catalogue était d'une classe folle et regroupait tout ce que nous aimons ici, du shoegaze de Lucid Dream en passant par la pop byrdsienne des See See (et Hanging Stars ), les volutes psychédéliques (Violet Woods) ou l'indie-pop romantique et élégante (le très bel album de By The Sea). Un véritable label of love (pour pasticher l'expression Labour of Love) conçu et géré par le seul Dom Martin, l'intéressé se chargeait ainsi de distribuer en direct avec les disquaires ses sorties, les rendant parfois difficile à débusquer, heureusement pour nous autres parisiens disponibles chez Pop Culture, toujours à un prix relativement raisonnable.
Great Pop Supplement était donc à bien y regarder unique: aucune envie de vendre des palettes de disques, juste sortir de la très bonne musique magnifiée par de très beaux objets le tout à des prix assez démocratiques. L'attitude était rafraichissante en 2016, dans un contexte d'inflation des prix et de créations d'éditions limités particulièrement chères y compris par des labels indépendants. GPS était un label de passionné de pop pour les passionnés de pop, conçu comme un fantasme de fan, une structure humble mais ambitieuse et classe, le genre de labels que l'on a envie de chérir et placer pas très loin dans notre panthéon personnel de Sarah Records ou Creation, ce mélange de super musique, d'attitudes DIY sans en faire des caisses, de volonté de défendre une certaine idée de la pop...
Dom gère également deux autres labels (Deep Distance et Polytechnic Youth), ces derniers sont maintenus et continueront de sortir des disques. Consacrés à la musique électronique (kraut/cosmic/berlin school pour le premier, plus synth-pop/expé/punk pour le second), l'arrêt de GPS la branche pop interpelle d'autant plus. J'imagine ainsi que ce n'est pas une question d'argent mais plus de lassitude. Par rapport à quoi ? la pop en générale ? la pop en ce moment ? J'ignore la réponse, peut-être aussi tout simplement l'impression d'avoir tout dit sur le sujet... Cette interrogation résonne étrangement en moi néanmoins.
Je suis triste qu'un label aussi élégant et qualitatif que Great Pop Supplement s'arrête, j'espère que sa disparition sera remplacé par d'autres labels de pop à guitares tenus par des passionnés, j'en doute un peu mais j'espère sincèrement me tromper. En tout cas merci Dom pour ces super disques ! On se quitte d'ailleurs sur un de mes groupes favoris du catalogue: By The Sea.
Les Dogs, au cours de leur longue et tumultueuse histoire,illustrent peut-être mieux qu'aucune autre formation la singularité d'être un groupe de rock français. Ainsi, sont-ils peut-être l'une des figures emblématiques d'une scène
underground nationale dans les années 80.
Dans les années 80 la vague punk originelle (celle de76/77) appartient déjà au passé. Certes les crêtes et les perfectos sont toujours de sortie dans les puces de Camden mais ils font désormais plus parti d'un folklore que des forces vives de la musique. Le mainstream, après avoir été bousculé par ces morveux accoutrés bien étrangement, a absorbé la révolte et l'a recrachée dans une musique bien plus tolérable pour le grand public. Il en est de même pour le revival mod: les jeunes personnes élégantes et arrogantes ont grandi, les groupes se séparent presque tous, le dernier album des Jam paru en 1982 semble ainsi marqué la fin d'une époque soldée par la victoire de MTV. Les années 80 sont une décennie où le synthétiseur et les clips (les images) sont hégémoniques. Bien sûr ces outils peuvent produire des choses fantastiques mais ils n'en démodent pas moins instantanément le rock, bien souvent pour le pire. Celui-ci pour la première fois de sa courte existence n'est plus sous la lumière des projecteurs. Il s'en accommode et 1983 marque ainsi au niveau mondial, l'émergence d'un underground qui prend diverses formes pendant la décennie: Paisley Underground (Rain Parade, Bangles, 3 O'Clock, Dream Syndicate), indie-pop (Pastels, Television Personalities...), garage revival (The Crawdaddys, The Miracle Workers...), College Rock (Replacements), Hardcore (Black Flag) etc. Deux figures tutélaires s'imposent aux États Unis et en Angleterre: REM et The Smiths. Ces deux groupes ont de nombreux points communs, enfants du punk ils n'en sont pas moins plus traditionalistes et revendiquent un héritage, notamment des années 60 (Byrds, Velvet...).
La France n'est pas à l'écart et bien que plus âgés, les Dogs sont peut-être l'équivalent français de ces formations. Les normands n'ont pas le même background ni le même son mais pourtant ils viennent aussi de cette culture sixties et s'imposent comme l'un des groupes de référence de l'époque. L'histoire des Dogs croisent ainsi de nombreuses autres: Olivensteins, Snipers, Calamités... Leur parcours raconte également en creux une décennie d'évolution du rock français de la fin des années 70 à la fin des années 80, du mirage du succès à leur retour à l'activisme. Une France rock underground qui vénère les Flamin' Groovies, les Cramps, les Real Kids, les groupes Pub Rock anglais ou de rock australien et les voient jouer dans de petites salles. La scène locale se développe fortement, elle est soutenue par des fanzines (Nineteen en tête) et quelques labels (New Rose, Closer). Tous sont amoureux des Nuggets, beaucoup admirent Alex Chilton, Stiv Bators ou Johnny Thunders....
Jusqu'au décès de leur leader, Dominique Laboubée, en 2002, les Dogs n'ont eu de cesse de jouer, soit presque trois décennies (le groupe s'était formé en 1973) ! L'essentiel de leur discographie se fait cependant sur une dizaine d'années s’étalant entre la fin des années 70 les années 80 durant lesquelles ils suivent de près l'évolution du rock. Les Dogs, après des débuts sur le label de Rouen Mélodies Massacre (du nom du magasin situé... dans la rue Massacre), sont repérés par Philips. Le label, comme tous les gros de la place, cherche son "groupe punk", ils signent les normands et leur font enregistrer deux albums Different (1978) et Walking Shadows (1980). Les ventes étant insuffisantes selon les pontes, le groupe est relâché dans la nature avant d'être signé chez Epic. Chez ces derniers les Dogs enregistrent Too Much Class (1982), Legendary Lovers (1983), Shout (1985) et More More More (1986) avant d'être à nouveau débarqués pour les mêmes raisons...Une histoire terriblement banale que beaucoup de groupes français connaissent encore aujourd'hui (Mustang en tête).
Les Dogs ont gagné leur statut de groupe culte français à la dure, ils n'ont jamais renoncé et ont toujours défendu une idée du rock pur et proche de ses racines. Si les disques ou les concerts ne sont pas toujours égaux et géniaux (les 4 premiers albums sont cependant des classiques), la pugnacité du groupe et sa volonté d'exister en font une sorte de figure ultime du rock, un rock humain et humble, porté par la foi et la passion dans l'électricité. Cette authenticité les Dogs la cultivaient aussi en chantant en anglais (assez approximatif), un choix délibéré de coller le plus possible à l'essence de cette musique y compris son idiome. Ainsi ce fut systématiquement les maisons de disque qui poussèrent les Dogs à s'essayer au français, le besoin d'avoir des singles diffusables en radio. À la fin des années 2000, le choix de l'anglais ne fut plus un frein pour obtenir un succès conséquent souvent pour le pire (par exemple les tièdes Pony Pony Run Run ou Cats on Trees), inversant même le rapport de force (le français devenant la position des outsiders), jusque là l'anglais était proscrit pour les petits français...
Les Dogs n'enregistrèrent, à ma connaissance, que 4 morceaux dans notre langue, deux pour chaque gros labels: Philips (1980) et Epic (1984). Pour pousser Walking Shadows la maison de disque incite les normands à enregistrer un simple promotionnel avec les morceaux Cette Ville est un Enfer et Trouble Fête. Epic en fait de même à l'époque de Legendary Lovers avec une version en français de Secrets et l'inédit Mon Coeur Bat Encore. Si le groupe rechignait à utiliser le français (la peur de perdre une partie de leur essence?) ces quatre chansons constituent pourtant parmi mes préférées du groupe et démontre le savoir faire de la formation y compris en français (pour le faire sonner naturellement et fluide).
Cette Ville Est Un Enfer (1980)est un de mes morceaux de rock français favoris, autour d'une ligne de basse menaçante, sinueuse et d'une mélodie économe de guitare, les Dogs se rapprochent de l'esprit et du son du post-punk, la chanson est ainsi sombre, la tonalité cafardeuse mais non sans quelques giclées de lumière. La face B Trouble Fête s'approche du punk, elle est rentre-dedans et agressive, elle est aussi plus classique mais portée par un texte d'Eric Tandy. La diction se rapproche d'ailleurs de celle des Olivensteins ou des Rythmeurs. C'est un bon morceau mais probablement celui que j'aime le moins des 4.
Secrets (1984) est une version en français du morceau du même nom, extrait de l'album Legendary Lovers produit par Vic Maile, un ingénieur anglais expérimenté qui a notamment travaillé avec de nombreux groupes pub rock (Dr Feelgood, Eddie and the Hot Rods, Pirates, Inmates) mais aussi de punk (Vibrators, 999, Lurkers) et quelques autres formations cohérentes avec les genres susnommés (Motorhead et les Godfathers). Si le CV de l'intéressé laisse à présager du muscle et de la sueur, Secrets (version française) est pourtant une chanson délicate, son rythme nonchalant et légèrement sautillant évoque le galop d'un cheval et les grands espaces américains, le chant légèrement maniéré de Laboubée rend justice à l'excellent (et juste) texte français (écrit ou co-écrit par Tony Truand?). Secrets serait-il le trésor caché de l'indie-pop française? Certes le groupe n'est pas habituellement relié au genre mais quand on voit la parenté entre Vélomoteur (1987) des Calamités et Crash (1988) des Primitives, est-ce si idiot de voir en Secrets un autre exemple français ?
Mon Cœur Bat Encore est l'ultime tentative des Dogs de se frotter à notre langue et quelle réussite ! Un super morceau rythmé et enjoué que l'on a envie de reprendre à tue-tête en dansant frénétiquement. Il évoque A Millions Miles Away des Plimsouls, Natasha des Roxette ou encore What I Like About You des Romantics, soit une certaine idée de la fête, de l'optimisme, de l'envie d'aller de l'avant... Peut-être le texte est-il en lien avec l'état d'esprit du groupe à l'époque? L'envie d'encore y croire.
Par la suite le groupe ne fit plus d'autres tentatives en français, il continua à creuser le même sillon inlassablement et ce, jusqu'à la fin, tels des missionnaires ne sachant rien faire d'autre. Le parcours des Dogs, en plus d'être exemplaire, n'est que trop symptomatique du rock en France, celui qui préfère Téléphone à Bijou, Trust à Edith Nylon etc. Ainsi le rock français en plus d'être tiraillé entre le besoin de se rapprocher de l'idiome et celui de s'en émanciper est-il confronté à l'absence totale de compréhension de la part des grandes maisons de disques et de la plupart des très grands médias (trop agressif, pas assez sérieux, trop adolescent, pas assez intelligent...). Quelle meilleure conclusion par conséquent que Mon Cœur Bat Encore ? Un message d'une folle actualité en 2016 en France quant au rock et à sa perception.
Il y a une dizaine de jours Sean Price annonçait la fin de Fortuna Pop! lors du festival Indietracks (qui est un peu à l'indie-pop ce qu'est le Psych Fest d'Austin à la scène psychédélique actuelle). Cette nouvelle met fin à plus de 20 années d'activisme pop (le label avait été créé en 1995). Au delà de la tristesse d'apprendre la disparition d'un label, c'est aussi un pan de l'indie-pop - et pas le plus obtus - qui disparaît. Le catalogue du label en est une excellente illustration, des figures cultes comme Comet Gain (toujours impeccable), Tender Trap (avec l'unique Amelia Fletcher) ou Peter Astor (Weather Prophets, The Loft) y fréquentent la jeune garde Let's Wrestle, The Proper Ornaments, September Girls ou Joanna Gruesome.
La structure fonctionnait souvent en binôme avec un autre de nos labels fétiches: Slumberland. Ainsi en plus de certains des groupes susmentionnés, les deux figures unirent leur force pour nombre d'excellents disques: The Pains Of Being Pure at Heart, Crystal Stilts, Allo Darlin'... Cette association était loin d'être anodine, l'axe ainsi constitué proposait en effet une indie-pop ouverte, vivante et mouvante et surtout un catalogue régulièrement exceptionnel. Fortuna Pop! était ainsi un de nos labels indie-pop britanniques fétiches au coté d'Odd Box, Fire Records ou Soft Power.
Histoire de rendre un modeste hommage à Fortuna Pop! voici une sélection hautement subjective de quatre disques que j'ai adorés et m'ont particulièrement marqué sur le label anglais.
Let's Wrestle - Let's Wrestle (2014)
Let's Wrestle fut un jour un espoir de la pop britannique, leur premier album paru en 2009 leur permit de signer chez Merge en 2011 un excellent Nursing Home. Six ans plus tard, ce disque de pop slacker conserve toute sa fraîcheur mais ne prépare en rien à son successeur sorti en 2014: Let's Wrestle.
Le groupe, après avoir connu des fastes, semblait quelque peu déclinant. Le disque est ainsi imprégné d'une mélancolie diffuse et de nostalgie. Wesley Patrick Gonzalez s'y révèlent être un fabuleux songwriter, saisissant avec justesse et délicatesse les tourments de son époque. Par la force des choses, le dernier album de Let's Wreste fut aussi mon favori en 2014.
The Pains Of Being Pure At Heart - The Pains of Being Pure At Heart (2008)
Huit ans plus tard, le premier album des Pains Of Being Pure at Heart est certainement déjà culte. À la fois classique (dans ses influences et sa forme) et très frais (l'innocence et l'enthousiasme qui émanent du groupe), l'album est un enchaînement de tubes qui n'ont pas pris une ride. Le succès du disque fut bien au delà des cercles indie-pop, il donna certainement un gros coup de fouet à Fortuna Pop! et Slumberland. Le groupe n'a, selon moi, jamais réussi à dépasser ce premier jet sur la longueur mais peu importe: ce disque est fantastique.
The Proper Ornaments - Wooden Head (2014)
Je crois que c'est un secret pour personne que nous adorons Proper Ornaments sur ce blog et ce, depuis bien longtemps. Ainsi leur seconde sortie figurait dans notre top singles de 2011. Honnêtement au moment de la parution de Waiting For the Summer (2013), j'eus l'impression que cette compilation était plus un bilan définitif qu'un inventaire en court.
La suite m'a heureusement donné tord, l'année suivante Fortuna Pop! publiait en effet le premier (réel) album du groupe, l'excellent Wooden Head. Pas d'effet de surprise mais une confirmation du talent immense du duo formé par James Hoare (au départ bien sûr dans les géniaux et malheureusement séparés Veronica Falls) et Max Claps. Si aujourd'hui le projet semble moins populaire que l'autre formation de James (Ultimate Painting) malgré de nombreux points communs (le Velvet en filigrane) et quelques différences (moins garage, plus pop) elle n'en demeure pas moins tout aussi réjouissante et excitante. J'espère ainsi que le groupe donnera une suite (en LP, puisqu'en 45T c'est déjà le cas) à ce disque.
Joanna Gruesome - Weird Sister (2013)
Les deux disques de Joanna Gruesome sont excellents et je pense les aimer tout autant l'un que l'autre. Par certains aspects (réducteurs) les gallois pourraient être une version survitaminé et sous stéroïde de Veronica Falls. Là ou les anglais sont délicats et toujours de bon goût, Joanna Gruesome donne l'impression de volontairement essayer de briser certains codes de l'indie-pop et de redonner au genre un peu de son abrasion qui fait le charme de nombreuses formations des origines (par exemple les Pastels). Il y a donc dans la musique de Joanna Gruesome, une combinaison unique de mélodies indie-pop et de puissance sonique (impossible de nier une certaine influence presque hardcore ou post-hardcore chez eux!). Bref Joanna Gruesome est un groupe à bien des égards jouissifs par son manque de respect aux règles d'un genre qui a bien besoin qu'on le bouscule.
Il m'est difficile d'écrire sur les Ready-Mades vu que je connais les intéressé-e-s ! Néanmoins ils viennent de sortir leur premier 45 Tours chez Soundflat (qui a aussi récupéré à peu près au même moment les Kumaris dont nous sortions un single sur Croque Macadam, il y a un an et quatre jours), un 4 titres également répartis entre français et anglais. Au delà de l'excellent catalogue de nos amis de Q-Sounds, le faible nombre de formations soul françaises les rapprochera forcément des Spadassins avec lesquels ils partageaient un membre commun. Cependant, les deux groupes ne se ressemblent pas tellement malgré l'usage alternatif du français et de l'anglais. Là où les Spadassins étaient une dream team de musiciens bretons de haute volée associant l'élégance mod, l'accomplissement instrumental à l'humour de Nino Ferrer, les Ready-Mades ont un coté plus punk, spontané et brut de décoffrage. Cela leur va très bien d'ailleurs, le groupe excelle sur scène et propose un rhythm & blues bagarreur et mordant, légèrement canaille et malpropre. Soundflat les rapproche de Nick Waterhouse, la comparaison n'est pas totalement aberrante en terme d'influences mais pourtant je trouve la musique des parisiens plus vive et pugnace... Les 4 titres sont d'excellente facture, je ne sais pas si l'enregistrement rend exactement compte de la puissance du groupe en live, cependant il s'agit d'une excellente carte de visite avec une petite préférence en ce qui me concerne pour le morceau Baleine ou Cigogne dont la thématique sérieuse (le harcèlement sexuel) est traité avec beaucoup de justesse.
Mikado était un duo français formé de Pascale Borele et Grégori Czerkinsky. Ils ont sorti un unique album (Mikado) en 1985, celui-ci a la particularité d'avoir été produit par un label japonnais (Non-Standard, créé par un des membres de Yellow Magic Orchestra) avant d'être pris en licence en France par Vogue alors proche du dépôt de bilan. Le duo sort un premier single en 1982, un an après leur rencontre, sur le label underground Les Disques du Crépuscules. Ce disque leur permet de participer à une tournée au Japon et d'aboutir donc quelques années plus tard à l'enregistrement de Mikado.
Naufrage en Hiver (single extrait de l'album) est un des morceaux les plus connus du duo, il est aussi très représentatif de l'univers du groupe: l'esthétique vive, camp et pop de Pierre et Gilles, des arrangements délicats et synthétiques, au service de textes légèrement précieux, mais sans manquer d'un petit peu d'autodérision et de douceur. Mikado a beaucoup été comparé à d'autres duos (Elli & Jacno ou les Rita Mitsouko), pourtant ils sont uniques, leur musique est moins immédiate et frontale, plus subtile aussi. Elle a un je ne sais quoi de charmant, étrange et un peu désuet, naufrage en hiver et ses colliers de varech en sont une excellente illustration.
Juvenile Deliquent (bandcamp) est un label nantais au catalogue plutôt orienté punk en général. On leur doit notamment deux 45T et l'album d'Asphalt ainsi qu'un split 45T de l'excellent groupe powerpop Protokids. Leur dernière sortie, un 45 Tours (mon format préféré et malheureusement de moins en moins fréquent...) du groupe Rancune (installé à Berlin?) se place dans un tout autre registre: celui d'une synth-pop tirant volontairement sur les années 80, aux boites à rythmes analogiques, lignes mélodiques synthétiques et mécaniques... Le truc pourrait virer méchamment à l'exercice de style mais le groupe s'en sort plutôt bien en particulier sur la très réussie face B en français Putain de Problèmes. Les paroles contribuent pleinement à ce succès: elles sont drôles, justes et évoqueront ainsi à tous des situations vécues. L'humour du morceau, l'excellent travail sur les voix apportent ainsi une fraîcheur et une originalité bienvenues à un genre parfois un peu trop sérieux. Bref un excellent morceau qui justifie pleinement l'achat de ce 45 tours !
Il y a neuf ans nous lancions Requiem Pour Un Twister, l’enthousiasme des débuts se traduisit par une première année au rythme très soutenu (plus de 200 sujets postés en 2007 à trois). La seconde année fut plus molle, le bouillonnement des débuts laissa place à une légère usure, celle que l'on ressent quand on a le sentiment de faire des choses cool mais parfois dans le vide peut-être...
Dès 2009 et jusqu'à 2013, le blog Requiem Pour Un Twister fut à son apogée: nous nous reconnectâmes avec l'actualité et la défendîmes ardemment ici. Le rythme de publication était bon et régulier. La nouvelle vague garage (Ty Segall, Jay Reatard, Oh Sees, Black Lips, Fresh & Onlys, Woods...) nous porta ainsi bien plus que l'indie-rock des années 2000: ces groupes partageaient cette même obsession pour les sixties sans vouloir les pasticher. La présence massive de disques publiés entre 2010 et 2013 dans les mots clefs sur le coté (This Year's Model) en est certainement la plus belle illustration, tout comme nos tops albums 2011 et 2012.
2014 et 2015 furent des années plus calmes mais heureusement pas tout à fait blanches: la seconde s'en rapprochant dangereusement, je n'écrivis alors que sur nos propres sorties. Les priorités n'étaient plus les mêmes, notre activité se porta (et se porte toujours bien !) sur les labels (Croque Macadam et Requiem Pour Un Twister), par ailleurs je fus aussi pigiste pour Magic entre février 2014 et avril 2016, jusqu'au dernier numéro avec...Woods en couverture. Les piges me permirent ainsi de défendre la musique qui est au cœur de ma passion (et de l'esthétique de ce blog) depuis des années et je suis ravi d'avoir pu donner un peu d'espace pour défendre des groupes français comme Volcan, Pointe du Lac, Cathédrale, Ben Kerber, Requin Chagrin, Neue Grafik...
La fin du mensuel fut ainsi une opportunité pour reprendre ici et parler notamment de oldies ce qui me manquait énormément. J'aime l'idée de faire communiquer le passé avec le présent, d'écouter les productions anciennes au regard de la vision de 2016. Le monde des oldies anglosaxon est très bien défini, c'est nettement moins le cas ailleurs, y compris dans le domaine francophone. J'ai ainsi ressenti cette absence en faisant des recherches pour compléter ma collection: l'offre éditorial en matière de musique ancienne non anglo-saxonne sur internet n'est pas pléthorique. J'ajouterai même que le patrimoine français est souvent méconnu voir ignoré ici. Certes, nous n'avons jamais été aussi productifs que les américains ou les anglais mais en creusant un peu on les trouve ces groupes qui redorent nos couleurs. Le plus drôle c'est que c'est aussi le cas de nos voisins européens: il y a de super groupes espagnols, italiens, allemands, polonais, tchèques, yougoslaves, belges, suédois, islandais, hongrois, grecques, néerlandais...
(Pas encore un) Requiem Pour Un Twister est ainsi la millième publication du blog (!), honnêtement nous n'aurions probablement pas imaginé en arriver là neuf ans plus tôt. Tout comme nous n'aurions pas envisagé créer deux labels et sortir plus de 30 disques différents en tout (33 exactement avec les trois à sortir le 8 juillet), ni organiser plein de dj sets au Motel ou à la Mécanique Ondulatoire et les nombreux concerts auxquels nous avons parfois contribué. Cependant, avons nous encore assez de jus pour aller jusqu'à 2000 sujets postés ? Je ne sais pas, je ne pense pas, écrire est une activité chronophage et aujourd'hui tout seul à encore y consacré du temps ici, je n'imagine guère y parvenir, qui sait ce que me réserve les prochaines années ? Il s'est déjà passé tant de choses depuis 2007 ! Au fond l'une des rares choses constantes dans le temps fut notre amour et notre passion pour la musique et le besoin irrépressible de partager cette envie, de faire connaître et découvrir ces groupes qui nous émeuvent et transcendent pendant quelques courts instants notre existence...
(Pas encore un) Requiem Pour Un Twister car s'il était tentant de faire un bilan de cette presque décennie d'activisme musical, ce n'est certainement pas terminé: l'actualité des labels est excellente et comprend des sorties jusqu'à la fin de l'année au minimum (nous avons 4 albums en projet). Quant au blog, j'ai encore énormément de groupes, morceaux à vous faire découvrir, ma collection de disques se porte très bien et je continue de découvrir toutes les semaines des morceaux fascinants dont certains seront évoqués ici à n'en pas douter. Grande nouveauté je tiens aussi cet été une émission sur Radio Campus Paris et hasard des calendriers le premier numéro est à écouter ce soir de 20h à 21h ! En attendant fêtons comme il se doit ces milles articles avec la chanson qui a donné naissance d'une certaine façon à ce blog puis au label: Requiem Pour Un Twisteur du grand Serge Gainsbourg. Donnons nous rendez vous pour les dix ans en avril prochain, et peut-être un jour pour les 1500 articles ?
Les algorithmes sont aussi fascinants qu'agaçants: ils peuvent vous glisser d'affreuses peaux de bananes sur la route sinueuse de la découverte mais sont aussi capables de vous surprendre ponctuellement. Je consulte ainsi de temps en temps les playlists de Spotify, à ce jour je n'y ai fait aucune réelle découverte mais j'ai pu apprécier que ce satané ordinateur était capable d'identifier une partie de mes goûts avec une précision étonnante. Citons en vrac dans celle de cette semaine: The dBs (blog), Todd Rundgren, Make Up, Ultimate Painting, Miracle Religion (avec mon morceau préféré all the best) etc. Pointu et cool !
Les algorithmes se plantent aussi parfois sévèrement, ainsi Spotify est-il convaincu que j'aime les tubes de variété parce que j'écoute certains titres (précis) de chanteurs français, ils me proposent ainsi un hit disco de Dalida, supposant qu'ayant écouté Monty, Johnny ou Nino cela devrait être ma came. Les algorithmes n'arrivent donc pas ici à identifier mon comportement d'écoute car il est probablement noyé dans une masse d'informations ne faisant pas la subtile distinction que j'opère. Pour prendre un exemple un peu analogue, il suffit de regarder la liste des recommandations pour les Beatles sur last fm , les choix se portent naturellement sur des groupes très écoutés comme les Beatles plutôt que sur des groupes ressemblant aux liverpuldiens comme pourraient l'être les Searchers, Gerry and the Pacemakers etc. Ainsi les Hollies apparaissent-ils après Led Zeppelin.
Soyons honnête, je ne pense pas les algorithmes d'aujourd'hui pas capable de précéder le travail humain d'analyse et de rapprochement, c'est à dire le conseil du disquaire, le partage entre passionnés, les chroniques de disques, les compilations, les playlists etc. cependant la qualité des recommandations bénéficient aujourd'hui d'une acuité surprenante voir troublante. Le développement de l'intelligence artificielle n'en est ainsi qu'à ses débuts et le deep learning laisse entrevoir un futur peut-être dirigé par Bêta Gamma l'Ordinateur... Il risque en tout cas d'améliorer la qualité des recommandations, peut-être en analysant directement la musique (accords, instruments, tempo...).
Revenons-en à nos moutons... Cette longue digression m'amène à une excellente découverte effectuée grâce à un algorithme et aux écoutes d'autres internautes sur youtube: Soft Space de Soft Machine. Le morceau s'en effet naturellement enchainé à une de mes écoutes récentes: Chaos de Quartz. Je ne sais pas si les deux titres sont dans la même veine, il est évident en tout cas que Soft Space des britanniques est exactement dans ce que j'ai envie d'écouter (électronique, planant, abstrait, voir cosmique...) et une très belle découverte ! Le morceau est une rencontre fantasmée entre Moroder (l'influence d'I Feel Love sur la basse me semble évidente) et des séquences songeuses et mouvantes de Tangerine Dream période Phaedra avec un soupçon de Terry Riley peut-être... Autant dire que la chose a de quoi m'émoustiller mais en revanche elle énerve profondément les amateurs de Soft Machine. En effet à l'époque d'Alive and Well (l'album sur lequel figure ce morceau également publié en single - coupé en deux parties assez harmonieusement), le groupe britannique ne ressemble guère à la formation majeure de l'école de Canterbury qu'elle était une décennie plus tôt. Il ne reste aucun membre de la formation originale, Karl Jenkins en est le leader mais il n'est évidemment pas aussi apprécié que Wyatt, Ayers, Allen, Hopper ou Ratledge... Pour ne rien arranger à son cas, le Karl a commis une bien vilaine chose dans les années 90. Mais voilà, que ce ne soit pas le Soft Machine original ou que Karl se soit perdu en chemin importent au fond peu. Soft Space est un super morceau électronique, hallucinant pour 1978 et d'une modernité que n'a pas forcément tout le répertoire plus jazz rock du groupe ! Concluons sur une boutade: pensez vous qu'un algorithme va désormais associer Monty et Soft Machine ?
Ultimate Painting et Woods ont réalisé une tournée commune et afin de célébrer l'affaire, leurs labels respectifs (le génial Trouble In Mind et Woodsist) ont édité ensemble un 45 tours. Ainsi chaque groupe occupe une face avec un titre inédit.
Know Your Minute des américains de Woods est un honnête titre, une face B qui fait le job mais ça sent un peu le morceau écarté de With Light and With Love. La production évoque en tout cas d'avantage le précédent effort de cette fabuleuse formation que leur récent ouvrage au son ambitieux... City Sun Eater In the River Of Light a en effet tout d'une rupture avec une certaine idée du groupe, celle que nous défendions ardemment dans ces pages depuis cinq ans et l'excellent Sun & Shade (blog). Peut-être pas un adieu définitif mais beaucoup d'interrogation, puisse le prochain album nous refaire tomber amoureux de ces outsiders magnifiques.
Into the Darkness d'Ultimate Painting est la merveille du disque, peut-être même une des meilleurs compositions du groupe. N'ayant jamais évoqué ici cette passion revenons un peu sur le duo anglais. Formé par Jack (de Mazes) et James (ex-Veronica Falls et actuel Proper Ornaments), le groupe aligne les compositions délicates dans lequel les guitares s'entrelacent et les voix se marient avec précision. Leurs deux albums sont excellents, avec peut-être une légère préférence pour le premier et sa fraîcheur. Depuis leurs débuts, les anglais ont cette faculté d'arriver à faire quelque chose de personnel avec des références qui pourraient être pesantes pour beaucoup d'autres formations (le Velvet Underground en tête). Si leur musique est sobre voir raide à première vue, une écoute attentive en révèle l'absolue beauté, Ultimate Painting écrit de super chansons et Into the Darkness en est une magnifique illustration. Less Is More avait coutume de dire Ludwig Mies van der Rohe, la maxime semble aussi parfaitement rejoindre les aspirations du duo anglais.
Dimanche dernier j'étais aux puces, un de mes endroits favoris pour chercher des disques d'occasions à Paris (avec Plus de Bruit bien sûr). J'y ai dégoté une petite dizaine de 45 Tours, pas des choses forcément très rares mais amusantes, étonnantes et pas hors de prix. Ainsi ai-je pu continué d'alimenter ma récente obsession pour Henri Salvador, en effet après avoir découvert Carnaby Street ou Beta Gamma L'Ordinateur (blog), j'ai l'agréable surprise de constater que Salvador mérite bien plus que d'être réduit à l'éternel amuseur public ou dans le meilleur des cas à un chanteur revenu du purgatoire pour son come back incroyable. Nous aurons certainement l'occasion d'y revenir un jour, je vous donne néanmoins des indices: écouter ses disques de la première moitié des années soixante dix. Autre axe - bien involontaire cette fois-ci - d'achats: le glam ! En effet deux de mes prises sont dans cette veine que j'apprécie beaucoup mais ne collectionne pas prioritairement: j'adore tomber dessus mais je n'irai pas forcément enchérir sur une rareté sur eBay.
The One Hit Wonders n'en sont pas vraiment: leur unique single, sous ce nom, n'a guère obtenu le succès escompté. Ce groupe ou plus probablement projet studio est aussi connu sous le nom de Rusty Harness, il comprend dans ses rangs un nom pas inconnu des obsessionnels sixties: Mike Berry. Ce dernier fut en effet l’interprète d'un des plus gros hit de Joe MeekA Tribute to Buddy Holly en 1960. Le glam, fut ainsi une occasion inespérée pour d'anciennes gloires ou aspirants à la célébrité de se refaire une santé. En effet, si certains groupes s'éloignèrent des canons Rock & Roll (Roxy Music), le glam fut en partie un retour au source et aux années cinquante, avant les déferlantes psychédéliques.... Pensons au chanteur de Mud fan d' Elvis ou Alvin Stardust chanteur rock & roll britanique du début des 60s requinqué par cette vague de paillettes. L'unique simple de nos One Hit Wonders évoque quant à lui moins Buddy Holly que le garage et la musique beat des années 60. La face A de leur simple ressemble en effet à un croisement (voir un pastiche) entre Little Girl des Syndicate of Sound et Everybody needs somebody to love de Solomon Burke (ou la reprise des Stones). Petite différence de taille: un son énorme gonflé aux stéréoïdes avec un pied très présent, cela ne s'entendra pas forcément sur la vidéo yoututbe mais je vous assure qu'en 45T ça tranche nettement avec le son sixties. La face B, la très recommandable Goodbye conclue l'affaire dans le même registre, l'orgue est délicieusement garage mais la production bien plus musclée: ce sera aussi le mot de la fin pour le groupe !